‹ Variétés, notices et raretés bibliographiquesChapitre 12 sur 23 · SECONDE LETTRE · texte numérisé non relu

SECONDE LETTRE

A Mj C.-N. A ******, membre de plusieurs Académies et Sociétés savantes .

]VIoN CHER CONFRÈRE,

Je reçois à l’instant une nouvelle traduction partielle de l’ouvrage de M. Dibdin. Comme ce morceau intéressant tient encore, du moins en grande partie, à des ouvrages manuscrits ou imprimés , dignes de fixer votre attention , et que son impression confiée à M. Crapelet , a été exécutée avec le même soin et le même luxe que la première lettre dont je vous ai déjà entretenu , je m’empresse de vous faire part de ce nouveau travail ; en voici l’analyse.

Le grand titre del’ouvrage porte : cc Lettre neuvième relative à la bibliothèque publique de Rouenp traduite de l’anglais, avec des notes, par M. Th. Lie quet , conservateur de cette bibliothèque. Paris, de l’imprimerie de Crapelet, 1821, gr. in-8.° de t\8 pag. Au faux titre on lit : Voyage bibliographique, archéo ~ logiqueet pittoresque en France et en Allemagne, par le Rev. Th. Frognall Dibdin. Dans la préface , qui est de six pages, M. Licquet expose avec un vrai talent les motifs qui l’ont engagé à s’occuper de cette traduction 5 ils sont, pour Rouen, à peu près les même» que ceux qui ? pour Paris, ayoient fait prendre la

plume à M. Crapelet; et je dois dire que cette préface et les notes de l’ouvrage offrent le même ton de modération , de justice et de dignité que j’ai déjà fait remarquer dans la trentième lettre. Quand ces qualités sont réunies à l’art de bien écrire, on est toujours sûr d’atteindre son but, c'est-à-dire , de rendre la critique utile sans trop irriter l’amour propre.

M. Licquet annonce d’abord qu’il n’étoit point conservateur àe la bibliothèque de Rouen lorsque M. Dibdin y vint recueillir des notes pour la relation de son voyage. Entièrement inconnu au savant anglais, ne figurant point parmi les nombreux personnages qu’il a mis sur la scène , et par conséquent tout-à*fait désintéressé sous ce rapport, M. Licquet déclare qu’il ne peut avoir qu’un motif, celui de la recherche de la vérité 5 qu’un but, celui de la justice, et qu’urt sentiment, celui d’une impartialité rigoureuse. Puis, tout en rendant hommage aux procédés généreux de M. Dibdin qui a enrichi de son beau Voyage la bibliothèque de Rouen , et de son riche Catalogue de Spencer , celle de l’Académie royale de la même ville, M. Licquet croit devoir relever les inexactitudes échappées au célèbre voyageur, soit dans la partie historique et bibliographique, soit dans la partie des gravures peu fidelles sous le rapport du point de vue. -Il remarque d’ailleurs, ainsi que l’avoit déjà fait précédemment M. Crapelet, que « la légèretédu style est chez M. Dibdin peu en harmonie avec le fond du travail » et que a la malignité des idées contraste désavantageusement avec la gravité que l’on

doit supposer à l’auteur. 33 Il lui reproche encore « de» observations futiles, des détails sans intérêt, des remarques où les convenances sont trop souvent méconnues , peut-être même quelques personnalités. Voilà , ajoute l’auteur, ce qui tendra toujours à déparer un ouvrage que la science réclamoit tout entier 7 et que M. Dibdin étoit sans doute à portée d’entreprendre et d’exécuter. 33 M. Licquet annonce qu’il pourra publier successivement les six lettres que l’auteur anglais a consacrées à la ville de Rouen (i)> mais qu’il a dû s’attacher d’abord à celle où il est question de la bibliothèque confiée à ses soins. Voici sommairement ce qu’elle renferme.

Dès le début, mon cher confrère , vous reconnoîtrez le style de M. Dibdin : cc IJ horloge de la cathédrale a sonné onze heures , et il est grand temps de visiter la bibliothèque publique , établissement ouvert tous les jours , le jeudi excepté, depuis dix heures jusqu'à, deux. M. Gourdin , conservateur ( avant M. Licquet ) , est un bibliographe intelligent et expérimenté ; nous lui devons deux bonnes notices (en une dissertation) sur les fameux Missel et Benedictionnaire

(1) De ces six lettres quatre regardent les monumens de la ville , tels que la cathédrale , les églises , les places , les quais, les ponts , les rues, les hospices, etc.; la cinquième a pour objet « l’imprimerie ancienne à Rouen , les imprimeurs modernes, les livrés à bon marché, les libraires et les amateurs delivres.» Il me semble que cette lettre n’étoit pas toutà- l’ait étrangère an sujet traité dans la 6.e que vient de publier M. Licquet; et, pour mon propre çompte, j’aurois désiré qu’il l’y eût réunie.

les plus anciens et les plus curieux des manuscrits ornés de 'vignettes , qui se trouvent dans la collection ; je

parlerai tout-à- l’heure de ces manuscrits » Vient

ensuite l’éloge de M. Fossard , sous-bibliothécaire , à qui M. Dibdin fait de sincères remercîmens pour l’obligeance et l’activité avec lesquelles il lui a fait des extraits du manuscrit de Robert du Mojit', pui-s il passe à une courte description de l’hôtebde-ville où sont établis le muséum et la bibliothèque. Le muséum que M. Dibdin traite de fatras qui offusque la vue , ne trouve grâce à ses yeux que pour quelques rares morceaux , savoir : 1 un ancien et curieux tableau offrant les portraits des principaux chefs de la Ligue, et dont un prince du sang a offert, diton , une somme considérable $ 2.0 un ou deux bons tableaux que l’on croit les premiers essais de Jean Van Eyk$ 3.° un de Raphaël dans sa jeunesse, représentant le Christ au tombeau 5 et enfin 4.0 un beau Saint-François , par Annibal Carrache. « D’innom>brables pieds carrés, continue M. Dibdin, sont tapissés de La Hires et de Jouvenets , que l’on paroit estimer plutôt par leur dimension que par leur mérite . Le plus petit Raphaël ou un élégant Parmegiano vaut toute cette cargaison de ridicules enluminures et d’ insignifiantes compositions . » M. Licquet réclame avec une juste et forte indignation contre cette proscription du célèbre Jouvenet : cc Eh quoi ! dit-il , parmi tous les témoins qui dévoient déposer des talens de Jouvenet, M. Dibdin n’auroit-il point aperçu le Paralytique guéri , Esther devant

Assuérus , — la Madelaine chez le Pharisien , — Jésus- Christ chassant les 'vendeurs du temple , — Ict pêche miraculeuse , — et la résurrection du Lazare ? Non , ils ont échappé aux regards du juge, et l’on ne s’en aperçoit cpie trop au jugement. M. Dibdin est sans doute le premier qui ait parlé avec ce mépris de l’un des peintres les plus célèbres de notre école....» La statue de Corneille représenté assis, de grandeur naturelle, et en terre cuite, placée dans une des salles du muséum, est admirée par notre voyageur, qui cependant en trouve le nez un peu aplati. M. Dibdin quitte enfin le muséum après avoir dans une note, parlé de la fondation de l’école de peinture de Rouen vers 17^0, par Descamps, auteur de la Vie des peintres flamands , allemands et hollandais , avec portraits, dont la plupart de Fiquet. Paris, 1753-63 , 4 vol. in-8.° Arrivé à la bibliothèque ( dont le local, ainsi que celui de deux pièces précédentes sont décrits, non sans quelques erreurs), notre savant bibliographe, nous met en présence de l’énorme NLissel ( c’est un Graduel ), reposant sur une petite table (1), et dont l’explication ou la démonstration étoit confiée à un vieux portier faisant les fonctions de Cicerone. Ce que dit l’auteur au sujet de ce vieillard dont le large pouce salit périodiquement les marges de ce volume , 11’est nullement fondé. « Tous les étrangers , continue-t-il, et particulièrement les Anglais , visitent cette eu-, riosité graphique , comme le premier objet digne de

(1) M. Dibdin avoit déjà parlé de cet ouvrage dans son Pêcameron bibliographique.

leur attention . C’est le résultat de trente ans de patience , d’adresse et de soins. Sous le rapport de l’art en général , ce Ms s. pourroit mériter diverses critiques y mais rien ne sauroit vous dispenser d’admirer en lui l’idée heureuse de l’invention et l’éclat des couleurs qu’il étale Il ne me reste plus qu’à pro-

clamer le nom de l’auteur : c’est D’Aubonne, moine bénédictin y mort en 1714* 33

M. Dibdin donne ensuite la description d’un Missel qui doit être du xi.e siècle, puisque la table dominicale s’étend de 1000 à 1095. Ce fameux manuscrit se nomme le Livre de Guthlac (saint anglais). Il a i3 pouces de long sur 9 de large; les quatre premiers feuillets offrent le grand caractère semi-saxon r ordinaire à cette époque. Le calendrier est en petit caractère alterné de rouge, de bleu et d’or. Il est curieux d’après les détails que donne l’auteur. Il en est de même des vignettes dont la plupart sont passées en revue. Dans celle de la fuite en Egypte, saint Joseph porte la quenouille de Marie. Il est aussi question de feuillets où le texte est en or. Je ne donne qu’une idée très succincte de la description de ce manuscrit, dans laquelle M. Licquet a relevé un assez grand nombre d’erreurs , soit sur le nombre des feuillets ( que M. Dibdin porte à 201 , tandis qu’il est de 227 ) , soit sur les pages où le texte est en or, soit sur les places qu’il assigne à certaines vignettes. Ce volume a été donné à l’abbaye de Jumièges, par Robert, évêque de Londres, puis archevêque de Cantorbéry , jadis chef de cette abbaye, et mort en io53. Ce don paroît

prouvé par un anathème écrit de la main de cet abbé sur ce livre, contre quiconque le déroberoit. M. Dibdin n’a donné que la fin de cette pièce curieuse (puisée dans la dissertation de M. Gourdin), croyant; la donner en entier j mais M. Licquet l’a rétablie intégralement dans ses notes.

A la suite de la description de ce Missel , notre voyageur dit : « Jetons maintenant un coup-d’œil sur le compagnon de ce trésor antique : on l’appelle avec emphase le Benedictionarius. C’est un volume curieux ; son antiquité est la même, plus reculée peut-être encore. Il offre un demi-pouce de moins en hauteur . Une page pleine contient 22 lignes. Les caractères sont d’une plus haute dimension. Les vignettes décrites par M. Gourdin , plus grandes que, celles du Missel , sont moins délicates et en plus petit nombre. » M. Dibdin, dans une note, parie de la dissertation de M. Gourdin ( citée plus haut) sur ce Benedictionnaire ( et sur le Missel précédent )ÿ elle se trouye dans les Mémoires de l’ Académie (do Rouen ) pour 1812 , pp. 164*174* Il n’est pas de l’a-, vis de M. Gourdin , qui donne la préférence aux vignettes du Benedictionnaire sur celles du Missel...^ Parlant du contenu de ce volume ( le Bénédiction naire ), M. Dibdin se contente de dire que cc la der-.. nière partie contient un pontifical , ou les formules et cérémonies observées dans l’office divin}» mais M. Licquet observe qu’il y a encore plusieurs pièces, intéressantes dont M. Dibdin ne parle point, telie.&. que le couronnement des rois anglo-saxons , les priè>

( as )

res pour le couronnement des ducs de Normandie * etc.; on en trouve encore beaucoup d’autres dans cette curieuse dissertation, pp. 171, 172 et 173* Notre voyageur termine sa description par dire que «ce manuscrit ne contient en tout que huit vignettes dont trois avec figures . Le sujet de la troisième est la mort de la Vierge. Le vélin est épais , mais doux j et quoique ce volume , sous le rapport graphique , soit inférieur au précédent , c’est néanmoins une relique vénérable et très intéressante de l’art ancien . L’abbé Gourdin ( ce respectable vieillard n’est point abbé , quoique M. Dibdin le qualifie ainsi dans tout le cours de sa lettre ) , l’abbé Gourdin dit qu’un de nos compatriotes en a offert jusqu’à i5,ooo fr. ; je regarde ce fait comme très douteux. Le Missel qui T d tous égards , est un livre bien plus remarquable p peut valoir la septième partie de cette somme. 3»

M. Dibdin , après avoir décrit les deux ouvrages précédens, annonce que, parmi les autres manuscrits , « il s’en est trouvé peu ou point qui l’aient intéressé et quand je manifestai , continue-t-il, le

désir de faire de plus amples recherches , j’appris avec autant de surprise que de douleur , qu’on n’avoit trouvé jusqu’ici ni de salle pour les placer , ni l’occasion de les examiner . Leur nombre est à peu près de 800 ( il y en a 1 1 00 ). En d’autres termes p l’argent a manqué , et la salle de lecture , avec les rayons que l’on pourroit y établir y contiendrait facilement ces livres non encore ex aminés. r> Grâces au zèle et aux soins de M. Licquet, le vœu de M. Dib-

din est rempli, les manuscrits sont maintenant classés dans la bibliothèque , et le catalogue par ordre de matières en est fait. Malgré le désordre qui existoit dans les manuscrits lors du passage de M. Dibdin , il en mentionne cependantencore quelques-uns, tels que : i.° X* Ovide moralisé , en français, gr. infol . à deux colonnes , caract. goth. minces et serrés 9 avec des vignettes qui ressemblent à celles du roman d 'Alexandre ) dont l’auteur adonné une notice étendue dans son Décameron ,* 2..0 le Livre historial des faits de feu messire Bertrand du Guesclin. Ce manuscrit, en prose , de 1087 , est exécuté en gros caractères gothiques. On y lit à la fin :

en vng temps qui a yuer no/»

ou chastel royal de Vernon qui ist aux champs et a la ville fist iehannet destoutenville au dit chastel lors capitaine aussi de vernomel sur saine et du roi escuier de corps mectre en prose vne me» recors ce liure cy extraict de rime complet en mars dix et neufuieme qui de lan la date ne sect mil ccc. quatre vins et sept.

Ce volume est en bon état , relié en planches couvertes d’un velours rouge 5 3.° un manuscrit vieux et curieux, traitant de diverses matières, appelé le Livre d9 ivoire y parce que chaque côté de la reliure en bois est enrichi d’une grande figure de 9 pouces en-

viron , ciselée en ivoire $ 4*° enfin , fies Homélies et Sermons dont quelques-uns sont fie Saint Jérôme ; ce manuscrit duxuJ siècle est remarquable par les initiales bien exécutées dans leur bizarrerie , surtout les M et les P. M. Dibdin termine ici ce qu’il avoit à dire des manuscrits de la bibliothèque de Kouen. M. Licquet observe que cette bibliothèque en possède beaucoup d’autres très curieux et très intéressans; qu’on ne peut reprocher à M. Dibfiin le silence qu’il observe à cet égard , mais qu’il ne faut pas prendre une idée des richesses de la bibliothèque en ce genre , d’après son ouvrage.

Nous arrivons aux livres imprimés. Jusqu’ici noua 11’avions pas d’inconvenances bien graves à reprocher à l’auteur ( qui , il faut le dire , en a été , dans cette neuvième lettre , beaucoup plus sobre que dans la trentième , relative à son séjour dans la capitale ) j mais nous le retrouvons ici parlant encore du vieux portier, dont il avoit déjà fait une caricature que nous avons cru devoir passer sous silence , puis s’occupant fie l’habillement de ceux qui fréquentent la bibliothèque. Ces particularités nous ont paru fort déplacées. Citons ce passage : « Lorsque je pris place -pour la première fois parmi les lecteurs de la bibliothèque , je m’amusai beaucoup en trouvant à ma gauche mon vieux ami , le portier ou cicerone 9 gravement assis y ses lunettes sur le nez 9 et lisant avec attention un ouvrage moderne , intitulé , je crois > Précis de la révolution française. En général , les lecteurs qui étoientenpetit nombre 9 ne sefaisoient

pas remarquer par le soin de leur habillement ; je n’en excepte pas le vénérable bibliothécaire en chef lui- même . Mais ils rachètent quelquefois ces négligences extérieures par V importance et l’utilité de leurs recherches . C’est ainsi que j’ai vu un jeune homme à l’air sombre , consultant sans peine le Lexique arabe de Castel , pour se faciliter V intelligence d’un grand in-fol. arabe-latin ; tandis qu’à ma droite étoit assis un homme d’un certain âge , soigneusement occupé à compulser /'Index chronologicus du Recueil des historiens des Gaules, /?ar

D. Bouquet. Mais ceci est indifférent » Non,

il n’est pas indifférent , dans un ouvrage aussi curieux , et qui doit être aussi instructif que celui de M. Dibdin, d’entremêler de futilités des choses intéressantes, comme dans le passage précédent, a Je passe de suite , continue l’auteur, aux livres (imprimés) particulièrement à ceux du xv.e siècle. » Voici la liste de ceux qu’il a remarqués.

S. Jeronimi Eptstolae, Sweynheym , Pannartz , 1468, 2 vol in-fol. Bel exemplaire, mais rogné, et un peu mangé des vers sur la fin.

S. Augustinus de Civitate Dei , Jean de Spire p 1470, in-fol. Superbe exemplaire.

Manitulus curatorum , Caesaris seul (sans son compagnon Stol ). Paris, i47^ > in-fol. Mauvais exemplaire.

Spéculum historiale Vincentii Bellovacensis, Mentelin , i47*3, 4 vol. in-fol. Exemplaire sale et rogné. ( Seulement quelques feuillets du premier

volume présentent des jaunissures, selon M. Licquet.) Le nom de l’imprimeur est à chaque volume.

Zophilologium à fratre Jacobo Magin de Pari siis ( sans date ) , in-fol. Remarquable par la forme particulière de la lettre R. Dans le même volume se trouve une édition des trois rois de Cologne , très bien imprimée par Guldenschaiff , en 14 77. L’exemplaire est rogné.

TrACTATUS DE QUAESTIONIBITS SEC. BaLBUM. Parisiis, 14 77 j (sans nom d’imprimeur). « J’avoue, dit M. Dibdin , que le caractère , comme production parisienne , est tout- à-fait nouveau pour moi ; il ressemble à Pancien petit caractère de Pynson ; mais il est certainement le modèle sur lequel Vostre , Eus face , Bonfons , etc. , ont formé le leur . Peut-être ce 'volume a-t-il été exécuté par P imprimeur de la Chronique de Saint Denis, 14 76 , 3 vol. in-fol. »

Justinus , Philippe Condam Pétri, 1479 > in-fol. Le plus ancien classique imprimé de la bibliothèque.

Biblia Sacra , Koberger , 1480. « C’est , dit M. Dibdin , leur plus ancienne Bible. Ils devroient en avoir une plus vieille de dix-huit ans. Retirez 18 de 1480, reste 1462. Vous m’entendez, a? Ce vous m’ entendez , n’a point échappé à M. Licquet 5 aussi a-t-il mis en note : « On croit qu’il s’agit ici de l’erreur d’un libraire de Rouen , commise au profit de M. Dibdin. J’en serois d’autant plus satisfait , ajoute M. Licquet avec autant de délicatesse que d’honnêteté , que l’obscurité de son langage a déjà donné lieu

aux interprétations les plus graves et les plu9 fâcheuses. 35

La Vie des Pères, i486, in-fol. Exemplaire insignifiant, et qui n’est ni la première, ni la seule édition de ce livre dans le xv.e siècle , comme paroissoit en douter M. Gourdin.

Ciceronis Efistoeae fa mili ares , imprimé en 1488. cc Le plus ancien Cicéron du xv.c siècle , >3 dit M. Dibdin j il auroit dû ajouter : dans la bibliothèque de Rouen.

Les autres manuscrits qu’il ne note qu’en passant , sont la Légende dorée de i486 5 la Mer des Histoires, cc par son vieil ami Philippe Le Loupe , 33 1488 ; un Catholicon de 1489, et le Songe du Verdier ( 1) , 1491 •••• Puis il dit un mot des Missels et Bréviaires à l’usage de l’église de Rouen , tels que ceux imprimés à Paris, 1 49 1 9 in-fol. $ m. à Rouen f

(1) Ce n’est point Du Verdier, mais Du Vergier. Cet ouvrage qui, sous un titre romanesque, est regardé comme un des plus beaux monumens de notre droit public ecclésiastique, a été composé dans le xiv.e siècle. C’est le premier livre sur les libertés de l’Eglise gallicane; on l’attribue à Raoul de Presle, ou à Philippe de Mayzières , ou à Jean de Vertu, ou à Ch. Jac. de Louviers. Quant à cette édition de 1491 , qui est la première, M. Brunet dit dans son Manuel du libraire f qu’elle a été exécutée {a Lyon) par Jacques Maillet, pet. in-fol. goth. ; plusieurs bibliographes lacroyoient de Paris ; mais M. Brunet assure que Jacques Maillet a constamment imprimé à Lyon, de 1489 à 1 494* Cela se peut; cependant je crois pouvoir assurer aussi qu’il y a eu un Jacques Maillet qui exerçoit la librairie à Paris, en 1490 et 1491.

infoL ; ïd. par Morin , en et 1 499 î in -fol. stîf vélin 5 une édition de l’ Office de la Cathédrale, par Jean de Bourgois , i491 2? in-&.° sur vélin. Parmi les; classiques des Aides , il remarque le premier Théo crite de 1 4ç5 ; P Aristophane de 1498 j les Epistolae diversor. phil. et orat . de 1 499 > *n-4»° 5 Ie second JDémosthène de i5c>4. Enfin , M. Dibdin termine ses notices des livres du xv.e siècle , par un mot sur les deux éditions d’HoRACE , l’une de i492? avec ^es commentaires d’ Acre et de Porphyre 5 l’autre de 1498, avec des ornemens en bois , très communs , et qui présentent cette singularité : c’est qu’au milieu d’une planche , dans le compartiment du 89. e feuillet , il manque un personnage. D’après l’estimation de notre bibliographe , la bibliothèque de Rouen possède, en éditions du xv.e siècle, 24 5 articles avec date , et environ 88 sans date.

M. Dibdin cite aussi quelques éditions du xvi.e siècle , telles que Victoria Porcheti adversus impios Hebraeos , Parisiis , Desplain pour Gourmont et Régnault, 1620, pet. in-fol. sur vélin 5 Flos Sanctorum, Toledo , i58a , in-fol /etl’AcTA Sanctorum , qu’il dit en 52 vol . , mais qui n’en a que 5i , d’après M. Licquet (1).

(1) Il en faudroit 54 pour avoir l’ouvrage complet. J’avois préparé tin petit travail analytique sur cette immense collection, à l’occasion d’une lettre que jadis j’ai reçue d’un de

mes collègues , bibliothécaire à N , qui se plaignoit de ce

qu’on lui faisoit un crime d’avoir .acheté pour la bibliothèque publique confiée uses soins, cette vaste collection, quoiqu’il

Enfin M. Dibdin dit qu ''au total , la bibliothèque de Rouen possède 20,000 volumes environ . M. Licquet en compte aujourd’hui plus de 25,000. Pendant la révolution , le dépôt de livres recueillis des maisons religieuses , des émigrés , etc. , étoit de 25o,ooo volumes ; on a rendu aux émigrés les leurs 5 on a vendu une partie des autres pour la somme de 20,000 fr. 5

11e l’eût guère payée qu’au poids du papier. L’administration, Très économe des fonds de la commune , comme c’est assez l’ordinaire, surtout quand il est question d’objets de sciences et d’art, regrettoit beaucoup cinquante écus mis dans un ouvrage qu’elle regardoit comine un fatras de vieilleries inutiles. Elle ignoroit sans doute que ce livre, outre l’intérêt qu’il doit inspirer comme monument d’une érudition religieuse aussi éclairée que profonde , renferme non seulement des vies de saints, mais une infinité de chartes, de documens, de diplômes et de inonumens historiques qui tiennent à l’histoire du moyen âge, et qu’on chercheroit vainement ailleurs ; elle auroit plutôt dû le considérer comme une des colonnes indispensables d’une grande bibliothèque , et se féliciter d’une acquisition qu’elle a cependant à la fin souscrite , mais non sans murmurer.

Je reviens à X Acta sanctorum. M. Dibdin a tort de l’annoncer du xvi. e siècle , car le premier volume est d’ Anvers ? i643 , in-fol. de LXu-1122 pp. à deux colonnes, non compris les tables du commencement et de la fin. Le second volume qui coinplette Janvier , est de la même année 1643, in-fol « de 1160 pages , non compris les tables; ce mois renferme 1170 saints dénommés , sans en compter une infinité d’autres dont on fait mémoire. -//? quo ( mense januario ) , est-il dit , 4 ij o nominatorum sanctorum , et aliorum innumerabilium msmoriavel res gestoe illustrantur. Le second mois en 3 volumes, de i658, renferme i3io saints. L’ouvrage entier, pour être complet, devroit ayoir 5^ vol. in- fol. , en y comprenant le

et M. Dibdin ajoute que 10,000 volumes ont été brûlés sur la place des Carmes ; il n’y a que deux légères erreurs dans cette relation 5 la place des Garnies 11’existoit pas alors , et l’on n’a pas brûlé un seul volume. C’est dommage y car M. Dibdin a fait en pure perte

Pro pylaeum qui tient au mois de mai , et le Marty rologium Usuardi qui va avec le mois de juin.

Voici la série des 54 volumes telle que nous l’avons détaillée dans notre petit travail, mois par mois , avec la date de

l’impression des volumes :

Janvier 1643 ,

2 vol.

Février i658,

3 vol.

Mars 1668 ,

3 vol.

Avril 1675,

3 vol.

Mai 1680, i685, 1688

et le Propylœum ,

8 voL

Juin 1695, 1698, 1701,

.1717 et le Martyrologium , 8 vol.

Juillet 1719, 1721,

1729, i73i, 7 vol.

Août 1733 , 1735 ,

>737 > 1739 1 ‘74l î 1743 , 6 vol.

Septembre 1746, 1748,

1757 , 1760 , 17** , 8 vol.

Octobre 17**, 17**,

Les 5i.e et 52. e vol. de la collection ( 5.e et 6.e vol. d’octobre ) sont très rares : le 5i.e, parce que la vente â été interrompue par les changemens continuels des Bollandistes. Le 52. e est encore plus rare, et meme on n’est pas assuré qu’il soit terminé. Cependant feu M. de la Sema, qui possédoit les 296 premières pages du volume , qu’il croit imprimées à Tongerloo , étoit persuadé que le surplus de ce volume existe , et il pensoit que c’est à Rome qu’il a été terminé. Il faut désespérer de voir jamais cette vaste collection achevée. Où sont les matériaux? Et de plus , où sont les savans coopérateurs ? La mort les a sans doute tous moissonnés ; et qui oseroit entreprendre la continuation de leurs immenses travaux ?

les frais d’une phrase vraiment sentimentale : il s’é« crie douloureusement : « II me semble encore respi * rer l’odeur suffocante qu’exhaloit la fumée de cet embrasement sacrilège. Combien de trésors cachés p de romans , de chroniques , ont été engloutis peutêtre dans ce tourbillon politique ! » M. Dibdin dit ensuite un mot sur les finances de l’Académie des Sciences de Rouen , et témoigne son grand étonnement de ce que les fonds annuels ne consistent que dans la somme de 1800 fr. Ayant eu la satisfaction d’assister à deux séances de cette société distinguée , il en parle avec éloge, cc On se réunit , dit-il , une fuis la semaine 9 le vendredi y à six heures . Oit se sépare à huit . M. Vital is , qui occupoit le fauteuil du président , entend fort bien l’ anglais $ c’est un homme respectable et très instruit. J’ai retrouvé en lui une image fidelle des Français d’autrefois. Il y avoit environ trente membres présens ; un ordre parfait régnoit dans l’assemblée f et quelques discussions , qui s’élevèrent en forme de débats y furent agitées avec autant de décence que d’esprit. J’ai entendu la lecture d’un voyage dans la partie des Alpes qui borde l’Italie , et entrepris dans le dessein de faire des recherches botaniques* Cette lecture reçut de justes éloges. Il est vrai de dire que la botanique est l’objet favori de l’ attention de presque tous les membres de la société. x> J’ai rapporté avec plaisir cette relation intéressante d’une séance de l’Académie de Rouen , car rien n’honore et n’illustre pins les lettres et ceux qui les cultivent,

que l’union , l’ordre et la dignité dans les discussions des sociétés savantes. Tout en approuvant ce passage de M. Dibdin , je dois remarquer que , selon M. Liequet , cet auteur a tort de dire que presque tous les membres de l’Académie s’adonnent à la botanique 5 à peine y en a-t-il quatre à cinq. Cette assertion du voyageur anglais et la remarque de son traducteur m’ont rappelé toutes les femmes d’une certaine ville, qu’un voyageur d’humeur bizarre taxoit d’être rousses et acariâtres 7 parce que l’hôtesse de son auberge étoit d’un caractère aigre et d’un blond hasardé.

M. Dibdin donne en note la date de la Fondation de l’Académie de Rouen , qui eut lieu en 1744? et il présente quelques détails sur ses Mémoires , dans l’état où ils étoient lors de son passage à Rouen : depuis ils ont été complétés ( 1 ) . J’en ai moi-même lu plusieurs volumes avec beaucoup d’intérêt , ayant été chargé par notre Académie de D — de lui en faire le rapport. M. Dibdin parlant du vol. de ces Mémoires de 1817, dit que « le cours des études ordinaires dans ly Académie de Rouen s’ est un peu détournépour entrer dans les canaux de la politique . Tout se rapporte à Louis le Désiré. Les Français sont d’admirables maîtres en fait de transitions brusques. » M. Dibdin a raison de parler de transitions brusques , car il s’y

(1) Ils forment 5 volumes pour le Précis analytique des travaux , depuis la fondation jusqu’en i8o3 , et 16 volumes ou numéros, publiés annuellement depuis 1804 jusqu’en 1820 , pour les travaux de chaque année. La publication se continue.

connoît mieux que personne au monde. ( Voyez p. 8 du présent vol.) Mais continuons : et Ainsi à l3 occasion de Pin a u gu ration du buste de LOUIS XVIII, M. Gourdin , président , a prononcé un discours dont voici le commencement : « Messieurs , la céré- « monie qui nous rassemble aujourd’hui est également « auguste et touchante. Elle est auguste , puisqu’il s’y « agit de l’inauguration du buste de notre Monarque ; te elle est touchante, puisque ce sont des enfans réu- « nis autour de l’image de leur père , pour lui payer cc le tribut de leur amour. C’est donc une fête de face mille. Ah! Messieurs, qu’elle est douce pour nos cc cœurs! y> Le discours de Al. Gourdin a été suivi d’un autre encore plus ardent et plus rempli de louanges. Il est de Al. Boutard 9 ingénieur en chef , chevalier de la légion d’honneur , qui termine ainsi : cc Vivent les Bourbons ! Vive le Roi ! » M. Dibdiri qui ne voit pas, et qui sans doute ne peut pas voir tout cela du même œil qu’un Français , qu’un vrai Français, rapporte encore des vers relatifs à la cérémonie, qu’il attribue mal-à-propos à M. Duputel j puis il ajoute : ce II est probable qu’on ne lit rien de

pareil dans les mémoires de nos propres sociétés

Qu’en devons-nous conclure ? » Ici finit la note de M. Dibdin. S’il eût ajouté la réponse à sa dernière question , nous serions dispensé de l’interpréter. Au

reste, ce qui précède la fait assez pressentir

D’ailleurs on sait que depuis long-temps les eaux de la Tamise donnent aux Bretons une trempe d’esprit çt des idées sur la liberté et sur la royauté, différentes

de celles que les Français ont sur les bords de la Seine ; ne soyons donc pas surpris de cette espèce de rivalité antipathique qui règne depuis des siècles entre les deux peuples. On aura beau faire , jamais leurs mœurs , leurs institutions, leurs modes, leurs manières d’ètre, de sentir et de voir, moins séparées encore par le canal de la Manche, que par le caractère et le climat, 11e pourront entièrement s'amalgamer.... Mais quittons ce triste sujet pour finir par un assez bon passage qui se trouve vers la fin de la lettre de M. Dibdinj on y reconnoîtra plutôt le style d’un ministre anglican que celui d’un littérateur 5 n’importe, ce qui est bon est toujours bon. Après avoir fait ses adieux à Rouen, et se rappelant les lieux qu’il a parcourus, M. Dibdin se suppose sur la montagne Sainte-Catherine, et dit : « Du haut de cette montagne , nous avons souhaité , dans nos âmes , santé , richesse et bonheur à ce pays fécond en blés, en vins , en huile et en joie ( Deutéronome ). Nous avons prié en silence , mais avec sincérité , pour que les épées fussent à jamais changées en socs de charrue , et les lances en faucilles ( Isaïe ) 5 pour que toutes les haines, les antipathies , les animosités s* éteignissent sans retour, et que dorénavant il ne s’élevât de rivalités nationales que celles qui tendroient à fonder sur une base plus large et plus solide la paix et le bonheur parmi les hommes , quelle quef ût leur croyance ; parmi ces hommes qui étudient avec soin tous les genres d’amélioration, et qui remplissent à la fois leurs obligations envers la société, et les devoirs sa-

crés que la morale et la religion nous imposent

Ces vœux naissent naturellement dans une ame honnête qui y voyant la nature entière animée , soutenue par un seul et même pouvoir , désire ardemment que toute la création jouisse d’un bonheur égal , en se confiant à la clémence et à la bonté du Créateur. » M. Dibdin , descendu de cette éminence y et cherchant des promenades plus modestes y continue à passer en revue ce qu’il a vu de plus curieux à Rouen y puis il finit ainsi : cc Maintenant y adieu. Recommandez-moi à votre famille y à nos amis communs , surtout aux Roxburghers (i), dans le cas où ils s’in-

(i) M. Dibdin désigne par ce nom les membres du Rox burghe club, fondé en i8i2à l’occasion du prix excessif auquel a été porté le Boccace de Valdarfer , à la vente des livres du duc de Roxburghe ( voy. le présent vol. p. 5 à la note, et p. 36). Cette société est composée de3i bibliomanes anglais; lord Spencer en est président, et M. Dibdin vice-président. On se réunit tous les ans le 17 juin , jour anniversaire de l’adjudication du Décaméron ; et au banquet , on porte les toasts suivans :

i.° A la cause de la Bibliomanie dans le Monde entier ;

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