DE M. ARIEL, DE PONDICHERY
d'avoir lieu , tant par la force des armes que par Tinfluence morale y des sacrifices humains encore pratiqués chez les Khonds. Ce peuple^ dégradé par ces rites odieux et parles vices du sauvage, et dont une partie passe même pour être cannibale, est cepeudant recommandable par des qualités vraiment chevaleresques, Tamour de la liberté, Torgueil de la race, une résolution iovinciblCi la Odélîté aui fimis et aa\ liâtes^ le dévouement 0UX chefs, le respect de la foi Jurée. Tous les documents publiés sur le Gumsar parlent avec admiration de ce beau Ciïrai^tère, et s'accordent à dire que les m^ria ou imtnolations en usage dans les districts de Ganjam et Kattak ne sont inspirés par aueua senti me ut féroce, mais p^ir ta frayeur gu^îls ontd'uae diviaité malfaisaute que cet acte terrible doit reudre propice*
Oa sait que le méria est offert chaque anuée , lors des semailles, dans le but d^obtenir des conditions atmosphériques favorables et des moissons abondantes. Il a lieu à la fois sur un grand nombre de points dont on n*3 pu encore déterminer le nombre, et la victime est, ainsi que la dépense de la c^ré* monîe, fournie à lour de rôle par les différents cantons d'un district. Outre le méria annuel il est des cantons où les personnes en font d'autres à roccasion d'une fête, d'une maladie, d\ine calamité publique ou privée; nu criminel ou un prisonnier n'a jamai:^ l'honneur de rimmolation. Il faut que la victime ait éti^ achetée pour une somme d'argent ou échangée pour un équi* valetil en objets. Le prix varie de 60 h 200 roupies. Oge et le sexe sont a peu prés indifférents; néanmoins le jeune g^irçon adulte est^ en raison de ce qu'il a plus coûté, considéré comme la préférable offrande.
Pendant des années , les enfants destinés au sacrifice sont élevés dans la famille de leur acquéreur. Ils n^ignorent pas le sort qui leur est réservé et généralement racceptent S'ils se refusent à prendre rengagement de ne pas s'enfuir, ils sont tenus enchaînés* Quelquefois on les épargne et on les marie; dans ce cas leurs enfants leur sont substitués pour le jour fatal que choisira Tarbitre de leur eulstence. Ud mois avant ce jour
commencent les orgies et les danses autour de la victime décorée de fleurs '. La veille elle est mise dans l'état d'ivresse et assise au pied du poteau sacrificatoire. Les Konds font autour des rondes en chantant : « O terre ! nous sacrifions à toi , donnenous de riches moissons, le beau temps, la santé. Enfant! nous t'avons acheté, nous ne t'avons pas ravi , et nous t'immolons selon la coutume. Aucun péché n'en retombe sur nous ! »
Le moment venu, l'enfant est enivré derechef et frotté d'huile. Chacun le touche du doigt qu'il essuie sur sa propre tête. On le porte privé de sentiment autour des limites du village, et on le ramène au poteau. Là, il est saisi, il est renversé, étouffé; son corps palpitant est taillé en pièces. Le prêtre en enterre un lambeau près de l'idole, et tout assistant, courant couper à l'envi un morceau de chair, l'emporte encore chaud sur le champ qu'il veut féconder. C'est avec ce sang pur que les malheureux espèrent apaiser la déesse de la Terre qui, jalouse de l'amour porté aux hommes par son époux et son créateur, le Dieu de lumière, a introduit dans le monde le péché et le mal , et exige l'infâme hécatombe d'innocents enfants.
Telles sont les scènes honteuses pour l'humanité que le gouvernement de la Compagnie veut effacer de ses possessions indiennes. Le capitaine Macpherson, chargé en 1842 de l'agence spéciale de la suppression des méria^ était arrivé déjà, dans le cours de l'année 1846, et par la seule persuasion, à éteindre cette pratique dans tout le pays de Ghumsar, quand il fut rappelé par suite de mésintelligence avec le général commandant les troupes. Après son départ, la désaffection se répandit parmi les tribus; elles levèrent l'étendard de la révolte et les sacrifices recommencèrent. Protégés dans leurs montagnes par des djangles impéfiétrables et par une malaria mortelle aux Européens, les rebelles firent pendant plusieurs années éprouver à Tar-
> Voyez, sur des pratiques analogues chez les anciens Mexicains, M. de Labarthe, dans la Revue orientale et américaine, t. VIII, p. 61.