Autre édition française. La Haye, 1751 ; 2 vol. in
Cette édition ne renferme comme planches que les cartes et plans de la grande édition.
8. Édition abrégée, et augmentée d*un voyage fait au Japon en 1675. Anu' terdam, 1752; 5 vol. in-8'.
9. Histoire naturelle, civile ei ecclésiastique de Tempire du Japon, composée en allemand par Engelbert Kaempfer, et traduite sur la version anglaise de Jean-Gaspar Scheucbzer (par Naude), ouvrage enrichi de plans et des cartes nécessaires. La Haye, Gosse; 5 vol. in-12.
16. De Beschryving van Japan, behelsende een Yerhaal van den ouden en tegenwoordigen Staat en Regeering van dat Byk, van desselfs Tempels, Paleysen, Kasteelen en andere Gebouwen; van desselfe MeUlen, Mineralen, Boomen, Planten, Dieren, Vogelen en Visschcn. Vay de Tydrekening, en Opvolging van
116 JINGELBERT KJEMPFER
Ce ne fut que quarante ans plus tard , c'est-à-dire en 1773, qu*il parut une édition de ce livre en allemand ', langue maternelle de Ksempfer, et dans laquelle il avait primitivement rédigé son travail. Cette version originale, préférable sous plusieurs rapports à celles qui l'ont précédée, a été imprimée à Lemgo, en 1777. On y trouve quelques renseignements sur les manuscrits inédits de Raempfer, qui entrèrent dans les collections du British Muséum à la mort de sir Hans Sloane. L'éditeur avait offert de publier ces manuscrits et ouvert une souscription dans ce but. Malheureusement sa proposition ne fut pas accueillie comme il l'avait espéré, et il dut renoncer à cette entreprise.
Rsempfer avait annoncé, de son vivant, trois ouvrages qu'il se proposait de publier, savoir : le Japon contem-
de Geestelyke en V^erekllyke Keyxera. Van de Oorsprongkelyke Âffotanimii>g, Godsdiensten, Gewoonten en Handwerkselen der luboorligen, en Tan bunnen Koophandel met de Nedeiianders en de Gbinesen. BeneTens eene Beacbryving Tan bel Koningryk Siam. In H Hoogduytsch beschreTen door E. K. — Uyt het oorsprongkelyk Hoogduytscb Handschiift, nooit te Tooren gedriikt, in het Engelsch OTergezet, door J. G. Scheacbxer. Amsterdam, 17SS; in-foL, aTec pi. et cartes.
11. Extrait de l'ouTrage précédent. Amêterdam, 1758; in-^**, aTec cartes et planches.
> Voici le titre de cette édition :
12. Engelb. Kâinprer*s Geschichte and Bescbreibang Ton Japan; ans dcn Originalbandscbriften des Verfa88er8beransgegel>en TonChr. Wilh. too Dohm. Lemgo, Meyer, 1777-78 ; 2 part. gr. in-4S aTec atlas de cartes et pi. in-fol.
Une notice a été publiée sur le manuscrit original de Kiempfer, pour servir d'annonce à la publication de M. Dohm ; elle porte ce tilre:
Nactarlcht die t'rschrift der Kftmpferischen Beschrelbung Ton Japan beirerfend. Von Christian Wilhelm Dohm. Lemgo, 1774; in-8<> de 40 p.
ENGELBERT KJEMPFER. 117
porain, un Spécimen de la flore transgangétique, et une Relation de voyage '. Ces ouvrages ne parurent pas précisément sous la forme qu'il avait eu l'intention de leur donner, mais on en possède la substance dans diverses publications qui ont vu le jour depuis sa mort •. Les manuscrits de Rsempfer*, ainsi que nous Tavons
I I. — Japonia nostri temporis; cum fig. xl (gennanioe). 11. — Herbarii Trans^angetlci Spécimen ; in- fol., corn fig. cccc€. m. — Hodœporicum tripartitum; in-foL, cum fig. Ce dernier ouvrage devait être la relation du voyage de Kœmpfer de Stockholm à Batavia.
> Parmi ces publications, nous citerons :
IS. Sammlang seiner ^mtlkhen Reisen. LontUm, 1736; 2 toU io-fbl.
14. Le même (en allemand), mais abrégé, et augmenté d'une description du Japon, par Medicns, et d'additions tirées d*un ms. de Kcmpfer. Letp$ig, 1783-82 ; in-8«, arec pi. et cartes.
15. Icônes selectc plantamm, quas in Japonia collegit et dellneaTit Eng. Kannpfer, ex archetyp. in Museo britannioo asserTatls. LimâinU 1791 ;in-M.
Ce volume, publié par J. Banks, renferme 59 planches gravées représentant des espèces de la Flore du Japon recueillies par Kxmpfer.
— Une compilation du grand ouvrage de Kœmpfer a, dit-on, paru en russe, sous le titre suivant :
Iwana God. Reiehel, Kratkala btoria o laponskom goaondarstviéia destoTiern iich iswiesty sobranoala. Iloskou, 1775; in-8S
3 Voici la liste des manuscrits d^Engeibert Kœmpfer que j*ai eu l'occasion de rencontrer ou que j*ai trouvés cités dans des écrits bibliographiques :
A. — Gollectanea de rébus prœcipue japon icis.
Mus. Brit., Gollect. Sloane, n* SOM. — Ce manuscrit, rédigé en allemand, renferme, outre diverses noUces relatiTes au Japon et au Siam, une chronologie Japonaise et une traduction du Ohoioka monogatari ou Histoire du port de Ohosaka, ainsi que d'antres extraits de liTres Japonais originaux.
118 ENGELBERT KfMPFER.
dit, font aujourd'hui partie du Musée britannique. Les personnes qui s'intéressent aux questions japonaises
6. — A Yocabulary Japanese and Hight German ; the Japanese being expressed in Latin Cbaracters.
Brit. Mus., GoUect. Sloane, n* S002.
C. — Volumen plantarum in Japonia collectarum ab Engelberto Kaempfero. M. D., annis 1691 et 1692. Addit» sub finem Plant» aliquot ab eodem Persia et insula Geylan reperta.
Mus. Brit.— Cest un TOlume in-folio de lli fenillets renfermant diacuQ on e et souvent plusieurs plantes desséchées, avec des noms Japonais de la main de Kaeropfer, et des simonymies Unnéennes ajoutées successivement par plusieurs botanistes.
D. — Historia Japaniae, germanire.
Cest le manuscrit original du grand ouvrage de Ksmpfer, avec les planches, dont quelques-unes n'ont pas été gravées.
E. — Hifttory of Japan, with mss. corrections, by D' Richard Myddelton Massey. (Lond,^ 1727.)
F. — Miscellanea Japonico-Persica.
Ce volume renferme les pièces suivantes : 1. Musfca Japonica. - 2. Inscriptio Lamins Martis, a collo gestats ab Arabe pênes Abicbeora. — 3. Miscellanea Persica, historico-naturalia et politica. — ft. Iter Astracano, per mare Casplum in Persiam, cum relatione rerum Ispahanl transactarum. — Iter ad au- .lam Muscoviticam, indeque Astracanum susceptum, iOSS.
G. — Diarium itineris ex Batavia ad Siamum, indeque Japoniam, 1690.
H. — Notikia Persiœ et Miscellanea varia ad historiam Persamm, naturalem et politioam spectantia.
Sur papier persan.
L — Gollectio opernm Engelberti Kœmpferi.
Ce volume contient les mémoires suivants s 1. Iter ad Bugum provincl» Laar, in Junio 1686, una cum excursu ad pagum Melman et reditn ad urbem Gamron. — 3. Excursus ad Disgunm, in mense maij 1686, ad inquirendam historiam Assb fœtid». — S. Excursus Ispahano ad thermas régis AbassI, in mense JnniJ 1680. — 4. Introitus sultan! Ekbers in Ispahanum, mense Januarii 1688. " 5. Exoerpta ex diariis annorum 168A-85-66. — 6. Iter Ispahano Gamronum, 1685. — 7. Bxcerptaex diario Johannls Cuoci, Indi» contUiaril, et a
£NG£LB£RT KfMPFER. 119
pourront y trouver quelques renseignements curieux. Mais leur publication n'est plus guère à désirer, au-
capitaneo generali Carolo Renierte, ad Persic regem ablegad, 1651. ^ 8. Dia* rium itioeris Huberti de Lairesse in Persiam, 1606.
J. — Descriptio plantarum japonicarum, et earumdem characteres japonici, cum iconibus et indice, a J. C. Scheuchzero. K. — Miscellaneons collections.
Ce recueil de papiers de Kempfer renferme: 1. Tbe modem and orthodox way of holding the fingers ar.d thumb in malcing tbe sign of tbe cross in booour of tbe Holy Trinity. ( Français et russe.) — 2. Iter régis Abar M. ad Cborasai Mesied, cam distantiis. (Allemand et latin.) — 8. De invasione Taruronim Osbekensium et Kbalmukorum in Persiam, annis 1667-68-69. (Allemand et latin.) — A. Excerpta ex itinere Jenkinsonii. — 5. Relationes varie ex variis anctoribus collecte de rebns Tartarorum. — 6. Excerpta ex diario auctoris, octob. 18, 161S, circa fossam scytbicam. — 7. Varie de rébus moscoviticis. — 8. Observata varia miscellanea de rébus Persicis. — 9. Historia hortomm circa Ispabanum, cum figuris. — 10. Memoria Inquirendorum in Persia simplicium. — 11. Asiur Meixaan, i. e. Regnum ignis. — 12. Diarium itineris ad Okesram Medie peninsulam suscepti, 1684. — 13. Monumenu campi PersepoliUni. — 14. Collectanea de Palma. — 15. Iter ex Persia in Indiam, 1688. (En allemand.) — 16. Excerpta ex Abrahami Rogerii Verborgen Heydenthom. Lngd. Batav., 1651. — 17. Notitie Malabarice. — 18. Excerpta ex litteris D. Jageri, 1687, de rebos Indids et Persicis. — 19. Instructions de la Compagnie des Indes orieatales au Gourerneur général et Conseil de Batavia, 1650. (Belgice.) ■— 20. Instructions diverses, 1688. — 21. Alpbabeta siamice. — 21 bit. Plante io insula Edam reperte. — 22. Plante ad ostiam Siamese reperte, et in bortis variis. — 23. Excerpta ex diario Nie. Honkebacker, in Firando, 1633 ad 1639.— 24. Excerpta et miscellanea de rébus Japonicis. — 25. Nieroglyphice japonice •eu Ghinenses. —20. Register de Hendrich van Buytenham, 1688.
Une grande partie de ces pièces a été publiée dans les ÀmœniiO' tes exoticse, L. — Recueil de pièces.
Sloane, n« 3063. —On trouve dans ce volume : Stensso Radzin. Expeditio in Persie regnum. — Epistola régis Polonie ad regem Persic. — Papier et reliure persans.
M. — Delineatio plantarum japonicarum, cum indice. N. — Amœnitates exotics.
Ce ms. ne renferme que qoeUfoes parties de Tonvrage imprimé tous le même titre, et est en général très-défectneax.
120 ENGBLBERT KJSMPFER.
jourd'bui que nos connaissances sur le Japon ont de beaucoup dépassé ce que l'on savait à l'époque de Raempfer. En outre, ces manuscrits sont, pour la plupart, d'une écriture difficile à déchiffrer, et les faits y énoncés manquent souvent de cette précision que nous tenons à rencontrer dans de tels travaux. La partie spécialement philologique des manuscrits de Kaempfer est de peu d'importance, et son vocabulaire japonais ne saurait être consulté avec beaucoup de fruit: c'est une maigre collection de mots assez mal orthographiés, à laquelle on a joint quelques phrases de dialogues. VHerbarium d'Engelbert K»mp-
0. — Lexicon Hngu» penic», et aliquot obsenrationes grammaticales.
Sloane, n« 2010 ; ma. sur papier persan.
P. ^ Epistolœ variœ ad Raphaël du Mans, Kend Dijckman , W. Sicken, Herbert de Bager, W. Lycochthon, Jean de Tudert, Brochebourde, D. Smuyser, G. Klingstiern, Monster Roll, 1693. — Testament van Jacob Capelle, Joh. Merman. — Translation of a letter of J. H. Kœmpfer to jy Steigerthal, offering him bis remaining mss., with a catalogue of them.
Sloane, n'SOaa.
Q. — Raphaël dn Mans. Deseriptio Persi», conununicata Engelberto Ksempfer, Ispahanœ, 1684; cum Grammatica linguœ turcic».
Le père RaphaCl du Mans était, lors du séjour de Kcmpfer dans cette ville, prieur du couTent des capucins ft Ispahan, et avait rempli pendant plus de trente années les fonctions d'interprète à la cour du chah, de telle sorte qu*il possédait une profonde eipérience des choses de la Perse. II fournit ainsi à bempfer la plupart des renseignements précieux que ce savant voyageur a consignés dans la partie historique de ses ouvrages.
ENGELBSRT KiEMPFEE. 121
fer ', conservé au département botanique du British Muséum, mérite, au contraire, d'être étudié avec soin. Les noms japonais qu'il renferme, à côté des échantillons desséchés et d'un assez grand nombre de noms latins, permettraient d'étendre la liste encore très-exiguG des synonymies botaniques japonaises connues jusqu'à présent, et fourniraient les moyens d'aborder les nombreux ouvrages de phytologie publiés au Nippon, et dont quelques-uns sont déjà parvenus jusqu'à nous.
Aujourd'hui les ouvrages de Rsempfer sont un peu arriérés; mais, au moment de leur apparition, ils fournirent au monde savant un vaste ensemble de documents aussi neufs qu'intéressants. Les érudits furent unanimes pour reconnaître les rares aptitudes de leur auteur et la variété de connaissances qui le plaçaient au-dessus de la plupart des voyageurs de son siècle. Linné tout le premier voulut lui rendre hommage en attachant son nom à un genre de plante de la famille des balisiers *, et les naturalistes, les médecins et les philologues citèrent tour à tour ses travaux avec éloges. Il n'existe encore à Lemgo^ ville natale de Ksempfer, aucun monument^ élevé à la mémoire de ce grand
' Volumen plantarum in Japonia collectaraniy ab Engelberto Kempfero (sic), M. D., annis 1691 et 1692. — Additœ sub finem Plantœ aliquot ab eodem in Persia et insula Geylan reperta. (In-fol. de 111 feuillets.)
* Le genre Kxmpferia,
3 En revanche, M. de Siebold, Villustre continuateur de Ksmpfer, a fait ériger, dans le jardin botanique du comptoir hollandais de Dé^ma (port de Nagasaki), au Japon, un monument en l'honneur
122 ENGELBERT &JSMPFER.
citoyen ; mais, en ce moment même le gouvernement de Lippe-Detmod songe à accomplir ce pieux devoir, et il n'y a point à douter que, sous le haut patronage de S. A. le prince Léopold, ce projet ne soit prochainement réalisé. Il est de l'intérêt des villes et des États de témoigner publiquement de leur admiration pour ceux qui ont consacré leur vie entière aux progrès des sciences et à la gloire de leur patrie.
de ce grand voyageur et de son émule Thunberg. On y lit celte inscription :
E. KCMPFER, C. P. THUNBERG.
ECCE VIRENT VESTR£ HIC PLANTC. FLORENTQUE QUOTANNIS
CULTORUM MEMORES. SERTA FERUNTQUE PIA.
LA
Aujourd'hui que les presses de Tlmprimerie impériale viennent de publier un grand dictionnaire de la langue thaï ou siamoise % l'étude de cet idiome se pré^ sente dans des conditions favorables qui fixeront sans doute la sollicitude de quelques savants. Toutefois les orientalistes se demandent encore s'il existe au Siam une littérature d'une valeur quelconque, et si elle n'est pas réduite tout au plus à de médiocres traductions d'ouvrages bouddhiques.
n m'a paru à propos , dans cette courte note , de signaler les documents littéraires et scientifiques qu'on pourra tirer de la connaissance du thaï. Si, jusqu'à présent, les imprimeries n'ont pas été assez nombreuses chez les Siamois pour propager rapidement
> Dktionarium Hngux thaï, si»e sktmensis, interpretatione lattnaf galiica et anglica iliustratum, auctore D. J. B. Pallegoix, episcopo Malleosi, ^ieario apostolico siamensi. Parisiis» 1854; io-4.
i2\ LA LITTERATURE DES SIAMOIS.
des éditions de leurs écrits, les ouvrages célèbres ou utiles ne s'en sont pas moins répandus au moyen de copies manuscrites dans toutes les classes des lettrés du royaume. D'un autre côté, le roi de Siam a livré à la typographie plusieurs ouvrages indigènes * qu'il a fait reproduire en caractères originaux. Une collection de décrets royaux a déjà été imprimée; et en ce moment même les presses royales de Bankgok ' sont occupées de l'impression du Kot-maï laksana tang-tang^ Recueil des lois du pays. Il faut donc l'espérer, sous la protection libérale de P'ra Borom Inthara Maha Mongkut , souverain actuel du Siam , les lettres continueront à fleurir et les presses à les propager rapidement parmi les indigènes et parmi nous.
Tous les genres littéraires sont représentés dans la littérature siamoise. L'histoire générale et la chronique, la législation, la géographie descriptive, les ouvrages didactiques, les traités de médecine et d'histoire naturelle, les livres d'astrologie et d'astronomie, les romans historiques et mythologiques, les romans de mœurs et les contes, les drames et les comédies nous y apparais-
< Ces travaux ont été confiés à une commission qui, choisie parmi les lettrés les plus érudits du Siam, se charge de la rédaction des ouvrages commandés par le roi.
> L'imprimerie royale de Bang-kok a publié différents textes par la lithographie et la typographie; j'ai recueil y a quelques années, un exemplaire d'une inscription ancienne du Siam dans un caractère dont je ne connais pas d'autre spécimen, et qui y a été lithographiée. Je dois ce précieux envoi à Tamitié de M^ Pallegoix.
sent comme quelques-uns des genres les plus cultivés et les plus propres à exciter la curiosité des orientalistes.
Les ouvrages bouddhiques tiennent évidemment une très-large place dans la littérature thaï : Ton pourrait même dire que la presque totalité des livres qui la composent a été rédigée sous l'inspiration de la puissante doctrine de Çakya-mouni. Il est hors de doute qu'un grand nombre de ces ouvrages n'ont pour nous qu'un faible intérêt; mais il y a aussi tout lieu d'espérer qu'il en est quelques-uns de vraiment dignes de nos patientes recherches. Le Siam est aujourd'hui l'un des pays où le bouddhisme est le plus florissant, et on assure qu'il y a moins dégénéré que partout ailleurs. Les livres de cette religion, qui s'y rencontrent en foule, sont, pour la plupart, sinon tous ', traduits sur les originaux sanscrits ou palis , et il n'est pas impossible qu'il s'en trouve parmi eux qui soient depuis longtemps perdus dans la presqu'île cis-gangétique. On varie d'opinion sur le pays qui a fourni au Siam les livres sacrés de l'Inde. Les uns veulent que c'ait été Ceylan; d'autres citent la Chine; d'autres enfin le Lao *. Divers ordres de faits invitent à penser qu'ils ont été primitivement
' Cf. WilsoD.dans le Joum. ofthe Roy, Àsiat. Society, t XVI, p. 236.
* Voy. Eug. Burnoufydans \eJoum, asUit , V série, t. IV, p. 21C; voy. également Edward E Salisbury, dans le Joum. of the Amerie. Orient. Society^ 1. 1, p. 116. Pour Torigine laotienne des livres bouddhiques des Siamois, voy. Kœmpfer, Hist. de femp. du Japon, et La Boubère, Descript, du roy, de Siam,
transportés de Ceylan à Java et de là au Kamboje, d*où ils se sont propagés sur le territoire thaï. Le respect que les Siamois professent pour les livres kambodjiens ou khmer, comme ils les appellent, et Tusage qu'ils font de leurs caractères dans tous les écrits religieux, viennent à l'appui de cette opinion qui d'ailleurs est d'accord avec la tradition indigène. Toujours est-il que les ouvrages bouddhiques se sont répandus à profusion dans le Siam, et cela à une époque vraisembablement reculée, car, si on en croit les Siamois, le bouddhisme florissait chez eux dans des temps antérieurs à l'introduction de l'alphabet pâli ".
Le recueil des livres sacrés du Siam est intitulé TVaipidok, titre que Pallegoix explique par a les trois véhicules » . Il est évident , je crois , que ces mots sont une altération du sanscrit tripitaka « les trois corbeilles », par lequel on désigne, dans l'Inde, les trois classes de livres canoniques du bouddhisme. Ce recueil est, en effet, divisé en trois séries, dont les noms trahissent tout d'abord une origine indienne : la première est intitulée P'raVinaï (les règles) et répond sans doute au sanscrit vinaya « la discipline » * ; — la seconde se nomme P'ra-sut (sermons et histoires) et rappelle le sanscviisoûtra «préceptes, traités»'; — la troisième enfin est désignée par le mot P'ra-baramat qui est probablement une altération du sanscrit abhidharma « la métapbysi-
I Eug. Durnouf, dans le Journ, asiat , 2« série, t. IV, p. 217. * Vinaya pitaka (Traité de la discipline) des Indiens bouddhistes. 3 Soûtra-pilaka (Discours du Bouddha).
que » •. Le tout forme 3,683 volumes , comprenant 402 ouvrages différents *. A Torigine , ces ouvrages étaient rédigés en pâli, et encore de nos jours on en rencontre de nombreuses copies dans cette langue. Il en existe cependant des traductions en siamois, mais elles sont toujours transcrites en lettres kambojiennes, car employer pour de te^ livres récriture vulgaire thaï semblerait une épouvantable profanation. L'évèque de Mallos assure que les Traï-pidok sont très-répandus au Siam, et que dans chaque monastère on en trouve un exemplaire plus ou moins complet. Le même savant cite un autre ouvrage intitulé Traïp^um « les trois lieux» qui embrasse tout le système religieux des bouddhistes. Ce livre fut composé sur l^ordre d'un roi de Juthia, en Tan 2345 de P*ra Rhodom ', par les docteurs les plus éclairés du royaume et d'après les anciens livres sacrés. Il ne faut pas s'attendre à y trouver des vues profondes et originales , mais seulement un exposé détaillé de la religion de Çakya, telle qu'elle est comprise par les Siamois. Il paraît, d'après ce livre, que le nirvana (fin suprême des bouddhistes), par exemple, est entendu dans un sens très-voisin de l'anéantissement absolu : « Le « nip'an (nirvana) est l'extinction de la forme du corps,
I Àbhidharma-pUaka (Lois manifestées).
> C'est sans doute ce qui subsiste de la collection des 84,000 livres de la loi bouddhique. Voy. cependant sur ce nombre Burnouf, Introd. à l'hisL du Bouddh. indien^ p. 35.
3 Si cette date, donnée par Pallegoix (Descrlpt. du roy, thaï, 1. 1, p. 4i6), est exacte, Touvrage est fort récent, car Tan 3345 de P>a Khodom répond à 1802 de notre ère.
«du goût et des autres sens, de Texpérience des « choses, de notre constitution (sic) selon le mérite ou H le démérite de l'âme ou de Tesprit. Toutes ces choses « sont entièrement anéanties; et il n*y aura pas de nou- (( velle naissance ; la fin de Texistence, la fin des mala- « dies et de toute tristesse, cet anéantissement , selon « les bouddhistes , est la souveraine et parfaite béate titude*. »
En dehors des ouvrages purement religieux , les Siamois possèdent de nombreux livres d'histoire. Quelques-uns se rapprochent, par le style et le mode de composition, des annales officielles ; mais la plupart sont émaillés de légendes merveilleuses qui les placent à une égale distance de la chronique et du conte populaire.
' Il est curieux de rapprocher cette définition de celle que nous a donnée Eug. Burnouf d'après les Indiens de la péninsule cis-gangétique : « Le Nirvana est pour les théistes l'absorption de la vie individuelle en Dieu, et pour les athées l'absorption de cette vie individuelle dans le néant; mais, pour les uns et pour les autres, le Nirvana est la délivrance, c'est l'affranchissement suprême. » {Introd. à VHist. duBuddh. ind,^ p. 18.)— Dans un grand vocabulaire ms. que M^ Paliegoix avait fait copier à Siam pour la composition de son lexique, le Nirvana était expliqué d'une façon qui m*a semblé remarquable, bien que le savant évêque de MaJlos ait cru devoir la rejeter : « Le Nip'an (Nirvana) est l'anéantissement de toute puissance intellectuelle ou matérielle sur les choses visibles; une fois l'homme arrivé dans cet état, il ne ressent plus aucune sensation, n'éprouve plus aucune joie ni aucune tristesse, ne comprend plus ni le nom, ni l'étendue, ni la durée, ni la quantité, ni la qualité des objets existant ; (tout, pour lui) se confond dans l'association du être et du non-être simultané (?) de toutes les choses (et de toutes les idées). »
Une des plus célèbres relations de ce genre , le Fonysavadan , se divise en deux parties : la première ( la seule qui , jusqu'à présent , soit parvenue jusqu'à nous ') raconte les événements qui se sont passés depuis le premier établissement des Tbaï au nord * de la presqu'île qu'ils habitent aujourd'hui jusqu'à la fondation de la ville de Juthia (1349 de notre ère); la seconde, en quarante volumes, se continue jusqu'à l'époque actuelle '. Les autres ouvrages historiques du Siam ne nous sont connus que de titre, et encore sommes-nous loin d'en posséder un catalogue à peu près complet. Dans les listes qui ont été publiées ^, on voit figurer les annales de la Cochinchine , de la Chine , du Pégou , des pays malays, de Ceylan, etc. Beaucoup de titres semblent annoncer des récits d'événements rédigés suivant la manière de Walter Scott ou d'Alexandre Dumas. Le regrettable évoque de Mallos m'a assuré cependant qu'il
I Je possède un manuscrit de ce précieux ouvrage qui m*a été donn4 par un jeune et intelligent néophyte siamois nommé Pierre Rëo, amené en France en 1853, par Tévéque de Mallos.
* La première partie de l'ouvrage dont il est ici question est intitulée P'ongsavadan Muang-nua «i Histoire des pays du Nord », parce qu*en effet le berceau de la civilisation siamoise a été le bassin septentrional du large fleuve Mé-nam, dans la région aujourd'hui occupée par Tétat de Tchieng-mai.
3 J'ai donné une analyse de ces Annales de Siam dans mes Études asiatiques t p. 170. On en trouvera une analyse différente dans Pallegoix, Descript. du royaume thaï ou Sïam, t. II.
4 Yoy. la liste d'ouvrages historiques extraite d'un grand catalogue de l'évéque de Mallos par M. Umery, dans sa curieuse Notice sur la chronologie siamoise {Revue orientale et américaine^ t. VIT, p. 306etsv.).
existait parmi ces écrits des chroniques composées avec exactitude et sincérité. Quoi qu'il en soit, il y a sans doute plus d'un enseignement à tirer de ces riches collections; et, dût-on n'y rencontrer le plus souvent que des légendes, il serait encore intéressant de les étudier. L'existence du roman d'Alexandre dans la littérature siamoise ' a notamment paru à un éminent philologue belge' très- digne de préoccuper les orientalistes. Il est souvent si difficile d'obtenir les moindres données sur certaines périodes de l'histoire asiatique qu'on doit se trouver heureux de posséder des légendes dont on peut, en usant sobrement des procédés de la critique moderne , dégager parfois des faits utiles et incontestables.
Dans le domaine de la littérature légère, les Siamois possèdent une grande quantité de romans, la plupart composés en vers et presque tous plus ou moins saturés de bouddhisme '. Ils tournent le conte assez bien et déploient de l'imagination dans les nouvelles joyeuses. Il n'y a pas jusqu'au drame qui n'ait été en faveur pnrmi eux; et, si l'on en croit un écrivain compétent*, ils ont
< La littérature siamoise est, dit on, assez riche en traductions d'ouvrages asiatiques. W Pallegoix m'a assuré qu'outre des traductions de livres indiebs et malays, elle renfermait des versions d'ouvrages chinois, notamment celles des Cinq livres canoniques, des Quatre livres moraux de Confucius, du Livre des mille mots, etc.
> E. Jacquet, dans le Journ. asiat., 2* série, t. IX, p. 108.
3 On peut lire deux légendes, qui donnent assez bien l'idée des romans siamois, dans le Chinese Repository.i. IV, p. 177.
4 Capt. Low, dans les Asiatic Researches^ t. XX, p. 353.
atteint dans ce genre « à un haut degré de perfection. » La poésie thaï proprement dite ne mérite pas moins l'attention des orientalistes : l'épopée, la chanson populaire, l'élégie, l'hymne et le quatrain erotique y sont représentés avec profusion. Parmi les œuvres poétiques les plus remarquables, il faut surtout citer le Maha tchat * ou « la Grande génération » , poëme épique en treize chants, dont le sujet est emprunté à l'histoire d'un roi nommé P'ra Veisandon.
Les Siamois possèdent môme une œuvre purement grammaticale, connue dans le pays sous le nom de Chindamani, et, suivant Leyden *, des traités de médecine « dont la haute antiquité est reconnue».
Mais je dois m'arrêter : ce que j'ai voulu, par ce peu de mots, c'est rappeler, dans une circonstance opportune, la valeur littéraire d'un peuple qui, comme le dit fort bien M. Lassen, est riche « sur tous les sujets qui se rapportent à la religion bouddhique '. » Jusqu'à présent bien peu de personnes ont fait de la langue thaï une étude spéciale. Nul doute qu'un orientaliste consciencieux, adonné à son étude, ne découvre une foule de documents dignes de ses constantes recherches. Il suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux
' Ces mots me semblent répondre au sanscrit mahddjana « illustre » : toutefois» pour conserver le sens du siamois, il vaut mieux les rapporter à la forme mahâ-djanâ « la grande génération ».
» Remarks on the Languages and Literatures ofthe IndoChînese Nations.
5 Indische AUerthumskundey t. IV, p. 445.
sur le catalogue que nous devons au zèle du regrettable évêgue deHallos', bien que ce catalogue succinct^ extrêmement incomplet dans toutes ses parties, ne puisse donner qu'une idée fort imparfaite des monuments de la plus importante littérature indo-chinoise.
■ Dans sa Grammatica Ungua: itiai, p. 172.