‹ Variétés orientales historiques, géographiques, scientifiquesChapitre 56 sur 86 · DE M. ARIEL, DE PONDICHÉRT · texte numérisé non relu

DE M. ARIEL, DE PONDICHÉRT

*^* Celui qui a un vêl rayonnant > voit une liane * qui croit avec un front brillant comme la lune. Gomme le victorieux étendard de FAmour^ il voit briller le rouge lotus ^^ les nénu* phars d'azur 4, le kumil fleuri ^, qui croit à Tillaé ^, séjour du Seigneur, le kongou 7 <i et le gracieux kandal ^ «, en une guir* lande flexible comme une liane, et dont s'élève un parfum divin : elle marche comme un cygne.

Le roi des hautes montagnes se demande aiorà qui peut être cette divinité incomparable et difficile à concevoir : — Est-ce un lotus ou l'empyrée, POcéan ou le séjour des serpents? Combien il est difficile de savoir qui est cet être et où il habite î Est-ce Un rtiessager de Yama ou Tallié d'Ananga, ou la déesse du vieux et incomparable Tillaé, ou bien encore un jeune paon?

Étonné, plein de désirs, le roi soupçonne que c'est une femme dont les abeilles aiment la raie de cheveux et qui a des bracelets brillants. — Le roi reconnaît la pensée secrète de la belle aux yeux pareils à ceux de la gazelle de la main sacrée du Seigneur.

Alors le roi songe à posséder, avec des plaisirs divins , la femme à la taille de liane, à la bouche rouge comme le kovvaé : « Si le Destin, dieu qui reconnaît les bonnes oeuvres, disait qu'elle

» Le roi. — Vêl» lance, javelot.

« Une femme.

* Le visage de la femme.

•Ses yeux.

5 Gmelina iuiatica, c'est-à-dire : son nez.

6 Uun des noms de Sidambaram.

7 Bombax gossipium, c'est-à-dire : ses seins. 9 Kandal gloriosa : ses pieds.

VARIÉTÉS OHIENTALES. \U

210 ' Là BIBliOTHÂOtrE TAMOtlÉ

est Tâmbroisie par sa voix et moi la saveur qui est ptopte à Tambroisie elle-même, et s4l m'accordait la faveur que Douft soyons unis comme le goût à la liqueur, qui saurait qu'aujourd'hui je serais l'essence de sa propre nature^ par cette possession sans obstacle dans le vallon où s'étendent les cailloux de la montagne Podiyil (Kaéldça)^ habitée pë^ le dieu pur de Pouliyoûr? »

Le poète nous dépeint ensuite la passion croissante du roi et les efforts qu'il fait pour obtenir une précieuse faveur. La femme à la taille de liane résiste par mille moyens, objecte sa tendre jeunesse, le jour de sa nubilité qui n*a pas encore lui ! Puis, entraînée, elle cède enfin aux instances du roi

O larges seins timides^ pourquoi grossir micore^ au point d*en faire souffrir la taille de celle qui se cache sous une fraîche liane^ en couvrant de ses dix doigts^ semblables à la tendre fleur de kandal» les nénuphars d'où s'échappent des perles?...;.

Le roi vante les mérites de sa bien-aimée; mais il ne consent pas à Tépouser, et c'est en vain que la compagne de la jeune femme cherche à lui dépeindre ses souffrances, sa beauté dépérissant, la crainte qu'elle éprouve de revoir sa mère, les dangers de la séparation.

La jeune femme a disparu , et le roi s'afflige de sou éloignement , puis finit par se désespérer. La compagne, touchée de ses chagrins, se décide è lui indiquer le lieu de sa retraite et à faciliter une nouvelle entrevue aux deux amants^ La mère est bien endormie; la compagne s'en est assurée, car en jouant à l'esearpolette elle n'a pas pu troubler son sommeiL EUle

bÊ M. AUtEt, Î>Ê K)*DlC!HÊKlr. ' 21 1

conduit la jeune femme au lieu du rendez-toiis et »*é* loigne. Le roi lui dit :

Tu 68 veoue» ouvrant toi-mém« la poite des pétales de ta maison de nélumbo, que vient d^ordioaire ouvril* le soleil, daus le Tillaé du dieu dont le regard a vaineu Famour \ tu es venue, soulevant la ceinture de tes larges hanches, après avoir enlevé les anneaux de tes jambes. A cette betife de minuit > pourquoi demeurerions-nous dans le désir ?

Elle est un nénuphar aux lèvres épanouies^ d*où s'échappe un miel épais, au milieu des champs de la forêt de llllaé où réside le dieu semblable au miel doré, ce dieu qui me gouverne et qui est venu quand je disais i Je sais englouti dans renfer 1 Moi, je suis la lune nouvelle qui, dans le ciel sublime, fait épanouir, en se levant, le nénuphar par ses rayons colorés.

Puis il renvoie la Jeune fille auprès de sa mère se re** poser sur sa couche virginale. Mais bientôt il veut la rejoindre et est arrêté par les compagnes de sa bien* aimée. L'une d'elles le supplie de consentir au mariage, le bruit de ses relations secrètes s'étantdéjà répandu au loin. Triste de n'avoir pas obtenu de réponse, l'amante interroge l'Océan sur les pensées du roi , puis elle fait des ronds divinatoires sur le sable; elle se plaint au Soleil, elle se confie à l'Étang, et s'adresse enfin à la femelle du cygne; mais celle-ci refuse d'aller raconter sa peine et ses insomnies au roi, et, tendre et joyeuse des baisers du mâle, s'endort remplie de félicité.

Le roi se déciderait bien à épouser la jeune fille, mais il s'afflige de n'être pas assez opulent pour en réunir le prix élevé. Il veut donc l'enlever; mais pour cela il faut franchir de longues distances avec celle dont les pieds de gazelle sont faibles comme les fleurs , dansi les bois

brûlants, pleins de cailloux, rougis parle feu, habités par d'horribles chacals, et les dangers d'un tel voyage le laissent indécis. La compagne le rassure :

Ce bois 9 aux chemins brûlants comme un brasier ardent, deviendra pour elle, lorsqu'elle marchera avec toi , un charmant ombrage. Maître, il est vrai que ce bois est rempli de cailloiix où le faon et la biche, pressés par la soif, poursuivent le eruei mirage ; mais pour mon anue aux bracelets d'or pur, si elle marche aujourd'hui avec toi , les chemins du bois deviendront les étangs aux fraîches fleurs de Tillaé, là où demeure le dieu souverain et incomparable.

Le roi convaincu se décide au départ. La divinité lui accordera le succès. Les ténèbres remplissent l'univers, comme elles remplissent l'âme de ceux qui ne célèbrent point le Tillaé du dieu au large cou duquel s'est attachée la couleur noire. Clairs comme ceux qui le célèbrent , sont au contraire les étangs remplis. On dort dans ce lieu antique. La compagne rassurerais mère, à son réveil, justifiera le départ. Ils sont partis.

Ici le poëte décrit,- avec des détails souvent charmants, les difficultés qu'éprouvent les deux amants durant leur voyage, et ensuite la ville magnifique où ils arrivent.

Pendant ce temps la nourrice de la jeune fille s'afflige de son absence et apprend de sa compagne la passion ardente qui l'a enlevée à sa mère. Cette dernière s'afflige à son tour, et tremble en songeant aux dangers que court son enfant bien-aimée l^endant un si dange* roux voyage. Puis la mère et la nourrice projettent

DE H. ARIEL, DB PONDICliÉRT. 213

d'aller chercher leur fille, et, dans ce but, consultent les présages et prient les dieux.

Dans le bois brûlant^ {a nourrice reconnaît Isl trace des pas de son enfant chérie et celles de son rayiasem», aux pieds d'éléphapt. Elle interroge successivement les chasseurs, les pèlerins, les brahmanes. Deux amants, qui ont vu les fuyards, l'engagent à ne pas continuer sa poursuite, et à ne pas s'opposer à la coqsécjuence né'» cessaire de la nature humaine.

Pendant ce temps, nos amants arrivent au terme de leur voyage, et la compagne de la jeune fille vient demander au roi d'accomplir son mariage. Mais celui-ci refuse en raison de la supériorité de nature de son amante. La compagne persiste, invoque successivement tous les sentiments du roi , emploie tour à tour la menace, la prière, la supplication, la ruse : elle obtient une promesse. Le roi part pour s'occuper du mariage.

Toutefois le roi ne paraît pas, et l'amante, après avoir dévoré ses souffrances , perd l'espoir de le voir revenir pour le mariage. Vainement sa compagne lui rappelle les serments du roi, vainement elle épuise tout son art à la consoler , le calme ne peut plus obtenir l'entrée de son cœur; elle dépérit à vue d'œil. La mère, la nourrice, la compagne, invoquent les divinités, interrogent les sorciers, les oracles ; elles veulent offrir, dans un sacrifice magique, un chevreau blanc, afin de changer la passion de l'amante; mais celle-ci ne veut point y consentir et tient à rester fidèle au roi montagnard.

Un grand événement met en émoi tout le peuple de ia ville : ^u bprd du no|r océan de TiJlaé,^iijour du dieu cooi;onné à

914 LA QlfiUOTHiQUK TAMOITLS

profusioa de fleurs pompées par les bruyanles abeiNes, les oiseaux crient , les flots belliqueux mugissent , la foule louangeuse des panégyristes se fait entendre, Tinsecte bourdonne, les blanches conques de Yalambouri résonnent. Il vient, le grand diar, aujoordlini !

Disposez des vases d*or remplis (d'eau); étendez des toraoas, où brillent à Tenvi les diamants , les pierreries et Tor ; que le roulement des tambouis ne ce^e de se faire entendre , pour le mariage de la femme aux seins pressés par un vêtement étroit....

Les bruyantes timbales annoncent le moment du mariage. Le mariage est accompli. Mais bientôt le roi, abreuvé d'amour, sent se développer en son coeur la soif ardente de la gloire. Il quitte sa bien-aimée, il part en guerre battre )es ennemis I

La séparation çst le cordial de Tamour. Aussi le roi , séparé de son épouse, est pénétré de tristesse : a A la tombée de la nuit, Toiseau garantit de ses brillantes ailes sa femelle et se^ petits. Qui protégera, dit-il, làbas la femme au beai^ f^ont?» — La jeune femme , de son côté, s'afflige, en songeant aux intempéries de la saison : «Il pleut...... a-t-il tout ce qu'il veut? n

Cependant on voit poindre le cbar de l'absent qui a fini par vaincre les rois réunis. Son devoir une fois accompli, il songe à son épouse^ il pense au yisage semblable à la li^ne de celle qui a des joyaux sans défaut. Mais sur sa route il a rencontré des filles de joie, brillantes de parure, mettant la flèche de fleurs de leurs yeux à l'arc de leurs noirs sourcils, et le bruit s'en est répandu jusqu'aux oreilles de l'épousei. Sur sa couche solitaire, elle a ressenti les douleurs amères de la jalousie. A l'arrivée du roi, l'épouse ne peut retenir ses paroles.

DE M. AIUEI., DB POHDICaÉRY, 2i5

Celle qui est semblable à un bouquetet dontia chasteté s*étève au plus haut degré , dit avec colère à son amaitt : Pourquoi , apportant le trouble près de toi , t'aflligerais-je aujourd'hui , sans songer que c*est moi qui suis coupable de n'avoir pas fait pénitence (pour ^arracher au mal, à des franmes rivales) ?

O roi de Tillaé,,... jlgnojre les voluptés que pratiquent si curieusement tes courtisaiies aux bijoux éclatants Ne t'appro-

che pas de moi , laisse mon pur vêtement ' !

L'épouse songe alops à se rendre à la maison des courtisanes pour leur demander de lui abandonner le roi de Tillaé en faveur de la circon3tance oîi elle se trouve*. Elle obtient alors le retour de son époux dans son gynécée, où elle témoigne la joie de sa venue ;

Au roi de la terre qui porte un a^c en ses mains de fleurs , 8*est présentée la Nuit avec le croissant nageant dans Tempyrée; les abeilles soufflent dans leurs bla^phes conques, au sein des fleurs de mallika qui entourent le sanctuaire de Tillaé, où réside cehii qui tient le feu dans sa maii^ de fleurs, celui qui pousse dans la dévotion les Ames rares qui Q'ont pas de désirs pour les flèches de fleurs (que tient) ^n main I0 divin archer ( manmatha 3).

Ils sont revenus en la possession du roi, ces seins ii^altérés, pa* reils à la grâce du dieu éternel du sanctuaire. Dai|s le combat des flots de rage amoureuse, sa couronne a gagné Tornement des petits pieds de fleurs de réponse. Dans Tocéan <le la joie 4, ii s'est emparé de ses vêtements et a bu le mie| qqi s*échappe en petites perles brillantes (de ses dents) pleines d^éclat.

> Littér., NoU me tangere, dkni^Ute purum vesiitum meum, ' More Indico, menstruarum tempore, eoire non Hcet. < Surnom de l'Amour. Voy* p. 218.

4 Littéralement : in mari coitûs. M. Ariel donne un second sens à ce passage, qu'il nous parait préférable de rendre en latin.

216 LA BIBUOTHÈQUB TAMODLE

L'ardeur extrême du roi, ses caresses variées, excit^nt la colère de l'épouse, qui songe aux infidélités du roi :

Lfs lèvres rouges palpitent, les yeux noirs s^égarent; elle délire dans ses embrassements comme par la grâce de notre diea du sanctuaire aux torsades abondantes et serrées. Avec emportement et soupirant avec force, elle pleure, se désole, se consume , celle qui pense qu'un amour de la sorte se répand au loin (pour d'autres qu'elle).

Celle qui a de longs yeux de fleurs se Caisse aller à son emportement , en voyant dans les manières du roi un indice affligeant (de sa débauche). Elle est seule, maintenant, la gazelle dont le pied ne peut toucher la fleur. Seul est le roi , car il l'a abandonnée en disant q^e le lit ne pouvait supporter plus d'une personne.

Le roi s'est de nouveau rendu dans la demeure des courtisanes qui joyeusement se louent de sa visite, et il ne songe plus à rentrer sous le toit conjugal , semblable à la chauve-souris qui , pendant le jour, habite les gr^ds arbres, et, quand la nuit est venue, voltige çà et là dans l'espace.

En vain les compagnes cherchent à consoler l'épouse au doux sourire par le tableau des vices du roi, devenu indigne de la posséder ; l'éppuse ne cesse de rapr peler les mérites du roi et ses premières impressions d'amour.

Il est dans mon coeur. Si je veille, il ne s*éloigne pas, même quand il me repousse* Si je rêve sur ma couche moelleuse, estce qu*il abandonne jamais mon sein (où je le vois en songe)?

De son côté le roi n'a pu oublier dans les enivre-r

Page 1