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1. Le docteur Carpenter, dans ses Principles of Ilmnan physiology (7« éd., p. 583), donne une variante de cette expérience, qui fait encore mieux ressortir le caractère sensitif, Tolitif et intellectif des mouvements procédant des centres nerveux de la moelle :
t Si Ton décapite une grenouille et si ensuite on applique de l'acide acétique sur le condyle interne de son fémur, l'animal essuiera l'acide avec sa patte du même côté ; mais si cette patte vient à élre amputée, la grenouille, après quelques efforts infructueux et une courte période d'hésita*
tioii, exécutera la même action avec la patte du côté opposé.»
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^ïlexilé correspond à celle de la fonction elle-même. Ce sont làles centres organiques fonctionne Is, qui ne sont point BEcore tous connus, et dont la physiologie expérimentale accroît chaque jour le nombre. Cliez les animaux inférieurs ces centres inconscients constituei|^ seuls le système nerveux ; etc. »> {Ib.)
De cet exposé expérimental et des conclusions théoriques qui raccompagnent élaguons l'absurdité parasite que nous avons déjà mise à nu, celle de ï inconscience de Tintelligence, de la volonlé et de la sensibilité ; ensuite redressons-y cette expressionmalsonnante de « sensation extérieure ou périphérique »,autre barbarisme psychologique qui atteste que le grand savant (qui sera peut-être aussi un jour un grand philosophe, mais ne Test point encore) en est toujours à confondre, malgré des avertissements réitérés, la sensation, fait subjectif, avec V impression, (mi objeclil
Les formules de M. Bernard ainsi épurées conformément aux règles du bon sens philosophique, son jugement sur rcxpérieuccde la grenouille décapitée revient rigoureusement à dire que, dans cet animal sans tête, qui cherche à écarter avec sa patte la pince qui le fait souffrir^ le membre ainsi mis en mouvement agit sous l'inQuence d'une sensibilité, d'uue volonté et d'une intelligence constituant un moi, une individualité psychique, une âme particulière, autre que râmc cérébrale, et ayant pour siège, pour cerveau propre, l'un des centres nerveux de la moelle, l'un de ces centres du système réflexe, qui sont de « véritables cerveaux INFÉRIEURS ».
Nous allons examiner maintenant quelques autres points de la profession de foi psycho-physiologique du savant récipiendaire.
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53. C'est avec une satisfaction aussi vive que naturelle que nous avons entendu M. Cl. Bernard venir mettre le poids de son témoignage du côté d'une autre de nos thèses, qui se rattache du reste à celle dont il vient d'ôtre question. II s'agit de ma théorie de Vorgane et de \tx fonction, publiée pour la première fois en 1855, dans un gros volume in-S^ portant pour tilre Electrodynamisme vital, et rééditée depuis dans plusieurs autres ouvrages, entre autres dans les Essais de physiologie philosophique, sans que mention en ait été faite dans aucun des traités que la physiologie de l'Académie et de la Faculté a produits durant ce long intervalle.
Nous avions écrit: « pur fonction, il faut entendre toute opération entière du travail vital, c'est-à-dire toute opération de Téconomie constituant la mise en rapport des centres vitaux avec les agents physiologiques du dehors, et ayant pour résultat la modification de ceux-ci par les premiers, ou, vice versa, la modification des premiers par les seconds. »
J'ajoutais : « la fonction ainsi définie, j'appelle organe entier la réunion des pièces organiques essentielles qui concourent à l'exercice de la fonction, c'est-à-dire qui servent de moyen mécanique entre les deux pâles fonctionnels, entre la puissance et la résistance, entre le centre dynamique vital et l'agent physiologique extérieur. Et maintenant, disais-je, une expression générale commune est applicable à la composition de tous les organes, les éléments essentiels de chacun d'eux pouvant se ramener aux termes suivants :
« !•» Un centre nerveux, organe sécréteur de la force nerveuse, et siège d'un centre psychique, d'un moi distinct ;
CI 2® Un organe conducteur de l'action vitale, le wer/*;
M 3" Un apparatus péripliérique, ou organe différentiel, metlanl chaque nerf spécial en rappoil exclusif avec son «y.1.1 correspondant.,,
Et mainlenant : « Chaque fonction du corps possède son centre nerveux spécial, véritable cerveau inférieur, etc. » ; ainsi s'exprime à son tour M. Bernard, faisant de la sorte adhésion à Tun des points les plus originaux cl les plus saillants de ma doctrine organologique.
Espérons que ce premier pas tout facile dans la voie que nos sueurs ont ouverte et aplanie ne sera pas le dernier ; espérons que M. CL Bernard arrivera par degrés à embrasser dans son entier, dans sa totalité systématique, notre formule analytique de Forgane et de la fonction, et qn'il ne se passera pas trop de temps avant qu'il réédite sous ses puissants auspices notre distinction de Yorgane différentiel, dont loriginalité et les applications fécondes n'attendent que son suffrage pour être dignement reconnues.
La haute ambition de M. Claude Bernard, lui qui marche à la tête d'une science conquérante (c'est ainsi qu'il caractérise la physiologie), devrait, ce me semble, dédaigner d'arracher subrepticement et par parcelles l'héritage de voisins obscurs cl laibles qui n'ont pas l'éclat de la renommée et des hautes positions officielles pour les proléger conlre l'usurpation; que ne s'approprie-l-il leur domaine d'un seul coup, en bloc, sans lui faire subir un morcellement destructeur? Tel que Faiglc, aigle lui-môme, il devrait fondre sur sa proie, et Tenlever entière et vivante au bout de ses serres. •
Autrement dit, M. Bernard, à notre humble avis, entend mal les intérêts de sa gloire : il estropie, il écartclle, il
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met en lambeaux les idées d'autrui pour les leur ôter ; prendre le tout dans son intégrité, sans en briser Tunité, sans le défigurer, sans le gâter, ferait mieux l'affaire de tout le monde : celle du ravisseur d abord, dont la conquête ne serait plus illusoire. Et, de son côté, l'auteur dépouillé aurait moins à souffrir (et par suite il crierait un peu moins peut-être), n'ayant pas le double chagrin de se voir enlever l'honneur de son œuvre, et de voir cette œuvre déshonorée.
54. En parlant des moteurs instiaclirs, qu'il place très justement dans les centres nerveux supérieurs du système réflexe, M. Cl. Bernard s'exprime ainsi :
« Il y a donc », dit-il, « des intelligences innées ; on les désigne sous le nom d'instincts. Ces facultés inférieures des centres fonctionnels et des centres instinctifs... »
Encore un non-sens psychologique des plus choquants. Intelligence innée l quel sens raisonnable pourrait-on trouver, en effet, à une telle expression, alors surtout qu'on prend soin de nous prévenir que, par intelligence, on entend, non pas un acte, mais une faculté, la faculté de comprendre? Y aurait-il donc certaines facultés intellectuelles qui ne seraient pas innées, c'est-à-dire qui seraient un produit tout artificiel de la discipline ?
Non, chacun sait, et cela est élémentaire, que les facultés mentales, de même que les fonctions, sont parties constilutives de l'être humain, que l'éducation et l'exercice ont seulement le pouvoir de les modifier, de les fortifier, de les instruire, et qu'il y aurait folie à croire qu'à l'aide d'un procédé quelconque on les puisse faire surgir du néant.
Pousser le manque de critique psychologique aussi loin, et décider avec cette assurance, cette autorité, des ques-
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lions dont oo iie comprend pas môme Ténoncé, n'est-ce point bien fait pour nous surprendre de la part d'un si éminent adepte de la méthode positive? Du re sie, M. Bernard renonce bravement au bénéfice du doute, et il interdit au bénévole critique toute complaisance dont celui-ci pourrait vouloir user à son égard à la faveur d'un texte équivoque; il nous expose son erreur sans voiles, et semble môme se complaire à nous la découvrir dans ce que sa nudité a de plus choquant, de plus cru. Il poursuit en ces termes :
«.... Aussi », dit-il, « allons-nous voir, à mesure que les fonctions des sens et du cerveau s'établissent, apparaître dans ce dernier des centres nerveux fonctionnels et intellectuels de nouvelle formation réellement acquis par le fait de l'éducation. » H dit ailleurs en précisant, pour qu'on ne s'y trompe pas : a Parmi tous les centres nerveux acquis, celui de la parole est sans contredit le plus important. B
Des centres nerveux rêellemmU acquis par lefaii de téducation ! Celte fois, ce ne sont plus seulement des facultés que fart peut créer en notre âme, ce sont des organes qu'il peut ajouter à notre corps. Est-il bien possible que M. Bernard ait voulu dire ce qu'il a dit ? car ici il ne se borne pas à nier l'évidence psychologique, c'est aux vérités les plus matérielles et les plus élémentaires de la physiologie ellemême qu'il vient jeter un démenti. . .
Que de fautes encore, et contre la grammaire psychologique et contre le rudiment physiologique, n'aurions-nous pas à relever dans cette seule phrase, si nous l'examinions en détail ! Quoi de plus vicieux,quoi de plus illogique, quoi de plus faux, que l'opposition ou le rapprochement établis entre les fondions des sens et les fonctions du c€7*veauf éûtre les centres fonctionnels et les centres instinctifs ? entre lés centres nerveux fonctionnels et les centres nerveux in-'
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telkctuelsl De telles fautes sont de celles qui sautent aux yeux, et ce serait presque faire injure à Tinlelligence du lecteur que de les analyser.
55. Empruntons encore au Discours de M. Bernard quelques citations qui pourront se passer de commenlaire après ce qui vient d'être dit :
« L'organisation nerveuse de l'homme », dit-il, « se ramène définitivement à quatre ordres de centres : les centres fonctionnels [Qu'est-ce que des centres fonctionnels ?• y aurait-il donc des centres sans fonctions ? Par cette expression si singulièrement choisie, l'auteur, j'imagine, a entendu désigner lefe centres nerveux qui président aux opérations de la vie végétative], les premiers formés, tous inconscients [N'oublions pas que, tout inconscients qu'il les prétend, M. Bernard leur accorde la sensibilité, la volonté et r intelligence] et doués de manifestations irrésistibles et fatales ; les centres intellectuels acquis [des organes acquis î] d'une manière volontaire et libre [Et le déterminisme, donc? M. Cl. Bernard, qui, comme on sait, s'en est fait le champion, et je suis loin de Ten blâmer, aurait-il donc sacrifié cette conviction scientifique sur l'aulel des saines doctrines philosophiques de l'Académie française ? Il faut le croire], mais devenant par l'habitude plus ou moins automatiques et involontaires. Enfin, au sommet de toutes ces manifestations se trouve l'organe cérébral supérieur du sens inlime auquel tout vient aboutir. C'est dans ce centre de l'unité intellectuelle qu'apparaît la conscience [L'intelligence ne fait donc plus bande à part de la conscience, comme il a été dit plus haut?],, qui, s'éclairant sans cesse aux lumières de l'expérience de la vie, etc.. ))(o/>. cit., p. 405).
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Ecoulons à présent coite définition de la Conscience : « Maintenant, quelle idée le physiologiste se fera-l-il suf la nature de la conscience? il e.sl porté d abord à la regarder comme l'expression supr<ime et finale d'un certain ensemble de phénomènes nerveux et intellecluels [Les phénomènes intellecluels no sont donc plus des phénomènes nerveux ? mais alors pourquoi supposer nerveux ceux de la conscience ? et n'est-ce pas une idée bien baroque de concevoir la conscience comme un amalgame d'intelligence et de nerfs ?], car l'inlelligence consciente supérieure [On voit encore par ce passage que M. Bernard admet bien réellemenl une inlelligence inconsciente] apparaît toujours la dernière, soit dans le développement de la série anîmale, soit dans le développement de Fbomme. Mais, dans cette évolution, comment concevoir la formation du sens intime et le passage, si gradué qu'il soit, de Tinielligence inconsciente à rintelligcnce consciente ? [Est-ce clair, celte fois ! ] Est-ce un développement organique naturel et une inlensilé croissante des fonctions cérébrales qui fait jaillir Fétincelle de la conscience, restée à l'état latent jusqu'à ce qu'une organisation assez perfectionnée puisse permet-
vérité de premier ordre presque universellement méconnue des physiologistes], et est-ce pour cetlo raison que nous voyons la conscience se montrer d'autant plus lumineuse, plus active et plus libre qu'elle appartient à un organisme plus élevé, plus complexe, c'est-à-dire qu'elle coexiste avec des appareils intellectuels inconscients [Des appareils intellectuels, hélas ! - des appareils intellec tuels inconscients, holàl] plus nombreux et plus variés?,.. » (Ibid.).
Ailleurs I
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. « ... Il y a, dans toutes les fonctions du corps vivant^ sans exception, un côté idéal et un côté matériel [Idéal et matériel^ encore là une antithèse difficile à saisir]. Le côté idéal delà fonction se rattache par sa forme à Tunité de plan de création ou de construction de l'organisme, tandis que son côté matériel répond, par son mécanisme, aux propriétés de la matière vivante. » [Ib.)
« Le côté idéal de la fonction se rattache par sa forme... » La forme do quoi ? de la fonction, ou de son côté idéal ? Et, soit dans un cas, soit dans l'autre, que faut-il entendre ici par \'à forme en tant qu'opposée à mécanisme! El comment comprendre que la Forme, dans la fonction, fasse dépendre celle-ci de V Idéal, c'esl-à-dirc, comme on nous l'explique, de runîté de plan de la création, et que, par son Mécanisme, la fonction appartienne à la Matière^ Et même, on admettant que le terme /o7v/2/?, associé au terme fonction comme régime, puisse signifier autre chose que le terme w^é^'canîVwae, n'est-il pas d'observation vulgaire que c'est par son mécanisme organique que la fonction se dislingue dos simples propriétésde la matière brutedont ces organes sontformés?
En vérité, il faut le croire, M. Cl. Bernard auraambitionné les lauriers lilléraires et philosophiques de M. Charles Robin. La confusion et l'incorrection dans les idées comme dans le style qui distinguent le célèbre micrographe positiviste à un si haut degré, sont passées tout entières sous la plume de notre illustre physiologiste de TAcadémic française. Des hommes d'autant d'esprit no devraient-ils pas avoir celui de se taire sur des matières dont ils ignorent jusqu'au premier mot ?