‹ Variétés orientales historiques, géographiques, scientifiquesChapitre 68 sur 86 · KAM6-HI, EMPEREUR MANDCHOU · texte numérisé non relu

KAM6-HI, EMPEREUR MANDCHOU

envers les jésuites, auxquels il devait Tintroduction des sciences européennes en Chine , il donna ordre au tribunal des rites de s'assembler de nouveau et de se joindre au conseil des ministres pour délibérer sur le placet renvoyé à leur examen. Le résultat de la délibération fut cette fois entièrement conforme aux sollicitations des pères jésuites, et le décret qui suivit le nouveau rapport intima aux mandarins Tordre de laisser aux chrétiens le libre exercice de leur <;ulte , dans toutes les parties de l'empire chinois.

Un incident assez grave vint augmenter considérablement la confiance de Kang-hi envers les pères de la Compagnie de Jésus : ce prince, atteint d'une fièvre maligne qui mettait sa vie en danger, eut recours à l'art des médecins du palais; mais, loin de le guérir, les remèdes qu'il reçut d'eux ne firent qu'aggraver l'in* tensité du mal, à un tel point que les docteurs chinois crurent qu'il n'y avait rien de mieux à fairç que de suspendre tout traitement, espérant être ainsi plus à même de découvrir le caractère réel de la maladie. Au lieu de suivre leurs conseils, l'empereur prit un remède de provenance européenne : il se sentit promptement soulagé; mais une fièvre intermittente vint l'assaillir peu après. On publia alors dans la capitale un avis par lequel tous ceux qui pouvaient avoir un spécifique contre cette maladie étaient appelés au palais impérial, où des expériences- seraient faites pour en constater l'efficacité. Les pères Gerbillon, de Fontaney et Bouvet se ' présentèrent à la cour avec une certaine quantité de quinquina : après avoir essayé ce médicament sur plu-

272 KANG*Hf, EVMtEUR MANDCHOU.

sieurs malades et en avoir reconnu les pi^opriétés, il fut administré à Rang-hi , qui s'en trouva bien et se rétablit au bout de peu de jours. Les médecins chinois furent condamnés à mort par le tribunal des crimes; mais leur peine fut commuée en celle de Texil; quant aux pères jésuites, ils reçurent pour prix de leur belle cure une maison située dans Tenceinte du palais, ainsi qu'un terrain o'ù une église fut bâtie plus tard aux frais de l'empereur*

Les affaires de Tartarie continuaient toujours à inquiéter le gouvernement de Pé-king. Kang-hi, décidé à mettre fin à ces troubles incessants, leva une armée considérable, et partit en personne pour la commander. Après une longue suite de péripéties, l'armée des GEleutes fut mise en déroute, et Raldan, qui commandait les rebelles , ne trouva d'autre ressource que dans la fuite. Toutefois ce prince recouvra bientôt les moyens de reconstituer son armée; et, avec le secours que lui prêtait en secret le roi du Tibet, il continua à fatiguer par ses escarmouches les troupes impériales envoyées à sa poursuite, jusqu'à ce qu'enfin (1697) la^ mort vint débarrasser Kang-hi de cet ennemi redoutable, contre lequel il avait déployé en vain toutes les forces stratégiques qui étaient alors disponibles. A partir de cette époque, la Tartarie fut à peu près entièrement pacifiée, et bientôt le Tibet lui-même fut annexé à l'empire des Taï-Tsing.

Grâce à la science des pères jésuites, le christianisme était ouvertement toléré en Chine, lorsqu'il devint, en 1717, l'objet de nouvelles persécutions, contre les-

Page 1