‹ Variétés littéraires (volume 2)Chapitre 38 sur 48 · Œuvres complètes^ p. 168 et sq · texte numérisé non relu

Œuvres complètes^ p. 168 et sq

Rivarol estime qu'il est inutile, et par conséquent dangereux, d'agiter de nouveau le fond de' ces idées, qui serait peut-être immuable si Ton ne venait, à chaque instant, en remuer les obscurités : « La croyance en un Dieu est si naturelle et si nécessaire aux gouvernements, aux peuples, à la société, à la richesse pour sa sûreté, à la misère pour sa consolation*, » qu'il est imprudent de la compromettre par des démonstrations faibles. Or, telle est la situation d'un déiste tel que M. Necker : « Pascal vous eût rejeté bien loin avec vos preuves tirées du spectacle de la nature, lui pour qui Dieu était moins probable que Jésus-Christ, et qui concevait mieux qu'on pût être athée que déiste*. » La conclusion de l'opuscule est en faveur de la morale indépendante. Le mot n'y est pas, mais l'idée y est présente et inspire les dernières pages. La morale sans le dogme, voilà ce qui nous reste, nous dit-on, du grand naufrage. Toutes les religions se fortifient de son alliance ; elle n'a besoin d'aucune d'elles. C'est aux philosophes à répandre la morale, et il faut qu'ils y mettent autant d'ardeur que les prêtres en ont mis à propager la religion. Rivarol les convie, et particulièrement M. Necker, à donner à la France un catéchisme de morale qui remplacerait tout le reste.

Tel est l'état d'esprit de Rivarol en 1788. C'était alors un sceptique bel esprit, s'efforçant seulement de sauver la morale, sacrifiant légèrement tout le reste. Mais ce n'est là que la première forme de sa pensée sur cette question.

Il y revient neuf ans plus tard dans l'esquisse de sa philosophie, publiée comme discours préliminaire d'un Dictionnaire de la langue française. Les temps étaient changés ; la Révolution avait passé par là. Sans transfor-

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