‹ Variétés gastronomiquesChapitre 8 sur 29 · LA VIE PRIVÉE D’AUTREFOIS · texte numérisé non relu

LA VIE PRIVÉE D’AUTREFOIS

mieux1. » Mais beaucoup d’ouvriers partageaient les préjugés de Ponocrates, et il est probable que l’habitude de remplacer le premier repas par des spiritueux remonte à cette époque. Donc, on tuait le ver au seizième siècle comme au dix-neuvième, et je crois bien avoir découvert dans un de nos vieux chroniqueurs 1 origine de cette coutume. Lisez : « Audict an 1519, en juillet, mourut subitement mademoyselle, femme de M. la Vernade, l’un des maistres des requestes du Roy... Dont elle fut ouverte, et luy fut trouvé un ver en vie sur'le cœur, qui luy avoit percé le cœur. Et lors, fut mis sur le cœur du métridal 2 pour le faire mourir, mays il n’en mourut point. Puis y fut mis du pain trempé en vin, dont incontinant ledict ver mourut. Parquoy il ensuyt qu’il est expédient de prendre du pain et du vin au matin , au moings en temps dangereux , de peur de prendre le ver3. »

Rabelais écrivait alors que «le riche se doibt repaistre quand il aura faim, le povre quand il aura de quoy4, » pensée profonde que Ga-

1 Gargantua, liv. I, cliap. 21.

2 Du mithridate, antidote célèbre.

3 Journal d'un bourgeois de Paris sous François Ier, p. 81.

4 Pantagruel, liv. IV, chap. 64.

briel Chappuys lui emprunta sans en rien dire, et qu’il formula en ces termes : « L’heure de soupper, aux riches est quand ils veulent, et aux pauvres quand ils peuvent 1 . » A la même date, l’ambassadeur vénitien Lippomano remarquait que les Parisiens étaient « très désordonnés dans leur manière de manger, car, ajoute-t-il, ils mangent quatre ou cinq fois par jour sans règle ni heure fixe2. » Retournons donc à la cour, et constatons que Henri III dînait au sortir de la messe3, et soupait « précisément h six heures du soir 4. «

Le roi ne suivait donc pas alors le régime que lui avait tracé son médecin Laurent Joubert, et qui variait ainsi suivant les saisons 5 :

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