‹ Variétes philosophiques [microform]Chapitre 14 sur 41 · UNE ERREUR SPIRITUALISTE · texte numérisé non relu

UNE ERREUR SPIRITUALISTE

l'état des organes. Seuls aujourd'hui nos philosophes ignorent ces vérités devenues banales partout ailleurs.

L'auteur de La Métaphysique et la Science argue de ce que les facultés morales exercent une action sur les facultés sensuelles, pour faire des premières Faltribut exclusif d'une âme à laquelle les secondes seraient étrangères. Or, en outre que les facultés sensorielles ont manifestement la propriété de modifier les facultés morales autant pour le moins que celles-ci ont en leur pouvoir de modifier celleslà, n'est-il pas d'observation constante que les diverses facultés morales se modifient aussi les unes les autres? Ace compte, on devrait donc, pour être conséquent avec la règle posée par notre auteur , attribuer seulement à Fâme celle de ses facultés morales qui se trouve avoir actuellement le dessus, et reléguer toutes les autres dans le corps...

4i. MM. Jacques, Saisset et Jules Simon, dans leur ifanuel de Philosophie^ posent gravement la question de savoir si le médecin a qualité pour faire de la psychologie ; à mon tour, je me suis attaché à faire voir dans ce peu de lignes de quelle impuissance se trouvent frappés les psychologues qui dédaignent la lumière des sciences naturelles.

L'ONTOLOGIE DE M. H. TAINE

42. Toute la sève philosophique de Fespril humain semble s'ôlre épuisée jusqu'à ce jour à nourrir l'inlerminable querelle du spiritualisme et du matérialisme. Si, comme devrait le faire présumer tout d*abord la conviction vivace et indomptable dont on a fait preuve de pari et d'autre, les deux écoles ont tout à la fois raison et lorl, et ne sont séparées en réalité que par l'épaisseur d'un malentendu, il e§t de la plus haute importance, on le conçoit, de faire disparaître ce malentendu. Plusieurs penseurs de notre temps ont essayé d'atteindre ce résultat, et quelques-uns s'applaudissent tout haut d'y avoir réussi. De ce nombre est M. H. Taine.

. Après avoir examiné attentivement les essais ontologiques de cet ingénieux écrivain, j'ai reconnu, non sans regret, que je ne pouvais partager sa confiance ; je vais indiquer brièvement les principales objections que j'ai à lui faire. M. Taine, qui avait déjà exposé ailleurs sa manière de voir sur le point qui nous occupe, Ta formulée de nouveau récemment, mais avec une variante, dans une lettre imprimée dans Y Annuaire philosophique du mois de janvier 1867. C'est sur ce texte que je vais appuyer mes observations.

L'auteur de la lettre débutepar la déclaration suivante : ic A mes yeux (pardonnez-moi ce paradoxe) », dit-il, « les malérialistes et les spiritualistes sont frères, du moins en métaphysique, et je ne suis ici ni avec les uns ni avec les «utres, »

L ONTOLOGIE DE M. H. TAINE

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Oui, sans doute, le matérialisme et le spiritualisme sont frères, si l'on entend par là qu'ils sont nés l'un et l'autre d'une même curiosité, d'un même besoin de Tintelligence, du besoin de ramener à un fait fondamental et constant l'ensemble des causes diverses auxquelles nous rapportons les divers phénomènes observés. Mais si c'est parce que telle est leur commune origine que M. Taine décline tout rapport avec ces deux doctrines, ce n'est pas seulement des spiritualistes et des matérialistes qu'il se sépare, c'est aussi la philosophie chimique et physique qu'il répudie sans s'en douter, tout en se déclarant son adepte. La grande préoccupation du moment parmi les physiciens et les chimislos qui sont à la tête du mouvement scientifique, c'est en effet d'arriver à une détermination rationnelle de la constitution absolue de ce qu'on appelle la matière. M. Taine lui-même, constatant ce fait avec une juste satisfaction, nous apprend que M. Berthelot, « dans un mémoire récent, présentait une théorie de la matière, toute mathématique, qui part du même point de vue ».

Notre philosophe se rallie à cette théorie purement mathématique de la matière ; nous examinerons tout à l'heure si une telle adhésion peut se concilier avec les motifs qu'il met en avant pour rejeter en bloc matérialisme et spiritualisme. Arrêtons-nous d'abord sur le dernier membre de la phrase qui vient d'être citée. Qu'est-ce donc que « ce môme point de vue » d*où l'on prétend que la conception de M. Berthelot et les conceptions analogues seraient parties? Il s'agit d'une vue métaphysique conçue par M. Taine et exposée dans ses Philosophes du XIX^ siècle ; il la reproduit ainsi dans sa lettre : « Les seules choses réelles », écrit-il, « sont les faits ou événements, et les lois dont ils dérivent; ces lois elles-mêmes sont des relations entre les abstraits ou universaux, etc. »

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