‹ Variétes philosophiques [microform]Chapitre 16 sur 41 · DEUX LETTRES AU DOCTEUR BARRI ER · texte numérisé non relu

DEUX LETTRES AU DOCTEUR BARRI ER

mm SES Principes de Sociologie *.

Cher Docteur,

44. Je me rends de grand cœur à Finvitation contenue dans l'épigraphe de votre livre, et je crie avec vous : laboremus î Oui, ami, travaillons à Tœuvre de la science sociale,car il n'est pas au monde d'œuvre plus importante, plus urgente et capable de rémunérer plus largement l'ouvrier de bonne volonté qui trouve son salaire dans la satisfaction d'être utile. Mais à chacun une tâche suivant ses forces. A vous donc d'exposer magistralement en deux beaux volumes les données de ce problème imposant et les efforts que le génie a faits pour le résoudre ; à moi de vous présenter à mon tour, si vous le permeltez,quelques simples observations suggérées par la lecture de ces pages.

La critique est aisée.. ..

Elle le serait encore trop peu pour moi si je ne me souvenais de cetteautre sentence :Ne suior ultra a^epidam lAussi, de toutes les questions que vous avez agitées dans vos Principes de Sociologie, }eYa,is toucher à celles-là seulement

1. Principes de Sociologie, par F.Barrier, D.M.P., ancien chirurgien en chef de THôtel-Dieu de Lyon, ancien professeur de chirurgie à TÉcole de Médecine de la même ville ; président de la Société protectrice de TEnfancede Paris, etc. 2 volumes in-8, Paris, 1867.

La t»SYCH0L0Glk DE FOURIER

sur lesquelles des études spéciales ont pu me donner une certaine compétence relative.

Laissez-moi commencer par vous dire ce qui à mes yeux constitue le mérite capital de votre publication : celle publication fait entrer la doctrine sociétaire dans son développement scientifique ; elle lui donne ainsi une vie nouvelle, une vie de lumière et de fécondité. Non, quoi que nos amis en puissent pent^er, la conception de Fourier n'est pas une science sortie toute faite de son cerveau, comme Minerve du front de Jupiter, dans laquelle il n'y aurait rien à ajouter, rien à retrancher, rien à corriger,et à laquelle il ne manquerai! plus que l'application. In réalité,il n'y a là que le germe de cette science magnifique dont nous croyons être les dépositaires privilégiés. Ce germe, il faut le cultiver, le développer, le faire fructifier ; l'École phalanslérienne s'était bornée jusqu'ici à le conserver. Permettezmoi une parabole.

Je comparerai donc notre École à un fermier qui, la moisson venue, n'a qu'un soin et une pensée : lier ses gerbes, les rassembler et les mettre à l'abri. Jusque-là il a sagement fait, sans doute; mais que penser de lui si^ ^outh la satisfaction d'admirer les belles et riches meules qu'il vient de construire, il se promettait de conserver à jamais son ouvrage intact? — 11 agira tout autrement, et, le moment venu, il démolira sans scrupule et sans regret ce qu'il avait mis tant de soins et de peine à édifier; il séparera ce qu'il avait uni, il dispersera tou* ce qu'il avait amassé. 11 fera plus encore : son blé si précieux sera jeté et foulé sous les pieds des animaux ou sous les cylindres d'une machine, et ce sera là une destruction féconde ! car ce n'est pas avant d'avoir été arraché violemment de ses enveloppes, séparé de sa paille et purgé de toutes ses impuretés, que le grain pourra servir d'aliment

¥ARIÉTÉS PHILOSOPHIQUES

LA PSYCHOLOGIE DE FOURIER

aex hommes et de semence pour une récolte à venir. Héritière d*une moisson sans pareille, que Técole de Fourier agisse de même; au lieu d'entourer les enseignemenls du maître d'un respect aveugle qui les stérilise, à elle d'exposer sous le flélu de la discussion et de la critique cette doctrine abondante, pour en faire jaillir les vérités latentes qu'elle recèle. Telle est aujourd'hui la tâche de celle Ecole ; celte lâche, vous l'avez comprise et vous y avez mis le premier la main. Honneur à vous pour cette initiative ; vous avez bien mérité de la sociologie et du grand sociologue.

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