DE M. ARIEL, DE PONDIGHÉRY
mée anglaise des pertes sensibles. Depuis la fin des hostilités , les capitaines Frye et Mac Yiccar ont renouvelé les succès de Macpherson et de Cadenhead ; la mission anabaptiste d'Orissa qui , dès 1845, avait établi une imprimerie à Kattak, a donné une extension immense à ses publications et à ses travaux. Le compte-rendu de cette Compagnie pour Tannée dernière ' montre comment elle espère, après avoir instruit les mèria rachetés, les employer à répandre parmi leurs compatriotes les premiers éléments des connaissances humaines et les idées fondamentales de la morale religieuse. Ce seront ainsi des missionnaires natifs admirablement propres, par leur langage et leur caractère, à enseigner à leur tour et à faire rayonner dans la contrée les choses qu'ils auront apprises.
Pour l'étude de la législation indienne, on trouve dans la collection manuscrite de M. Ariel un grand nombre de notes non élaborées, et quelques extraits des auteurs indigènes, notamment une traduction faite en collaboration avec M. Eug. Sicé, d'un abrégé tamoul de la Smriti TcJiandrikâ, ou Exposé des lois, par Randasvâmi Poulavar, de Madhoura. Le droit hindou, comme Ton sait, se divijse en trois parties qui portent les noms suivants : Atchara-kânda, Tyavahârorkdnda eiPrayaçtchitta-kânda (lois morales, civiles et pénales). Le petit traité de Randasvâmi Poulavar est intitulé Vyavahâra-sâra Sangraha, et a trait à la seconde partie de ce droit *. Comme tous les ouvrages de cette nature, il repose sur le Livre de Manou, et, dit l'avertissement préliminaire, sur les doctrines de plusieurs autres mouni, notamment de
» Publié à Pondichéry en 1857.
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Atri, Vichnou, Harita, Ratyâyana, Bodhâyana, Nârada, Vyâsa, Vaçichta, Yadjnâvalkya, etc.
M. Ariel avait recueilli et traduit un grand nombre de documents sur Thistoire et les origines des castes; malheureusement ces documents sont pour la plupart tellement mêlés de légendes et de contes , et en outre reproduits dans un français si imparfait , qu'il faudrait y consacrer un temps considérable pour en titer un parti sérieux. On trouve sans cesse des histoires du genre de celle-ci :
«t II y avait jadis, dans la ville royale de Caveripatanam, une certaine caste vellaja qui avait acquis de si grandes richesses qu^elle ne voulait plus se prosterner pour saluer le radja de 1 endroit Le fils de ce prince, pour Fcbliger à la politesse due au maître, ordonna à tous les habitants de venir le visiter, et les reçut dans une pièce ou Ton ne pouvait entrer que par une porte fort basse, de telle sorte que, bon gré mal gré, il fallait bien courber la tête en entrant. Le fils du radja rejeta cependant Tidée qu*il avait eue, car, après la visite de ses sujets, ceux-ci durent quitter la salle d'audience, et, pour s'en retourner par la porte dont il a été question, ils furent dans la nécessité de se montrer au prince dans une pose peu respectueuse. Cette pose ayant choqué le prince, les habitants, effrayés, mirent le feu à leur maison, et s'enfuirent avec leurs dieux et tout ce qu'ils purent emporter à la main dans le pays de Coitar, au sud de Maléalom (Malaeyala), où ils vivent encore aujourd'hui sans vouloir contracter aucune alliance avec les autres castes '. »
Une liasse assez étendue traite en détail des mœurs
I Extrait d'un ms. tamoul traduit par rinterprète du domain^ à Poûdichéry.
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et coutumes de la caste des Nâttukkotfseyar. « Quand une fille, dit Fauteur tamoul, mariée ou non mariée, devient nubile, elle doit se renfermer pendant les trente jours qui suivent sa nubilité dans une bayante établie à côté de sa demeure : là, les jeunes filles de la ville viennent souvent se divertir, Torner de fleurs et la parfumer; puis elles lui apportent des collations qu'elles partagent avec elle. Vers le neuvième jour, on fait baigner la fille devenue nubile, et pendant cette cérémonie ses compagnes témoignent de leur joie en claquant des mains. Vers le trentième jour, on remplit un plat en cuivre de mets et de menus grains de diverses espèces , et Ton tourne tout autour de la tête de la jeune fille pour ôter les mauvaises «illusions» dont elle était environnée, et on les donne ensuite aux blanchisseurs (sic). Si le mari ou le père est riche, on fait tous les jours cette cérémonie « d'illusions», et on les donne aux blanchisseurs. »
En passant aux matériaux que renferme la collection Ariel pour l'étude des littératures dravidiennes , je n'ai pas l'intention de m'occuper de l'étude qu'il avait faite des Kour'al de Tirouvallouva, bien que les œuvres de ce grand poôte comptent au nombre des meilleurs monuments de la littérature tamoule. D'abord quelques-uns des travaux de M. Ariel sur ce sujet ont paru sous les auspices de la Société asiatique de Paris ' ; ensuite un indianiste des plus autorisés, M. Vinson, en fait
I Voy. le Journal asiatique de 1847,'1848 et 1852.
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Tobjet de mémoires dont une partie a déjà vu le jour \ En revanche, je signalerai quelques importantes traductions qu'il a été possible d'extraire de plusieurs liasses de notes pour la plupart en désordre, et qui composent la partie purement littéraire des manuscrits du zélé archiviste de Pondichéry :
i"* Traduction mot à mot du conte tamoul Paramartagourou^ du P. Bescbi^ faite par M. Ariel en 1845^ avec Taide de Pon*n'ouppillae, son premier maître.
^ Traduction mot à mot du KcLdâmaû'fjari ^ recueil de coDtes publié à Madras vers 1835 (rédigée en 1845).
3<» Traduction partielle (avec analyse des parties non traduites) du poëme tamoul Tiroumougakkalambagam , en Thoimeur de Vichnou (rédigé en 1849 et 1850).
4<» Traduction, qui paraît complète, du poëme tamoul de Nakkîra, censé président de Tacadémie de Maduré, intitulé : Tiroumourougdt't'ouppadœ (rédigée en 1850).
50 Traduction, insufGsante en beaucoup de parties, du fa" meux poëme original tamoul PraboûlihgaKld (datée de 1850).
6» Traduction , généralement très-exacte, des 390 premières strophes du principal poëme tamoul, le Sindàmani\ avec des notes (datée de 1851).
70 Traduction complète du poëme erotique KaDâdam (rédi-^ gée en 1848, 1850 et 1851).
La poésie tamoule n'est pas moins différente à tous égards de la poésie sanscrite que ne le sont les langue» de rinde dravidienne et les langues de Tlnde arienne* Dans ses productions remarquables, elle jouit d'une am^
X Yoy. la Revue orientale (de la Société d*EthDographie),t. IX. * On a va plus haut que la collectioa Ariel renfermait un ~ nuscrit sur olles de ce précieux ouvrage.
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pleur et d'une magnificence peu communes, et porte au fro^t un stigmate ineffaçable d'archaïsme. Essentiellement faite pour être chantée % elle se prête également aux intonations majestueuses de l'épopée et aux refrains joyeux du madrigal. Il est impossible dé nier qu'une foule de poèmes tamouls ne soient d'tin bout à l'autre fortement saturés d'idées indiennes; mais on ne peut contester aussi à ceux dont le temps a grandi la renom* mée une originalité en tous points digne d'intéresser les orientalistes.
Il n'entre pas dans le cadre de ce Rapport de présenter un aperçu dés principaux ouvrages des poètes tamouls. Je me bornerai à une courte analyse d'un poôme en quatre éents strophes que M. Ariel s'était proposé de publier, et dont il avait rédigé une traduc* tion tant du texte original que des commentaires. Cet ouvrage, intitulé Tiroukkdvœ, et auquel le traducteur a attaché le titre français de «Le saint Livre d'Amour», est attribué à un fameux poète et saint ça&va Mânikhavûtchaka^ qui a vécu très-probablement vers le milieu du sixième siècle avant notre ère. C'est une sorte d'épopée erotique très -singulière et très-colorée, mais dont on ne peut prendre qu'une idée assez imparfaite par le travail ébauché du savant indianiste de Pondichéry. On sait que M. Ariel avait l'habitude de traduire les textes orientaux avec une servilité extrême, qui rendait parfois son style inintelligible. On pourrait lui adresser ce re-
* Voy, M. YinsoD, dans la ^vve orieniale, t. IX, p. 98, et la brochure du même savant intitulée : Le Mmayana de Kamhan\
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proche plus que jamais à propos de Touvrage en question , si on avait le droit de porter un tel jugement sur un manuscrit que l'auteur eût peut-être modifié d'un bout à l'autre si la mort ne l'avait enlevé prématurément à ses études favorites. Sans me dissimuler les inconvénients qu'il peut y avoir à publier des extraits d'un manuscrit encore si imparfait, je pense qu'on lira avec intérêt quelques courts fr^^ments du poème en question, fragments que j'essayerai de rendre aussi clairs que possible sans m'éloigner du mot à mot de M. Ariel , dont l'orthographe en général a été conservée. Le Tiroukkôvsd débute , comme la plupart des poèmes du même genre, par une invocation après laquelle l'auteur entre en matière dans un style recherché, qui fait l'admiration des Indiens, mais qui serait inintelligi" ble pour nous sans le secours d'un commentaire :
O rameau du kalpa, qui daignes briller à mes yeux et les fasciner, là où brillent les sept portiques de Tillaé <, dont la gloire remplit Tespace, donne à mon esprit les 400 strophes nommées le sacré Kovaé, ces strophes pleines de grandeur, douces comme le miel et pleines d'élégance! — En entendant le beau récit du Sit't^ambala-kovaé, les brahmanes diront: c'est le Féda ; — les pénitents : l'origine des Agama; — les amants : le meilleur Livre d'amour; — les astrologues : la Destinée (littéralement : la haute Providence] ; — les doux poètes : la Grammaire.
' C'est-à-dire les 7 entrées de la fameuse pagode àtSidanibaram. — On sait que les portes des pagodes sont surmontées de pyramides quadrangulaires, tronquées et couvertes de sculptures. C'est ce que Bf . Ariel entend par « portiques ». Tïllaé, ou mieux TiUee^ est un des noms du Sidambaram,