‹ Variétés littéraires (volume 2)Chapitre 42 sur 48 · Œuvres eomplèletft, I, p · texte numérisé non relu

Œuvres eomplèletft, I, p

limites; Tidée d une cause intelligente nous donne celle de puissance et de perfection. Or, la puissance est tout autre chose que la privation des limites; peut-être est-ce assez pour la majesté de Dieu que Tespace soit à sa disposition et non qu'il le remplisse ; peut-être suffit-il à sa grandeur, de la conscience de sa solitude. — Source de l'existence, maître de la durée, dominateur de l'espace, dispensateur du mouvement, en un mot, volonté première et sentiment universel, nous le composons de tout ce que nous sommes, et sans l'atteindre jamais. Dieu est la plus haute mesure de notre incapacité *^.

Remarquez qu'il y a soixante pages de ce style, d'une vigueur qui se renouvelle, d'un élan qui recommence sans cesse dans les sphères les plus hautes et les plus abstraites de la métaphysique. Où donc retrouverait-on ici la frivolité, proverbiale de Rivarol et qu'est-elle devenue en de pareilles méditations?

J'étonnerais beaucoup ceux qui méprisent avec justice le pamphlétaire, si je mettais en lumière, comme elles le méritent, les considérations diverses sur le temps et le nombre, le temps surtout qui n'est qu'une conception sans réalité, formée par l'opposition de l'idée du moi, qui est fixe, et de nos idées, qui se succèdent et se partagent devant lui en idées qu'il a et en idées qu'il a eues ; mesure purement intellectuelle, immuable et mobile à la fois; immuable par sa nature, comme le moi qui l'a conçue, mobile par une sorte d'illusion naturelle et nécessaire, à cause des idées, des mouvements et des événements qui passent devant elle. Je parcours l'espace, mais je ne fais que concevoir le temps : il nest quiin regard de V esprit. Tout se réduit, dans cet ordre de conceptions qui désespère la raison, à voir l'esprit humain

i. CEwfres complèlesy t. I, p. 72, 73, 7i, etc.

tel qu'il est, c'est-à-dire comme lieu fixe de la succession de ses idées, et la vie telle qu'elle est dans sa perpéluelle mobilité, et avec elle toutes les images qui se succèdent devant ce grand et unique témoin, et comme elle, tous les mouvements dont elle est composée, toutes les formes de Tunivers dont elle fait partie. « On conçoit que le temps chargé d'événements et privé du secours des nombres ait écrasé l'esprit des peuples naissants : leur mémoire était hors de mesure, et leur entendement fatigué de ridée, à la fois abstraite eC sensible, d'un mouvement général auquel rien ne résiste, s'en délivra en le renvoyant à l'imagination qui le personnifia d'abord. De là sont venus ces emblèmes de l'antiqu^ Saturne dévorant ses enfants ; du vieillard armé d'une faux qui moissonne les générations; d'un fleuve éternel qui entraine tout dans son cours. Mais, à parler métaphoriquement, le temps n'est point un veillard, ce n'est point un fleuve; tous ces emblèmes ne conviennent qu'au seul et grand mouvement, par qui tout est éternellement détruit et reproduit dans l'univers. Le temps serait plutôt l'urne qui livre passage aux eaux du fleuve et reste immobile : rivage de l'esprit, tout passe devant lui, et nous croyons que c'est lui qui passe*. »

Les esprits habitués à se mesurer avec les idées métaphysiques pourront seuls estimer à leur vraie valeur les ressources déployées ici pour peindre à l'imagination ce que la raison peut à peine concevoir. Ce serait une criante injustice que de s'arrêter à quelques détails où le talent fléchit sous une sorte de fatigue et comme par l'excès d'une tension prolongée. Qu'importe si parfois cette trame brillante et forte s'emmêle et s'embrouille, par suite de l'impuissance de la pensée à suivre dans leur ordre dis-

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