‹ Variétes philosophiques [microform]Chapitre 15 sur 41 · VAE1ÉTÉ8 PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

VAE1ÉTÉ8 PHILOSOPHIQUES

Comment ! les lois sont des choses réelles, les lois qui sont des relations entre les aèsiraits ou universaux ! Si les rapports entre abstraits sontdesréalitésjesabstrailsa/oritori sont des réalités aussi, ce qui constitue une contradiction tellement flagrante qu elle ne peut échapper à personne. Mais non, M. Tainene s'est pas relu; il n*est pas possible qu'il ait voulu ressusciter Duns Scot et saint Thomas et renchérir encore sur Fantinominalismede ces maîtrès, qui réalisèrent bien les universaux, à la vérité, mais qui, en les réalisant, cessaient du moins de les considérer comme de simples rapports, et ne s'oublièrent jamais, du moins je le présume, au point d'attribuer à Vaôsiraii la qualité contraire, celle de concret !

Mais, en supposant môme que l'éminent professeur de l'École des Beaux-Arts, jusqu'ici considéré dans le monde comme le champion du fait positif et sensible, et comme adversaire déclaré de l'idéal, fût en définitive un partisan outré de l'idéalisme de Platon et du réalisme scolaslique (deux choses qui n'en font qu'une, n'en déplaise aux esthéticiens, qui ont introduit la coutume d'opposer réalisme à idéalisme, en dénaturant l'acception philosophique et traditionnelle de ces deux termes), il lui resterait encore à nous expliquer comment son système réalisateur des lois, des rapports et des abstractions, a pu fournir un point de départ et un point d'appui à la théorie « toute mathématique » de la matière, et comment ce même système peut être le renversement du matérialisme et du spiritualisme réunis . . .

Voici, du reste, en termes précis, ce que M. Taine incrimine dans ces deux doctrines ; il s'exprime ainsi : « Les spiritualistes >», dit-il, « admettent en dernière analyse, pour l'explication définitive des phénomènes, des monades ou tlomes inétendus, substances indestructibles, douées de

l'ontologie de m. iï. ïaine

propriétés internes et primitives. Les matérialistes font la même chose, avec la seule différence que leurs atomes sont étendus. Les uns et les autres supposent de petits êtres irréductibles dont Tarrangeraent et les influences expliquent tous les événements observables. A mon sens, c'est là une hypothèse inutile, gratuite, qu'on peut employer pour la commodité du langage, mais qui n'a pas de valeur en soi. »

D'abord, l'auteur se trompe en fait en caractérisant ainsi l'ontologie spiritualiste ; le caractère indiqué par lui comme l'attribut essentiel et distinctif du spiritualisme en général n'appartient qu'au monadisme ^q\\\^ c'est-à-dire à une forme spéciale du spiritualisme, si tant est que l'hypothèse des monades doive être classée dans cette catégorie doctrinale. L'auteur des Philosophes français du XIX^ siècle définissait plus exactement celte philosophie quand il écrivait dans son livre : « Les spiritualistes considèrent les causes ou forces comme des êtres distincts, autres que les corps et les qualités sensibles, semblables à la force intérieure que nous appelons en nous volonté, tellement qu'en dessous du monde étendu, palpable et visible, il y a un monde invisible, intangible, incorporel, qui produit l'autre et le soutient*. »

M. Taine ne me paraît pas plus rigoureux dans sa différenciation du matérialisme : il semble le confondre avec Vatomisme, Cependant bien peu élèvent leurs pensées jusqu'à cette dernière conception dans la multitude qui aujourd'hui se pare du titre de matérialiste ; et d'un autre côté je ne sache pas que cette minorité intelligente des matérialistes professe l'opinion absurde de la divisibilité

1. Les Philosophes français du X/X« siècle, par H. Taine, 2« édition, p. 4.

limitée de l'étendue, de son indivisibilité à partir d'un certain degré déterminé de la division.

Mais si notre auteur esl mal fondé à confondre respecHvemeut le spiritualisme et le matérialisme avec le monadisme et une sorte d'atomisme grossier, est-il du moins dans son droit, est-il dans la logique, en rejetant dédaigneusement comme « inutile et gratuite et sans aucune valeur en soi » l'hypothèse de ces « petits êtres irréducti- Mes dont l'arrangement et les influences mutuelles expliquent tous les événements observables », pour de là aller porter son suffrage, son approbation entière, à celte autre hypothèse qu'il nous fait connaître dans les termes suivants? Il s'exprime ainsi :

« Plusieurs physiciens du premier ordre admettent aujourd'hui que les molécules matérielles ne sont que des centres géométriques d'attractions ou de répulsions croissantes ou décroissantes, d'après une certaine loi, suivant k dislance ; et M. Berthclot, dans un mémoire récent, présentait une théorie de la matière toute mathématique et tout abstraite, etc. »

Pour Dieu, Monsieur, faites-nous donc apercevoir la difl'érence et l'opposition que vous avez découvertes entre les parties irréductibles ou intiniment petites des monadistes et atomistes, desquelles rarrangement et les influences mutuelles expliquent tous les phénomènes,— Qi vos molécules matérielles qui ne sont, dites-vous, que des cenires géométriques d'attractions et de répulsions ? Auriezvous oublié que partie irréductible, partie indivisible, partie infiniment petite, point mathématique, centre géométrie que, ne sont pas autant de différentes choses, autant d'idées dislinctes, mais n'en sont qu'une seule et même sous ces dénominations diverses ?

L ONTOLOGIE DE M. H. TAINE

43, Quelques simples rapprochements auront suffi, je Tespère, pour faire voir que M. Taine s'abuse quand il se flatte d'avoir réduit l'antinomie ontologique du matérialisme et du spiritualisme ; que môme il n'a que très imparfaitement saisi le véritable sens de cette antithèse, et qu'en définitive, au lieu de jeter une lumière sur cette obscure discussion, il y a introduit de nouveaux éléments de troiible.*Un peu moins sûr de sa propre pensée, un peu moins inattenlif à celle d'autrui, cet esprit éminemment distingué eût échappé sans peine à de tels écueils.

LA PSYCHOLOGIE DE FOURIER

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