GHU-LOUNG ET LES FRANÇAIS EN GOGUINGUINE
dans le Bengale, l'évêque d'Adran fait voir le peu de sagesse de pareilles prétentions. Cependant, si, après le rapport des ingénieurs, les François venoient à avoir besoin de s'établir sur le continent, il répond d'amener le roi de Gochincbine à accorder tout ce qui sera nécessaire pour organiser rétablissement d'une manière convenable. Enfin Pigneau conjure le comte de Conway, pour la gloire et les intérêts du roi, de ne pas laisser à la nation la honte d'avoir manqué de parole au roi de Gochincbine. »
Plusieurs mois se passèrent sans que l'évêque d'Adran reçût une réponse formelle du ministre. L'année suivante (1789), il lui fut répondu que « les circonstances ont porté le roi à décider que l'expédition n'auroit pas lieu. »
Ce malencontreux incident ne découragea cependant pas Pigneau. Persuadé qu'il n'avait plus à compter sur le comte de Conway, il engagea quelques officiers français ' et quelques matelots volontaires à Pondichéry, fréta un bâtiment de commerce et partit, avec le jeune prince qui l'avait accompagné en France, pour Saï-gon, où il espérait obtenir des nouvelles du roi Ghia-loung.
Ghia-loung, de son côté, pendant toute la durée du voyage de l'ambassade organisée par le père Pigneau, avait eu à supporter toutes sortes d'infortunes et de
' Parmi ces ofBciers on cite surtout Cbaigaeau, Dayot, Olivier cl Vannier, qui reçurent de Ghia-loung ie titre de mandarins annamites. C'est à eux que l'on doit les meilleures fortifications qui se rencontrent encore aujourd'hui en Gochincbine et les premiers vaisseaux de ce pays construits à la manière européenne.
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souffrances. Tantôt, il avait dû chercher dans la fuite un moyen d'échapper à la rage de ses persécuteurs; tantôt, traqué comme une bête fauve par les troupes ennemies, il avait dû se résigner à chercher dans le$^ bois, dans les marais et dans les îles du golfe de Siam, avec le petit nombre de soldats qui lui étaient restés fidèles, un asile où il se nourrissait de racines et de quelques rares produits de la chasse ou de la pêche. Cependant, à un moment donné, profitant d'une querelle qui avait divisé les frères Taï-sœn, il était parvenu à se fixeràSaï-gon, et à se rétablir, tant bien que mal, dans la basse Cochinchine.
Pigneau rencontra donc ce prince à son arrivée en Cochinchine ; et le petit nombre d'hommes qu'il avait enrôlés pour son expédition ne laissa pas de contribuer efficacement au rétablissement définitif de Ghia-loung dans ses États. On répandit bientôt le bruit que les soldats qui venaient d'arriver à Saï-gon n'étaient que l'avant-garde des forces imposantes que le roi de France envoyait pour châtier les rebelles et rétablir le souverain légitime sur le trône de ses ancêtres. Ce bruit était d'autant moins de nature à consolider la puissance déjà chancelante des Taï-sœn, que les Cochinchinois commençaient à se fatiguer de leurs excès et à murmurer tout haut.
Pour profiter de ces circonstances favorables, Pigneau et les volontaires qu'il avait amenés se mirent à organiser à l'européenne les troupes de Ghia-loung, qui ne tarda pas à se trouver en état de prendre à son tour l'offensive. Après avoir assiégé Taï-duk, l'empereur rebelle,
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dans Ki-pou, sa capitale, et avoir engagé successivement avec ses troupes plusieurs affaires mêlées de revers et de succès, il put arriver jusqu'à Hué, oti il rétablit son gouvernement.
Sur ces entrefaites, Ghia-loung écrivit une lettre au roi de France [en date de janvier 1790], dans laquelle il rappela les événements antérieurs et relatifs à la mission de révoque d'Adran en France. Il a su, depuis le retour de celui-ci, que le roi Louis XYI avait eu véritablement rintention de venir à son secours, et que tout n'a manqué que par l'irrésolution de son commandant dans l'Inde, officier qui ne sait ni avancer ni reculer. Néanmoins, il a pu rentrer dans une partie considérable de ses États, et, quoique la paix ne soit pas encore entièrement rétablie, il regarde son sort comme assuré. Il exprime sa reconnaissance pour toutes les bontés du roi à l'égard de son fils. « L'éloignement, quelque immense qu'il soit, ne pourra jamais me faire oublier de si grands bienfaits. » Il n'ose plus demander de troupes au roi; cependant, il lui est obligé «comme s'il les avoit. » Enfin, il termine sa lettre par ces lignes mémorables de la part d'un souverain envers lequel la France avait manqué de parole : « Si dans mes États il pouvoit y avoir quelque chose qui pût être utile à Votre Majesté, je la prie instamment de vouloir bien en disposer et d'être assurée que je ne négligerai rien pour remplir ses intentions. »
La cour de Versailles, qui avait eu la maladresse de servir la maladresse d'un vil employé et d'une femme galante, en dépit de ses engagements, de ses intérêts et