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s'est montré tout le premier désireux d'établir des relations amicales avec nous '. Le bruit du canon français et anglais, à l'entrée du Pé-ho, n'a peut-être pas été absolument sans effet pour déterminer la cordialité avec laquelle nous avons obtenu les traités de Yédo. « Toutefois l'on doit reconnaître, avec M. de Moges, que si la crainte entra pour quelque chose dans la conclusion de ces traités , ils furent aussi en grande partie le résultat de la rare intuition que possède le gouvernement japonais, et qui le porte à accorder de bonne grâce et spontanément ce qu'il sent pouvoir lui être un jour enlevé par la force. »
L'ouvrage de M. Laurence Oliphant est de beaucoup plus considérable que le précédent, et, sinon plus agréable à lire, du moins un peu plus instructif. Il s'y rencontre trop de ces banalités qui gâtent la plupart des narrations des voyages; mais, à cela près, il renferme bon nombre de données curieuses qui le distingueront des mauvais livres sur le Japon, dont on accable le public, surtout depuis quelques années.
Dès la préface, l'auteur se hâte de tracer une ligne de démarcation très-prononcée entre les Japonais et les Chinois , au grand avantage des premiers. Contrairement à ce que répètent chaque jour les compilateurs, la franchise et la courtoisie distinguent ces insulaires , dont on incrimine sans cesse le caractère soupçonneux
' Voy., sur le désir quVxpriniaient les Japonais de conclure un traité avec la France dès 1856, le père Furet, Lettres sur V Archipel japonais f p. 52 et suiv.
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et réservé. Dans un pays signalé pour sa méfiance envers les étrangers, lord Elgin, ainsi que sa suite, a joui d'une liberté exempte de toute restriction, et une quinzaine de jours lui a suffi pour conclure un traité sur les bases les plus libérales. L'ambassade anglaise venait de passer une année en Chine; sous tous les points de vue, le parallèle fut à l'avantage du Japon '.
La plus grande partie du premier volume de M. Oliphant renferme le récit des événements qui ont abouti aux désastres de Ta-kou. Chacun les connaît; et d'ailleurs les détails que renferme la narration anglaise seraient ici d'un médiocre intérêt. Je les passerai donc sous silence, et arriverai de suite à l'expédition de lord Elgin sur le fleuve Jaune, au milieu du territoire occupé par l'insurrection chinoise.
En vertu de l'article x du traité de Tien-tsin, la navigation du fleuve Jaune est accordée aux navires anglais. Lord Elgin résolut, pour plusieurs motifs qui n'ont pas encore été complètement avoués, de remonter ce fleuve avec une portion de la division navale placée sous ses ordres. A peine l'escadre fut-elle arrivée à la hauteur de Nan-king, qu'elle fut assaillie par la canonnade des forts chinois , à laquelle elle riposta par un feu nourri. Les rebelles ne tardèrent pas à abandonner l'offensive, et les Anglais continuèrent leur
' Voici les propres termes dont se sert M. Laurence Oliphant, à la page vi de sa préface : « We had just passed a year in China, and ail comparisons made with that Empire were in faveur of Japan. »
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promenade, lançant de temps à autre quelques bombes ou boulets aux populations riveraines , qui , par leur fuite précipitée, réjouissaient au plus haut degré les marins de Sa Majesté britannique.
Il est évident que la relation de M. Oliphant ne nous fournit pas tous les renseignements recueillis par l'expédition sur le compte de l'empire du sud fondé par les rebelles.
Cette expédition, entreprise avec mystère, ne devait pas nous être montrée dans son plein jour. Les détails que nous donne la narration de lord Elgin sont intéressants; mais il est hors de doute que la vérité y a souvent été barbouillée de fard. La nouvelle cour établie à- Nan-king a donné le signal d'une révolution très-digne d'étude dans l'organisation politique de la Chine et dans les mœurs et coutumes de ses habitants. Fondée sur le principe de la nationalité chinoise contre les envahisseurs mandchoux, le souverain de Taï-ping, « la grande paix» , se donne pour restaurateur de l'ancienne dynastie des Ming. On sait que cette dynastie conserva le pouvoir pendant près de trois siècles, de 1368 à 1644. Son dernier prince , abandonné de ses meilleurs soldats et trahi par son entourage, se vit assailli par une troupe de révoltés jusque dans l'intérieur de son palais où il se pendit; ce qui n'empêcha pas son corps d'être mutilé en présence du chef des rebelles , et ses deux fils d'être décapités. Ces atrocités , et d'autres excès commis sur la population de Pé-king, ouvrirent les portes de cette capitale aux conquérants mandchoux , qui ne tardèrent pas à assujettir le reste de la Chine.
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Mais bientôt ceux-ci signalèrent leur règne par toutes sortes de persécutions , et firent regretter le gouvernement national. La nouvelle dynastie, qui cherche à se rattacher à la dynastie des Ming, représente donc, aux yeux des Chinois, le triomphe de l'élément indigène sur l'élément étranger. A part l'intérêt tout particulier que donne ce caractère politique à la cour de Nan-king, la rénovation religieuse dont elle s'est faite la protectrice la rend extrêmement curieuse à étudier. La religion des rebelles consiste en un mélange d'idées confucéistes et chrétiennes, sous lesquelles se cachent les germes d'une émancipation de la race chinoise. Dans un pays où la civilisation consiste à rétrograder vers le passé, c'est progresser que de rompre avec ce passé. Voilà ce qu'a fait l'insurrection de Nan-king, d'une manière singulière, il est vrai, d'une manière qui peut être ridicule aux yeux des Européens , mais qui est décisive et signale une ère nouvelle, une ère de révolution et d'assimilation avec l'Occident. Voilà pourquoi nous avons à préférer l'alliance sincère que nous offre l'empire naissant du Sud à tous les traités que nous parviendrons à arracher par la force à l'empire décrépit du Nord.
On éprouve le vif regret , d'un bout à l'autre de la narration de M. Oliphant , que l'auteur ait absolument manqué de toute érudition orientale. Il en est résulté qu'en une foule de circonstances il a rapporté de travers ce qu'il a vu et entendu. L'orthographe qu'il a adoptée pour les mots chinois et japonais est souvent des plus défectueuses, ce qui ne pouvait manquer
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d'ailleurs, l'auteur s'étant fait gloire de n'y point prêter attention. « Gomme je suis absolument ignorant en chinois, dit-il, et comme je présume que mon lecteur l'est également dans cette langue euphonique, je lui recommanderai d'éternuer, ce qui sera pour lui le meilleur moyen de prononcer, comme un Chinois , le nom de la ville de Rhi-tchéou! » A de l'esprit d'un tel aloi, il n'y a point de réflexion à faire. Néanmoins la relation de M. Oliphant renferme un bon nombre de pages intéressantes et de faits curieux à enregistrer; mais il faut savoir la lire , et discerner ce qui est digne de la science de ce qu'il faut rejeter comme des frivolités de touriste.
LA FMNC-MACONNERIE