CEuvres complétez^ t. I, p
limites; Tidée d une cause intelligente nous donne celle de puissance et de perfection. Or, la puissance est tout autre chose que la privation des limites ; peut-être est-ce assez pour la msgesté de Dieu que Tespace soit à sa disposition et non qu il le remplisse ; peut-être suffit-il à sa grandeur, de la conscience de sa solitude. — Source de l'existence, maître de la durée, dominateur de l'espace, dispensateur du mouvement, en un mot, volonté première et sentiment universel, nous le composons de tout ce que nous sommes, et sans l'atteindre jamais. Dieu est la plus haute mesure de notre incapacité^.
Remarquez qu'il y a soixante pages de ce style, d'une vigueur qui se renouvelle, d'un élan qui recommence sans cesse dans les sphères les plus hautes et les plus abstraites de la métaphysique. Où donic retrouverait-on ici la frivolité, proverbiale de Rivarol et qu'est-elle devenue en de pareilles méditations?
J'étonnerais beaucoup ceux qui méprisent avec justice le pamphlétaire, si je mettais en lumière, comme elles le méritent, les considérations diverses sur le temps et le nombre, le temps surtout qui n'est qu'une conception sans réalité, formée par l'opposition de l'idée du moi^ qui est fixe, et de nos idées, qui se succèdent et se partagent devant lui en idées qu'il a et en idées qu'il a eues; mesure purement intellectuelle, immuable et mobile à la fois; immuable par sa nature, comme le moi qui l'a conçue, mobile par une sorte d'illusion naturelle et nécessaire, à cause des idées, des mouvements et des événements qui passent devant elle. Je parcours l'espace, mais je ne fais que concevoir le temps : il n'est quun regard de V esprit. Tout se réduit, dans cet ordre de conceptions qui désespère la raison, à voir l'esprit humain