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XIV

LA VIE PRIVEE D’AUTREFOIS

commis un sacrilèjje dans l’éfjlise de cette ville, allait être « pendu et estran^lé au (jibet de Montfaulcon. » Heureusement pour lui, il avait la pierre, maladie alors très commune et dont souffrait Mjjr du Bouchage. On obtint de Louis XI qu’ « une ouverture et incision fût faicte au corps dudit franc arcliier, et dedens icelluy quis * et re^jardé le lieu desdites maladies. » Ainsi fut fait. L’archer {juérit très bien, eut sa {jràce et reçut même une somme d’arjjent.

Ce récit a été l’orijpne de nombreuses erreurs. L’incision, lit-on partout, fut pratiquée par le cliiruiqpen Germain Colot, qui aurait tenté ce jour-là pour la première fois l’opération de la taille. D’abord, l’e.vistence de ce Germain Colot est fort contestable. Ensuite, l’opération de la taille était connue etju’atlquée en France depuis le dixième siècle tout au moins Enfin, il ne peut s’a^jlr ici d’une opération de ce genre. Jean de Troyes dit (pi’après l’incision, les « entrailles » du jiatient furent « remises dedans. >. On les avait

’ Clicrclié.

* Voy. l’alibé Lcbcnf, lltat des sciences en France depuis Charlemagne jusqu au roi liobcrt. Dans le Recueil de divers e'crits, t. II, p. 131.

donc enlev'ées, ce qui n’a point lieu dans la taille périnéale, la seule qui lût alors pratiquée *.

Hippocrate n’avait osé la tenter. On lit dans Le Serynent : « Je jure de ne tailler aucune personne atteinte de la pierre; j’abandonnerai cette pratique aux mercenaires qui s’y livrent^. » L’école d’Alexandrie lut plus hardie, et Celse décrit très clairement le procédé opératoire connu dans la suite sous le nom de petit appareil. Jean de Romani, chirurgien de Crémone, et le Napolitain Mariano Santo ^ le perfectionnèrent et créèrent la méthode dite de Mariano ou grand appareil, qui ne diffère guère de la première que par sa complication et le grand nombre d’instruments dont elle exige l’emploi^. Enfin, vers le même temps, Pierre Franco, inciseur français, inventa la taille sous-pubienne, nommée plus tard haut appareil .

Les chirurgiens traitaient les inciseurs

* Voy. François Tolct, Traité de la lithotomie, édit, de 1708, p. 141.

* Traduction Littré, t. IV, p. 614.

^ Début du seizième siècle.

* Voy. Fr. Tolet, édit, de 1689, p. 125, et François Le Dran, Parallèle des différentes manières de tirer la pierre hors de la vessie, p. 51.

® P. Franco, Traité des hernies, édit, de 1561, p. 139.

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coinine eux-mêmes étalent traités par les docteurs, se veufjeaient sur eux des affronts que leur inllijjeait la Faculté. Dans run et l’autre cas, le suzerain était fort inférieur au vassal. Par la science pratique et par les services rendus, les inciseurs, les lithotomistes surtout, remportaient au seizième siècle sur les cliirur- (pens à peu près autant que ces derniers sur les médecins.

Les cliirur(jiens n’en avaient pas moins rédigé de très humiliants statuts, que les inciseurs devaient jurer d’observer le jour où ils recevaient d’eux la licence d’exercer. Litliotomistes, herniaires, oculistes et dentistes prenaient donc l’engagement « de se vêtir avec décence, sans bigarrure ni rien qui ressente le charlatan L » De n’aller « point annoncer leur talent dans les rues, les places publitpies, les marchés, les foires, soit de vive voix, soit par des afhches. » De se renfermer dans leur spécialité. De « porter honneur et respect aux maîtres chirurgiens. « De se faire assister par eux « dans toutes leurs opérations, et de payer

' « ,) nralmiil <|uo(l lioncslc inducniur, non vcrsicolürcs nec ail circulatonnii lu\uni composili. » Statuts des chirurgiens, art. -VI. (Jucsnay dans ses Origines de la chirurgie, p. 39S et 407, donne un texte latin et un texte français.

chacun treize blancs pour chaque opération au maître chirur.oien qui les aura assistés »

A Paris, la cystotomie resta pendant longtemps la spécialité d’une famille dont les membres gardaient secrets et se transmettaient les uns aux autres certains procédés opératoires. Laurent Gollot ou Colot, chirurgien de Henri IP et lithotomiste de l’ilôtel- Dieu, enseigna sa méthode à son fils, qui l’appliqua avec succès. Il eut un fils, un troisième Laurent Golot, dont l’habileté égala celle de ses aïeux. Celui-ci donna le jour à Philippe Colot, peritissirnus artifex , dit Gui Patin atteint lui-même de la pierre, il se fit opérer par son fils '‘qu’il avait, ainsi que son neveu, associé à ses travaux. Severin Pineau, son gendre , mis en possession du fameux secret, crut devoir le divulguer^; mais les Colot ne cessèrent pas pour cela d’exercer leur art, et deux d’entre eux, Jérome® et François', ont laissé un nom célèbre.

* Voy. Les chirurgiens, p. 34.

*A. Paré, OEuvres, p. 636.

* Lettre (lu 5 (Iccemhre 1656, t. II, p. 266.

■* Perrault, Hommes illustres, t. Il, p. 87.

® Portai, Histoire de l'anatomie, t. II, p. 171.

“ « Lithotomusexpertusetperitus, » écrit Gui Patin. Lettre du 3 janvier 165!), t. III, p. 107.

’ « L’illustre M. François Gollot, décédé le 25 juin 1706,

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Autour de ces maîtres de la science (gravitaient une foule d’opérateurs moins connus, mais aussi occupés. Sous Louis XIV, on vit en plein air, on travaille peu, on ne se presse point, on man^je beaucoup, et les maladies (|ui dominent dans la classe aisée sont les coufjestions et les hémorroïdes \ la (joutte et la pierre, toutes affections tombées aujourd’hui au second rang(, et auxquelles ont succédé les manifestations herpétiques, la scrofule, le rachitisme, la dyspepsie, l’hystérie et l’anémie. Au dix-septième siècle, la race, saine et vi(joureuse, exempte du nervosisme qui nous asservit, supporte les opérations les plus douloureuses avec une force et un coura(je dont les anesthésiques sont heureusement venus nous dispenser. La taille alors n’effrayait pas plus que la trépanation, et

a soutenu l’honneur de ses ancêtres dans la haute réputation de lithotomistes, lesquels successivement ont possédé pendant plus d’un siècle la charge de seul opérateur du Roy pour l’extraction de la pierre. Cette charge ayant été créée en 1550 par Henry II pour Laurent Collot, dans la postérité duquel elle a été conservée jusqu’au décès deM..léroine Collot en l’année 1684-, auquel temps Sa Majesté m’en a honoré, et dont je jouis sous son bon plaisir, avec la survivance pour François Tolet, mon fils.» F. Tolel,édit de 1708, préface.

‘ Voy. Les chirurgiens, p. 135.

VARIKTKS CHIRURGICALES.

réussissait presque toujours. Encore faut-il rappeler que l’on sai^jnait deux fois le malade avant de l’opérer Gui Patin écrivait le 21 novembre K3G9 à Falconet : « Le petit François Golot a taillé le marquis de llauterive, qui s’en porte bien, à l’à^je de quatrevingt-cinq ans^. » Tallemant des Réaux nous montre Henrv de Saint-Nectaire « taillé et si bien guérv qu’il se remaria deux ans après L » Je trouve encore dans ses Historiettes deux faits trop intimement liés à mon sujet pour que je puisse me dispenser de les reproduire. Phili{)pe Colot, raconte-t-il, avait taillé un gros moine. « Le cinquième jour, la playe se portant bien pour le temps, ce frater a avis d’un bénéfice; il se fait faire un coussinet (jui avait un trou à l’endroit de la playe, et assis comme une femme, il prend la poste et s’en va à Rome. » A cheval, bien entendu. Quatre mois après. Colot rencontre sur le Pont-Neuf son moine revenu de Rome et mieux portant que jamais*.

Un sieur Marcilly témoigna dans la même

' Dionis, Opét alioiis de chirurgie, p. 181. - Tome III, p. 7 17.

^ Tome I, p. 232.

* Tome Vil, p. 417.

1RS LA VIK PRIVLE D’AUTREFOIS

occasion de tout autant d’insouciance. Le jour où il devait être taillé, « il alla le matin en {jrosses bottes, à son ordinaire, solliciter ses piocez à cheval : il étoit naturellement chicaneur. Quand il fut de retour, il trouva qu’on l’attendoit. — « Faut-il oster mes hottes? » dit-il (car il ne les quittait jamais). — « l^ensez (jue ouy, » luy respondit-on. — « Voylà bien des préparatifs ; à quoy bon tout cela? » Il ne voulut jamais se laisser lier les bras L Quand l’opération fut faitte : <L Je ne sçaclie, dit-il, personne qui par plaisir se laissast faire eela^. »

Antoine Ruffin, maître chirurgien attaché à l’hèpital de la Charité, passait en 1()5() pour « le premier litliotomiste de Paris’. » Jacques Baulot ou Beaulieu, dit Jrci-e Jacques^, ajiporta quelques modifications au jirocédé jusque-là suivi, et jouit d’une faveur qui ne se soutint pas longtemps'^. Lors de ses débuts, il avait été protégé par Fagon; mais lorsque celui-ci,

* Dans les opérations très doulonrcnscs, on ne se bornait pas à faire maintenir le patient par des aides, on lui liait souvent les bras. Voy. Dionis, p. 2üV.

* Tome VII, P . 416.

^ Gui l’atin, Lettre du 5 décembre 1656, t. II, p. 266.

* Mort en 1720.

® Voy. Dionis, p. 202 et suiv.

D’après les Portraits de Ch. Perrault.

XVII' siècle.

VARIl'TKS CHIRURGICALES.

atteint de la pierre, voulut se faire opérer, il s’adressa à Maréchal, premier chirurgien du roi, et n’eut pas lieu de s’en repentir*. Maréchal opérait, dit SprengeP, avec une telle rapidité « que Garengeot le vit délivrer huit malades de la pierre dans l’espace d’une demiheure. »

François Tolet**, partisan surtout du haut appareil, eut le titre d’ « opérateur du roi pour la pierre, » sinécure qui lui rapportait douze cents livres par an^. Jean Baseilhac, en religion frère Côme^ , avait obtenu de ses supérieurs l’autorisation de pratiquer la cystotomie. Il perfectionna la méthode de frère Jacques, et inventa un instrument spécial, le Lithotonie cache, dont l’utilité fut contestée par Claude Lecat. L’Académie de chirurgie, mise en demeure de se prononcer entre les deux systèmes, condamna celui de frère Côme. En février 10G5, François Colot ayant taillé le conseiller André Lefèvre d’Ormesson, l’opé-

* Saint-Simon, Mémoires, t. III, p. 197.

* Histoire de la médecine, trad. Jordan, t. VII, p. 231. ® Mort en 172V.

* Trahoiiillet, Etat de la France pour 1712, t. I, p. 182. ® Il appartenait à l’ordre des Feuillants. La Gazette de

France, qui annonce sa mort le 17 août 1781, le nomme Jean de Badillac.

LA VIE PRIVEE D’AUTREFOIS

ration « avoit dure la loii{][ueur de plus de deux luiserere * ; » il est vrai cpie le patient en mourut. En 1753, frère Côme tailla le marquis de Mesmon en moins de trois minutes, et « lui tira une pierre {grosse comme un jietit reuf^. «

Certaines ()ens, très timorés, ne se laissaient tailler iju’après avoir expérimenté les spécifiques infaillibles qui se cliar^^eaient de romjire ou de dissoudre la jiierre dans la vessie. Ils étaient nombreux. Pierre Pomet, le plus savant apothicaire du dix-septième siècle, préconisait surtout la jiierre néphrétique. « Elle a, dit-il, la qualité de guérir, estant pendue à la cuisse, ceux (pii sont attaquez de la pierre ou de la gravelle^. » Ses effets étalent tout aussi sûrs quand on la portait attachée au cou ou passée au doigt comme une bague On la trouvait en Bohême, en Espagne et en Amérique. La pierre judaïque, (jui se récoltait dans la Judée, jouissait de propriétés identiques. Gui Patin rapporte qu’un Gascon, nommé le chevalier de la

' Olivier Lefèvre d’Ormesson, Jour«a/, édit. Ghéruel, 1. 11, p. 31)2.

® Duc de Luyncs, Mémoires, 5 juin 1753, t. Xll, p. 463.

* Histoire des drogues, édit, de 1694, p. 104.

* Dictionnaire de Trévoux, édit, de 1771, t. VI, p. 767.

VAUIKTKS CHIRURGICALES. 1E3

Rivière, s’engageait à briser la pierre par le moyen d’une eau de son invention; elle lui revenait si cher qu’il n’en pouvait livrer la fiole à moins de cinq cents écus ‘ . Mme de Sévigné, atteinte de la gravelle, faisait une grande consommation d’eau de cerises et d eau de lin ". Elle avait foi surtout dans cette dernière ; « c’est à cette eau merveilleuse, écrivait-elle, que la France doit la conservation do M. Colbert®. »

^ ers 1720, Jeanne Stephens, une Anglaise appartenant a une bonne lamille du comté de Berks, « trouva par hasard un remède pour dissoudre la pierre dans la vessie. » Ce spécifique, bien annoncé, eut un immense succès. Il produisit même des cures extraordinaires, dont le récit fut consigné dans un volume rempli d attestations parfaitement authentiques. ^Iiss Stephens se vit mise au rang des plus illustres inventeurs, et en 1738, le Parlement anglais lui accorda une somme de 5,000 liv. sterling (soit 125,000 francs d’alors) , à la condition qu’elle révélerait le secret de sa miraculeuse découverte : c’était une poudre

' Lettre du 13 juillet 1657, t. II, p. 327.

* Lettres des 5 et 19 avril 1680, t. VI, p. 340 et 358

^ Lettre du 16 février 1680, t. VI, p. 266.

LA VIE PRIVEE D’AUTREFOIS

composée de coijuilles de limaçons séchés au four, et qui ne guérissait rien du tout’.

La réduction des hernies fut durant bien loipjtemps réservée aussi aux inciseurs, qui, avant le seizième siècle, avaient déjà fait une étude assez sérieuse de cette affection. Dès 155(3, on en trouve huit esjièces différentes décrites dans un volume^ jmhlié par le plus savant anatomiste de France après Paré, Pierre Franco, qui n’était pas chiruiqpen, pas même barbier, mais simple inciseiir. Au siècle précédent, Marco Gatinaria, médecin dePavie, s’était appliqué à la cure des hernies, et il célèbre les heureux effets des hravers que fabriquait un for^^eron de ses amis.

Brayer était alors, et resta jusqu’au dixhuitième siècle, le nom donné aux handajjes herniaires; et, comme leur armature était revêtue de peau de chamois, les ouvriers

* Sur la poudre de miss Stephens, Voy. Local, Dissertation sur le dissolvant de la pierre et en particulier sur celui de Mlle Stephens, 1739, iu-8“. — Mémoires de Trévoux, n® de janvier 1741, p. 106. — Ilartley, Recueil cf expériences et d' observations sur la pierre, 1740, in-I2. — Supplément a l'ouvrage de M. Ilartley, 1743, in-12. — Sprenjjel, Histoire de la médecine, l. V, p. 500.

Petit traité contenant une des parties principales de la chirurgie, laijufdle les chiru/giens herniers e.vo;ce?U, in-12. En 1561, Franco publia sur le même sujet un ouvrage beaucoup plus complet : Traité des hernies, etc., in-12.

VARIATES CHIRURGICALES.

employés à cette fabrication faisaient partie de la corporation des boursiers'. En vertu d’une fondation spéciale, les religieux du couvent des Grands-Augustins, situé sur le quai de ce nom, distribuaient pour rien des brayers aux pauvres affligés de hernies.

Celles-ci furent d’abord appelées hargnes. « Ce mot de hargne, écrit Ambroise Paré, a esté donné à ceste maladie, parce que ceux qui en sont vexez, par la douleur qu’ils sentent, coustumièrement sont hargneux, c’està-dire mal-plaisans et criars » Ménage nous apprend que « plusieurs disent hargne, mais le bel usage est pour hergne^ . » Furetière, en 1701, veut que l’on écrive hernie et que l’on prononce hergne^ . Enfin, suivant le Dictionnaire de Trévoux en 1771, « on dit hernie et jamais hergne^. »

Vers la fin du dix-septième siècle un sieur Trimont de Cabrlères, prieur de Saint-Geniès de Malgolres, confia à Louis XIV un remède infaillible pour la guérison des hernies. Il

* Savary, Diclionnaire du commerce, au mot braver.

® l‘agc 303.

^ Dictionnaire étymologique, 1694, in-folio, p. 398.

* Dictionnaire universel des mots françois, v° Hernie,

* Tome IV, p. 804.

LA VIE PRIVEE D’AUTREFOIS

consistait tout simplement en un mélange d’esprit de sel ‘ et de vin rouge, dont on stimulait l’action par l’emploi d’emplâtres astringents^. Le roi s’était engagé à ne révéler la composition de ce spécifique qu’après

* Acide cldorliydrique.

^ Pour les adultes, la dose était de cinq gros d’esprit de sel dans une cliopine de vin. Le prospectus, publié par ordre du roi, décrit ainsi le traitement :

Il 11 faut avoir un bon bandage qui tienne bien ferme, et mettre un einplastre sur la rupture, et deux s’il est necessaire, après avoir rasé le lieu où on la doit mettre.

11 faut prendre le remède à jeun.

11 faut battre la bouteille avant que de verser le vin dans le verre.

11 faut, après, en mettre trois doigts dans le veiTC et l’avaler.

11 ne faut ny boire ny manger que quatre beurcs après avoir pris le remède.

11 faut en prendre vingt-un jours. S’il fait mal à l’estoinacb, on peut estre un jour sans en jircndre et inesme deux en cas de besoin.

Pendant qu’on prend le remède, il faut porter le brayer jour et nuit. Ne jamais s’asseoir.

Ktre toujours debout ou couché, mareber beaucoup, n’aller point à cheval, en carosse ny en cliarette ; aller toujours à pied ou en bateau, ne faire aucun excès de bouche ny autres.

11 faut porter le brayer trois mois après les vingt-un jours du remède, jour et nuit.

11 ne faut monter à cheval qu’après les trois mois, et quand on y' montera il faut encore porter le lirayer autant qu’on croira en avoir besoin pour laisser affermir la partie."

(^Rcmcde du prieur de Cabrières pour les descentes^ donné au public par la bonté du Roy. Versailles, in-4®, s. d.)

VARIKTKS CHIRURGICALES. 197

la mort du prieur; il le préparait donc de ses propres mains ' , afin d’en fournir aux malades.

Ce fut pour lors, écrit DIonis qu’on découvrit coiubieu de {;ens étoient affectés de descentes, par le (;rand nombre de ceux qui venoient demander ce remède. On s’adressoit au premier valet de chambre du Roy en quartier, on luy donnoit un petit billet de l’à^je de celui ou de celle qui avoit besoin du remède. Quelques jours après, on retournoit quérir un petit panier d’ozier, dans lequel il y avoit trois bouteilles de cliopine, chacune pleine de vin mélangé, dont on prenoit pendant viu^jt et un jours. Il y avoit aussi dans ce panier des emplâtres convenables et particuliers à cette maladie. De ceux qui ont pris ce remède, les uns ont assuré d’en avoir été guéris ou soulagez, les autres ont dit qu’il ne leur avoit rien fait. Je conseilleray néanmoins de s’en servir, car quoique le bandage aidé de l’emplâtre astringetH suffise souvent pour la cure de cette infirmité, il est vray toutefois que l’esprit de sel mêlé dans le vin ne peut faire que du bien.

N’en déplaise à Dionis, ce remède devait être tout aussi efficace que celui dont certains charlatans préconisaient l’emploi, et qui consistait à « fendre un chêne et faire passer trois fois le malade dedans®. »

* Voy. Lcf médicaments, p. 209 et 223.

* Page 209.

^ J. -15. Thiers, Traité des superstitions, édit, de 1697, t. I, p. 383.

LA VIE PRIVEE D'AUTREFOIS

Les statuts accordés aux cliinirfjlens en 1G99 ‘ et en 1708"^ réglèrent la condition des memlircs de la communauté ({ui se consacraient à la cure deshernies. Les statuts de 1768 leur défendent de prendre tout autre titre (jue celui à' experls-Jierniaires . Pour être admis à exercer, ils devaient avoir servi pendant deux ans, soit chez un chirurgien, soit chez un expert herniaire, et subir deux examens au collège de chirurgie en présence du doyen de la Faculté de médecine. En 16î)9, ils ne pouvaient « faire aucune opération ni incision, mais seulement l’application des bandages^, » interdiction maintenue d’une manière moins formelle dans les statuts de 1768.

Il y avait à Paris en 1760 trois chirurgiens faisant de la cure des hernies leur spécialité, et dix-sept experts-herniaircs reçus à Saint- Côme, parmi lesquels on remarque deux « demoiselles« Les plus habiles d’entre eux sont signalés en ces termes dans un ouvrage publié en 1777*^ :

’ Articles 103 à 112.

« Articles 126 à 129.

3 Article 104.

* lhal ou tableau de la ville de l'aris, 1760, in-8®, p. 5. ® Altnauach Dauphin pour 1777, p. 13.

VARIATES CHIRURGICALES.

Brogxard, rue de la Y îeille- Monnaye. — Inventeur de nouveaux bandages élastiques très doux et très couunodes.

Dhiribaren, rue de la Harpe. — Élève du sieur Sorray est connu avantageusement par une nouvelle méthode concernant la forme et construction des bandages propres à la guérison dos hernies. Cet artiste, digne de la plus grande confiance, supplée aux défauts de construction qui peuvent se rencontrer chez les liernistes, et simplifie les machines propres au traitement le plus commode et le plus efficace.

JuviLLE, rue des Fossés Saint-Germain l’Auxerrois, vis-à-vis la colonnade du Louvre. — Indépendamment des différons bandages dont II fait usage, il donne avis qu’il vient d’en inventer un, d’une nouvelle construction, pour les hernies ventrales et ombilicales, dont la méchanique, qui est très simple, n’a pas une ligne d’épaisseur.

Mauciiais, carrefour de t École. — Chirurgien en charge de Mgr le comte de Provence, expert pour les descentes.

Rose, rue Sainte- Marguerite., fauxhourg Saint- Germain. — Expert reçu à l’école de chirurgie, un des plus habiles pour la construction des bandages élastiques pour la guérison des hernies ou descentes. Il vient de construire de nouveaux supports élastiques contre la courbure des jambes ou l’épine du dos des enfans, et annonce qu’il est si sûr de leur

' Je le trouve ailleurs nommé Sorraiz, et qualifié de « chirurgien espagnol. » Il demeurait rue llautefeuille.

LA VIE PRIVEE D’AUTREFOIS

succès qu’il s’engage à eu rendre le prix si, api’ès l’expérience, l’on n’est pas satisfait.

CllATREURS, RENOUEURS, OCULISTES ET PÉDICURES

La castration , scs avantages et ses inconvénients. — Effroyable abus (|ui en est fait. — I>cs renoueurs, rbabilleurs, rel)outeurs, etc. — La famille de Jtaillenl et l’exécuteur des hautes œuvres. — Les renoueurs à la Cour. — Examen qu’ils doivent subir. — Maison médicale de Louis XVI. — Les oculistes. — Ils sont assimilés aux renoueurs. — Les oculistes du roi. — l’rincipaux oculistes en 1760. — Les émailleurs-oculistes. — La fabrication des yeux artificiels, des gorges et des mollets factices, des bras et des jambes de bois. — Les fabricants d’instruments de chirurgie. — Conques pour la surdité. — Les cabinets d’anatomie. Pièces en cire. — Les pédicures. — Peu de cas qu’en fait Dionis. — Les pédicures à la Cour. — Ouvrages publiés par eux. — Dentiste et pédicure.

Un des moyens les pins prônés jionr la eure des hernies était l’ablation d’iin testieule ou même des deux. Bien d’antres affections, la lèpre*, la goutte, l’aliénation mentale par exemple, ne résistaient pas à ce procédé énergique. Le temps, loin d’affaiblir cette croyance, l’enracina, l’étendit, et la castration devint peu à peu une sorte de panacée qui assurait

^ Voy. Et. Baluze, Epistolœ Innocenta III, 1. 1, p. 10.

VAU I ET K s CIIIRUIIGICALES.

mille avantages à l’heureux mortel débarrassé d un or(]aue nuisible, xi la fia du seizième siècle, Jean Bodiu démontre de son mieux pouiujuoi ;

Les chastrcz ne sont subjects aux varices.

— — sont exempts de la {>oiitte.

— — surmontent tous les antres hommes

en prudence, etc., etc.*

brançois Ilanchin, en 1G40, reconnaît toutefois que la castration « n’est pas un remède certain pour les lépreux^. » Elle avait tant d autres mérites que l’on pouvait bien lui contester celui-là.

Fabrizio d’Aquapendente, mort en 1619, mentionne^ un Horace de Norsia, habile inciseur, qui a lui seul châtrait environ deux cents individus par an.

Il avait en tous lieux des conirères aussi occupés; mais il ne faut pas compter parmi eux xVmbroise Paré. Dans son traité des hernies, il s’élève avec indi,<jnation contre les i{;nobles opérateurs qui « coupent les coïl-

' Théâtre de la nature uniuerseUe,\.rM\\x\l en français par François tic Foiiircrolles, docteur en médecine. 1597, in-8“ p. 549.

- Tratcte curieux f/e /a /è/n-e. Dans ses Opuxcule: ou traictés divert et curieuxen médecine. In-S", p. 483.

Opéra chirurrjica. 1G2S, in-S”, p. 257.

LA VIE PRIVEE D’AUTREFOIS

Ions « aux , "arçons ^ Il les moleste encore

clans le chapitre où il étudie les plaies des aines et des testicules; il veut que l’on conserve avec soin ces parties « qui sont nécessaires à la génération, » et ajoute-t-il, « qui mettent la jiaix en la maison^. » Sur ce point, il devait savoir à cjuoi s’en tenir, ayant été marié deux fois. Mais Paré ne fut point écouté.

Dionis,au dix-huitième siècle, a soin d’avertir ses élèves que les châtrés ne sont pas, « ainsi qu’on le croit en général, exempts de certaines maladies, comme de la {joutte, de la ladrerie, de la mort subite, etc. « Il affirme aussi cju’il a connu « un opérateur qui ne nourrissoit son chien que de testicules; le chien se tenoit sous le lit ou sous la table, proche son maître, en attendant ce morceau friand, dont il le réjjaloit aussitôt après avoir fait l’extirpation®. »

L’abus fut porté à tel point que la Société royale de médecine s’en émut. En 17 7(), elle nomma des commissaires char(]és de faire une encjuète sur ces odieuses mutilations et d’avi-

' OEuvrex, édit, de 1607, p. 315.

2 Ilml., p. 399.

® l’ajjcs 288 et 32’i-.

V A lU K T i : s CHIRURGICALES.

ser aux moyens d’y mettre un terme, lis constatèrent que, dans le seul diocèse de Saint-Papoul, plus de cinq cents jeunes (>ens avaient été châtrés par d’audacieux inciseurs, qui recevaient pour chaque opération 35 livres * .

Ces al)ominal)les charlatans occupaient, dans la {>rande famille chiruiqjlcale, un ranjj très inférieur à celui qu’avaient su conquérir les renoueurs dits aussi rhahilleiu's, remcllcurs, rehouicurs ou baüleuls. Littré donne de ce dernier nom une étymolojjie peut-être exacte à l’ori^jine, mais qui changea au seizième siècle, et que Ménage ne mentionne même plus^. La famille de Bailleul, d’où sortirent d’éminents magistrats, passait pour avoir reçu du ciel le don de « remettre les os disloquez et rompus..., et de leur nom, ajoute Tallemant des Réaiix, on appelle tous les rcmetteurs des haillculs »

Scévole de Sainte-Marthe fournit sur cette famille de curieux renseignements. Le premier de ses membres dont la mémoire ait été conservée se nommait Jean de Bailleul, était

* P.-V. Itcnouarcl, Histoire de la médecine, t. II, p. 288.

* Voy. sa p. 71.

^ Historiettes, t. V, p. 401.

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al)l)é tle Joyenval et aumônier de Henri II. « 11 fit des cures si {p'andes et si admirables que toute la Cour le considéra comme un liomine extraordinaire. » Il transmit ses secrets à sa postérité, et Nicolas de Bailleul se montra dijjiie de lui.

C’estoit, dit encore Sainle-^Iarthe, une chose merveilleuse de voir avec quelle douceur et ajjilité de mains il manioit les os démis ou rompus, comme il remettoit les nerfs desjoints ou iressaillis et tous les membres du corps dans leur première assiette, et leur rendoit leurs fonctions naturelles. Car il pratiquoit ces choses si heureusement que, soit que cela procédast de l’agilité de sa main ou de la haute opinion que les malades avoient conceue de son adresse et de son expérience, ils n’avoient presque an fort de leur mal aucun sentiment de leur mal mesme. Tous ses remèdes estoient bénins et conformes à la nature, et il scavoil le secret d’adoucir et comme assoupir toute sorte de maux sur le point qu’il les traitoit. Avec tout cela, il ajustoit ses bandages si à propos sur le corps des malades et, par de divers tours et retours qu’on ne pouvoit démes- 1er, il serroit si fortement et si doucement encore toutes les parties offencées, que pas une ne se pouvoit ny lascher ny mouvoir qu'à sa volonté. Si bien que, par le moyen de ses ligatures et le souple maniment de ses mains, il tournoit les os, lesartères et les nerfs comme luy semhloit, et les rangeoit linalement où ils dévoient estre... Enfin, riche

VARIETKS CHIRURGICALES.

d’honneur et de réputation, il mourut à Paris, l’an 1610, du desplaisir extrême qu’il conceut de 1 horrible et détestable parricide commis en la personne sacrée du Uoy Henry le Grand, son bon maistre *.

Michel de Ballleul, président à mortier, chancelier d Anne d’Autriche et surintendant des finances ", possédait aussi le don singulier dévolu à sa famille^.

Le peuple l’attribuait également à l’exécuteur des hautes œuvres, qui, comme on sait, opérait presque partout les fractures et les luxations. En mars 1755, le bourreau de Fontenay-le-Gomte fut condamné de ce fait à dix livres d’amende. 11 offrit de subir les examens exigés des chirurgiens, et un arrêt rendu par le Parlement de Paris repoussa cette proposition. En avril 1761, les chirurgiens firent encore infliger une amende de 500 livres au bourreau du Mans qui avait pris, dans un acte public, le titre de chii'urgien-reslaiivalenr \ Ou les accusa aussi d’avoir

* Kloges clc.i hommes illustres^ traduits en français par G. Collelet. Édit, de ïG'ti, in-V, p. 560. — Édition latine, 1630, in-4", p. 156.

^ Mort en 1653.

^ Talleinant des Réaux, t. V, p. 401.

* Abbé .tanbert, Dictionnaire des arts et métiers, t II

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voulu assassiner un célèbre rebouteur, nommé Dumont et surnommé Val-des-Cboux, dont ils redoutaient la concurrence

Elle était redoutable, en effet, car il n’y avait pas un village qui ne possédât quebjue renoueur. Non seulement ils agissaient au {jrand jour, se qualifiaient de chirurgiens-hailleuls-7'enoueiirs, mais encore on les voit, dès le seizième siècle, admis à la Cour. Placés sur le même rang que les chirurgiens, ils jouissent du môme crédit, mangent à la môme table. En 1528, le soin de conserver la santé de Erançois I" appartenait à :

8 médecins.

1 apothicaire.

1 aide apothicaire.

8 chirurgiens-barbiers.

4 barbiers-chirurgiens.

1 rhabilleur ou renoueur.

Ce dernier avait nom Guillaume Thoreau ou Tabureau, et ses gages étaient les mêmes que ceux des chirurgiens, 240 livres par an. Les renoueurs approchaient donc, au besoin, la personne du roi. Ambroise Paré, qui les appelle « r’iiabillcurs ou renoüeurs, » semble n’avoir pas eu trop mauvaise opinion d’eux;

’ Bachauinont, 30 janvier 1780, t. XV, p. 37.

« ils rhabillent, dit-il, une partie rompue ou luxée et séparée, et la réduisent en son Heu ‘ . » Henri IV se contentait d’un seul renoueur, mais Louis XIII en entretenait trois. Ils étaient é{]alement trois sous Louis XIV, savoir :

Maistre Jacques Cuvillier,

— Denys Montfort,

— Jacques Cuvillier fils,

qui touchaient 000 livres de {juges et partageaient la table des valets de chambre^.

Les statuts octroyés aux chirurgiens en 1699 interdirent aux « bailleurs et renoüeurs d’os « d’exercer avant d’avoir subi une légère épreuve à Saint-Côme. Ils ne durent aussi prendre aucune autre qualité que celle d’experts. L’article 102, relatif à tous « ceux qui peuvent être agrégés dans la communauté, « est ainsi conçu :

11 sera fait défenses à tous bailleurs-renoüeurs d’os, aux experts pour les dents, aux oculistes, lithotoinistes et tous autres exerçans telle partie de la chirur{,ne que ce soit, d’avoir aucun étalage ni d’exercer dans la ville et fauxbourgsde Paris aucune

* Livre XV, chap. iv.

* État de la France pour 1692, p. 95; pour 1712, t. I,

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de ces parties de la chirurgie, s’ils n’en ont été jugés capables par le premier chirurgien du Roy ou son lieutenant, et par les quatre prévôts en charge. Scavoir : les bailleurs et renoiieurs d’os en faisant la légère expérience et payant les droits portés par l’article 123 cy-après; les experts |)Our les dents, oculistes, lithotomistes et autres, suivant la forme prescrite par les articles 111 et 112 cyaprès '. Sans que les uns ni les autres puissent former un corps distinct et séparé, ni prétendre au droit d’être agrégés à la communauté des maîtres chirui’j'jiens, ni prendre d’autres qualités que celle d’expert j)our la partie de chirurgie sur laquelle ils auront été reçus.

Au mépris de cette dernière prescription, un sieur Dumont se disait officiellement « chirurgien renoueurdes camps et armées du Roi, chirurgien honoraire de la Reine, premier chirurgien renoueur de Monsieur®. »

’ « L’cxaincn sera fait par le premier eliirnr{;icn du Roy ou son lieutenant et les ipiatre prévôts en eliarge, en présence du doyen de la Faculté de médecine, tlu doyen de la communauté des chirurgiens, du receveur en charge, des deux prévôts et du receveur (jui en sortent et de tous les maîtres du Conseil, de deux maîtres de chacune des quatre classes, qui seront choisis successivement et chacun à leur tour, et de deux desdits experts aussi successivement. « Article 111.

« Cet examen sera compose d’un seul acte, dans lequel seront Icsdits experts interrogés tant sur la théorie que sur la pratl(jue. » Article 112.

" Voy. Rachaumont, 26 août 1781, t. XVIII, p. 1.

D’après Jacques Guillemeau, Chirui'gic française, 1594, in-folio.

VAUIKTKS CHIRU IIGIGALES. 211

La maison médicale de Louis XVI comptait en 178G, outre les médecins ;

1 premier chirurgien.

1 — — ordinaire.

8 chirurgiens ordinaires.

4 re no neufs.

1 oculiste.

1 dentiste.

1 opérateur pour la pierre au petit appareil.

1 — — grand —

1 chirurgien pédicure K

Pendantfortlongtcmps, les oculistes avaient emprunté au loup de précieux remèdes. Jacques du Fouilloux écrivait vers 1580 ^ :

Des médecins et philosophes j’ay cncores appris que ceux qui ont mal aux yeux sentent souverain allégement s’ils les oignent des excrémens du loup : et que la cendre faite desdits excrémens, mesléeavec du miel, est bonne pour sister la défluxion des yeux chessieux ou pleurans : et que la graisse du mesme loup est pareillement fort propre pour les en froter.

En 1657, il y avait à la Cour un oculiste en titre, nommé Guillaume Partlion, qui tou-

' Guyot, Traité des offices, t. I, p. 567.

Jacques du Fouilloux, La vcneric, édit, de 1585, in-4”, p. 113 r°.

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cliait 300 livres de gages*. Le livre commode pour 1002 célèbre les mérites de « M. Girard, chirurgien operateur, cjui s’attache particulièrement à la cataracte, qui fait son séjour ordinaire à Cliàlons en Champagne, qui vient ii Paris tous les ans au printemps, et loge rue de la lJuchelte, à l’enseigne des capillaires de Montpellier^, d

Les oculistes sont traités, par les statuts de 1090, exactement comme les renoueurs^. Mais au siècle suivant, La Martinière, premier chirurgien du roi , ayant fondé à Saint-Côme une chaire d’ophtalmoiatrie les oculistes se firent, dès lors, recevoir maîtres en chirurgie. Deshais-Gendron fut le premier qui professa cet art au collège; il eut pour successeurs Louis Becquet et Jacques Arracliart®.

Si je n’al pas donné une place plus honorable aux oculistes, c’estque la jilupart d’entre eux étaient fort amis de la réclame. Jacques Daviel, savant homme, qui fut « chirurgien

* Estât fjéneral des ofjiciers domestiqua et commençaux ■ de la maison du Hoy, p. 50.

® Tome I, p. 160.

^ Article 102. Voy. ci-clessus.

* En novembre 1765.

® A. Corlieu, L' enseignement au collège de chirurgie,

ordinaire et oculiste du roi, « n’eut peutêtre sur ce point rien à se reprocher, mais on n’en saurait dire autant de sa veuve, comme le prouve le morceau suivant :

La réputation de feu Daviel, oculiste du Roi et le plus célèbre de l’Europe, recommande assez ses remèdes pour que l’on se dispense d’en spécifier l’efficace. lia laissé à sa veuve, rue des ÏMoulins, près de la fontaine. But Saint-Rocli à Paris, le secret d’une eau verte, qui fortifie la vue foible et fatijjuée, en dissipe les ombres et brouillards, et la rétablit dans son état naturel, outre une eau blanche contre les inflammations des yeux et une pommade contre les ulcères, les boutons et la chassie des paupières. Chaque bouteille d’eau coûte six francs, et le pot de pommade se vend au même prix

Rabelin, qui jouit également d’une grande réputation , soignait les oreilles aussi bien que les yeux, et il ne craignait pas de faire insérer dans les journaux des annonces de ce genre :

Le sieur Rabelin, habile oculiste à Paris, rue Ticquetonne, maison de M. Berger, fabricant de chapeaux, seul possesseur du baume spécifique pour la surdité, les duretés d’oreilles et les autres accidens de cette partie, que distribuoit la feue demoiselle de Lussan, continue d’opérer, par le

* Gazette de Hollande, n” du i"’ août 1766.

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nioven de ce baume, qui est fort connu, de trèsheureux effets. Ce remède est un topique spiritueux et doux, qui {juérit plus ou moins promptement, suivant le caractère et ranciennetè de la maladie. On peut se purjjer avant d’en foire usage, mais il n’exige d’autre régime que de se garantir du vent et du brouillard, et ne peut jamais causer le moindre accident. Le prix des boîtes est de 12 liv. 12 sols ’.

Parmi les plus habiles confrères de Daviel et de Babeliii, on peut encore citer :

MM. Béranger, rue de Seine Sainl-Germain.

Besson, rue Montmartre.

Segoeirs, rue Gervais-Laurent.

Grandjean, 7'ue Galandc.

Pierre Democrs, rue Mazarine.

Ce dernier fut oculiste de Louis XV, et mourut en 1795.

L’art de fabriquer des yeux artificiels était connu depuis longtemps. On les lit en verre d’abord, puis en émail. A la fin du dix-septième siècle, le vovageur anglais Lister raconte qu’il alla visiter l’atelier de « Ilubins, le fabricant d’yeux de verre; j’eu vis, dit-il, de pleins tiroirs de toutes couleurs, de façon à appareiller n’importe quels yeux^. » Au

‘ Affiches, annonces et avis divers, n^du 7 juin 1775. ~ Voyage à Paris en 1698, p. 133.

siècle suivant, les deux Émailleurs- oculistes qui se parta^jent les préférences du public sont les sieurs Roux et Auzou :

Roux, éinailleiir ordinaire du Roi, rue des Juifs, un des plus habiles et des plus célèbres de cette capitale pour les yeux artificiels d’émail, en tient une collection précieuse de toutes espèces.

Cet in^jéuieux artiste est parvenu au point d’imiter tellement la nature j)ar la forme, la couleur et le brillant, que lors(pic l’œil éteint n’est pas entièrement détruit ou déformé, celui qui le remplace reçoit tous les mouvemens du muscle, et ne permet plus de distinguer lequel des deux est affecté.

Sa générosité, et son amour pour le bien de 1 bumanité, le portent même à en donner gratuitement les lundis aux pauvres *.

Ce Roux mourut en 1777 Il eut pour successeur un sieur Auzou, qui fut également émailleur du roi. « On ne sauroit, dit un journal du temps, trop faire connoître le talent ingénieux avec leiptel cet artiste se rapproche si près de la nature que l’art semble disparoître dès que l’œil artificiel est mis en place. On les voit tous les deux suivre la même direction et faire ensemble les mêmes mouvemens. »

‘ Almanach Dauphin, 2' partie, p. 20.

® Affiches, annonces, etc., n“ du 7 janvier 1778.

LA VIK PUIVLE D’AUTllLFOIS.

Dès la fin du dix-se[)tlèine siècle, on distrihualt sur le Pont-Nciil les prospectus d’industriels, qui SC vantaient, dit J.-l*. Marana', de fabriquer des yeux en cristal, de guérir les maux incurables, de rajeunir les vieillards et de « faire des jambes de bois pour réparer la violence des bombes. »

Cette industrie et d’autres analogues se développèrent singulièrement ]>ar la suite. L. Prud’homme écrivait en 1807 :

Si vous voulez savoir jusqu’où Part est parvenu dans cette métropole, allez chez 31. IIazard®;au foyer de sa lampe, vous verrez naître le cristallin, l’uvée, l’iris, les veines les plus inqmrceptibles, et pour ainsi dire jusqu’au mécanisme admirable de la vision. A midi, vous lui demandez l’œil qui vous manque, et après le dîner, vous allez en société avec deux yœux parfaitement semblables.

Avez-vous besoin de prunelles? le sieur Demours * vous en fera une. De dents? voyez Si rabode ‘‘ ou Catalan.

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