‹ Variétés chirurgicalesChapitre 8 sur 51 · LA VIL PH IV KL D’AU T H L LO I S · texte numérisé non relu

LA VIL PH IV KL D’AU T H L LO I S

doute les faits qui vont suivre et (|ui sont raeontés au jour le jour par le célèbre doyen de la Faculté de Paris.

14 ni((i KÎIJO. — M. Maiitel a été fort nialailc (ruiic fièvre continue, poni- laquelle nous l’avons fait saifjner trente-deux fois : il est parfaitement {juéri, dont je loue Dieu.

Jacques Meiitcl, docte médecin, mourut en 1671. Il survécut doue treute-deu.x ans à ses trente-deux sai(piées.

jNI. le docteur Réveillé-Parise, qui a donné une détestable édition des lettres de Gui Patin, la moins mauvaise que I on ait jiourtant, met en note à la suite du passage relatif à Mentel : « Certainement il faut en louer Dieu, car on peut assurer qu’un malade (jui a résisté à trente-deux saignées a^ ait un tempérament inconnu de nos jours aux physiologistes. «

janvier 1()44. — Un do mes petits garçons, âgé de trois mois, avant été mal à propos porté dans la rue durant le grand froid par sa nourrice, en jirit un tel rhume et une telle toux que cinq semaines durant il en pensa étouffer. Ouand la toux lui [)i’enoit, c’étoit un accès à supporter de demi-heure ou de trois quarts d’heure, en toussant perpétuellement sans aucun relâche : il me semhloit à toute heure qu’il s’en alloit étouffer. Deux saignées et force lavemens le garantirent. Il est

V A R 1 1: l' i ; S C 1 1 1 R U R G I C A lÆ s .

aiijoiird’liui uii des jîliis l’orts de mes cinq petits qarçons, sine alla noxa pulmoiiis.

IG avril 1G45. — IM. Coiisiiiot, qui est aujourd’hui premier médecin du Roi, fut attaqué d’uii violent rhumatisme, pour lequel il fut sai(>né soixante-quatre fois eu huit mois, par ordre de M. sou père et deM. Rouvard son beau-père. Après avoir été tant de fois saiqné, on commença à le purqer, dont il fut fort souhqjé, et en guérit à la fin.

J’ai autrefois traité un )eune (jentilhomme âyé de sept ans, qui tomba dans une grande pleurésie pour s’étre troji échauffé à jouer à la paume. Son tuteur haïssoit fort la saignée, et je ne pus o[)poser à cette haine qu’un bon conseil, qui fut d’appeler deux de nos anciens, iMM. Séguin et Cousinot. Il fut saigné treize fois, et fut guéri en quinze jours.

10 mars 1G48. — Depuis ma dernière lettre, un méchant rhume m’a tant pressé qu’enfin il m’a fallu tout quitter et me mettre au lit, où j’ai été saigné sept fois.

On voit que Patin, conséquent avec luiinêrne, ne s’épargnait pas à l’occasion.

IG janvier 1G50. — Vesliugius ' est mort en douze jours d’une fièvre continue, âgé de quarante-huit ans, pour n’avoir été saigné que deux fois fort petites le dernier jour d’aoùt : voilà de nos saignées d’Italie.

En ce temps-là, mon fils aîné ’ étoit ici fort ina-

‘ Jean Vesling, professeur d’anatomie à l’adoue.

* Il avait alors vingt ans et demi.

I,A VIE PIllVEE DAUTHEFOIS.

];ule ; niais je l’ai retiré cln mauvais pas d'iiiie fièvre continue, par le moyen de vingt bonnes saignées des bras et des pietls, avec pour le moins une douzaine de bonnes médecines de casse, séné et sirop de roses pâles.

4 février IG50. — iMon beau-père a pensé mourir ce dernier mois de janvier. En cette dernière attaque, il a été saigné huit fois des bras, et chaque fois je lui ait fait tirer neuf onces, quoiqu’il ait quatrevingls ans. Il avait une inllammation de poumon avec délire. Après les saignées, je l’ai purgé quatre bonnes fois.

7 mars 1651. — Je me fais saigner cinq ou six fois l’an, et prends autant de médecines.

Nos pères se faisaient ainsi tirer du sang de temps en temps. C’est ce que l’on nommait saignées de précaution.

2 novembre 1655. — J’ai depuis trois semaines traité ici un gentilhomme du Languedoc, d’une très cruelle et très mauvaise petite-vérole, âgé de dix- Imitans. Ilaété saigné dix bonnes fois... Il dit qu’il sera quelque jour président en son pays, et qu’il ordonnera aux médecins de Toulouse de faire saiguei’ leurs enfans et ceux d’autrui dans la petitevérole.

19 mai 1657. — Tous les rhumes sont passés, il ne reste ici que la rougeole, où la saignée fiiit merveilles.

jiiiHet 1658. — Le Roi est tombé malade à IMardick, d’où il a été mené à Calais. Ses médecins

sont Guénaut, Vallot et crAquin. Dès le cominenceinent du mal, le Roi n’ayant encore été sai^jné qu’une fois, il v eut dispute entre Vallot et un autre médecin de la Cour touchant la saijjnée. Vallot disoit qu’il ne falloit point salffiier, l’autre pressoit de le faire. On appela pour arbitre un tiers, qui est un médecin d’Abbeville, où on l’alla quérir, nommé M. d U Sausoy, qui fut d’avis que le Uoi devoit être saigné. Vallot trouva mauvais cette opposition, et lui dit qu’il étoit bien hardi. M. du Sausoy lui répondit : « Monsieur, je vous connois bien; le Roi a besoin d’être saigné et le doit être ; si vous ne trouvez pas bon mon avis, je ne m’en soucie pas, non plus que je ne vous tiens point capable de juger ce différend '. » Le Roi fut saigné. On l’a saigné neuf fois en tout.

Louis XIV avait alors vingt ans.

27 août 1658. — Nous guérissons nos malades après quatre-vingts ans par la saignée, et nous saignons aussi fort heureusement les en fans de deiiv et trois mois sans aucun inconvénient.. . Il n’y a pas de femme à Paris qui ne veuille bien croire à la saignée, et que son enfant soit saigné dans la fièvre, à la petite-vérole, ou à la rougeole, ou aux dents, ou aux convulsions.

27 mai 1659. — Notre bon M. Raralis - a été saigné onze fois en six jours, cela a empêché la suffo-

* II est probable que Patin se montre ici un peu partial en faveui- du champion de la saignée.

" Médecin attaché à la Cour. Il mourut l’année même, âgé de (piatrc-vingt-un ans. Voy. une lettre du 9 juin.

LA VIE PRIVEE D’AUTREFOIS

cation, mais il est en (jraïul danjjer de n’en pouvoir échapper : une fièvre continue, nn méchant poumon et quatre-vingts ans sont tous si^jncs qui m’en laissent nn soupçon fort funeste.

juin 1059. — M. l'etitpied, avocat Irèscélèbre, a été fort malade d’une inflammation dn poumon, pour laquelle il a été saiyné dix-sept fois ; mais il se porte mieux. S'il avoit été traité par quehjue charlatan, on lui auroit épargné le trésor de la vie, on lui auroit donné des petits grains ou du laudanum, et il serolt mort. Mous avons ici quantité de fièvres continues, avec douleurs de côté, crachemens de saug, pleurésie et inflammation du poumon. Ils ne sont soulag^és que par la saignée ; car ce n’est pas du sang- qu’on leur tire, ce n’est que de la boue.

28 octobre 1059. — Quelques étrangers blâment nos fréquentes saignées, qui n’eu savent ni la cause, ni le fruit, non pas même la nécessité. Si nous saignons trop, qu’ils nous donnent le moyen de nous abstenir, et nous disent (juel auti'e remède peut être mis eu usage au lieu de la saignée.

2i mai 1001. — 31. Courtois ' commencera demain à se lever et à mettre le pied hors du lit. 11 l’a échappé belle, moyennant dix-huit saignées et vingt purgations.

Le pauvre homme n’en avait pas fini avec scs confrères.

8 juin 1001. — Enfin 31. Courtois est guéri; je

' Médecin à PaVis.

VARIETES r. Il I R U R G 1 G A L E S .

ne l’irai plus voir qu’en passant. Il a été sai(jné en tout vinj-t-deux fois et purgé environ quarante lois.

19 janvier 16G3. — J’ai fait saigner autrefois un enfant de trois jours ' pour un érysipèle qu’il avoit à la gorge. Il est encore vivant, âgé de trente-cinq ans. 11 est capitaine de Dunkerque. C'est le tils de îMadaine Clioart.

J’ai fait saigner le fils de M. Lambert de Torigny le soixante-deuxième jour de sa vie, qui a aujourd’iiui dix ans.

L’application des remèdes dans un âge si tendre demande beaucoup de jugement.

li novembre 10(14. — La reine-mère fut saignée du pied il y a quelques jours, sans être autrement malade. Elle a soixante-deux ans passés.

30 juin 1005. — J’ai vu depuis peu en consulte un gentilbomme breton, âgé de dix-neuf ans, naturellement fort dévot, qui devint dans peu de jours mélancolique, et à cette mélancolie succéda une espèce de manie, avec une fièvre continue et convulsions effroyables... Pour tout cela, il fut saigné des bras et des pieds jusqu’à vingt-deux fois ; il fut purgé de plus de vingt lavemens et d’environ trente apozèmes purgatifs. Il est tout à fait guéri et remis en son bon sens.

0 novembre 1009. — Nous avons ici quelques petites-véroles et quantité de rougeoles. A l’une et à l’autre, la saignée, faite dans le commencement, est d’un grand secours pour prévenir l’inllamma-

* Il faut l»icn lire : troia jours.

18 I.A VIE PlilVÉE D’AUTREFOIS.

tiou érysipélateuse du pouiuon, qui est mortelle.

Dans tout ceci, Patin célèbre ses victoires et ncqjlijje ses défaites; il note les (]‘ens qu’il ajjuéris, oublie ceu.\ qu’il a tués. Bien que la constitution (les Parisiens fût certainement fort différente au dix-septième siècle de ce (|u’elle est aujourd’hui, la fréquente saignée ne réussissait pas sur tout le monde. Mme de Sévigné, qui venait de perdre le chevalier de Grignan, mort de la petite vérole, écrivait le I 0 février K) 72 : « Il a été rudement saigm*; il résista à la dernière (jui fut la onzième, mais les médecins l’emportèrent', v Dans ce cas jiai'ticu- 11er, entre bien d’antres, les succès étaient rares. On jiréteml que Chirac, médecin du Régent, s’écria un jour ; « Petite vérole, tu as beau faire, je t’accoutumerai à la saignée ! » Idle ne se laissa pas du tout convaincre, et c’était là un des points faibles de la doctrine : ses adversaires le savaient bien.

(àir elle avait quehjues adversaires. Avant <pie la Faculté l’eut adoptée, Ph. Guvbert, converti depuis, donnait nn libre cours à son indignation : « I.,cs cheveux me dressent sur la teste, proclamait-il, d’avoir veu tant de sai-

* l’omc II, p. 494.

V A U 1 1 : T F. s CHIRURGICALES.

gnées réitérées, et menant au tombeau des personnes de toutes qualitez ^ 5? Gui de la Brosse, médecin de Louis XIII, resta toujours rebelle. INIême son incrédulité le perdit, s’il faut en croire Patin, qui ne pardonnait guère : « Gomme on lui parla d’étre saigné, écrit-il, il répondit que c’étolt le remède des pédants sanguinaires (il nous faisoit l’honneur de nous appeler ainsi), et qu’il aimoit mieux mourir que d’être saigné : aussi a-t-il fait. Le diable le saignera dans l’autre inonde^. «

Comme on l’a vu, la purgation à outrance avait conservé des adeptes. Louis XIV en fit assez l’expérience^, et la Dauphine (ut purgée vingt-deux fois en deux mois"*. Ou hésitait à purger les femmes enceintes, mais un médecin prudent les faisait saigner trois fois au moins pendant leur grossesse '' ; souvent beaucoup plus. Le célèbre accoucheur Mauriceau écrivait : tiM. Jamot, mon confrère, m’a dit avoir saigné une femme quarante-huit fois durant le cours d’une seule grossesse, sçavoir :

* Advis salutaire sur la saiqnée, in-8", p. 619.

-Lettre du 4 septcmhre 16V1.

^ Voy. le Journal de la santé, passim, cl Les médecins, p. 177 et suiv.

* Dionis, p. 682.

® V^oy. ci-dessous, p. 97.

I,A VI K l'IllVKl': D’AU lltKFOIS.

(jiiaiante-cln(| fois du hras, deux fois du pied et une fois de la {jor^je »

Aux yeux de Gui Patin, la sai^jnée, précieuse dans tous les cas, était absolument indispensable aux Parisiens. P]coutons-le :

IG avril IGiS. — Nos Parisiens font peu d’exercice, boivent et mangent beaucoup, et deviennent fort pléthoricpies. En cet état, ils ne sont presque jamais soulagés de qiiebjne mal qui leur vienne, si la saignée ne marche devant, puissamment et copieusement.

28 octobre 1659. — Pour la fréquente saignée qui se fait à Paris, on n’a que faire de s’en prendre à nous; nous ne sommes pas la cause des maux qui se font dans le monde; nous ne saurions faire autrement. C'est la débauebe qui est universelle et la trop bonne chère qu’on y fait qui nous v oblige.

31 aoiït IGGO. — Pour la saignée, on ne s’en peut passer à cause des débauches et de la bonne chère où l’on s’abaïulonne dans les grandes villes comme Pai is et Lyon.

C’clail encore, un demi-siècle après, l’avis du cbirnrgicn Dionis :

Il est lacile de répondre à ceux qui s’étonnent de ce qu’on saigne plus en France, et particulièrement à Paris, (ju’en aucun autre lieu de l’univers : (î’est parce qu’on y lait plus de sang, le climat étant plus tempéré, l’air plus é|)ais et la nourriture meil-

' Traité des maladies des femmes grosses, 2'^ éclit.,p. 123.

V A K 1 !•: T i: S C II I U lî II G I C A L E S .

leurc. I.a grande dissipation qu’on fait dans les pays chauds s’oppose à la sal{|iiée, et le besoin qu’on a de conserver sa chaleur naturelle dans les pavs froids la défend... On fait si bonne chère à Paris et on y a inventé tant de nouveaux ragoûts pour exciter l’appétit, qu’il ne faut pas être surpris si on y fait plus de sang qu’ailleurs

Heureuseineiit pour ces Parisiens si intempérants, les chirurgiens avaient découvert cpi’il existait dans le corps humain (juarantesept veines saignables. Voici le nom et la spécialité de chacune d’elles :

Quinze a i.a tète :

l frontale ou preparate, au milieu du fronl.

La saignée en était indiquée pour les céphalalgies siégeant au derrière de la tête.

1 venu pnpj)is^ à l’occiput.

On ordonnait cette saignée contre les céphalalgies siégeant au devant de la tête.

temporales^ près des tempes.

Contre les maux d’yeux et les maux d’oreilles.

2 auriculaires^ derrière les oreilles.

Contre la surdité et les ulcères des oreilles.

2 aïKjulaires ou oculaires, à l’angle des yeux, près du nez.

Contre les maladies des veux et des pau[)ières.

] nasale, entre les deux cartilages qui se réunissent au milieu du nez.

* Cours d'opérations de chirurfjie, cclil. de 1714, p. 551.

LA VIL PRIVLK D’AUTREFOIS

Contre les pesanteurs de tête, les fluxions des yeux et des pau|)ières.

Celte veine est très fine et sa situation la rend invisible. La saij^tiée de la nasale passait donc avec raison pour très difficile, aussi était-ce une des épreuves souvent exigées à Saint-Côiue des candidats à la maîtrise.

!2 labières, aux lèvres.

Contre les maladies de la bouche et les ulcères du visage.

2 ranulaires ou ranules^ sous la langue, près du filet.

Contre l’esquinancie et rinflammation des amygdales.

2 jîKjulaires^ au cou.

Ct)utre l’esquinancie et les maladies du gosier.

Dix aux bhas : i

^ céphaliques^ humcrnles ou épauLières.

Contre les douleurs de la tête, de la gorge et des oreilles.

2 basdupies^ hépatiques^ aisselières ou axillaires.

Contre les obstructions du foie.

2 médianes.

Contre toutes les maladies.

2 radiales., au côté externe de l’avant-bras.

2 cubitales., au coude.

v^IX AUX .MAINS :

2 céphalupies ou oculaires, entre le pouce et l’index.

Contre les douleurs de tête et les maladies des

veux.

V A 11 1 li r E s cm U u u g i c a l e s .

2 inéclianes, noires ou conwumes, le loiifj du médius.

Elles servaient à délaut des quatre autres.

2 salvatelles, sur le dos de la main entre le petit doi^t et rannulaire.

Jai salvatelle jouissait d’une qrande réputation. Elle tirait son nom du mot latin saluatio, qui simplifie salut, et bien des qens ont cru devoir le leur à cette saiqnée. Dans la chiromancie, lonm>;tem|is respectée en médecine, la salvatelle répondait au l’oie, à la rate, aux reins et aux poumons; aussi eu la sai(;nant, se fq;urait-ou rendre la santé à ces oryanes.

Deux au vextue :

2 Uuujues, sur les Haucs.

Celle de droite contre l’iivdropisie et les maladies du foie; celle de (jauclie contre les maladies de la rate.

Deux au siège :

2 hémorroïdales.

Contre les affections mélancoliques.

Deux aux jambes :

2 ]>opliti<ines ou jarretières., au pli du jarret.

Contre les maladies du bas ventre.

Dix aux pieds :

2 saphènes, près de la cheville, eu dedans.

Contre les maladies des reins et des ormjancs (génitaux.

2 sciatûpies, près de la cheville, en dehors.

Contie les sciatiques, les maladies des hanches et des cuisses.

LA VIK l’KlVLK D’A U T lUIF ( ) I S .

!2 ni('(iia/ics ou 7-énales, an cou-de-pied.

.Môme sp('“cialité cjue la précédente.

2 X, entre l’oilell et le deuxième doi{;t.

2 A', entre le (piatrième et le cinquième doi{>t.

On n’ouvrait pas indilTéreinnient les veines portant le inêine nom; on utilisait celle de droite si le mal sit'qjeait à droite et ^■ice versa.

L’usa^je de la phlébotomie a enfanté de cnrienses superstitions. I.a saijjnée du premier jour de m:il passait pour la })lns efficace de tontes, pour à peu près indispensable, même dans le meilleur état de santé. On était convaincu aussi que la première saiqnée pratitpiée sur une personne lui sauvait la vie dans tous les cas'. Gomme le fait très sa(jement observer le cbirurjqlen M.-K. Meurisse, cette crovance est beaucoup plus daiq;ei’euse que la précédente : « Bien des {jens, écrit-il, néqjliqent de se faire saigner dans le commencement de

’ Il Ils uni forme opinion (jiic la première sai{jncc sauve la vie infaillihicmcnt. Il est l>ien vray pi faut ainsi parler} (pi’on ne meurt jamais de la première : car si on inouroit ceste fois-là, on ne seroit plus saijpié, et par conséquent telle saijjnée ne seroit proprement dicte pr<'mièrc, ains unicpie : d’autant (pic premier est relatif au second et aux antres ensiiyvans. Mais ipie la première sauve la vie, comme ayant plus de propriété, c’est un erreur dcsja fort deseouvert par longue expérience (pii enseijjne le contraire. » Laurent Joubert, Erreurs populaires, 2'’ partie, p. 161.

leur maladie, disant qu’il faut réserver cette saignée pour les guérir lorsqu’ils seront à l’extrémité ‘ . »

Avec raison, d’ailleurs, la sai.qnée dont ou abusait tant était re^jardée comme une opération délicate, et qui exi,«eait toute l’atteutioii du chirur{jleu même le plus habile'. Ou lui accordait le droit de faire sortir de la j)ièce toute fijjure qui lui déplaisait. Diouis u’usalt j)as de ce privilège, et il s’eu montre très lier :

S’il y avoit quelqu’un dans la chambre que le chirurgien ne crût pas de ses amis, il pourroit le faire sortir, parce qu’il ne faut pas qu’il ait pour spectateurs des gens qui pourroient l’inquiéter et le chagriner par leur présence. Autrefois, ils usoient de ce privilège, et un jour que IM. Félix alloit saigner le Uoy, il dit à l’huissier de faire sortir uu des chirurgiens de quartier qui n’étoit pas de ses amis. 3Iais aujourd’huy cela ne se j)rati(pie plus, 'foutes les fois que j’ai saigné madame lal)aiq)hine ou quelqu’un des princes, la chambre étoit pleine

‘ L’art de la xaiijnée (^1738), p. 83.

" Il De l’aveu de tous les clururgicns, c’est 1 opération la plus périlleuse, et celle tpii leur dunne le plus do sujets de iiiortitication. Ils n’aspirent tous «pi’à la quitter le plus tôt (pi’ils le peuvent, et dès (|u’ils sont venus à Paris dans la haute pratirpic, ils ahandonnent aveejoye la saignée, et ils croyent s’ètre tirez une grosse épine du pied. » Dionis, p. 57 'f.

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