JANVIER, FÉVRIER, NOVEMBRE, DÉCEMBRE
Lever à 7 heures.
Dîner à 11 —
Souper à 1 —
Coucher à 11 —
Montaigne, qui aimait à rester au lit le matin, avait adopté pour toute l’année ce dernier régime. Il se levait à sept heures, dînait à onze heures, mais soupait à six1. C’est, à peu de chose près, ce que conseillait à ses clients Joseph Duchesne (Josephus a Quercu), médecin de Henri IV. Il interdisait toute nourriture le matin, et voulait que l’on dînât entre dix et onze heures. Après ce repas, qui doit durer une heure, « faut, écrit-il, se contenir à table, sans en bouger, une bonne demi-heure pour le moins , en devis agréables avec la compagnie. Souper à six heures. Puis, sur les neuf heures en esté, il sera temps d’allumer chandelles, et penser à s’aller coucher à dix 2. »
1 Essais, liv. III, chap. 13.
2 Le pourtraict de la santé', p. 365.
Henri IV, en effet, dînait à onze heures. Régnier, dans sa douzième satire composée avant 1608, nous apprend1 2 qu’à « midy sonné »
. . . . Au logis du Roy tout le monde a disné.
Dans la bourgeoisie, où l’on était plus occupé, on ne se mettait sans doute à table que vers midi. C’est au moins ce qui me semble résulter de cette anecdote que Tallemant des Réaux attribue à Malherbe :
Allant disner chez un homme qui l’en avoit prié, il trouva à la porte de cet homme un valet qui avoit des gants dans ses mains ; il estoit onze heures. — Qui estes-vous, monamy, luy dit-il ? — Je suis le cuisinier, monsieur. — Vertu Dieu ! reprit-il en se retirant bien viste, je ne disne pas chez un homme dont le cuisinier à onze heures a des gants dans ses mains\
Le médecin J. Héroard avait dressé un plan de vie pour le petit Louis XIII, et il y réglait de cette manière l’emploi de chaque journée :
A 7 heures, habillé.
De 7 à 9 — étude.
De 9 à 11 — étude et récréation.
Ail — clîner.
1 Vers 16.
2 Historiette*, t I p 283
De midi à 1 heure, récréation.
De 1 à 3 — étude.
De 3 à G — récréation.
AG — souper.
A 9 — coucher1.
Louis XIII avait neuf ans quand on voulut le soumettre à ce régime2, et je ne sais combien de temps il le suivit. Mais à dater de 1G27, son dîner est retardé d'une heure, il ne le prend plus qu’à midi 3 ; il continue, d’ailleurs, à souper à six heures 4.
Gaspard Bachot, qui eut aussi le titre de médecin du roi, publia en 1626 un traité d’hygiène dans lequel l’appétit, les repas, et même « F en-bon-point, » occupent naturellement une place importante. Les personnes, dit-il, qui « ont voulu régler les repas du Prince, sur lequel les autres doivent mouler leurs actions pour ne s’en esloigner que le moins qu’ils pourront, » auront soin de laisser un intervalle
de 4 heures entre le lever et le dîner, je g — — le dîner et le souper,
1 De V institution du prince. A la suite du Journal sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII, t. II, p. 342.
2 J. Iiéroard, Journal , t. I, p. 376.
3 Ibid. Ibid. t. II, p. 311 et 312.
* Ibid. Ibid. t. II, p. 299 et 316.
de 4 heures entre le souper et le coucher.
C’est presque exactement le programme tracé par Héroard. Mais il s’agit ici des courtisans, des nobles, des riches bourgeois, pour lesquels, comme nous l’avons vu, il n’est jamais question que de deux repas par jour. Les « artisants et autres de grandissime travail » en faisaient quatre, et le docteur les engage à les prendre de quatre en quatre heures 1 .
Somme toute, les citations qui précèdent nous donnent le droit d’avancer qu’entre le règne de François Ier et celui de Louis XIII, les repas furent retardés d’une heure. Quand Louis XIY monte sur le trône, on ne dîne plus guère qu’entre onze heures et midi, et l’on soupe entre six et sept heures.
Nous savons par Saint-Simon que Louis XIY dînait à une heure et soupait à dix2 3. Mais, durant celte période, les grands seigneurs n imitent plus le roi. Forcés d’assister aux repas du maître, ils doivent prendre les leurs plus tôt. Nous allons donc voir que, dans la seconde partie du dix-septième siècle, on dîne
1 Partie troisième des erreurs populaires touchant la
médecine et régime de santé, p. 432.
3 Édit, in-18, t. XII, p. 120, 175 et 180.
LA VI K PRIVÉE D’AUTREFOIS
à midi et l’on soupe entre sept et huit heures.
Le principal convive du repas décrit dans la troisième satire de Boileau1, ne s’était pas fait attendre :
J’y cours, midi sonnant, au sortir de la messe, raconte-t-il.
Dans Les costeaux ou les marquis frians , pièce composée par Facteur Yilliers en 1665, le poète nous présente trois parasites, Clidamant, Léandre et Valère, qui sont arrivés en retard chez Thersandre. Celui-ci, leur dit le maître d’hôtel, avait fait servir
Immédiatement après midy sonné.
On pourrait en conclure que Thersandre dinait ordinairement plus tôt, mais la suite du dialogue n’autorise pas cette hypothèse :
LEANDRE, prenant sa montre.
Voyons quelle heure il est.
CLI DAMANT.
Eh bien, comte, quelle heure?