‹ Variétés littérairesChapitre 7 sur 29 · LA STATUE DE PIERRE CORNEILLE · texte numérisé non relu

LA STATUE DE PIERRE CORNEILLE

(|iii, Dieu merci, n'est pas un philosophe pitoyable, parle en ces termes : « Cet homme est simple, timide, d'une ennuyeuse conversation ; il prend un mot pour un autre, il ne sait même pas lire son écriture ! » Voilà pourtant l'homme que le statuaire nous représente debout, inspiré, écrivant avec une plume de fer et revêtu d'un manteau dont l'ample étoffe eût suffi pour habiller toute la famille Corneille pendant trois hivers. Et plût au ciel que le grand Corneille eût jamais possédé un manteau pareil ! comme il en aurait bien vite fait quatre parts! comme il en eût doimé bien vite une bonne part à sou frère, en lui disant : « Voici un bon manteau, Thomas. » Comment voulez-vous que je reconnaisse dans ce grand appareil le pauvre grand poëte qui fut opprimé par Richelieu et qui fit peur à Louis XIV? Non pas, non, ce n'est pas là cet homme dont La Bruyère a dit encore : « Le comédien, couché dans son carrosse, jette de la boue au visage de Corneille, qui est à pied. »

Quand nous avons un grand homme à reproduire, faisons-le ressemblant avant de le faire grand et majestueux. Plus un homme a été simple et modeste dans sa vie, plus nous devons redouter de lui ôter de sa grandeur naturelle en lui donnant une grandeur factice. Le grand Corneille ne s'est jamais ainsi représenté, même dans ses préfaces les plus glorieuses; toute sa vie, il a été un bonhomme, par cela même qu'il a été un grand poëte. Croyezvous aussi que, si vous l'aviez représenté dans une allure moins cornélienne, c'est-tà-dirc plus naturelle, l'homme du port qui passe sur le pont de sa ville natale, le cultivateur qui passe, le peuple qui passe et qui souvent ne s'arrête pas devant votre Itronze, le voyant si grandiose, n'aurait pas demandé à la vue d'un simple poëte en habit sans façon et la canne à la main : « Quel est celui-là qu'on a fait en bronze à la plus belle place de notre pont Neuf? » Et chacun aurait n'pundu : « Ce bonhomme en bronze est né à Rouen; il a été tout simplement le plus grand poëte du temps du cardinal de liiclicliiMi et de lîaciuc »

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