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LA TRAITE DES BLANCS

Aux frontières sud-ouest de la Sibérie , non loin des monts Durais , se trouve une vaste région de steppes et de déserts à laquelle les géographes ont donné le nom de Turkestan. De hautes et âpres montagnes en défendent les limites au nord, à Test et au sud; les eaux de la Caspienne, qui viennent se perdre sur la plage garnie de dunes et de rochers arides, protègent le seul côté ouvert de ses confins. Au milieu de ces frontières naturelles ^ la contrée se partage en plusieurs bassins dont le niveau est souvent inférieur à celui de la mer. Plus de la moitié du pays ne présente que des plaines stériles et sablonneuses : le reste renferme quelques oasis et des pâturages. La portion habitée par les Kirghis ne se compose guère que de déserts ; on compte un désert au nord de la Boukhârie et un autre désert à l'ouest ; le khanat de Rhiva n'est lui-même qu'une oasis arrosée par des saignées pratiquées sur la rive gauche de l'Oxus,

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et entouré de tous côtés par un oeéan de sable. Ces déserts, qui se continuent sur toute la ligne des frontières orientales de la Perse, depuis Hérat jusqu'à Merv, et depuis Merv jusqu'au cap de Balkan sur la mer Caspienne, sont parcourus par une seule race de Turkomans connus sous différents noms : Yémoût, Gôklan, Téké, Akhâl, Sâloûr, etc.

D'un caractère fier et souvent féroce, leTurkoman traverse à cheval les immenses solitudes du Turkestan, dont il franchit de temps à autre les limites pour se livrer au plus audacieux brigandage. On aurait peine à croire chez nous d'où proviennent les principaux revenus du khan de Khiva. La vente de chair humaine^ pour me servir de l'expression indigène, ou, en d'autres termes, la traite des blancs, est la source inépuisable des immenses richesses de ce prince. Les Turkomans des tribus que nous venons de nommer tout à l'heure ne vivent que de cet étrange trafic, qu'ils alimentent par de fréquentes incursions sur le territoire persan. Les individus des deux sexes leur paraissent une capture bien plus avantageuse que les marchandises et les autres genres de butin. Un homme dans la vigueur de l'âge se vend, sur les marchés de Boukhâra ou de Rhiva, de 6 à 800 francs; le prix des femmes varie suivant leur âge «t leur beauté. Ce commerce occupe beaucoup de bras , et est la principale cause de l'abandon dans lequel sont laissées les terres cultivables. Afin d'encourager la traite des blancs, le khan de Rhiva a un consul {9i€) résidant en permanence à Merv, dont les fcmctions principales consistent à régler le tarif de « la chair hu-

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maine», et de trouver les moyens les moins dispendieux et les plus sûrs de colporter cette marchandise soit à Boukhâra, soit à Khiva.

Le climat duTurkestan présente les plus rigoureux contrastes. Les hivers les plus rudes y succèdent à des étés brûlants. Durant la morte saison, d'affreux ouragans de neige désolent le pays et le rendent impraticable. Les voyageurs perdent presque complètement l'usage de leurs sens, et c'est à peine s'ils peuvent conserver la respiration au milieu d'une atmosphère sans cesse obscurcie par d'innombrables flocons de neige. On se rappelle qu'en 1840, l'expédition dirigée par le général Perovski, aide de camp et favori du tzar Nicolas, fut arrêtée dans sa marche contre Khiva par d'horribles ouragans de neige ; et des 12,800 chameaux qui suivaient l'ai^ mée russe, il en périt plus de 12,000. L'été n'est guère moins insupportable que l'hiver : la chaleur ardente des rayons solaires dessèche tout dans la nature; une poussière fine et brûlante parcourt par rafales des plaines où l'ombre est inconnue , et les déserts ne présentent plus aux caravanes que de vastes océans de sables en feu. Aux abords des montagnes, le climat devient plus doux : les chaleurs de l'été sont tempérées par les neiges perpétuelles qui en couronnent les hauteurs; les vents glacés de l'hiver sont arrêtés dans leurs fougues par ces gigantesques obstacles qui garantissent les versants de leur souffle de mort.

Si l'on ne jugeait de l'importance de cette contrée que par les conditions climatologiques dont nous venons de dire quelques mots, on serait assurément peu

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