‹ Variétés orientales historiques, géographiques, scientifiquesChapitre 13 sur 86 · GUIA-LOUNG ET LES FRANÇAIS EN COGHINGUINE · texte numérisé non relu

GUIA-LOUNG ET LES FRANÇAIS EN COGHINGUINE

Les sujets du Roi Très-Chrétien jouiront d'une entière liberté de commerce dans tous les États du Roi de la Gochinchine, à Texclusion de toutes les autres nations européennes. Ils pourront, pour cet effet, aller, venir, et séjourner librement, sans obstacle et sans payer aucun droit quelconque pour leurs persomies, à condition toutefois qu'ils seront munis d'un passeport du commandant de l'île d'^ot-nan. Ils pourront importer toutes les marchandises d'Europe et des autres parties du monde , à l'exception de celles qui sont défendues par les lois du pays. Ils pourront également emporter toutes les denrées et marchandises du pays et des pays voisins, sans aucune exception; ils ne payeront d'autres droits d'entrée et de sortie que ceux qu'acquittent actuellement les naturels du pays, et ces droits ne pourront être haussés en aucun cas et sous quelque dénomination que ce puisse être.

Il est convenu, de plus, qu'aucun bâtiment étranger, soit marchand, soit de guerre, ne sera admis dans les États du Roi de Gochinchine que sous pavillon français.

Le gouvernement cochinchinois accordera aux sujets du Roi Très-Chrétien la protection la plus efficace pour la liberté et la sûreté tant de leurs personnes que de leurs effets; et, en cas de difficulté ou de contestation , il leur sera rendu justice la plus exacte et la plus prompte.

Dans le cas où le Roi Très-Chrétien serait attaqué ou menacé par quelque puissance que ce puisse être, relativement à la jouissance des îles de Hoi-nan et Poulo- Condor, et dans le cas où Sa Majesté Très-Chrétienne

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serait en guerre avec quelque puissance, soit asiatique, soit européenne, le Roi de la Cochinchine s'engage à lui donner des secours en soldats, matelots, vivres, vaisseaux et galères. Ces secours seront fournis trois mois après la réquisition, mais ils ne pourront pas être employés au-delà des îles Moluques et de la Sonde, et du détroit de Malaca. Quant à leur entretien, il sera à la charge du souverain qui les fournira.

En échange de rengagement énoncé dans Tarticle précédent, le Roi Très-Chrétien s'oblige d'assister le Roi de Cochinchine, lorsqu'il sera troublé dans la possession de ses États. Ces secours seront proportionnés à la nécessité des circonstances; cependant ils ne pourront en aucun cas excéder ceux énoncés dans le présent traité.

Le présent traité sera ratifié par les deux souverains contractants , et les ratifications seront échangées dans l'espace d'un an, ou plus tôt si faire se peut.^

Fait à Versailles, le 28 novembre 1787.

Signé : Le comte de Montmorin;

t P.-J.-G., évêque d'Adran.

En même temps que le roi de France consentait à signer le traité qui précède, il élevait Pigneau à la dignité d'évêque d'Adran, et lui confiait le titre et les fonctions d'ambassadeur extraordinaire de France en Cochinchine. Louis XVI se disposait également à nommer un commandant pour l'expédition; mais le nouvel évèque lui exprima le désir que cette charge fût con-

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fiée au comte de Conway % alors gouverneur des établissements français de Tlnde. Cette demande ne souriait que médiocrement au roi, qui chercha d'abord à dissuader le prélat; toutefois, comme celui-ci insistait, il accéda à sa demande, et conféra au comte de Conway le grand cordon rouge avec le titre de lieutenantgénéral.

Peu de temps après avoir obtenu ce succès, Pigneau et le fils de Ghia-loung faisaient voile pour Pondichéry. Or, il y avait dans cette ville, à cette époque, une femme d'une beauté remarquable, qui faisait parler d'elle au moins autant par le sans gêne de sa manière de vivre que par les charmes de sa personne. Elle s'appelait madame de Vienne, et était devenue la maîtresse du comte de Conway, dont elle avait épousé un des aides de camp. A son arrivée à Pondichéry, le P. Pigneau jugea à propos de faire quelques visites aux personnes de distinction de la localité; mais il refusa absolument d'aller voir madame devienne, et s'exprima sur son compte en termes sévères et méprisants. Celleci n'eut pas plutôt appris les paroles qu'avait exprimées le nouvel évêque à son égard , qu'elle résolut de s'en venger, en faisant avorter l'expédition à laquelle il s'intéressait. Elle y réussit, et Conway, harcelé par les épigrammes de sa maîtresse , qui le plaisantait sans relâche d'avoir été nommé sous les ordres d'un évêque

' Thomas» comte de Conway, né en Irlande en 1735 « fut nommé gouverneur général des établissements français de Tlnde, en mars 1787.

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