SUR
( 1er AKTICI.B.)
Les sciences ont pris successivement possession de toutes les contrées de l'Orient, à la seule exception de la Corée. Cette péninsule, dont l'histoire remonte aux temps les plus reculés des annales asiatiques, et qui, de nos jours, compte, grâce à sa position stratégique de premier ordre, au nombre des contrées les plus importantes de l'extrême Orient; cette péninsule, dis-je, rigoureusement fermée à toutes les puissances maritimes de l'Occident, demeure à l'état d'énigme, dans une obscurité d'autant plus regrettable que de sa connaissance dépend , sans doute , la solution de plusieurs des grands problèmes ethnographiques de l'ancien monde. Quelques voyageurs ont bien visité les côtes de ce royaume ' ; on cite même quelques Européens qui ont
' Les plus célèbres soot Robert Broughlon , Basil Hall , John Mac Leod et Tamiral Cécille.
vécu en captivité dans ses provinces intérieures'; mais les uns et les autres ne nous ont fourni sur son comple que des données vagues et insuffisantes. Les missionnaires chrétiens, répandus en foule dans les États avoisinants, ont bien aussi pénétré par moments en Corée; mais ils %*j sont trouvés dans des conditions peu propices aux travaux d'érudition. A peine leur approclie était-elle signalée aux mandarins , que les côtes de la presqu'île étaient d'un bout à l'autre garnies de postes militaires, et que des feux sans cesse allumés de distance en distance annonçaient qu'on était en garde contre toute tentative de débarquement. Il fallait alors achètera prix d'or les services de quelques bateliers indigènes qui consentaient, non sans de continuelles hésitations. à les recueillir sur de frêles embarcations, à l'aide desquelles, en profitant d'une nuit sombre et orageuse, il^ parvenaient parfois à surprendre la vigilance des satellites indigènes. Abandonnés ainsi au gré du hasard, 3$ cherchaient dans les forêts et les marécages un refQg<> contre les poursuites des autorités locales, et bien son vent il leur fallait passer des semaines et des mois ayanl d'oser s'avancer jusque dans les endroits habités. A diverses reprises cependant , on a annoncé des publications étendues qui promettaient d'éclaircir nos doutes au point de vue de la géographie et de la linguistiqof de la péninsule; malheureusement ces promesses ne se
' Voyez, à ce sujet, la notice insérée dans ce volume (p- ^^' cl suiv.) sur Hendrik Uamel, de Gorcum, l'un des premiers Européens qui aient habité en Corée.
sont pas réalisées, et nous en sommes encore réduits à aller demander aux auteurs orientaux des notions élémentaires pour remplir les lacunes déplorables causées par rignorance des choses coréennes dans le domaine des sciences naturelles et historiques.
Placés dans de telles conditions, il m'a semblé utile de recueillir aux sources originales que nous possédons quelques données géographiques et historiques sur cette région ignorée de l'Asie orientale. Ces données, tout insuffisantes qu'elles puissent être, me semblent de nature à servir avantageusement d'introduction à des recherches plus approfondies; et, quand bien même des Européens mieux accueillis que leurs devanciers sur ce sol inhospitalier nous apporteraient un jour des renseignements plus circonstanciés, il ne serait pas moins intéressant de les comparer avec les notions empruntées aux sources chinoises; car on n'ignore point que les faits recueillis par les voyageuïs n'acquièrent le plus souvent de véritable force que lorsqu'ils sont contrôlés par les monuments de la littérature indigène. Or les Coréens ne possèdent très-probablement pas de littérature propre : c'est donc aux Chinois et aux Japonais, les seuls peuples qui ont entretenu avec eux des relations suivies depuis de longs siècles, qu'il faut demander les notions scientifiques qui nous intéressent.
Voici ce qu'il m'a paru plus utile d'extraire des ouvrages de ces deux peuples , dont il m'a été possible de prendre connaissance.
316 SDR LA GÉOGIAPH» ET L'HISTOUIB