EMPEREUR MANDCHOU
Kang-hi% empereur de Chine, le second de la dynastie tartare des Taï-Tsing (très-pure), actuellement régnante^ naquit en 1654. Son petit nom était HiouethYe (Étincelle bleue). Il succéda, en 1662, à Chun-tchi, son père, qui l'avait désigné pour occuper le trône, peu de temps avant sa mort. Comme ce prince n'avait pas encore atteint l'âge de huit ans , quatre mandarins furent choisis pour former le conseil de régence; mais cette tutelle ne dura pas longtemps pour le jeune empereur, car à peine eut-il atteint sa treizième année, qu'il profita de la mort de l'un des quatre régents pour prendre en mains les rênes du vaste empire des Tartares-Mandchoux et se faire déclarer majeur; et, afin de n'être point troublé dans ses desseins, il fit arrêter un des
' En mandchou ^/A^c-ra/y^n (l'Inaltérable Paix).
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trois autres régents, accusé de plusieurs crimes, le fit juger sur douze chefs d'accusation, puis condamner, lui et son troisième fils, à être mis en pièces, et ses sept autres enfants à être décapités ; tous les biens qu'ils possédaient furent en outre confisqués au profit de TÉtat. Ce trait de sauvage résolution suffit pour assurer au jeune monarque la liberté de gouverner la Chine sans avoir à souffrir de la tutelle, souvent gênante, des mandarins puissants et ambitieux auxquels avait été confiée la régence de Tempire, depuis la mort de Chuntchi.
Un des premiers actes de Tempereur Rang-hi fut de régler le système astronomique qui devait être suivi à l'observatoire impérial de Chine. Il s'agissait d'opter entre l'astronomie chinoise et l'astronomie européenne, que les pères jésuites avaient commencé à introduire au Céleste-Empire. Malgré le rapport des neuf tribunaux de Pé-king, qui demandaient le retour aux anciennes méthodes, l'empereur reconnut la supériorité des Occidentaux en fait d'astronomie, et le père Ferdinand Verbiest (connu en Chine sous le nom de Nan-hoai-jin) fut nommé président du tribunal des mathématiques. Peu de temps après , ce savant jésuite enseignait les principes des principales sciences européennes à Kang-hi lui-môme, qui y consacrait, avec une ardeur peu commune, tous les loisirs que hii laissait la direction des affaires.
En l'année 1673, une révolte formidable éclata dans l'empire. Ou-san-kouéi , prince tributaire du' Yun-nan , bien qu'il eût déjà atteint un âge avancé , avait été ac-
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cusé par les grands de Pé-king de maintenir continuellement ses troupes sous les armes et de les exercer aux pratiques militaires^ afin de se mettre à même de faire un jour irruption sur le territoire chinois et de renverser la puissance impériale. Kang-hi, d'abord peu disposé à écouter ces insinuations, se décida néanmoins à envoyer au prince du Yun-nan l'ordre de se rendre à la cour, afin d'y présenter l'hommage de ses États ; cette formalité, dont il ne s'était point acquitté depuis longtemps, devait offrir une excellente occasion pour sonder les dispositions de Ou-san-kouéi. Mais le prince du Yunnan, averti par son fils, qui demeurait comme otage à Pé-king, des motifs pour lesquels on l'appelait à la cour, répondit aux envoyés de Kang-hi qu'il connaissait trop bien le mobile qui avait dicté l'ordre qu'on lui apportait, et que, puisque l'empereur avait oublié combien les Tartares lui étaient redevables de leur entrée en Chine, il se rendrait à la capitale avec une es^ corte de 80,000 soldats. Pendant que Ou-san-kouéi parcourait les provinces à la tête de son armée, réunissant chaque jour de nouvelles troupes sous sa bannière, le fils de ce prince préparait dans la capitale un vaste complot, dont le but principal était de s'emparer de la personne de l'empereur et de faire main basse sur tous les grands mandarins de la cour, afin d'asâurer à son père l'entrée libre du palais impérial. Toutefois ce complot, au lieu d'aboutir au résultat qu'en espéraient les conjurés, fut découvert à temps, et les principaux instigateurs furent mis à mort immédiatement après que cette même peine eut été infligée au fils de Ou-san-
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Kouéi. Une punition aussi terrible , loin d'effrayer le prince du Yun-nan, excita en lui un nouveaa désir de vengeance, et il s'efforça plus que jamais d'attacher i ses intérêts les princes de Taï-wan (Formose), dn Kouang-toung et du Fouh-kien, qui souffraient avec peine la domination chaque jour envahissante des Tartares. En même temps , une révolte venait d'éclater dans le nord de la Chine, où un prince mongol était en train de réunir des forces considérables , dans l'espérance de relever la puissance déchue de la dynastie des Youèn *. La situation des Tartares devenait ainsi très-périlleuse, et il n'y a guère à douter qu'ils eussent été chassés de la capitale sans la discorde qui ne tarda pas à éclater parmi les alliés d'Ou-san-kouéi et sans la politique habile et prompte de l'empereur Kang-hi.
Ce prince comprit tout d'abord ce qu'il avait à faire pour se soustraire aux dangers qui le menaçaient de toutes parts. Sans perdre un instant, il envoya un corps d'armée contre le prince mongol : celui-ci, surpris inopinément , et ayant à peine le temps de' se reconnaître, dut se résoudre à livrer bataille avec le peu de troupes qu'il avait sous la main. Le résultat de cette affaire ne pouvait ôtre douteux : il fut fait prisonnier, ainsi que son frère et ses enfants. Cette victoire anéantit tout • germe de désordre du côté des Mongols, et laissa à Kang-hi la liberté de disposer de toutes ses troupes
I La dynastie mongole dite des Youèn avait occupé le trône de la Chine depuis 1260 jusqu'en 1368; mais sa domination exclusive ne datait que de Tannée 1275.
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pour résister aux rebelles, qui poursuivaient leurs in- CursioDS dans le sud.
Sur ces entrefaites (1676), KaldaUj chef des CEleutes, vint susciter de nouveaux troubles au nord-ouest de Tenipire. Rang^hi crut nécessaire de marcher en personne contre lui, et il ne parvint qu'à grand'peine à mettre fin à cette guerre. Les troupes tartares , encouragées par les événements, attaquèrent les troupes du Yun-nan, les battirent dans trois actions, et allèrent assiéger leur capitale, dans laquelle ils ne tardèrent pas à pénétrer. Le fils du prince du Yun-nan (1680) se pendit, pour ne pas tomber vif entre les mains des Tartares; tous les autres membres de sa famille furent mis à mort , et le tombeau de Ou-san-kouéi (mort en 1679) lui-même fut violé et ses cendres jetées au vent. Dès lors l'empereur put reporter toute son attention vers l'ouest de la Chine, où plusieurs chefs tartares menaçaient de s'insurger.
En 1680, Rang-hi, convaincu que le prince du Rouang-toung cherchait à secouer le joug des Tartares, envoya des émissaires chargés de lui remettre un coffre de bois vernissé renfermant une corde de soie jaune avec laquelle le rebelle devait se donner la mort* A cette nouvelle , le prince du Rouang-toung se fit revêtir de ses plus riches vêtements, ouvrit le coffre , en retira la corde de soie et se pendit. Immédiatement après, les envoyés firent mettre à înort trois des frères du prince et plus de cent de ses principaux officiers. Dès lors le Rouang-toung futannexé comme simple province à l'empire tartare.
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L'année suivante (1681) le prince duFouh-kien, accusé de dureté envers les mandarins , qui lui reprochaient sa rébellion, fut amené à Pé-king et livré aux animaux carnassiers, après avoir été coupé en morceaux. Cette exécution fut suivie de l'annexion daFouh-kien à la couronne tartare» et deux ans plus tard (1683) l'Ile de Formose vint également s'y réunir.
Vers le commencement de l'année 1688, il arriva à Pé-king un ambassadeur de Russie pour régler la déli^ mitation territoriale des deux empires. Rang*bi nomma des commissaires extraordinaires auxquels il adjoignit, comme interprètes, les pères Ant. Pereira et J. Gerbil- Ion, jésuites, afin d'arranger pour le mieux cette affaire. Mais les conférences furent renvoyées à l'année suivante, parce qu'il eût été imprudent de se rendre sur le territoire des Kalkas, qui étaient alors en guerre avec les CEleutes. Le 3 septembre 1689, la paix fut définitivement signée par les plénipotentiaires russe et chinois, dans la ville de Nipchou.
Vers la fin de 1691 , les pères jésuites, attachés par ordre de Kang-hi au tribunal d'astronomie et de mathématiques de Pé-king, adressèrent à ce prince un placet dans lequel ils se plaignaient des persécutions que le vice-roi de Tché-kiang avait fait endurer aux chrétiens et des obstacles qu'il n'avait cessé d'apporter à l'exercice de leur culte. Le placet fut renvoyé au tribunal des rites ; un rapport peu favorable à la demande des missionnaires de Pé-king en émana bientôt après. Mais comme ce rapport ne s'accordait point avec les sentiments de tolérance et de protection de l'empereur