Wd'hd yama, la montagne de ceux qui se confor
ment à la loi (bouddhique).
Lorsque nous posséderons de plus nombreux documents sur les arts industriels des Japonais, il sera sans doute possible d'établir de point en point ce qui, dans les progrès de la céramique orientale, appartient à ces insulaires, et ce qui appartient aux Chinois. Une tradition rapporte que. Tan 27 avant notre ère, sous le règne du mikado Souï-nin, un navire amena dans la province de Harima des Coréens du pays de Sinra, qui établirent au Japon des manufactures de porcelaine, et répandirent les procédés de la fabrication chinoise dans les îles de l'extrême Orient. D parait toutefois que cet art n'était pas absolument inconnu au Nippon, car, à cette même époque, il y avait dans la province d'Idzoumi un lutteur japonais, du nom de Nomi-noSoukouné \ qui fabriquait en faïence et en porcelaine divers genres de vases, et principalement des figurines humaines destinées à remplacer pour les inhumations les esclaves qu'à cette époque on avait l'habitude d'enterrer avec leurs maîtres.
A part un petit nombre de faits de ce genre, l'histoire de la porcelaine du Japon est à peu près entièrement à faire. Un essai, méritoire d'ailleurs, a été tenté par deux amateurs distingués % qui ont réuni avec un zèle
1 Nomi-no Soukouné, en récompense de ses services, reçut du mikado Souî-nin, les fonctions d'inspecteur des travaux publics et le nom de Taka-hara, par lequel furent connus ses descendants.
> MM. Jacquemart et Le Blant , dans leur Histoire artistique ,
digne de tous éloges ce qu'il était possible de se procurer en Europe sur la matière; mais ils n'ont pu obtenir que bien peu de renseignements de source indigène, et une partie de leurs assertions ne peut être reçue que sous bénéfice de nouvel examen. La notice du San-kaï-meï'San'dzou-yé, qui leur a fourni les meilleures indications, est elle-même d'une grande pauvreté. Les amateurs n'y trouveront que quelques faits isolés de nature à leur être utiles pour le classement de leur collection. On y lit que, dans la province de Boungo, on trouve une terre blanche comme la neige qui sert à peindre en blanc la porcelaine. Si, au contraire, on emploie la litharge (en japonais o-siroiï)^ on obtient après la cuisson une teinte d'un rouge verdâtre. Quant à la porcelaine peinte en rouge, on la nomme nisikUe « vaisselle bariolée » . Dans une seule fabrique, on possède un secret qui permet de mêler ou de superposer à la couverte diverses sortes de couleurs, voire même l'or et l'argent. L'auteur ajoute enpn « qu'une des beautés de la porcelaine de Nan-king, c'est que les dessins bleus semblent se trouver sur la couverte, tandis que, pour la porcelaine bleue du Japon, la peinture semble s'être imbibée sous la couverte. »
industrielle et commerciale de la Porcelaine (Paris, 1861; infolio). Il est à regretter que les savants auteurs de cette belle publication n'aient pas communiqué les épreuves de la partie japonaise de leur livre à un orientaliste en état de les corriger. On y trouve des erreurs philologiques continuelles, et il est certaines pages, notamment celle qui traite du cycle japonais (p. 293), qui fourmillent de fautes.
Le peu de lignes qui composent le mémoire de M. Hoffmann suffît cependant pour nous démontrer que les Japonais emploient dans la fabrication de la
porrelainc des procédés plus ingénieux, plus perfeo tiennes que ceux daa Chinois. Cette opinion a été admise par M. Alphonse Salvétat, dont Tautorité en fait tic céramique est généralement reconnue, et qui, par les nombreux essais qu'il a ejitrepris à la maûufaolure impériale de Stvres, a dû nécessairement acquérir une profonde cxpf'TÎence dans Tart de la fabrication de la porcelaine. En effet, ce savant chimiste, entre autres remarques sur les produits chinois et japonais, a inséré dans sa préface Tobsenation suivante ; î* Il peut déj;\ paraître surprenant que les Chinois, si ingénieux dans mille autres circonstances, aient laissé passer inaperçu tout le parti qu'on peut tirer de la porosité du dégourdi de la porcelaine. Cette propriété offre, comme on sait, le moyen de recouvrir de sa glaçure également et prnmptement, c'est-à-dire économiquement, toute poterie à pite absorbante, quel que soit le fini de la forme, quelle que soit la nature de la glaçurc» On a d'autant plus lieu d'i^tre surpris de l'ignorance dans laquelle ils demeurent, que tes fabricants japonais pratiquent, ainsi q\i'iin le voit par le Mémoire de M. Hoffmann, la mise en couverte économique et au moyen de rimmersiou ' . >ï
L'ouvrage de M. Stanislas Julien ne traite point de la porcelaine en Corée, dans les deux presqu'îles
■ IlhL et/ahric. de ia porcelaine chmaise, [lJtl■cKl,.^ p, xc.
Variétés ûriÊDMes.
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FABRICATION DE U ÎORCB
indiennes, dans la Perse, et dans quelques autres États qui ont participé à cette belle création du génie chinois. D'après les renseignements que j'ai pu recueillir, la porcelaine actuelle des Coréens est aujourd'hui fort grossière, et l'on y exporte de Chine les vases de luxe à l'usage de la cour et des grands. Toutefois , il n'en a pas toujours été ainsi ; et, au premier siècle de notre ère, comme nous l'avons dit, les habitants du pays de Sin-ra étaient assez au courant des procédés de la fabrication chinoise pour les transporter au Japon, vers l'an 27 de J.-C, époque vers laquelle remontent les premières manufactures japonaises. Quelques autres faits tendent môme à nous faire croire que l'ancienne porcelaine coréenne, dont il existe peut-être encore des spécimens dans les cabinets des amateurs de l'extrême Orient, se distinguait par une véritable supériorité de composition.
En Indo-Chine, il paraît positif qu'on a fabriqué à certaines époques des porcelaines dans plusieurs localités, mais nous manquons de données précises à cet égard. Aujourd'hui, on ne fait plus à Siam que de la mauvaise poterie % et au Tong-kin, où l'on façonnait jadis d'assez belles pièces de céramique, on ne trouve guère à présent que des produits de basse valeur.
Les Indiens de la péninsule cis-gangé tique eurent
' Voy. Pallegoix. Description du royaume thaï ou Siam, t. I, p. 35Ô. Suivant un auteur plus ancien, on faisait beaucoup usage de porcelaine au Siam, parce qu'il y en avait de très-grossière et qui se vendait à vil prix. Voy. de La Loubère, Du royaume de Siam, t. II, p. 69.
aussi, pendant un temps, quelque réputation pour leur manière de décorer la porcelaine; il y a même lieu de croire qu'ils fabriquaient des vases en ce genre de poterie, pour les vendre aux marchands qui venaient chercher chez eux les produits de l'Asie centrale et les transportaient par-delà l'Arabie et la Perse. Dans ce dernier pays, on fabriquait aussi de la porcelaine, notamment à Chiraz, à Méched, à Yezd, à Kermân et à Zorend. L'Iran passe même pour avoir eu la gloire d'imaginer quelques procédés heureux pour la peinture et en général pour l'ornementation des poteries kaoliniques.
En résumé, si l'on étudie l'état présent de l'art céramique dans l'Asie orientale et en Europe, on est porté à constater, comme nous l'avons déjà dit, qu'il est encore un bon nombre de nos procédés qui pourront être perfectionnés par la connaissance de ceux des Chinois et des Japonais; et, pour ce qui touche la décoration des porcelaines, la reproduction de divers fonds de couleur au grand feu (notamment du céladon chinois, des beaux rouges et des bleus flammés), l'imitation des craquelures larges ou serrées, on ne peut manquer de se trouver heureux de posséder aujourd'hui la traduction de renseignements originaux qui nous apprendront sans doute à imiter ces ornementations si belles, si originales, si recherchées, et pour lesquelles l'art européen n'a fait, jusqu'à présent, que des tentatives infructueuses ' .
^ Voy. la préface de M. Salvélat, p. cxvi.
Nous pouvons donc espérer que l'utile traduction de M. Stanislas Julien nous permettra bientôt d'imiter toutes les productions céramiques des Chinois, et de reproduire en Occident ces décorations, ces couleurs magnifiques et variées à l'infini qui ont fait le désespoir des artistes de nos manufactures. Le célèbre sinologue aura ainsi rendu un nouveau service à l'industrie européenne , en lui livrant la traduction d'un livre dont les difficultés étaient innombrables et qui l'auraient sans doute arrêté s'il n'avait réuni à une connaissance parfaite de la langue chinoise une patience et une constance dignes de tous éloges. Inutile de rappeler ici qu'il était nécessaire, pour traduire l'Histoire de la porcelaine de King-teh-tchin , de se familiariser avec la langue technique particulière aux arts céramiques, jusque-là inconnue au savant académicien, et de découvrir en outre les synonymies européennes des substances employées par les Chinois. La faveur avec laquelle le monde scientifique et industriel a accueilli, depuis sa publication, V Histoire et fabrication de la porcelaine chinoise, de M. Stanislas Julien, montrent suffisamment que son nouvel ouvrage ne sera pas moins bien reçu du public que son Traité de V éducation des vers à soie ne l'a été des différentes nations européennes dans la langue desquelles il a été traduit.
VARIÉTÉS OIIIEIfTALES.
ENGELBERT KtEMPFER,