‹ Variétés orientales historiques, géographiques, scientifiquesChapitre 29 sur 86 · CHEZ LES CHINOIS · texte numérisé non relu

CHEZ LES CHINOIS

On n*a point encore publié, en tant que je sache, de renseignements sur l'état de la franc-maçonnerie en Chine. C'est même tout au plus si Ton sait qu'il existe, parmi les indigènes de ce vaste empire asiatique, une société non-seulement fondée sur les mêmes principes, mais encore unie à la grande famille du E. • . de la V. • . par une communauté de pratiques secrètes, d'attouchements et de signes. Ce fait est cependant aujourd'hui hors de doute, ainsi qu'on pourra s'en convaincre par quelques-uns des renseignements que j'ai recueillis dans une conversation sur la matière avec un M.', chinois.

Il y a quelques mois, un profane nommé Ting Tunling , natif de Rouan-tchu, près Pé-king, se présentait à la R.-. [3] la Jérusalem des Vallées égyptiennes y où il venait solliciter la lumière maçonnique. Le Vén.*. de cet atelier, le T.*. R.*. F.-. Hubert, me fît l'honneur de m'inviter à servir d'interprète au récipiendaire et à le guider dans les épreuves qu'il avait à subir. Je m'aper-

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çus en cette circonstance que les doctrines maçonniques s'accordaient aisément avec le caractère de mon Chinois , et qu'en participant aux cérémonies du rituel il ne se trouvait pas plus dépaysé qu'un Européen à son entrée dans le temple. M. Ting Tun-ling accomplit sans difficulté les conditions exigées dans les initiations, et me témoigna son vif contentement lorsqu'il eut obtenu le modeste tablier d'apprenti. A cette occasion, il me dit qu'il existait dans son pays des associations identiques à celles de nos loges, et liées entre elles par des serments inviolables. Toutefois, comme il n'avait jamais été initié à leurs doctines , il ne put satisfaire davantage ma curiosité.

Le hasard voulut que tout récemment il vint à Paris un autre Chinois du nom de Sam-Oung, qui avait reçu non-seulement, comme Ting Tun-ling, la première initiation maçonnique, mais qui avait été conduit jusqu'en la Chambre du milieu. J'appris de ce F.*, que la Société du E.\ de la V.*. comptait des membres dans toute l'étendue de la Chine, sous le nom de San-ho-hoei, mais qu'elle n'était ouvertement tolérée qu'à Canton et à Hong-kong, où elle pouvait se livrer sans danger à ses pratiques et à ses initiations. Les membres de cette Société se reconnaissent entre eux par divers signes, mots et attouchements. J'en citerai quelques exemples.

Les M.-, chinois ne laissent jamais pendre volontairement leur queue derrière le dos comme les autres habitants du Céleste-Empire; ils la font revenir sur le devant, du côté droit, et y suspendent 3 pièces de monnaie qui figurent le chifi're sacré sans cesse présent à leur esprit,

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et qui est toujours supposé énoncé quand ils font verbalement, et pour se reconnaître, des multiplications de chiffres. Ainsi, me disait mon M.*, chinois, quand je vous demande combien fait 3 multiplié par 8, si vous êtes un M."., vous me répondrez 21 (c'est-à-dire 21+3, nombre sacré non exprimé); si vous êtes un P.-., vous me répondrez 24 (en chinois ; 'o wen ni san-pàh ? che fnth-jifij chouéh œll-chîh-yïh ; pou che mïh-jin, choueh œll'chïhrsse).

L'attouchement se fait comme dans le rite écossais ancien et accepté, mais dans le creux de la main.

Lorsqu'un M.', chinois se promène sans chapeau, au lieu de s'entourer la tête de sa queue en partant de gauche à droite et en la rentrant pour la fixer de haut en bas, il fait tourner sa queue autour de sa tête, dans la direction de droite à gauche et en fait rentrer l'extrémité de bas en haut dans les contours pour la retenir. Lorsqu'il porte à la* main un parapluie, il a soin de le renverser, afin que la tête en soit toujours tournée vers le sol.

Dans le langage journalier, les maçons chinois se servent de mots conventionnels qui ne sont pas compris des autres Chinois. Ils diront, par exemple, tien «un chien» , au lieu de k(Bou. Ils écriront leurs noms en ajoutant aux trois signes qui les composent la clef chinoise de l'eau, parce qu'elle est composée de trois traits, et cela quand bien même les signes employés pour ces noms renfermeraient déjà cette clef.

Quand un M.*, rencontre un F.*, en compagnie d'un personnage inconnu, avant d'engager la conversation

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il tourne les yeux vers le personnage, puis, s'adressant au F.-., il lui dit : Hao-pou-haol ce qui, pour les profanes, signifie : «Gomment vous portez-vous?» mais qui, pour le F.', interrogé, signifie : « Est-il maçon?» — ^La réponse Hao « Je vais bien » veut dire : « L'acacia lui est connu » ; au contraire la réponse Pou-hao « Je ne vais pas bien » veut dire : « Il pleut. »

S'il reste encore des doutes sur le caractère maç.*. de rindividu rencontré par hasard, le M.-, demande au F.\ s'il n*a pas trois sapèques* à lui prêter. Sur la réponse négative du F.'., si l'individu rencontré est P.*., il ne manque pas d'offrir la modique somme, ce qu'un maçon ne ferait jamais par respect pour le nombre 3.

La franc-maçonnerie chinoise , autant que j'en puis juger par les renseignements insuffisants qu'on m'a fournis, se présente d'ailleurs sous deux aspects nettement tranchés : tantôt elle est seulement philosophique et humanitaire, tantôt elle est politique et révolutionnaire. J'ignore également quel genre d'affiliation peut exister entre ces deux genres de maçons; mais il parait certain que les derniers sont de beaucoup les plus nombreux, et qu'ils ont prêté un puissant concours à l'œuvre de la restauration du gouvernement national connu sous le nom de Taï-ping (actuellement dits des insurgés ou rebelles de Nan-king).

On me permettra, avant de terminer cette courte note, de mentionner brièvement un petit opuscule sur la franc -maçonnerie, [publié par le Chinois Ting

* Monnaie de la plus basse valeur, espèce d*obole.

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Tun-lîng dans sa langue maternelle. C'est très-probablement le premier écrit maçonnique qui aura paru dans ridiome du Céleste-Empire, et il deviendra fort rare, car il n'a été tiré, je crois, qu'à une quarantaine d'exemplaires".

Sur la première page du petit traité de Ting Tun-ling on lit : Sah-ling-tchouen-fouh-yin^ ce qui signifie: « Évangile historique de Jérusalem» . Les signes placés au-dessus du titre et séparés par .•. représentent le mot sacré du premier degré maçonnique. Dans la colonne de droite on lit ces mots : « Composé par Ting, du temple du Bonheur glorieux » , et dans la colonne de gauche, ces mots : « Imprimé dans le temple mystérieux de la rue Cadet, dans la ville capitale de Paris». L'auteur débute ainsi : «L'origine de la doctrine du «mystère (la Franc-maçonnerie) remonte à plus de « 4,000 années. On l'a désignée sous plusieurs noms qui « sont synonymes. Aujourd'hui c'est une des plus gran- « des doctrines du monde : elle compte cent mille my- « riades (un milliard , c'est-à-dire un nombre considé- « rable) de disciples qui s'aiment les uns les autres. » Ting Tun-ling expose ensuite quels sont les devoirs, les droits et les croyances des maçons : « Ils ne connais- « sent point de frontières, pas de nation; ils ne con- « naissent point (c'est-à-dire ils ne préfèrent point) la

* Cet écrit maçonnique n'a pa être déposé conformément à la loi , les employés du <t dépôt légal » n'ayant pas voulu le recevoir sous prétexte qu'ils ne savaient pas ce qu'il contenait. J'en ai toutefois obtenu de l'auteur un exemplaire que j'ai offert à la Bibliothèque impériale.

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