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NOTICE HISTORIQUE

« Aucune des nations de l'Asie, dit le docteur Gûtzlaff 1, n'a attiré aussi peu l'attention que la race nombreuse des Lao, qui possède cependant une histoire nationale écrite, commençant peu d'années après la fondation de notre ère. Elle s'est silencieusement répandue sur tout l'intérieur de la péninsule qu'elle habite ; elle a pénétré au travers des plus épaisses forêts et subséquemment éclairci le sol de ses arbres gigantesques et de sa luxuriante végétation. Elle est devenue également habile pour l'exploitation des mines, et a mis au jour la plus grande partie de l'or, de l'argent et du cuivre qui circulent aujourd'hui dans l'An-nam, en Chine et au Siam. »

Il est, en effet, peu de populations qui soient plus intéressantes à étudier que celle qu'on comprend sous lé nom peu précis de Lao, de la connaissance desquelles

' Dans une notice présentée par sir George Staunton à la Sociélc royale de Géographie de Londres.

dépendent autant d'importants problèmes ethnographiques, et dont on ait parlé d'ordinaire avec autant de légèreté et si peu de connaissance de cause. Répandues, comme le dit fort bien Gûtzlaff , sur de vastes territoires, en Gochinchine, au Siam, en Barmanie, jusqu'aux régions du Tibet, en Chine, dans les montagnes du Yunnan, du Hou-nan et du Kouang-si, elles n'ont guère été mentionnées que par des voyageurs qui en avaient vu quelques individus éloignés de leurs foyers, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, dénaturés par le contact de nations au milieu desquelles ils n'étaient pas faits pour vivre, et où ils ne figuraient que comme de pauvres hères , abandonnés du sort et égarés sur une terre étrangère.

M«' Pallegoix, évêque de Mallos, auquel on doit d'ailleurs une intéressante notice des Lao, nous présente sur leur compte des observations ethnographiques qui ne me paraissent pas admissibles sans quelques réserves. Ces peuples, suivant le savant prélat, ont la même ori^ gine que les Thaï; leur langage est très-doux et a beaucoup de rapports avec la langue thaï, au point que ces deux nations peuvent s'entendre mutuellement; leur écriture enfin ressemble beaucoup à celle des Khmer ou Rambodjiens.

Or, il paraît évident qu'il ne s'agit ici que des Lao en quelque sorte naturalisés Thaï, ce qui est d'autant plus vraisemblable que M^' Pallegoix leur donne des noms siamois [Lao-P'oung-dam^ ^ Lao-P'oung'khao'y Muang-

.' Lao ventres-noirs.

> Lao ventres-blancs.

VARIÉTtS ORIENTALES. 2

i8 LE LÂO.

lom \ Muang-luang Prorbang % etc.); autrement il serait pour le moins fort hasardé d'attribuer aux Thaï et aux Lao un berceau commun, du moins dans la région qu'ils occupent aujourd'hui. Si Ton voulait reporter les problèmes d'origine aux premiers âges du monde, le monographe n'aurait pas à s'en occuper, surtout vis-à-vis de doctrinaires qui, professant l'unité physique de l'espèce humaine, ont tranché le nœud de la question avant d'essayer de le dénouer. A une certaine époque, il paraît assez probable que les deux peuples n'en formaient qu'un; mais cette époque ne doit vraisemblablement pas être comprise dans le domaine de l'histoire ni dans les temps postérieurs à l'arrivée des uns et des autres dans la région de l'Indo-Ghine qu'ils occupent de nos jours. Quant à l'homogénéité du langage, elle me paraît, jusqu'à preuve du contraire, devoir être révoquée en doute, et l'on peut, je crois, considérer l'assertion du zélé missionnaire comme la conséquence de l'examen de Lao parlant un patois siamois et non l'idiome particulier de leur race. L'alphabet lao, tel que nous le connaissons, présente, il est vrai, des ressemblances frappantes avec l'alphabet kambodjien, mais on y re^ marque aussi des dissemblances notables; ensuite, cet alphabet lao n'est point une œuvre des indigènes, mais il leur a été apporté par les propagateurs du bouddhisme, ce qui exclut toute déduction ethnographique.

« Localité à Torient du pays des Lao.

* Royaume gouverné par ud petit prince tributaire du Siam. Les indigènes sont en relations journalières de commerce avec les U^o.

UB LAQ. 19

En partie soumis aux souverains des États qui les àvoisineut, en partie indépendants, les Lao sont con* nus dans TAsie orientale sous divers noms, sans doute également étrangers à leur idiome national. Les uns, livrés à l'industrie et au commerce, se sont accommodés, par intérêt, aux exigences des peuples avec lesquels ils étaient obligés d'entretenir des relations, et ont enduré d'eux toutes sortes d'avanies; les autres, au contraire, conservant les instincts de. la vie sauvage, ont repoussé fièrement les avances qui leur étaient fkites pour les décider à la soumission, et ont conservé la liberté au prix des innombrables rigueurs de la vie nomade.

Confondus avec les Miao-tsze, les Fao, les Lolo et autres peuplades dites barbares, ils ont émigré jusque dans l'Assam, où ils se sont mélangés avec diverses tribus du Bou-tan et de la région himàlaïenne, et ont répandu sur le parcours de leur migration des espèces de clans, qui n'ont pas tardé à acquérir un caractère superficiel d'originalité.

Les périodes anciennes de l'histoire des Lao nous montrent ces vigoureux autocbthones sans cesse en lutte avec les tribus qui les environnent, tantôt agrandissant leur territoire par des conquêtes, tantôt en resserrant les limites par l'abandon de régions qui ne convenaient pas suffisamment à leurs mœurs et à leurs habitudes vagabondes.

Plus tard, nous voyons les marchands lao franchir les frontières de la contrée qu'ils habitent, pour aller trafiquer avec les nations voisines. En 164i, quelques-

uns d'entre eux arrivèrent jusqu'à Batavia, ce qui décida les Hollandais à envoyer un ambassadeur nommé Wusthoft, qui gagna leur principal établissement, dont le nom était alors Vink-jan (sic). Le voyage dura deux mois et vingt et un jours, durant lesquels il parcourut sur le fleuve Mè-kong une étendue de 250 lieues. De nombreuses chutes d'eau présentèrent de grands obstacles à sa marche, et les bateliers durent souvent abandonner leurs barques pour continuer la route par terre, sauf à se rembarquer plus loin, lorsque la rivière devenait plus facilement navigable. Il eut également à traverser des jungles épaisses et des montagnes remplies de périls. Le chef des Lao reçut cet envoyé avec honneur; il le contraignit toutefois à accomplir la cérémonie du prosternement , suivant le mode usité à la cour de Pé-king.

A cette époque, les Lao étaient en guerre avec le Tong-kin et le Pégou ; mais ils entretenaient des relations pacifiques avec la Chine. L'ambassade néerlandaise, n'étant pas parvenue aux résultats qu'elle avait espérés, dut renoncer aux projets de commerce avec ces tribus indo-chinoises. Les Portugais, de leur côté, tentèrent d'obtenir les avantages ambitionnés par les Hollandais; ils furent renvoyés, comme eux, sans succès.

Les Anglais avaient pénétré dans le pays des Lao, par le Pégou, avant l'année 1587, et les membres des factoreries de la Compagnie avaient visité une partie du pays, lorsque des guerres intestines les obligèrent à renoncer à leurs tentatives d'établissement. Pendant plus de deux siècles, les relations cessèrent, et il ne fallut

LE LAO. Sti

rien moins que les victoires anglaises en Barmanie pou r les renouveler.

Depuis lors, le Lao a été plusieurs fois visité par des missionnaires et des aventuriers européens, qui, dit-on, ont trouvé moyen de s'y établir. Ni les uns ni les autres n'ont donné une relation de ce pays ajoutant quelque chose aux connaissances très-imparfaites que nous possédions avant eux. Il faut espérer que nos colons en Gochinchine auront la curiosité de visiter un sol qui passe pour renfermer de riches métaux, notamment des mines d'or, et qui pourrait bien devenir un jour une nouvelle Californie !

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