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m VARIÉTÉS LITTÉUAIRES.
pour aller les rejoindre le plus tôf possible et les égayer un peu ». Il ne tarda pas à répondre à celte sommation d'outre-lombe ; dés le mois d'octobre de cette année, il voulut savoir de son médecin la vérité, qui ne lui fui cachée qu*à moitié, et il devina le reste. C'est à ce moment qu'il reçut une lettre bien curieuse, restée inédite jusqu'à ce jour S de la reine Caroline de Naples, qui, bien connue par d'autres exploits que des exploits théologiques et plus soucieuse du salut des autres que du sien, lui écrivait en termes pressants pour l'exhorter, en vue d'une mort prochaine et inévitable, à s'y préparer, « en abandonnant cette fausse idée de vouloir montrer un esprit fort, qui n'est qu'un entêtement irréfléchi, fruit d'une vie licencieuse, à ne pas se soucier des flatteries des faux amis en cet instant suprême », enfin à se réconcilier avec Dieu. Dans une lettre également inédite, Galiani remercie avec dignité sa souveraine, et l'assure que les doutes et les inquiétudes de Sa Majesté vont trop loin ; il ne nié rien de son passé, il confesse ses erreurs. « Mais, ajoutel-il, je puis affirmer que les maximes de l'éternelle morale et de la véritable religion chrétienne sont toujours restées gravées dans mon esprit. » Et de fait sa mort fut édifiante.
Ici se pose une question grave et singulièrement délicate. Est-il sincère en écrivant, en mourant ainsi, et dans quelle mesure l'est-il? Lui-même, quelques années auparavant, il avait semblé répondre d'avance à cette question, à propos de M"® Geoffrin, tombée dans la dévotion : « Ces métamorphoses, disait-il, sont la chose du monde la plus naturelle. L'incrédulité est le plus grand effort que l'esprit de l'homme puisse faire contre son propre instinct
1. Trouvée dans les archives du palais royal à Naples par M. Geffroy, directeur de l'École française d'archéologie à Rome.
et son goût. Il s'agit de se priver à jamais de tous les plaisirs de l'imagination, de tout le goût du merveilleux ; il s'agit de nier ou de douter toujours et de tout, et de rester dans l'appauvrissement de toutes les idées, des connaissances, des sciences les plus sublimes. Quel vide affreux ! Quel rien ! Quel effort ! Il est donc démontré que la très, très grande partie des hommes ne saurait être incrédule, et celle qui peut l'être n'en saurait soutenir l'effort que dans la plus grande force et jeunesse de son âme. Si l'âme vieillit, quelque croyance reparaît*. »
Était-ce sa propre histoire qu'il écrivait là par anticipation? N'oublions pas d'ailleurs que nous avons affaire à un Napolitain. Gela explique bien des contrastes. 11 a été un homme du dix-huitième siècle, encyclopédiste, érfiancipé d'idées, riant de tout et plaisantant sur tout ; il s'est livré sans mesure à toutes les folies, aux débauches d'esprit qui se pratiquaient de son temps. Mais le rire, même à outrance, n'est pas une doctrine; la bouffonnerie, même extravagante, n'est pas nécessairement l'athéisme. Galiani est un personnage très compliqué, où le temps et la race, le milieu et le tempérament, une foule d'instincts, d'habitudes et de goûts contraires, se mêlent pour en faire un ensemble insaississable et changeant. 11 serait absurde et injuste de parler ici d'hypocrisie ; de grands mots pareils seraient mal à leur place pour définir cet être léger, vif, mobile, inconsistant, inquiétant et charmant. Mais il y a chez lui comme une succession rapide de contrastes irréfléchis, l'abandon dans les sens les plus contraires, ce que j'appellerais des sincérités relatives et momentanées, qui font de ce petit abbé un des types les plus extraordinaires, une des énigmes les plus curieuses du dix-huitième siècle. J'ai essayé à mon tour d'étudier