‹ Variétés littérairesChapitre 44 sur 47 · L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS

qu'aucune obstination du préjugé ne lasse, qu'aucun détail ne rebute.

Voilà les humanités achevées. Le jeune homme, élevé avec tant de soins, est sorti du collège. 11 va livrer sa liberté nouvelle à tous les hasards et à toutes les tentalions. Où sera son salut? La religion même n'y suffirait pas, et dans des pages éloquentes, on nous démontre la nécessité du travail et de l'étude pour ceux qui n'ont pas de carrière et pour ceux qui en ont une. Il faut continuer son éducation, la continuer aussi longtemps que durera la vie elle-même. C'est proprement l'objet du troisième volume. De tous les périls du monde, le plus grave assurément, c'est celui d'une existence vide de toute grave occupation. Et dans une série de lettres adressées à des hommes du monde, on passe en revue les études qui leur conviennent, on leur trace de nouveaux cadres et de nouveaux programmes, des plans de travail, des listes de questions à approfondir et de livres à consulter. On les dirige encore dans ces hautes études, comme on les dirigeait au collège, moins sévèrement, moins rigoureusement, mais en ayant soin de créer un intérêt dans leur vie comme on tâchait, au collège, de créer un intérêt dans l'enseignement qui leur était donné. La littérature ancienne, les littératures modernes, la grande littérature classique, la philosophie, l'histoire, le droit, l'esthétique, les sciences, l'agriculture, l'étude de la religion, voilà, selon Mgr d'Orléans, les principales occupations dont un homme du monde doit remplir son temps. Non pas que toutes doivent se disputer les heures d'une vie trop courte et les pensées d'un esprit forcément superficiel ; mais il est bon que, parmi ces études variées, un homme de loisir en choisisse une et s'y applique, dans les intervalles que lui laissent ses devoirs de famille ou les nécessités inévitables de la vie.

Tel est le vaste plan de l'œuvre. A Tabondance des développements, à la complaisance avec laquelle Tauteur insiste et revient mille fois sur les idées qui lui semblent essentielles, à la liberté du style qui n'hésite pas devant le détail le plus mince, mais aussi qui s'accorde sans peine avec la plus noble idée, tour à tour familier avec une sorte d'ingénuité et oratoire par le mouvement de la pensée, on sent, à chaque page de ce livre, l'affinité intime qu'il y a entre le sujet et l'auteur. Avant d'être un prince de l'Église, un homme politique, un académicien, même avant d'être un prédicateur, par-dessus tous ces honneurs et ces mérites rares, qui font de Mgr d'Orléans un des caractères le plus en vue de notre temps, ne doutez pas qu'il n'y ait en lui un instituteur dans le sens élevé du mot, un éducateur par choix et par goût. C'est là, je ne crains pas de le dire, le dernier fonds de l'homme.

Les grands rôles d'éclat sont venus le chercher, je

dirai presque le contraindre. En [certaines situations et circonstances on ne peut ni s'y refuser, ni s'y soustraire. Une fois produits dans la lumière et mêlés à la lutte des idées, de tels hommes ne peuvent plus se dérober à l'autorité militante dont ils se trouvent investis et qui les condamne à vivre pour les autres, plus que pour eux-mêmes, à vivre moins selon leurs goûts que selon les intérêts et pour la gloire du drapeau qu'ils servent. Mais s'il était loisible encore à l'auteur de ce livre de chercher quelque part un refuge contre ce rôle public que ses grands talents lui ont imposé, ne doutez pas que ce refuge ne fût un collège, ou même une classe à diriger. Là est son office de prédilection, là aussi la meilleure part de ses souvenirs, parce que, de toutes les fonctions'qu'il a remplies, parmi toutes les hautes charges au niveau desquelles il s'est naturellement placé, il n'en

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