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BEOX LETTRES APOLOGÉTIQUES
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LE POLYZOISME
LE OOCTEDR SiLES-GiRONS, DIRECTEUR DE L*
Revue Médicale.
Très honoré confrère,
48. N'auruis-jc point qualité, par hasard, pour défendre le Polyzoïsme, que vous avez malmené si fort dernièrement? Mon droit et mon devoir, ou je m'abuse, son. clairs comme le jour, el vous ne saunez les conlesler. Je ne suis pas seulement le parrain de la nouvelle doctrine (le mot polyzoïsme a paru pour la première fois dans une lecture sur la Pluralité animale dans t Homme, que j'ai faite, Tan dernier, à la Société d'Antliropologie) ; j'en suis aussi le père ! Je ne lui ai pas donné simplement son nom, ce serait peu ; de plus, elle me doit ses principes. . Eappelez-vous — car, je le sais, vous faites à mes diiferses publications la faveur de les lire allenlivement, bien qu'elles n'aient point obtenu encore celle d*être mentionnées dans votre journal — , rappelez-vous, dis-je, que c'est à l'encontre de tous nos maîtres en physiologie, matériallsles ou spiritualistes, organicistes, vilalistesou positivistes, que j'ai affirmé le premier, et hautement, la proposition suivante : Vorganisme humain est une association cTunités animales distinctes j individuellement pourvues de tous
les éléments essentiels de la vie, mais groupées en un ensemble hiérarchique et harmonieux sous la direction suprême d*un Chef,
M. Flourens, allant au devant de cette conclusion, avait nié, de la façon la plus catégorique et la plus entière, que la multiplicité animale, évidente dans l'organisation des animaux inférieurs, existât également chez les animaux à vertèbres; son disciple, M. Lacaze-Duthiers. le distingué professeur du Muséum, a reproduit cette déclaration du maître; M. Garpenter, en Angleterre, et, en France, MM. Cl. Bernard, Longet, Lélut, Vulpian, etc., ont posé en principe la même restriction, soit explicitement, soit d'une manière implicite. Mais, quel autre physiologiste s'est donc prononcé avant moi contre ce dogme classique ? Oui, Monsieur, c'est bien à moi, à moi seul, que vous devez attribuer, je ne dirai pas tout Vhonneur, car vous n'en voyez aucun en ceci, mais, si vous voulez, toute V indignité de cette innovation audacieuse.
Permettez donc, on ne saurait attendre moins de voire loyauté parfaite, que je vienne faire entendre à vos lecteurs quelques mots de justification en faveur de cet infortuné Polyzoïsme mis par vous au rang des derniers criminels. Voici, en effet, ce que vous en dites : « Ce n'est pas l'abrutissement de la science, c'est la dégradation du sens commun. Il vaudrait mieux dire d'un pareil système : ce n'est rien ! » {Revue Médicale du 15 novembre 1868, p. 524.)
Un premier tort que le polyzoïsme peut vous imputer, et ceci doit me dispenser de pousser plus loin l'énuméralion de ses griefs, c'est de l'avoir représenté tout autre qu'il n'est en réalité ; c'est de mettre sur son compte les erreurs d'autrui, erreurs dont il est tellement loin d'être responsable qu'il en est l'antithèse même. Me loger, moi et mon polyzoïsme, à l'enseigne du « Positivisme matérialiste » !
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VAlléTÉS PHiLOSOPHlQUES
Non, cherMoosicur, je ne saurais souffrir en silence un pareil traitement, aussi injuste que cruel. Qui donc, s'il vous plaît, qui plus que votre humble serviteur s'est attaché, s'est acharné (le mol n'est pas trop fort) à démasquer les pauvrelés orgueilleuses, les faussetés palpables, mal déguisées sous de pompeux paralogismes, de celte soi-disant philosophie positive qui m'est toujours apparue comme la négation même de toute philosophie? Répondez, je vous prie.
le ne suis point spiritualiste, je Tavoue : je repousse rhypotbèse manichéenne de deux essences premières, radicalement opposées et irréductibles; mais je me déclare tout aussi peu pour le matérialisme, lequel, à mon avis^ prend le problème ontologique précisément à rebours, voyant l'effet là oili esl la cause, et la cause dans ce qui est purement effet. Je ne me dis pas non plus organiciste ; et vitaliste, pas davantage ; et c'est ainsi que je suis hors de toutes les églises, orthodoxes ou hétérodoxes, et que, pour mon malheur, et pour mes péchés sans doute, je me vois seul en face du monde philosophique entier tourné contre moi. Que suis-je donc? ou plutôt qu'est-elle, celle nouvelle philosophie d'où est sorti ce polyzoïsme que vous avez jugé digne de vos anathèmes ? L'un des vôtres, un illustre philosophe, un médecin spiritualiste, un écrivainreligieux, le célèbre et regrettable Bûchez, vous a répondu à ma place ; et voici la môme réponse, mais plus concise et plus nette, telle que l'a donnée un autre spiritualiste, homme de votre bord, mais critique aussi impartial qu'intelligent. Permettez-moi de transcrire ici les conclusions de son examen de mes travaux, publié dans la Bévue Contemporaine y numéro du 15 avril 1863. Ces conclusions, toute question personnelle mise à part, vous paraîtront dignes, j'en suis sûr, d'être méditées et d'être consignées dans l'histoire de la philosophie médicale de ce temps :
POLVZOiSMK
« II est donc vrai de dire avec les Organicistes », écrit M.Ie professeur Alaux, «qu'il existe une matière organique vivante : tous les éléments du corps sont des forces conscientes, principes de vie, susceptibles d'être assujetties à un principe supérieur, de manière à former un système organique, ou de devenir elles-mêmes, chacune pour sa pari, un principe supérieur, centre d'un système organique. Et il est vrai de dire avec les VitalisteSy comme avec les partisans de cette doctrine célèbre, que, sous le nom de Duodynamisme ^ combattit ici même M. le docteur René Briau, dans une étude claire et forte, où il défendait l'animisme contre les uns et contre les autres, qu'il y a une ou plusieurs forces distinctes de l'âme : ce sont des âmes subordonnées, principes de systèmes subordonnés, dont l'ensemble constitue tout le système du corps humain. Il est vrai enfin de dire, avec les Animistes^ que l'âme est le principe de la vie du corps, car elle fait un seul corps vivant d'une foule de moindres corps vivants, mais qui ne vivraient pas dans Tétat où ils se trouvent s'ils ne vivaient l'un par l'autre,- liés par une solidarité profonde, dont Pâme reine est l'unique principe : aw2ma/(9rma cor/?om, dit la théologie.
)) Les trois solutions qui se disputent le terrain de la science à propos de ce difficile problème sontmises d'accord par une quatrième, laquelle se rattache à la grande école leibnizienne, car elle n'est, comme le fait remarquer M. Bûchez, qu'une variété de la monadologie. »
Cette quatrième solution^ synthèse conciliatrice de toutes les antinomies ontologiques, c*est celle que j'ai présentée, dès 4 855, dans mon Electrodynamisme Vital (sous le pseudonyme de Philips) y puis dans mes Essais de Physiologie philosophique (Paris, 1866), et tout dernièrement dans une brochure intitulée : La Philosophie physiologique et médi-
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cale à r Académie de Médecine {Pari8,!868), où se Iroiive un Mémoire que j'ai lu il y a deux ans à rAcadéinie,ainsi qu'une Réponse au Rapport qui en avait été fait par M. le D' Chauffard. L'appréciation de Bûchez, à Jaquelle Fécrivain de la EevMe Contemporaine fait allusion, est relative à un Iravail présenté par moi à la Société médico-psychologique (séance du 24 décembre 1860), et dont le célèbre philosophe avait été chargé de rendre compte ; il portait ce titre : De r Influence réciproque de la Pensée, de la Sensation et des Mouvements Végétatifs,
Cependant, ne murmurons pas trop contre la destinée : si le sentier du novateur est loin d'être semé de roses, je commence, quant à moi, à cueillir quelques doux dédoramagements pour les dures épines de cette carrière. Si, jusqu'à ce jour, j ai eu péniblement à lutter contre la détraction, et, qui pis est, contre le silence, j'ai eu aussi de précieux suOVages à enregistrer çà et là. Et voici maintenant que le dernier numéro de voire honorable Reme m'apporte une nouvelle consolation, une satisfaction bien vive à laquelle, je le confesse, se mêle un grain d orgueil triomphaleuF. ,
Votre recueil m'apporte donc l'heureuse nouvelle que mes idées viennent de conquérir un de leurs plus dignes et plus robustes adversaires, une intelligence vraiment métaphysicienne, et, à mon avis, Fune des meilleures dont la philosophie française ait le droit d'être fière, M. Tissot, dont j'avais discuté vivement le système ontologique dans mes E$sais{vQ\T p. \%% et suivantes), vient de publier dans vos colonnes une profession de foi dans Jaquelle il me donne gain de cause ; car cetle profession de foi nouvelle de mon ancien antagoniste est la proposition même que je soutenais contre lui, il y a deux ans, et que je tourne et retourne à satiété depuis plus de quinze ans, dans tous mes
POLYZOÏSME
écrits. Permettez-moi de transcrire ici quelques-unes des déclarations les plus remarquables contenues dans la lettre de votre éminent correspondant :
«... La matière.,, principe parfaitement inconnu en soi, n'est, avec le principe pensant lui-même, qu'une espèce d'un genre supérieur. C'est dans les profondeurs insondées, et peut-être insondables, de ce genre commun, qu'est, à mon avis, le secret de la conciliation du matérialisme et du spiritualisme... Au fond, tout est simple et en quelque sorte spirituel ; mais il y a, dans ce spiritualisme universel, de profondes et incontestables différences dans les manifestations (c'est M. Tissot qui souligne). C'est par ce côlé-là que les thèses du matérialisme et du spiritualisme reprennent leur raison d'être. Mais c'est beaucoup, c'est immense de les avoir réduites à ce point. »
Ce genre supérieur, qui réunit l'esprit et la matière comme congénères, c est Y atome absolu, c'est ce que les grands physiciens penseurs de notre époque appellent encore un centre de forces, principe inétendu, immatériel, auquel ils ramènent toute la matière(voir VEloge historique de Faraday, par M. Dumas). Dans la discussion que je rappelais tout à l'heure, j'ai soutenu, et contre M. Tissot, parlant au nom du spiritualisme animique, et contre un de ses contradicteurs, avocat du matérialisme, que l'idée A'espritei l'idée de matière se ramènent logiquement, l'une et l'autre, à ce primordial et irréductible concept, à cette force-principe, et qu'en cette force simple, élément commun et unique de toute substance , élément insécable et impérissable, résident, d'une manière intrinsè-t que et exclusive, tous les attributs du moi, toutes les propriétés constitutives del'âme. Et en quoi donc l'éminent philosophe de Dijon se sépare-t-il aujourd'hui de cette doctrine? En rien, car ses restrictions sont de pure forme»
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VAUIÉTÉS PHILOSOPHIQUES
POLYZOISME
«t tout au plus pour ménager une transition entre ses deux opinions, Tancienne et la nouvelle, dont l'une, à vrai dire, n'est que le développement logique de l'autre.
M. Tissotest donc avec moi contre vous, et j'en suis heureux et fier, c'est naturel ; mais ma satisfaction reste incomplète : laissez-moi donc ni'unirdc cœur aux paroles qui terminent la lettre de mon illustre allié, pour espérer avec lui que la vérité à laquelle il a noble.rnt rendu les armes vous subjuguera aussi à votre tour,
24 décembre 1868.
Au BiBECTEUR DES Anuaks MédicO'psyckologiques,
La Chaldelte-les-Bains (Lozère), le 25 août 1809.
Mon cher Directeur,
49. Je, viens répondre à une critique, et vous m'en accorderez le droit, j'ensuis sûr, qui m'est adressée dans les Annales médico'psyckoiogigues de juillet dernier (me trouvant en voyage, elles me sont parvenues tardivement).
Il faut que M. Foville ait lu mon mémoire sur lepoly- Moïsme^ avec bien peu d'attention et bien peu de bienveillance pour y avoir découvert les inconséquences qui m'attirent ses reproches. Notre collègue termine son appréciation de mon étude par ces mois :
i. Voir mes publications ayant pour titre: La philosophie physiologique et médicale à V Académie de Médecine, Pari» 1868, et Us origines animales de t Homme éclairées par Vanatomie et la physiologie comparaiives, Paris, 1871, ^
« En vérilé,s'est-il écrié, il est facile de triompher quand on s'en prend ainsi à des ennemis absents. » Que noire honorable collègue me permette de lui retournerson observation ; elle lui est applicable on ne peut mieux, vous allez en juger.
Voici en deux mots quelle est la thèse que j'ai développée dans le mémoire dont il s'agit.
Je pose en fait que chacun des centres nerveux du cordon médullaire est un petit cerveau, et qu'il possède comme tel tout ce qu'il y a d'essentiel dans les attributions du grand centre céphalique lui-même ; autrement dit, je soutiens que ces centres nerveux subordonnés sont les sièges d'autant de centres psychiques en tout comparables au centre psychique principal qui occupe le cerveau, et que nous appelons le moi.
En second lieu, j'ai avancé qu'à chacun de ces cerveaux inférieurs correspond une portion de l'organisme total qui elle-même est un véritable organisme entier, en ce sens qu'une telle partie réunit tous les clémenls essentiels du mécanisme vital. Et enfin j'ai ajouté que ces organismes élémentaires, dont chacun a pour cerveau un centre médullaire distinct, sont les représentants, sont les homologues exacts des zooniles ou animaux élémentaires dont tout animal individuel, chez les invertébrés, n'est qu'une colonie (Lacaze-Duthiers), au dire unanime des naturalistes contemporains.
Or, ces propositions, émises pour la première fois par moi il y a quinze ans*, ne devaient rencontrer que peu de faveur auprès de nos physiologistes officiels (lesquels changent visiblement d'opinion ou de tactique à cet égard
. 1. Voir mon ouvrage intitulé : ÈlectrO'dynomisme vital (sous le pseu^ donyme de J.-P. Philips), l vol. in-8, Paris, 1855.
VABIÉTÉ» PHILOSOPHIQUES
êi tout au plus pour méuager une transition entre ses deux opinions, Tancienne et la nouvelle, dont Tune, à vrai dire, n'est que le développement logique de Tautre.
M. Tissot est donc avec moi contre vous, et j'en suis heureux et lier, c'est naturel ; mais ma satisfaction reste incomplète : laissez-moi donc m'unirdc cœur aux paroles qui terminent la lettre de mon illustre allié, pour espérer avec lui que la vérité à laquelle il a noblement rendu les armes vous subjuguera aussi à votre tour.
21 décembre 1868.
POLYZOÏSME
Ad biaecteur des Annales Médico-psychologiques,
La Chaldelle-les-Bains (Lozère), le 25 août 1809.
Mon cher Directeur,
49. Je viens répondre à une critique, et vous m'en accorderez le droit, j'en suis sûr, qui m'est adressée dans les Annales médico-psychologiques de juillet dernier (me trouvant en voyage, elles me sont parvenues tardivement).
Il faut que M. Foville ait lu mon mémoire sur lepolyzoïsme^ avec bien peu d'attention et bien peu de bienveillance pour y avoir découvert les inconséquences qui m'attirent ses reproches. Notre collègue termine son appréciation de mon étude par ces mots :
i. foir mes publications ayant pour titre : La philosophie physiologique ei médicale à V Académie de Médecine, Pari» 1868, et Let origines animales de rBomme éclairées par Vanalomie et la physiologie comparatives, Paris, 1871,
« En vérité, s'est-il écrié, il est facile de triompher quand on s'en prend ainsi à des ennemis absents. » Que notre honorable collègue me permette de lui retourner son observation ; elle lui est applicable on ne peut mieux, vous allez en juger.
Voici en deux mots quelle est la thèse que j'ai développée dans le mémoire dont il s'agit.
Je pose en fait que chacun des centres nerveux du cordon médullaire est un petit cerveau, et qu'il possède comme tel tout ce qu'il y a d'essentiel dans les attributions du grand centre céphalique lui-même ; autrement dit, je soutiens que ces centres nerveux subordonnés sont les sièges d'autant de centres psychiques en tout comparables au centre psychique principal qui occupe le cerveau, et que nous appelons le moi.
En second lieu, j'ai avancé qu'à chacun de ces cerveaux inférieurs correspond une portion de l'organisme total qui elle-même est un véritable organisme entier, en ce sens qu'une telle partie réunit tous les éléments essentiels du mécanisme vital. Et enfin j'ai ajouté que ces organismes élémentaires, dont chacun a pour cerveau un centre médullaire distinct, sont les représentants, sont les homologues exacts des zoonites ou animaux élémentaires dont tout animal individuel, chez les invertébrés, n'est qu'une colonie (Lacaze-Duthiers), au dire unanime des naturalistes contemporains.
Or, ces propositions, émises pour la première fois par moi il y a quinze ans*, ne devaient rencontrer que peu de faveur auprès de nos physiologistes officiels (lesquels changent visiblement d'opinion ou de tactique à cet égard
, 1. Voir mon ouvrage intitulé : Électro-dynamisme vital (sous le pseu^ donyme de i.-P. Philips), l vol. iû-8, Paris, 1855.
depuis quelque tempsi, et j'avais dû m^appliquer à élayer mon principe de toutes les preuves, directes ou indirectes, que la science pouvait me fournir. J'avais employé entre autres l'argument suivant :
Reconnaître, disais-je, que les centres nerveux des systèmes réflexes sont assimilables au cerveau sous le triple rapport histotogique.organologique et physiologique, ainsi que de nos jours tout le monde l'admet, et nier en même temps, comme le fait la physiologie classique,que ces cerveaux inférieurs soient pourvus de Factivité psychique, c'est-à-dire de la conscience, du moi, est aussi irrationnel que de faire du moi Fattribut propre du cerveau de l'homme à l'exclusion du cerveau de toutes les autres espèces animales.
L'école de Descartes et celle de Bufîou, continuais-je, ont énergiquement et obslinément soutenu le « pur automatisme des bêtes m ; et aujourdlnii une telle opinion est rejetée par tous les savants comme une erreur insigne. Eh bien, en soutenant le pur automatisme des systèmes réflexes, c est-à-dire en soutenant que le cerveau céphalique est le seul qui possède la conscience, le sentiment, la volonté, le moi, et que les petits eerveaux médullaires sont des mécanismes inconscients, la physiologie du dixneuvième siècle commet à son tour une autre inconséquence choquante, en tout pareille à celle qu'elle reproche si justement à la physiologie et à la philosophie des deux siècles passés.
Tel était mon raisonnement, assez clairement exposé, je crois. Eh bien, M. Foville a vu là une tentative absurde dont le but serait d'établir que les physiologistes contemporains ont tort en professant l'automatisme des bêtes î
1. Consulter, entre autres documents récents, le Discours de réception de M. Cl. Bernard à T Académie française (Voir ci après, p. 125).
POLYZOÏSME
Et alors mon critique indigné de s'exclamer en ces termes :
« Mais où M. Durand (de Gros) a-t-il jamais vu ou entendu soutenir les énormités auxquelles il s'attaque?... Qui a jamais soutenu que les animaux, surtout les animaux supérieurs, n'eussent pas à un certain degré des facultés intermédiaires à la sensation et à l'action, et comparables par conséquent, sinon assimilables, à la pensée et à l'intelligence? etc., etc. »
Soit dit encore une fois pour que notre honorable collègue le comprenne bien, il ne s'agissait pas pour moi d'accuser la physiologie contemporaine de croire à l'automatisme des bêtes; tout au contraire, mon argumentation consistait à lui démontrer qu'elle tombe dans une grande inconséquencfî en condamnant avec mépris les anciens partisans de l'automatisme des bêtes, d une part, et, d'autre part, en posant elle-même en principe l'automatisme des centres nerveux de la moelle. Est-ce clair?
Rappelons en passant à M. Foville, qui semble Tavoir oublié, que ce préjugé scientifique, connu sous le nom d'automatisme des bêtes, et qualifié par lui d'enormiié, était bien l'opinion de la science officielle au dix-huitième siècle. Réaumur ne fut-il pas traité d'imbécile par le grand Buffon pour avoir osé se séparer sur ce point de la doctrine orthodoxe d'alors?
Et maintenant, mon cher Directeur, je ne trouve plus rien d'étonnant à ce que M. Foville, envisageant mes idées à travers un verre qui possède à un tel point la propriété de défigurer les objets, n'ait pu réussira apercevoir fe caractères et les conséquences que f attribue au poit/zoïsme humain. Si mon honorable critique est véritablement désireux de s'éclairer à cet égard, il n'a qu'à se donner la peine de relire mon mémoire dans les Bulletins de la 5o-
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ciêtê d* Anthropologie avec le soin qu'il a négligé d'apporter à une première lecture, sur laquelle il s'est cru en droit de me juger et de me condamner. Pour décider M.Foville à me donner cette juste réparation, je crois utile de mettre gousses yeux les lignes suivantes dans lesquelles la Revue Anthropologique ( Anthropologkal Review) de Londres , numéro d'avril 1869, p. 196, résume son appréciation de mon travail :
« Poloyzïsme^ tel est le titre d'une communication très intéressante de M.Durand (de Gros). Si l'auteur de ce travail réussit à établir sa théorie, nul doute qu'elle ne produise dans la science une révolution d'une importance immense, car elle renverse ce qui depuis longtemps était passé à peu près à l'état de dogme.»
( « Polyzoism » is the title of a most interesting paper by M. Durand (de Gros). If the author of the contribution can establish his theory, it will undoubtedly be a révolution in science of immense importance : for it would reverse what has been considered almost a doffma for a long period,etc.>.)
M. CLAUDE BERNARD PSYCHOLOGUE
L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a.