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GUIA-LOUNG ET LES FRANÇAIS £N COGHINCUINE

de ceux de la nation française, ne tarda pas à apprendre la vérité. Mais il était trop tard pour en tirer profit, et le fils de Louis XV, préoccupé de la tourmente révolutionnaire, loin de songer aux intérêts lointains de ses sujets, n'avait plus qu'à marchander avec eux le trône et la vie, qui devaient bientôt lui échapper Tun et Tautrc.

Ghia-loung poursuivit ses conquêtes jusque dans le Tong-kin, et, après avoir maintenu vingt-deux ans son pouvoir sur la partie méridionale de la Gochînchine, réunit sous son sceptre tout ce qui porte le nom d'Annam. Vers la fin de Tannée 1799, il perdit Pigneau, cet illustre et vénérable prélat, auquel il avait voué une amitié sincère et reconnaissante ' . Deux ans plus tard

■ Pigoeau de Behaine, évéque d^Adraa, mourut lo 9 octobre 1799. « Pendant sa maladie, dit M. de la Roquette, qui a recueilli do nombreux documents inédits sur cet illustre prélat, uon-seulemeot le roi lui envoya ses médecins, mais il vint lui-même le visiter souvent, ainsi que le prince royal et les grands mandarins. Lorsque Tévcque eut cessé d'exister, les mandarins et toute Tarmée témoignèrent par leurs cris déchirants combien la perte qu'ils faisiiient leur était sensible. Le roi, la reine et le jeune prince paraissaient surtout inconsolcibles. Son corps, embaumé par ordre du roi, fut porté à Saî-gon et exposé pendant deux mois, dans un cercueil magnitique, au milieu de la résidence épiscopale. Le prince royal fit construire un grand bâtiment dans la cour du palais pour y recevoir les mandarins et tous ceux qui venaient rendre les honneurs funèbres à son maître. Les chrétiens et les idolâtres y accouraient en foule, ainsi que les mandarins revêtus de leurs habits de cérémonie ; tous montraient une vive douleur et le plus grand recueillement. Le roi, qui avait exigé qu'on fit pour Pévéque d'Adran tout ce que la religion catholique permettait, et qui avait

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(1801), il perdit son jeune fils, qui s'était rendu en son nom à la cour de Louis XVI. Enfin, en 1802, les der-

fait roellre à la disposition des missionnaires tout ce dont ils pourraient avoir besoin, assista lui-même à ses funérailles avec les mandarins de différents corps; et, chose étrange! sa mère, la reine, sa sœur et ses concubines allèrent toutes jusqu^au tombeau. Im garde du monarque, composée de plus de 12,000 hommes, etc., y marchait sous les armes; plus de cent éléphants, avec leur escorte ordinaire, précédaient ou suivaient le convoi que le prince royal iJirigeait en personne, par ordre de son père. On y traîna des canons de campagne pendant toute la marche, qui dura depuis une heure après-midi jusqu'à neuf heures du matin ; quatre-vingts hommes choisis portaient le corps placé dans un superbe palanquin. 11 se trouvait à ces funérailles environ 50,000 hommes, sans compter les spectateurs qui couvraient les deux côtés du chemin Tespace d*une demi-lieue. Imitant la conduite des chrétiens, le roi jeta un peu de terre dans la fosse, et fit, en versant un torrent de lannes, les derniers adieux au ministre qu'il venait de perdre. Après que les prêtres catholiques eurent terminé leurs cérémonies, ce prince voulut honorer, par un sacrifice à la manière de son pays, le maître illustre qui Tavait soutenu dans Vinfortune et guidé dans la prospérité. Pour se conformer aux dernières volontés deTévéque d*Adran, ce prince le fit enterrer dans un petit jardin que le prélat possédait auprès de Sai-gou, et lui fit élever un monument dont M. Barthélémy, artiste français, composa les dessins et soigna IVxécution. Une garde du rot est continuellement placée dans le jardin, et l'on regarderait en Gochinchine comme un profanateur celui qui voudrait en jouir ou l'habiter. — Par son testament, Pigneau l^ua tout ce qu'il possédait au roi, au prince héritier et au reste de la famille royale, afin de les rendre favorables aux missionnaires et aux chrétiens. Lorsque Ghia-loung vit les bijoux et les présents que lui faisait l'évèque d'Adran, il dit au missionnaire qui les lui présentait : « Voilà de bien belles choses, des ouvrages bien travaillés, « mai9 mon cœur n'y porte pas envie. Je ne désire qu'une seule « chose, c'est un petit portrait du maître pour mettre avec celui du

jU) GHIA-LOUNG ET LES FRANÇAIS EN COCHINCHINE.

niers germes du parti des Taï-sœn ayant été détruits par l'exécution de tous leurs chefs, il se fit proclamer empereur {Hoang-dé) avec le titre des années Ghia-loung « la gloire parfaite », sous lequel ce prince est connu dans rhistoire.

Les événements qui se passèrent durant les années subséquentes n'offrent qu'un intérêt secondaire et tout à fait local. Quelques tentatives de révolte dans le Tong-kin, motivées par l'augmentation des impôts ou des corvées, et dont le prétexte était le rétablissement des anciennes dynasties du pays, sont les seuls faits politiques dignes d'être mentionnés.

Le 25 janvier 1820, l'empereur Ghia-loung mourut, laissant le trône à son fils aine, qui régna sous le titre de Miû-mang u l'illustre destinée » . Le fils légitime de Ghia-loung, celui qui avait accompagné le P. Pignean à la cour de Versailles, et qui était mort, comme on l'a vu, en 1801, avait laissé deux fils : l'un d'eux mourut

» roi de France (Louis XVI), et le porter sur mon cœur tous les (i jours de ma vie. » On ne put lui en donner qu'un d*une grande dimension ; il le fit encadrer et eiposer dans son palais. Le roi clvargea un des missionnaires de faire parvenir à la famille du prélat un brevet qu'il lui avait destiné, dans lequel il loue fon mérite, ses talents, rappelle les services qu'il a rendus, l'amitié qui les unissait si étroitement, et lui donne, outre la qualité d'instituteur du prince héritier, la première dignité après la royauté, et le surnom à'accompU. Ce souverain avait ordonné à son fils de porter le deuil du prélat, et défendit toute espèce de réjouissance pour rendre grâce aux génies du royaume du succès de la dernière expédition, prohibition inouie en Cochinchine. » {Notice sur le P, Pignean de Behaine.)

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des suites d'une maladie de langueur, l'autre fut écartelé pour avoir commis un inceste avec sa mère '.

Ajoutons, en terminant ce que nous avons à dire de Ghia-loung, que les fameuses fortifications de Hué furent construites sous le règne de ce monarque, d'après le système de Vauban, sous ïa direction d'officiers et d'ingénieurs français. On doit également à ce prince éclairé d'avoir cherché à introduire dans ses États les premiers germes de la civilisation européenne, dont il avait compris, avec une rare perspicacité, la juste valeur et la portée.

* Ce fait est rapporté par M. Michel Chaigiieau, fils de Tud des officiers français amenés par Pigneau en Cochinchine au secours de Ghialoung.

(CITRUS DES ANCIENS).

Le thuya de Barbarie, que quelques-uns de ses caractères ont fait classer parmi les Galutrîs, sous le nom de Callitris çuadrivalvis ^\EfiT\ était connu des anciens depuis une haute antiquité. Théophraste en donne

« Clnssitication botanique, syDonymies et description : CALLITRIS QUADRIVALVIS, Viwt. ~ Famille des Conifères, RicH. — des Cupresslnées, Enduch. — des Strobilacées, Rrichrii-

Dicotijlédon. gymnospermes^ Juss. — Monœcia monadelphia,

LlNW.

Rimules glabres, articulés; strobile à quatre valves ovales, mucronées sous le sommel, dont deux séminiferes. Feuilles petites, squamiformes.

Syn. Cuprcssus Fotticrgilli, Hobt.

— Cupressus tiiiuetra, Loddig.

— Fresnelia Fontauesii, Mibb.

Syn. Thutta articdlata, Despont.

— Callitris Folhergilli, Hort.

— Callitris macrostachya, Hort.

— Callitiis triquetra, Hort.

Syn. Ovov, HoMÈBE. — 6v{ov,0u(a, Théophrastr.

— ÇvXov Ouïvov, Apocalypse,

— Citru8,PLiNB (le naturaliste).

— jùyc harhar, des Arabes (racine i^^; stérile, solitaire). -- Thuya de Barbarie.

— L'arbre de- vie mauresque.

— Der Mohrenlœndische Lebcnsbaum.

la description dans son Histoire des plantes ■ sous le nom de thyion ou de thyia (xè $i 6uloy, o\ Si Oufov xaXou<rt...). Suivant le célèbre naturaliste grec, cet arbre croissait alors près du temple d'Ammon et dans la Gyrénaïque. Son bois est incorruptible (àdaictç ydtp Sh*iç xh (uXov) et sa racine entièrement veinée; aussi en fait-on des objets précieux.

Le nom de thuya se trouve cité à une époqpe bien antérieure à Théophraste. On le rencontre dans Homère ' :

Ilup jxèv Ik l<r/apocpiv {x«y* JtaCeio, Vf\k6^i ô' 85fjL^ ^ KéSpou X* euxca-roto 6uou x' âvà VYi^ov 8$(d$ci

ÀSlO(JLév01V.

<iUn grand feu brûlait au foyer; Todeur du cèdre qui se fend facilement et du thuya qui se consumaient se répandait au loin dans toute Tlle. »

Pline , dans le livre XIII® de son Histoire naturelle , donne des détails fort curieux sur le citrus ^, qui paraît être le même arbre que le thuya. Nous croyons devoir

» Histoire des plantes^ liv. v, chap. v. * Odyssée^ R. v, vers 59 et suiv.

* 3 Le citrus parait être le même arbre que le thaya de Barbarie (calUtris quadrivalvis^ Vent.), bien que quelques doutes puissent s'élever à cet égard. Néanmoins, si Ton compare les descriptions du citrw avec le thuya de Barbarie, on est porté à reconnaître qu'il ne 8*agit que d'un seul et même arbre. Quant à la synonymie du 6^ov des Grecs avec le citrus^ elle est établie par Pline lui-même :

• Nota etiam Homero fuit : thyon grsecè vocaiur, ab aliis thya, >• Quelques personnes ont remarqué la ressemblance des mots

tUrus et cedrus. En outre, comme dans plusieurs manuscrits on écrit souvent Tun pour Tautre , on a été porté à conclure que

TABItTfiS OKIEHTALES. A

insérer ici la traduction des parties les plus intéressantes du récit du naturaliste latin sur Tarbre qui nous occupe :

«La Mauritanie, située près de TAtlas, produit une quantité de citres, avec le bois desquels on fait des tables qui sont recherchées d'une manière extrava- ^ gante; aussi les femmes les reprochent-elles aux hommes, quand ceux-ci leur reprochent les perles. Celle de M. Cicéron existe encore, et ce qui est surtout étonnant, c'est que, malgré son peu de fortune, il la paya cependant alors 1,000,000 de sesterces'. On cite aussi la table d'Asinius Gaïlus, qui coûta 1,100,000 sesterces*. Deux tables, provenant du roi Juba, furent adjugées en vente publique, Tune 1,200,000 sesterces ^, l'autre un peu moins. Récemment, dans un incendie, il en périt une qui avait appartenu à la famille des Géthégus; elle avait été achetée 1,400,000 sesterces*, ce qui équivaut à la valeur d'un vaste domaine, en supposant que l'on veuille même payer aussi cher une propriété foncière. La table qui avait la plus grande di-

les deux noms représentaient le même arbre, et que le citrus n'était autre chose qu'un cèdre (cedrus). Néanmoins cette opinion semble démentie, entre autres, par un passage du liv. xm de V Histoire naturelle de Pline, où cet auteur cite le citrus et le cedrus comme deux arbres différents : « Cedri tantum et citri suorum « fruticum in sacris fumo convolulum nidorem noverant, etc. » Cf. cependant Xiphilin, in Appendice ad Ciaconium.

> Ou 310,000 fr.

» Ou 331,000 fr.

3 Ou 366,000 fr.

4 Ou 394,000 fr.

LE TQUYA D£ BARBARIE. 51

mension, celle de Ptolémée, roi de Mauritanie, était faite de deux demi-circonférences : elle mesurait 4 pieds et demi de diamètre sur 3 pouces d'épaisseur. Mais ce qui était plus merveilleux, c'était Tart avec lequel on avait caché la suture des deux ronds, de manière qu'elle était plus belle qu'on n'aurait pu l'espérer quand même elle aurait été naturellement d'un seul morceau. Nomius, affranchi de Tibère, donna son nom à une table d'une seule pièce : elle avait 4 pieds moins 3/4 de pouce de diamètre sur 6 pouces moins la même fraction d'épaisseur. A ce sujet, n'oublions ^bs d'ajouter que Tibère lui-même en possédait une de 4 pieds 2 pouces moins i/4 de diamètre, mais dont l'épaisseur n'était que de 1 pouce 1/2, et qui n'était que plaquée de citre, tandis que celle de Nomius, son affranchi, était si riche.

«Les nœuds de la racine servent ordinairement à faire les tables ; mais ceux qui sont entièrement sous terre sont appréciés par-dessus tout ; et, comme ils sont plus rares que ceux qui viennent au-dessus du sol et que ceux qui se forment dans les branches , il arrive que ce qui est acheté aujourd'hui si cher n'est que le rebut de ces arbres, dont on peut évaluer la grosseur, ainsi que celle de leurs racines , d'après la largeur des coupes transversales des tables faites avec les ronds de ce bois. Les citres ressemblent au cyprès femelle « et même au cyprès sauvage, par les feuillages, l'odeur et la tige {caudice). Le mont Ancorarius, dans la Mauritanie citérieure , était celui qui fournissait les citres les plus estimés; mais ses forêts en ont déjà été dépouillées.

((Les tables les plus remarquables sont celles qui ont

52 LE TaVYA DE BARBARIE.

des veines ressemblant à des cheveux crépus ou bien à de petits tourbillons. Celles dont les veines se produisent en long s'appellent iigrines; au contraire, celles dont les veines reviennent sur elles-mêmes ont le nom de panthérines. Il y en a aussi à ondulations crépues, et qui sont très-estimées lorsqu'elles imitent les œils de la queue du paon. Après celles-ci et les précédentes, on aime encore beaucoup celles dont les veines sont comme des grains étroitement rapprochés les uns des autres , et que par cela même on appelle assiates. Mais la condition importante pour ces tables consiste dans la couleur. Ici Ton préfère à toute autre la nuance du vin miellé, avec des veines brillantes. Après la couleur, c*est la grandeur que Ton recherche le plus. Généralement Ton désire qu'elles soient faites d'un tronc entier; cependant on en forme de plusieurs pièces.

(' Défauts d'une table : — Le bois, c'est-à-dire le manque d'éclat, un fond sans madrure ou ressemblant aux feuilles de platane , ou bien encore des veines imitant celles de l'yeuse, ou qui sont de sa couleur; — les fentes, ou les gerçures semblables à des fentes, défauts causés le plus souvent par la chaleur et les vents; — une bande noire semblable à une murène, ou du pointillé comme la corneille , ou des nœuds comme le pavot; — enfin, une teinte se rapprochant du noir ou d'une vilaine couleur. Les barbares de l'Atlas mettent dans la terre le citre encore vert et l'enduisent de cire. Les ouvriers le laissent pendant sept jours sur des tas de blé, puis attendent encore sept jours avant de le travailler. Il est étonnant combien , par ce moyen , le

LE THUYA DE BARfiARlE. 53

poids du bois diminue. Les naufrages ont appris depuis peu que Teau de la mer dessèche ce bois , qui acquiert alors une dureté telle qu'il devient inaltérable , et Ton ne saurait parvenir à ce but par aucun autre procédé. Pour le maintenir constamment dans son brillant , il faut le frotter avec la main sèche, surtout au sortir du bain. Cet arbre n'est point susceptible d'être taché par les vins ; aussi on dirait qu'il est fait pour eux.

«Gomme cet arbre est l'un des éléments du luxe, nous croyons devoir nous arrêter encore un peu sur son sujet. Le citre fut connu d'Homère : on l'appelle, en grec, thyon (ôuov) ou thya (6ua). Homère rapporte que Circé , dont il faisait une déesse, brûlait, parmi d'autres parfums, le bois odorant de cet arbre pour son agrément. Ceux qui, par le mot thyon ^ entendent des parfums en général, se trompent entièrement; car dans le même sens le poète grec cite successivement le cèdre et le larix, et il est manifeste qu'il ne parle que d'arbres dans cet endroit. Théophraste (le premier qui consigna, depuis la mort d'Alexandre le Grand, les faits de notre histoire qui se sont passés vers l'an 440 de Rome) dit que le thyon était déjà en grande faveur. Il rapporte qu'on mentionne des charpentes de temples faites de ce bois, et qu'employé ainsi dans les toitures, il est en quelque sorte immortel et entièrement inattaquable. Suivant Théophraste, rien n'est mieux veiné que sa racine, et rien ne produit des ouvrages plus précieux. Le plus beau <Ayow, ajoute-t-il, croît aux alentours du temple d'Ammon , ainsi que dans la partie inférieure de la Gyrénaïque. Quant aux tables de citre, Théophraste se tait

à leur sujet. En effet, on n'en mentionne aucune avant celle de Gicéron, qui paraît faite nouvellement ». »

I^ renommée du thuya et le goût des tables formées de ce bois, comme on le voit, se répandirent rapidement chez les Romains et chez d'autres nations de l'ancien monde. Plusieurs poëtes latins célélffèrent les tables de citre atlantique, témoin les passages suivants :

Accipe felices, atlantica munera, sylvas :

Aurea qui dederit dona , minora dabit *.

«Reçois des dons précieux des forêts de V Atlas; des présents d'or ne vaudraient pas autant. »

Nec sum crispa quidem, nec syWse filia Maurae; Sed Dorunt lautas et mea ligna dapes ^.

« Il est vrai , je ne suis pas madrée * ; je ne suis pas non plus fille des forêts maures; cependant je parais aux festins somptueux. »

Ecce! Afris eruta terris Pouitur, ac maculis imitatur vilibus aurum

Citrea mensa

Nobile ligoum

Turba sepulta roero circumTenit s. . . .

> Dans un autre passage, Pline parle des forêts de TAtlas, que Ton fouillait pour avoir de Ti voire et du citre. (Hist. nat.y lib. Y, 1.) Cf. Juvénal, Satir, XI.

> Martial, Epigramm., liv. xiv, épigr. 89.

3 Martial, Epigr,, liv. xiv, épigr. 90.

4 Ces vers sont attribués, par le poète latin, à une table de bois d'érable, qui, bien qu'inférieure en beauté aux tables de tbuya, n'en était cependant pas moins digne db paraître aux plus brillants festins.

5 Pétrone, Satyricon, cap. cxix.

LE THUTÀ DE BAEBAEH. 55

« Voyez ! on a dressé la table de citre, arrachée au sol africain et dont les taches communes ont l'apparence de Tor ; autour du noble bois sont les convives ensevelis dans le vin. »

Taotum Maurusia geoti Robora divitiae, quarum non noverat usum; Sed cilri contenta comis vivebat, et ombra.

In nemus igootum nostrse venere secures; Extremoque epulas mensasque petivimus orbe >.

« Les forêts étaient les seules richesses du Maure , et cependant il n'en connaissait pas la valeur; il vivait satisfait du feuillage des citres et de leur ombre. Nos haches pénétrèrent dans ces bois inconnus , et nous allâmes chercher aux extrémités du monde et nos festins et nos tables. »

Gicéron, dont nous connaissons par Pline le goût pour le thuya , reproche vigoureusement à son adversaire, dans son plaidoyer contre Verres , le rapt d'une très-grande et très-belle table faite avec ce bois :

Tu maximam et pulcherrimam mensam^ citream a Q. Lutatio Diodoro , qui Catuli beneficio a L. Sulla civis romanus factus est, omnibus scientibus, Lilybaei abstulisti *.

a Tu as enlevé à Lilybée, au su de tout le monde, la grande et magnifique table de citre qui appartenait à Q. Lutatius Diodorus créé par Sylla citoyen romain sur la recommandation de Catulus. »

' LucaiD, Pharsal,, liv. ix, v. 426-430.

> Cicéroo, In Verretn, actio ii, lib. iv, xvii.

50 LE TnUYÀ DE BARBARIE.

Nous avons dit plus haut que Circé, suivant Homère, brûlait le bois de Ouov pendant ses pratiques de sorcellerie. Sur un vase de Gume , que Raoul-Rochette considère comme unique au monde par la beauté de sa fabrication, on voit également le thuya figurer, dans un sacrifice à Gérés, pour alimenter le feu sacré '. D'autre part, on rapporte qu'à Rome, lors de la fête de la Vénus féconde, qui se célébrait aux premiers jours du printemps, les femmes mariées et les filles nubiles se rendaient au mont Quirinus , oh se trouvait un énorme phallus en bois de citre , qu'elles portaient de là au temple de Vénus Érycine, en chantant des hymnes erotiques.

Enfin, V Apocalypse de saint Jean ' cite le ÇuXov duTwv parmi d'autres objets d'un grand prix.

Quant à l'étymologie du mot thuya ^ il est incertain si on doit la tirer du grec ôuciv « sacrifier », d'où l'on aurait fait to ôuov^; ou si ce verbe ôuciv, que l'on retrouve dans le nom ôûa, donné aux sacrifices en l'honneur des Grandes Déesses, n'était pas, comme le pense M. Minervini*, une appellation générale, mais seulement une expression particulière usitée pour désigner ces sortes de sacrifices oh l'on faisait usage du bois odoriférant de l'arbre 6uov. Nous laissons à d'autres le soin de trancher cette question.

' Bulletino archeologico NapoUtano, ann. III, pi. vi. * § xvni«, i 12.

3 (c Quod deabus sacriticabaDtur. » Yoy. H. Estienne, dans son Thésaurus, au mot Ovov.

4 Bullet. archeol NapolU., 1855; p. 78.

LE KAMBODJB.

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