LES UYR£S ÉLÉMENTAIRES DES ECOLES CHINOISES
publié des éditions en toutes espèces d'écritures, avec des commentaires aussi intéressants qu'instructifs. Les amateurs de livres polyglottes ne sauraient trouver, dans l'Asie orientale, de livre plus digne d'attirer leur curiosité et de la satisfaire.
chinoise-maDdchoue-moDgole; 4 tomes gr. in-8''. (Bibi. impér. de Par.8.)
Une édition chinoise du San-tsze-king a eu outre été publiée par Klaproth, dans la Chrestomathie chinoise de la Société asiatique, et une autre, imprimée à la manière chinoise, de format petit in-f , a paru à Saint-Pétersbourg, sous la direction du baron Schilling.
LE ÏAO-SSÉISME.
Le tao-sséisme ou doctrine du tao est une des trois principales religions de l'empire chinois et celle que jusqu'à présent Ton connaît d'une manière plus imparfaite. Les sectateurs de cette doctrine se donnent pour disciples et continuateurs de l'œuvre de Laotsze, fameux philosophe qui vivait au temps de Gonfucius (sixième siècle avant l'ère chrétienne) ; mais, ainsi que nous le verrons plus loin, ils n'ont guère conservé de ce maître que le nom, car les pratiques de leur culte sont, depuis de longs siècles, très-étrangères, pour ne pas dire absolument opposées, à l'esprit de celui qu'ils prétendent suivre et imiter.
Les sectateurs de cette croyance sont communément désignés sous le nom de iao-sse « docteurs de la voie », et lé principe fondamental de leur doctrine sous le nom de tao a voie ». On a beaucoup disputé sur le sent de ce mot, dont dépend à peu près toute l'intelligence du Tao-ieh-king y ouvrage révéré de Lao-tsze où il a exposé le système de sa philosophie. Les uns y ont vu
172 LE TâO-SSEISME.
« la raison primordiale, Tintelligence qui a formé le monde et qui le régit comme Tesprit régit le corps » , le XoYo; de Platon, de Plotin ou de saint Jean ; d'autres ont jugé prudent de ne point traduire une expression sur laquelle repose un système aussi obscur, d'autant plus qu'il est assez difficile d'accorder les interprétations qu'on vient de lire, avec les explications des écrivains chinois les plus compétents * qui présentent le tao comme « dépourvu d'action, de pensée, de jugement, d'intelligence. »
Toujours est-il que les tao-sse, depuis longtemps, ne se préoccupent plus guère de découvrir le véritable sens de ce mot dogmatique, et que, adonnés à d'innombrables pratiques d'idolâtrie et de magie, ils laissent de côté tout ce qui, dans Lao-tsze, touche aux graves et éternelles questions de l'esprit humain.
D'après ce qu'on a pu recueillir sur la matière, ce fut durant la révolution opérée en Chine sous Tsin-Chi- Hoang-ti, le constructeur de la grande muraille et l'incendiaire des livres, que le tao-sséisme se développa et prit rang parmi les religions de l'empire. La magie et tous les genres de sorcellerie étaient alors en honneur. Les tao-sse surent s'y distinguer et obtinrent ainsi les faveurs du monarque. Plus tard, l'introduction du bouddhisme vint à son tour contribuer à altérer ce qui restait dans le tao-sséisme du système de Lao-tsze, et & saturer cette religion d'idées indiennes. Non-seule-
I Cités par M. Stanislas Julien dans Tintroduction du Tao-teh" hng, p. XIII.
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174 LE TAO-SSÉISME.
La fortune dont les tao-sse avaient joui précédemment, les riches propriétés qu'ils avaient acquises sur toute rétendue du territoire chinois , leur avaient suscité de nombreuses jalousies ; le dévouement de Koubilaï à la foi de Foh (bouddhisme) donna aux haines cachées le moyen de se manifester au grand jour. Ces persécutions n'allèrent pas toutefois jusqu'à causer des efiTusions de sang, et les tao-sse purent encore s'adonner dans l'ombre à leurs pratiques religieuses. A force de persévérance, ils finirent par reconquérir le libre exercice de leur culte, et ils se répandirent de nouveau dans les diverses provinces du Céleste-Empire et môme en Corée et au Japon, où ils ne firent toutefois que peu de prosélytisme.
La famille qui règne aujourd'hui sur la Chine (la dynastie Taï-tsing') chercha à son tour à modérer la propagande des tao-sse et à arrêter l'extension donnée à leurs couvents et à leur population. Des ordonnances impériales furent publiées à ce sujet, et on réglementa l'organisation intérieure des monastères. Ces règlements de police empêchèrent parfois les désordres qui se produisaient si fréquemment parmi les religieux, mais souvent aussi ils furent impuissants à arrêter les tao-sse dans la voie dangereuse où ils ne cessaient de se lancer. Leurs temples, remplis d'une foule d'idoles, qu'ils ne se font guère scrupule d'emprunter aux religions étrangères, ont été plus d'une fois des centres de
> La dynastie mandchoue dite Taï-tsing « très-pure » occupe le trône, en Chine, depuis Pan 1616 de notre ère.
LE TAO-SSEISME. 175
corruption. Toute idée supérieure a disparu de ce culte livré à tous les préjugés, à toutes les idolâtries : à peu d'exceptions près, on se borne aujourd'hui dans les pagodes à réciter des sortes de litanies accompagnées de prières et à brûler de l'encens devant des statuettes plus ou moins hideuses.
Une littérature considérable, empreinte du caractère abâtardi du tao-sséisme actuel et à la tête de laquelle on place d'ordinaire le Livre des récompenses et des peines ' et le Livre de la récompense des bienfaits secrets*, existe aujourd'hui en Chine, et si elle ne peut rien nous apprendre de bien intéressant, elle témoigne du moins de la prodigieuse activité et de la dévotion des nombreux sectateurs auxquels elle est destinée. Les légendes extraordinaires, les récits fantastiques qu'on y rencontre à chaque pas et où les diables et les génies de toutes sortes jouent d'habitude les premiers rôles, contribuent à perpétuer, parmi les populations du
' Le texte de ce livre, intitulé Kan-ing-pien, a été publié par Rlaproth dans la Chrestomathie chinoise de la Société asiatique. Il en a paru deux traductions sous les titres suivants :
1. Le Livre des récompenses et des peines, traduit du chinois, avec des notes et des éclaircissements, parÂBEL-RÊMUSAT. Paris, Renouant, 1816; in-8*.
2. Le LiTre des récompenses et deii peines, en chinois et en fiançais, accompagné de quatre cents légendes, anecdotes et histoires qui font connaître les doctrines, les croyances et les mœurs de la secte des tao-sse. Traduit par Stanislas Julien. Points, Oriental translation Fimd, 1835 ; in-S*^.
> Le texte chinois de ce livre a également été publié par la Société asiatique, et il en a paru une traduction intitulée :
1. TiD-tchi-wen. Le Lirre de la Récompense des bienfiiits secrets, traduit sur te texte chinois, par Léon de Rosny. Paris, 1856 ; in4*.
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Céleste-Empire, les croyances stupides et mensongères que les prêtres tao-sse s'étudient à répandre chaque jour en plus grande profusion.
Au point de vue politique, on doit regarder le taosséisme comme un élément de division et de décadence sociale au sein de la monarchie chancelante des Chinois; et Ton peut considérer les nombreux adhérents de cette secte comme formant une population dégradée, sans conscience d'elle-même et incapable de résister au despotisme, quelle que soit la forme sous laquelle il se présente pour la dominer et l'assujettir.
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