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*Û4 VABIÉTÉS FHILOSOPUIQCES
lieBiieEt toutes in(rîesèqiiemenl et exclusivement ; voilà ce qui est maintenant une vérité scientifique reconnue. Dès lors comment Fâme, le moi, le sujet serait-il engendré ptr la matière, quand la matière semble s'abîmer, s'engloutir et disparaître tout entière en lui !
Cependant je n'entends pas donner complètement tort au matérialisme et me ranger sans réserve du côté de son rival : je crois qu'ils tiennent chacun à la main une des deux moitiés delà vérité ; il n'y a plus selon moi qu'à rapprocher ces deux fragments par leurs points d*adaplation pour réaliser le grand desideratum philosophique et amener les deux écoles à Punité de foi.
Revenons aux physiciens. Vous savez, mon cher ami, que pour les plus illustres d'entre eux, ceux auxquels la physique et la chimie contemporaines doivent leurs plus utiles acquisitions, la matière n'existe plus qu'à Fétat de concept mathématique. En elle, ils ne voient plus qu'une infinité de cenires géoméiriqtm qui sont ses atomes absolus, et représentent des forces pures, élémentaires, indivisibles, immatérielles, inextinguibles, dont les combinaisons seules, pouvant seules être dissoutes, sont seules périssables.
Or, comment les spiritualistes métaphysiciens qui sont à la hauteur de cette question abstruse, tels que Leibniz, par exemple, formulent-ils le concept de l'âme objectivement considérée ? Justement, exactement, comme ces physiciens penseurs formulent leur concept de Félément de la matière, et cela assurément sans accord préétabli. L'âme, disent les spiritualistes, est une force simple, une ^w^siaiice immatérielle ei immortelle, cVsl-à-dire insécable, et par conséqueot indeslruclible ; et Leibniz, serrant de plus près la définition, ajoute qu'elle est une monade, c'est-àdire une partie sans parties, une partie infinitésime, un
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centre géométrique dynamique. L'identité des deux conceptions est donc parfaite. Cette rencontre inespérée de l'analyse psychologique cl de l'analyse physique et chimique qui, parties de deux points si opposés, suivant des voies si différentes, et s'ignorant l'une l'autre, aboutissent un jour au même terme, c'est-à-dire à deux solutions du problème ontologique qui se vérifient l'une l'autre et qui en réalité n'en font qu'une, c'est un résultat admirable, un événement immense, j'ose le dire, dans les fastes de la pensée humaine.
Bref, la détermination objective de l'âme, telle qu'elle est donnée par les spiritualistes métaphysiciens, et la détermination du principe élémentaire de la matière, telle que nos physiciens (qui se croient, je gage, des matérialistes) l'ont obtenue, ne présentante elles deux qu'une seule et même formule, il est raisonnable, il est au moins plausible, d'en inférer qu'une seule substance première, qu'une seule espèce d'élément ontologique primordial existe. Qu'il soit appelé âme, monade ou atome absolu, il importe peu ; ce qui est important, c'est de savoir que cet élément irréductible porte en soi les attributs du sujet, les facultés psychiques, et engendre, par ses combinaisons variées avec les unités similaires, toutes les formes diverses de la
matière.
Il est aisé maintenant de faire la part respective de tort et de raison entre le Spiritualisme et le Matérialisme.
Le premier a soutenu à bon droit que l'âme est simple, immatérielle, immortelle (précisément ce que les physiciens disent aujourd'hui de l'élément de la matière), mais il s'est fourvoyé enjugeant que ces attributs étaient inconciliables avec l'unité de substance entre l'âme et la matière. Il a donc inventé l'irréductible dualité de substance, il a Xmdi%mé\?i transcendance QidL rejeté l'immanence; voilà sa faute.
^*fi VARIÉTÉS PHILOSOPHIQUE»
Le matérialisme, ïui, a bien mérité pour avoir porté le drapeau de Funité ontologique, de l'unité de substance ; mais le salut de ce grand principe était-il attaché à la négation de l'immatérialité et de Findestructibilité du sujet sentant et pensant ? Non, pas plus qu'à la négation de rimmatérialité et de Tindeslructibilité des atomes dynamiques ou forces élémentaires de la matière. En faisant sortir l'âme de la matière au lieu de faire sortir la matière de Fâme, son élément, le matérialisme a pris le produit pour le facteur, le tout pour la partie, TetTet pour la cause. Encore une fois, pardonnons-lui cette méprise, toute fâcheuse qu'elle est, en faveur de sa ferme adhésion au salutaire dogme de l'Unité.
Que les Matérialistes renoncent donc à considérer Fâme, le moi, le sujet, comme une force composée, et condamnée partant à la destruction ; que les Spiritualistes, de leur côté, s'accoutument à voir dans ces forces simples, immatérielles et immortelles que la haute physique nous présente aujourd'hui comme les éléments infinitésimaux de la matière, autant de forces douées de subjectivité, autant i^ forces-moi, autant d'âmes; et dès lors entre les deux doctrines hostiles la paix sera faite, l'accord sera consommé, grâce au mutuel sacrifice que chacune d'elles aura su faire de sa part d'erreur.
47. Je me hâte d'aller au devant des conclusions exagérées auxquelles les principes que je viens de poser pourraient entraîner. Que les spiritualistes y prennent garde : l'immortalité de l'âme, telle qu'elle est généralement entendue parmi eux, et telle qu'elle doit être pour fournir un appui aux conséquences d'ordre moral tirées de ce dogme (et formant en réalité toute sa valeur pratique),
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n'est point du tout celle que l'ontologie nous démontre. Je ne puis m'empêcher d'introduire ici une nouvelle distinction métaphysique, au risque d'abuser de la permission d'être abstrait que nos lecteurs peuvent être disposés à m'accorder.
Il y a une identité et une immortalité substantielles-, c'est celle de Tâme considérée en tant que monade, en tant qu'atome individuel. On conçoit en effet que tout atome individuel reste éternellement lui-même, en ce sens qu'il ne saurait jamais cesser d'être soi et devenir un autre. Mais cet atome, cette monade, cette âme individuelle, en tant que sujet sentant, pensant, aimant, voulant, connaissant, a, à* un moment donné, une certaine manière déterminée de sentir, de penser,d'aimer, de vouloir,elle a en elle un CCI lain ensemble d'affections, d'aversions, d'idées, de connaissances et de souvenirs, qui lui sont actuellement propres et qui la différencient d'avec ses pareilles ; c'est ce qui constitue son caractère personnel, ^on identité forme lleK Gela posé, si par immortalité de l'âme on entend Tinàltérable conservation de son identité formelle, je le répète, il ne faut chercher aucun argument en faveur de cette thèse dans les démonstrations de Tontologie, et c'est abusivement que nos philosophes arguent en sa faveur de ces démonstrations, dont ils compromettent ainsi l'autorité. Cette thèse n'est pas du ressort de la métaphysique, c'est un dogme purement religieux ; je m'expliquerai à cet égard tout à l'heure. Mais cet abus des vérités ontologiques, qui soulève contre elles les protestations du matérialisme, et
1. Une comparaison prise dans un autre ordre de faits peut faciliter l'intelligence de cette distinction. Une molécule d'eau est susceptible des Irois états physiques : gazeux, liquide et solide. Or, y a t-il donc identité entre cette molécule d'eau liquide, et la molécule de vapeur d'eau ou de glace qui va lui succéder par transformation ? Oui ; cependant il faut distinguer :1l y a identité substantielle, mais il n'y a pas identité formelle.
perpétue un différend ne tenant en réalilé qu'à un malentendu, doit être mis nettement à découvert ; ce sera le moyen de le faire cesser.
Pour juger sainement la question de l'immortalité de Fâme sous ses aspects divers, il est un point capital qu'il faut préalablement fixer : il faut se demander de quelle condition dépend Videntiié formeile, et, cette condition reconnue, se demander ensuite si celle-ci est immuable, si elle ne peut changer. Il faut procéder de la sorte, on le comprend, pour arriver à se faire une opinion nette et raisonnée, une opinion intelligente et saine, au sujet de la perpétuité inaltérable, indéfectible, de noire forme personnelle, cette prétention fondamentale et distinctive du spiritualisme religieux, que la philosophie s'est avisée de prendre à son compte sans avoir aucun appui à lui fournir. Oui, assurément, l'âme est inétendue, en sa qualité de force élémentaire,en sa qualité d'atome absolu ; mais, pour être privée d'étendue, elle n'en a pas moins pour cela une situation dans l'espace ; le point central d'une sphère est, lui aussi, inétendu, mais sa situation n'en est pas moins réelle et précise au lieu dlntersection des diamètres. De même de Tâme.
Nous savons que, chez l'homme, tout au moins, et chez les animaux supérieurs.elle est au centre d'une agglomération organisée que nous appelons le cerveau ; nous savons quVlle n'est point ailleurs. Tel est son milieu matériel prochain. Or, si ce milieu n'a pas le pouvoir de constituer «/Ô6*ianiidkmmt l'âme, ce qu'il est absurde d'admettre, Je crois l'avoir établi, en revanche c'est ce milieu qui donne kVkm% sa forme actuelle. Ainsi, c'est l'organisme humain qui fait de notre âme une âme humaine^ c'est l'organisme du singe qui fait de Fâme de cet animal une âme de singe. comme c est encore l'organisme de lenfant qui fait Fâme
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et enfant, et Torganisme de la femme qui donne à celle-ci une âme de femme ^ etc., etc.
Cette proposition est-elle douteuse ? Elle me semble incontestable en présence des faits d'observation physiologique que les matérialistes s'évertuent à opposer à leurs contradicteurs et que ceux-ci s'obstinent à ne pas voir. Ces faits attestent tout au moins que l'état formel de l'âme est étroitement lié à l'état de l'organisme, à l'état du cerveau notamment, au point que la moindre lésion, la moindre altération survenue dans la constitution moléculaire de cet organe peut suffire pour dénaturer complètement notre être moral, pour faire instantanément, par exemple, un idiot d'un homme de génie ; que dis-je ? pour changer sur le champ la personne humaine en une bête farouche, ou bien en un animal stupide, ou bien encore en quelque chose qui semble appartenir à ces formes tout à fait infimes de la vie animale qui confinent aux végétaux !
La considération d'un tel fait aurait dû inspirer plus de réserve aux spiritualistes, elle aurait dû les pénétrer de la nécessité de. résoudre les objections physiologiques, objections qu'on essayerait en vain de tourner, et devant lesquelles force est de s'arrêter si on ne peut réussir aies aplanir; enfin, elle aurait dû leur suggérer la réflexion suivante qui se présente d'elle-même:
Si certains changements, relativement insignifiants, qui surviennent dans Téconomie du milieu organique de notre âme, suffisent pour la transformer, suffisent pour troubler et altérer son identité formelle au point de changer nos affections en aversions, au point de nous dépouiller de toutes nos lumières acquises, au point de nous faire perdre toute mémoire du passé, au point de nous faire oublier qui nous sommes, au point de nous précipiter au plus bas degré de la dégradation intellectuelle et morale,
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et jusqu^au pied de Féchelle animale, — si, dis-je, une siinple altération dans les conditions normales de ce milieu organique de notre âme suffit pour aiïecler celle-ci aussi profondément dans sa forme, combien plus son identité formelle n'a-t-elle pas à redouter d'un changement dans son milieu matériel tel que celui que la mort lui réserve, d'un changement qui ne porte plus seulement sur quelques détails de l'organisme, mais qui consiste dans la destruction complète de cet organisme ?
Vainement essaiera-t-on de mettre en avant que l'âme, par la mort, s'affranchit de la matière et de ses influences : dans quel lieu de l'espace pourrait-elle donc se rendre qu'elle n'y rencontre encore la matière, et que cette matière ne l'y enveloppe et Tenserre de toutes parts? Elle aura donc toujours un milieu matériel, quoi qu'il arrive ; et, maintenant, est-il à supposer qu'elle gagne à passer d'un milieu organisé dans un milieu inorganique, amorphe, alors que l'élude des animaux nous a appris que le développement des facultés sensorielles, intellectuelles et passionnelles est ^n raison du degré d'organisation de ces êtres? Est-il surtout permis de supposer que l'àme, si profondément altérée par la modification la plus légère qui survient dans son milieu actuel, passera de ce milieu dans un milieu tout autre sans que l'identité de sa forme, de sa modalité, en soit atteinte ?
La métaphysique spirilualiste ne peut rien contre ces difficultés, c'est un sujet, Je le répète, qui n'est pas de son ressort; mais la religion, qui l'a précédée, est venue de bonne heure suppléer à cette impuissance du raisonnement en apportant un système eschatologique qui prétend tirer ses principes d'une expérience spéciale, l'expérience du miraculeux, du surnaturel. C'est là du reste une croyance fui paratl aussi ancienne que riiomrae;onla rencontre
au berceau de toutes les sociétés anciennes, on la trouve aussi chez toutes les peuplades sauvages existantes ; en voici en deux mots la théorie, telle qu'elle se laisse entrevoir dans les traditions aryennes, sémitiques et chinoises, telle qu'on peut l'entendre développer de vive voix chez les Peaux-Rouges de TOuest des Etats-Unis, et telle qu'elle s'est produite à diverses époques au sein de la civilisation, et avec un caractère laïque, sous la plume de certains adeptes.
Ce que nous appelons le corps de l'homme ne serait, suivant cette doctrine, qu'une simple et passagère enveloppe, une sorte de gangue de l'organisme véritable. Celuici, formé d'une matière éthérée, vivrait sous cet encroûtement temporaire comme un prisonnier dans sa prison, ou, pour prendre une comparaison plus scientifique, tel que le papillon potentiel dans son étui de chrysalide. La mort serait la mise en liberté de cet organisme permanent qui, une fois dégagé de ses entraves, irait vivre, sans cesser d'être lui-même, mais d'une vie pour ainsi dire plus vivante, au sein d'un monde d'une constitution en tout analogue à la sienne, et dont le monde que notre œil contemple actuellement ne serait en quelque sorte que l'ombre. Cette conception d'origine religieuse, je dirai, si mieux vous aimez, d'origine 5M/?^r^/i72>w.s^(Cicéron assure qu'elle est fille des visions nocturnes *), quelque fragile qu'elle puisse être dans le fond, a du moins un mérite, c'est d'être une réponse congruente, sinon concluante, aux objections précises de la physiologie contre le dogme de l'immortalité formelle, tandis que tous les arguments de l'eschatologie philosophique laissent la difficulté intacte et passent à côté de la question.
1. On trouvera plus loin, en note, le passage auquel il est fait allusion
VARtÊTÉà PHlLOSOPIllQtJEâ
J'ose le déclarer, c'est là une hypothèse qui se présente appuyée sur certaines présomptions analogiques, sur une sorte de vraisemblance séduisante, sur une apparence de naturel en son surnaturalisme même, et, de plus, sur des allégations de faits universellement observés,allégalion9 que félat actuel de la physiologie mentale n'autorise plus à rejeter sans examen; je dis enfin que c'est une hypothèse respectable, digne d'être sérieusement disculée. Elle est d'ailleurs la seule, qu'on y songe bien, offrant à l'homme, sous une forme consistante et saisissable, je dirai plus, sous une forme raisonnable, ces consolations de l'espérance, en face de la mort, que le spiritualisme ontologique et moraliste s'efforce vainement de lui procurer.
Celle antique doctrine d'un autre monde cl d'une autre vie, qui paraît être pour ainsi dire innée dans l'homme, et qui n'a jamais pu être enlièremenl étouffée par les oi'oyances arliBcielles que la philosophie et la politique ont entrepris de lui substituer, exerça son prestige sur l'esprit de Fourier ; ii l'embrassa sans réserve, il s'appliqua à l'étendre, à la systématiser et à la rationaliser. Faut-il l'en blâmer ? Je ne le pense pas. En ceci, comme sur bien d'autres points, il peut bien se faire que son jugement doive être un jour infirmé par la science ; mais, la science n'étant pas encore en mesure de se prononcer, et, jusque-là, le champ étant ouvert aux hypothèses, Fourier a opté pour celle qu'il jugeait la plus conforme aux indications de l'analogie et aux instincts de l'humanité.
Je n'examinerai pas en ce moment de plus près celte hypothèse d'un double monde et d'une double vie. Je désirerais bien toutefois la mettre aux prises avec certaines considérations nouvelles et certains faits de physiologie peu connus qui me paraissent lui créer des difficultés re-