DE M. ARIEL, DE PONDIGHÉRT
41. Celui dont la forme est universelle, qui est éternel, qui a conscience de tout ce qui se passe dans chaque cœur, qui reste immuablement au travers des mondes, et qui est exempt de toute ombre (d'incertitude), celui-là est Dieu.
43. Si un homme parvient à là sagesse, son coeur ne changera plus; s'il connaît la Divinité , la sagesse s'identifiera en lui. Quand on arrive en vue du soleil, comment Tobscurité demeurerait-elle ?
44. L'homme parvenu à la perfection ne fait pas de différence entre le jour et la nuit, l'esprit et la nature universelle, sa personne ou la personne en dehors de soi.
Ce dernier verset a trait à Textinction de l'individualité, suivant la croyance du Védanta. Ajoutons, en terminant , que ce livre mériterait les honneurs de la réimpression , surtout s'il trouvait un éditeur capable de l'annoter avec savoir et d'en résumer l'esprit général et les doctrines.
n. — LIS MANUSCRITS.
La collection des manuscrits provenant de M. Ariel a dû être divisée, dans notre classement, en quatre sections principales.
Les deux premières renferment les manuscrits en langue tamoule, savoir : !• les manuscrits indigènes gravés au stylet sur feuilles de palmier; 2« les textes écrits à la plume et les copies d'ouvrages tamouls sur papier indien ou européen ;
La troisième section se compose des manuscrits rédigés en langues étrangères au tamoul;
La quatrième, enfin, comprend les manuscrits auto-
192 LA BlBLIOTHioUE TAMOÙLE
graphes de M. Ariel, ses notes, sa correspondance, les fragments d*ouvrages asiatiques et européens qu'il a fait copier pour Tétude de certaines questions déterminées, et, en un mot, toutes les pièces et notes qui faisaient l'objet de ses occupations journalières.
Pour ce qui est de la collection des manuscrits gravés sur olles , collection plus considérable qu'aucune de celles que nous connaissons dans les grandes bibliothèques publiques et particulières de France, nous avons dû nous borner à en constater le nombre et l'état, sans essayer de prendre une idée de leur contenu. Un tel travail de déchiffrement eût nécessité un temps beaucoup plus considérable qu'il ne nous a été donné d'en consacrer à l'examen du legs tout entier. Cependant, parmi les manuscrits de ce genre qui nous sont tombés sous la main , nous avons reconnu plusieurs traductions tamoules d'ouvrages sanscrits , entre autres de plusieurs pourâna, en tête desquels se trouvait le Bhâgavata pourâna, de la Sakountalâ de Ralidasa, du Ramâyâna de Valmiki (plutôt une imitation qu*une version proprement dite), etc.; et un grand nombre d'ouvrages originaux, dont le Sindâmani, poëme épique composé par un mouni djaïna inconnu, est le plus important.
Les manuscrits tamouls sur papier forment dix-sept volumes in-folio, cinq in-4* et deux in-8«. Il faut y ajouter un volume in-4*» de textes avec traductions, et neuf autres du môme format comprenant : 1« notes pour la composition d'un Dictionnaire tamoul; 2** et 3» Dictionnaire français -tamoul et tamoul-français, par le P. Beschi; 4» Dictionnaire tamoul-français; 5» Diction-
DE M. ARIEL, D£ PONDIGHÉRY. i93
naire français-tamoul (anonyme); 6*^ Ébauche d'un Dictionnaire tamoul- portugais; 1^ Grammaire latine -ta* moule; 8» Grammaire tamoule -française (anonyme); 9* Nomenclature sanscrite et pracrite en caractères grantha. Inutile d'ajouter que ces matériaux permettraient de composer un Trésor de la langue tamoule qui laisserait fort loin derrière lui les lexiques imprimés, d'ailleurs recommandables , dont il a été fait mention dans la première partie de ce Rapport.
Parmi les manuscrits en langues étrangères au tamoul, nous avons à signaler, outre les manuscrits surolles, en langue sanscrite (caractères grantha ou télinga) et en langue télinga, un Dictionnaire télingafrançais de format in -8°, un lot assez considérable de textes télinga, canaraet malayalim, malheureusement décousus, la plupart sans titres et sans pagination, et dix-huit manuscrits sanscrits.
Les manuscrits et papiers particuliers de M. Ariel , qui ne forment pas moins de cent cinq liasses de format petit in-folio, renferment, outre un certain nombre d'ouvrages à l'état d'ébauche, quelques importants fragments d'auteurs tamouls avec ou sans traduction française, et une longue suite de mémoires et de notes sur la philosophie, les religions, les sciences, les lettres, les arts et les mœurs des Hindous.
De tous ces ouvrages en voie de formation, le plus étendu est sans contredit une Histoire des colonies françaises dans l'Inde depuis leur fondation jusqu'à nos jours'.
' Outre un très-grand nombre de pièo^ et de notes qui n'ont
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194 LA BIBUOTHiQUE TAVOULE
Cette histoire volumineuse a été rédigée sur les pièces officielles et documents divers des Archives nationales
pas été classées, et qui ne pourraient Tètre cotrrenablement que par une personne adonnée à ces études et à même d'y consacrer un temps considérable, les documents que l'on peut rattacher à THistoire des colonies européennes composent sept volumes, dont voici rénumération :
SÉBIB A. — TOLUMB I. Documents sur llnde en général , et sar les établissements finançais en particalltr. — Défense de Pondicbéff.
voLOMB n. Archltes de rinde. — Inde française : l»* et 2« périodes.
rwÀME UL ArchiTes de Flnde. — Inde flrançaise : 9* et ft* péri4)des. (Ce tolame renferme de nombreux docoments géographiques et statistiques).
VOLUME iv. Arcbives de rinde. — Inde française. Malabar : dernière période
VOLUME V. A. Correspondance , Voyages , Communications , Locomotion. ~ B. Histoire sutistique et territoriale de rinde, Rétrocession, Ëchange (Orooars et Dékhan).
Parmi les pièces renfermées dans ce volume on remarque : Traduction d*un firman du grand Mogol pour l'éubllssement des Français à Mtizulipatam, translaté en français.— Traduction d*an firman é^AUngutr (Anrenzeb), pacha de Dely, translaté du perslen (en) françois, adressé à IL Martin, directeur de la Compagnie de France. —Traduction d'un firman da grand MOfoi en faveur de IL MarttH, pour l'établissement des Fran^ à Maso^ lipatam. — Traduction du paravana de RafU kan (sic) pour rétablissement des Français à Mazullpaum. — Trad. d*un paravana du SouIhi Rastom." éiUa»kan pour rétablissement des FrançiÉs à Mattdipitam. — Trad. dtm paravana de Bacharethtil (7) pour l'établissement des Français à Mazolipatam.— Trad, d'une lettre de Janitoupar-kan au chef français de Hazuiipatam, etc. (Ces traductions sont extraites du Fonds de documents orient, des anciennes Archives de Tlnde.) ~ Acte de restitution du comptoir d'Yapaon et de ses dépendances (17 mars 1785).
C Inde française i finances. — D. Commerce, Industrie, Marine.
voLtMB Ti. Archives de ITnde. Inde française t Agriculture, Parias, Serviteurs, Coulis, Esclaves.
VOLUME vu. Archives de Tlnde. — Inde française : Famille hindoue, usages, droits, privilèges (on y a joint : Sciences, Littérature, Pièces tamoules manuscrites, Védanta). — AfOdres administratives de l*Inde, Catholicisme.
i)E It. ARIEl, DE i»0]$miGH]ÉRT. 49$
de Pondichéry % dont M. Ariel était, comme vous le savez, conservateur depuis quelques annéeSé
Plusieurs liasses renferment des traductions plus ou moins complètes d'ouvrages tamouls faites, soit par M. Ariel, soit par les interprètes qui Taidaient à compléter sa collection» Ces traductions nous donnent une idée de ^importance littéraire des langues dravidiennes ei de Tutilité qu'il y aurait à cultiver sérieusement leur étude; mais la plupart auraient besoin d'être rctouctiées d'un bout à Tautre avant leur publication. Quelques morceaux remarquables paraissent cependant avoir été revus pour Timpression. En attendant qu'un orientaliste se dévoue i la liche souvent pénible de rechercher dans CCS vastes amas de notes ce qui est susceptible de voir le jour, il ne sera peut-être pas sans intérêt de donner ici un petit nombre de ces morceaux *, accompagnés des explications les plus indispensables pour leur intelligence.
En ce qui touche la cosmogonie indienne, voici la
■ Udc liasse renferme la correspondance engagée avec l'amiral gouverneur de Pondicbéry au 3ujel do la classification des arcbiveâ de la colonie que M- Ariel crut devoir répartir en deux seclious^ l'une comprenant les pièc^ datant de Toriginede no« établissements daus Vlode jusqu^à l'époque de leur eslinction, en 1793; Tautre, les documeuls postérieurs à la rétrocession de iSie et jusqu*âu temps présent.
* Nous avons conservé autant que possible , dans ces reproductions, Torthograpbe de rauteur, bien qu^elle ait souvent vieilli. Dans certains cas, cependant ^ il nous a paru indispensable de rectifier des mots qui, par leur transcription défectueuse, auraient cessé d'être r^counai^ftables.
196 LA BIBLIOTHÈQUE TAMODLE
traduction d'un abrégé télinga du Brahmandapna qui ne manque pas d*un certain intérêt :
ESSAI StJR LA CRÉATION DU MONDE.
Le grand dieu des Chivins ' était un jour dans le paradis ^ arec sa femme Par va ty y entouté de toute la troupe céleste, composée des neuf Brahmes^ des onze Ghivins^, des gardes des huit points du cercle ^, des douze soleils ^, des achtavasou^ de la troupe des Marout (dieux des vents) i, des assivinU deva *j de tous les f xécuteurs de la justice céleste 9, des sept patriarches '<", des musiciens ", des poètes, savants, auteurs et philosophes >*, et de tous les esprits malins *^.
Dans cette assemblée divine « Chivin, rayonnant de lumière, éclipsait par sa splendeur celle du soleil , et ressemblait à cet astre au milieu des neuf planètes et à la lune parmi les étoiles. Les porteurs du globe terrestre, qui sont huit éléphants, étaient aussi à cette assemblée. Chivîn, assis sur un trône de l'or le plus fin et enrichi de plusieurs figures, au mflieu de sa suite, recevait les hommages de tous ces êtres divins.
< En sanscrit : çiva.
* Kxlâçam,
5 Navabrahma,
4 Ekadaçaroudra,
^ Achtadikpdlaka.
^ Dvaddçdditya.
7 Maroudgana, la troupe des Marout (dieux des vents).
s Jçvinidéva,
9 Bramadarganamha
'o Sapta mahdrichi.
>' Ktmarakïmpourùueha.
<* Garoudas gandarvas sidda vkiiadara.
>3 Boutaganamba, exécuteurs des ordres des divinités.