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Voici maintenant la caractéristique différentielle des

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VAIIÉTÉS PHILOSOPHIQUES

menées physiologiques et des sciences méiaphy signes ^ d'après notre auteur:

« Les sciences physiologiques », dit-il, « rattachent l'étude des facultés intellectuelles aux conditions organiques et physiques qui les expriment, tandis que les sciences métaphysiques négligent ces relations pour ne considérer les manifestations de Tâme que dans la marche progressive de Phunianité ou dans les aspirations éternelles de notre sentiment. » {Op, cit., p, 406.)

Encore une opposition bien irrationnelle que celle de la physiologie et de la métaphysique. La physiologie, et la physique proprement dite elle-même (malgré l'antithèse des mots), ont leur métaphysique, la métaphysique n*étant pas autre chose que la théorie des principes, soit qu'on les considère universellement, absolument, soit qu'on les considère relativement à un ordre donné de connaissances spéciales.

Au fait, le sens que M. Cl. Bernard donne ici abusivement au mot métaphijsique est celui de psychologie. Or les spéculations du psychologue ne consistent pas à « ne considérer les manifestations de l'âme que dans la marche progressive de l'humanité, ou dans les aspirations éternelles [Que fait ici ce mot éternelles ?] de notre sentiment. » Si Filluslre physiologiste, au lieu d'entreprendre d'inventer la philosophie à nouveaux frais et de toutes pièces, sans avoir égard à ce qui s'en était dit et fait avant lui, eût condescendu à prendre connaissance des quelques principes, assez rares, il est vrai, mais d'autant plus faciles à apprendre, sur lesquels les philosophes sont parvonusàse mettre d'accord, il aurait su que ce qui distingue l'observation psychologique, c'est qu'elle opère par la réflexion de l'esprit sur lui-même, autrement dit, par voie subjective; tandis que Fanalyse physiologique des opérations mentales

M. CLAUDE BERNAUP PSYCHOLOGUE

procède objectivemenl, c'est-à-dire en étudiant l'esprit dans ses manifestations extérieures et ses moyens organiques. Or il se trouve précisément que Flourens, dans ses travaux de psychologie, assez mauvais d'ailleurs, avait insisté particulièrement sur cette distinction, qui est un pontaux-ânes philosophique ; son panégyriste (le Discours de M. Bernard était consacré à l'éloge de M. Flourens, qu'il a remplacé à l'Académie française), pour s'épargner de fâcheuses bévues, n'avait donc qu'à rester un peu moins étranger aux œuvres de celui dont il célébrait les mérites scientifiques et littéraires.

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57. Les citations qui précèdent suffisent pour faire apprécier les qualités du morceau de littérature didactique par lequel M. Cl. Bernard a inauguré son fauteuil à TAcadémie française ; je demanderai maintenant pourquoi les conceptions philosophiques dont ce style est le vêtement si bien adapté n'auraient pas à leur tour la vertu d'ouvrir à l'illustre et heureux récipiendaire les portes d'une troisième académie, celle oii le docteur Lélut représente si dignement la psychologie physiologique à côté de MM. Paul

Janet, Ch. Lévôque, Franck, Vacherot, etc Pourquoi

pas ? A udaces fortiina juvat.

LE LIBRE ARBITRE ET LES MEDECINS

OBSERVATIONS SUR LA THÈS^ D0 DOCTEUR GRENIER (Rapport à la Société Médico-psychologique)

58. La brochure* dont je vais dire quelques mots est une thèse d'étudiant quia eu la singulière fortune de susciter un orage dans les régions de la politique, et, chose non moins sérieuse, de provoquer FÉlat à intervenir pour apprécier et redresser les doctrines de notre enseignement médical.

La question du libre arbitre relève-t-elle de la science du médecin? rentrc4-eile logiquement dans le cadre de ses études, et sied-il à une Faculté de médecine d'admettre ses candidats à soutenir devant elle l'opinion, quelle qu'elle soit, qu'ils peuvent s'être faite sur un tel sujet ? La mesure qui a frappé M. Grenier et ses examinateurs a répondu par la négative ; mais autre, j'imagine, sera la réponse de tout médecin comprenant les hautes attributions de son art et ayant à cœur d'en voir la dienité maintenue

Oui, cerles. le médecin a le droit, et, qui plus est, ccst pourlui un devoir professionnel, d'examiner, de sonder, d'agiter le problème philosophique de la liberté morale ; en effet, on paraît l'avoir oublié, au nombre des obligations, si honorables, mais si lourdes, que la société lui impose, il compte celle d'éclairer la justice sur ce même problème chaque fois qu'un tel problème, sortant de l'abstraction

1. Etude médico-psychologique du libre arbitre humairit par J. P. Grenier. Paris, 1868, br. in-8", de 104 pages (chez Adriea Delahaye, place de FËcole de Médecine).

LE LIBRE ARBITRE ET LES MÉDECINS

pure, vient à se formuler dans les faits, vient à prendre corps dans un cas légal. Quand les actes d'un homme tombent sous l'appréciation de la justice, civile ou criminelle, et que juges et jurés se prennent à douter si cet homme a agi, oui ou non, dans l'exercice de ce qu'on nomme son libre arbitre, c'est nous qu'on appelle, nous seuls, pour venir mettre fin à celte perplexité, pour venir prononcer en dernier ressort une décision d'où dépendent la fortune, la liberté, l'honneur et la vie des citoyens; — et il nous serait interdit de nous rendre compte de ce que le monde entend par ce mot de libre arbitre ; et l'examen des principes de cette branche principale de la médecine légale serait interdit dans les écoles où nous nous préparons à remplir les rigoureux devoirs de notre état! Une telle prétention tombe devant le bon sens. 11 est de la logique la plus élémentaire que celui à qui incombe le mandat de juger de la présence ou de l'absence actuelle d'une certaine condition mentale chez un individu déterminé sache d'abord en quoi une telle condition consiste, abstraction faite de tout cas particulier, c'est-à-dire qu'il connaisse les lois du diagnostic psychologique dont on le requiert de faire l'application.

On objecte qu'il existe sur la question du libre arbitre une opinion toute faite, une doctrine établie, loi fondamentale de la morale et de l'ordre social, que la médecine légale est tenue, elle aussi, de respecter et de prendre pour règle. A ceci je serais, pour ma part, disposé à répondre : « Cette doctrine (ceci soit dit sans vouloir en rien préjuger pour le moment, quant au fond) est une croyance « priori dont les principes théoriques ont été établis, sont exposés et défendus par la théologie et la métaphysique, sans que la science médicale ait pris à cette œuvre aucune part. Que dès lors les docteurs dont la société tient la théorie pour vraie et

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LE LIBRE ARBITRE ET LES MÉDECINS

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indiscutable reçoivent aussi d'elle la mission d'en faire l'application qu'elle comporte aux dimcnltés de la pratique judiciaire ; que les tribunaux prennent leurs experts de' psychologie légale parmi les docteui-s en théologie ou les doclciirs en philosophie, et qu'ils laissent le médecin à ses malades ; car lu raison, la conscience et la dignité de celuici lui défendent de prendre pour guide, dans l'exercice de son grave ministère, les injonctions de la foi aveugle au lieu des lumières du savoir raisonné. »

Le travail de M. le docteur Grenier n*aurail-il d'autre mérite que celui d'être une ferme revendication des droits naturels de la médecine sur le domaine des sciences morales, qu'il aurait acquis un titre à la sympathie du corps médical. Oui, nous le répétons, le sujet de cette thèse tant blâmée était légitime, car il constitue incontestablement un point de science médicale. A notre avis, Fauleur n'au* rait fourni prétexte à la censure, et à la mesure dont il a été frappé, que si, en traitant cette question, licite, mais délicate et scabreuse, il se fût livré à des intempérances de langage et à des provocations inutiles, alors que, plus que jamais, il convenait d'apporter dans la discussion là réserve et la modération qui sont le propre du véritable esprit scientifique. L'auteur de VEiude sur le libre arbitre a-t-il manqué à ces hautes et strictes convenances ? Non : le ton de cet écrit laisse bien sans doute à désirer parfois, mais c'est là un défaut de formé qu'il faut mettre sur le compte de rinexpérience du jeune écrivain ; le sentiment qui respire dans tout son travail est celui d'un zèle sincère de la vérité et d'une bienveillance générale qui n'exclut point les adversaires de doctrine.

parties.

ure de M. Grenier peut se diviser en deux

Dans la première, il présente un résumé instructif des opinions et systèmes divers auxquels a donné naissance la notion du libre arbitre depuis l'époque, d'ailleurs assez ancienne, où cette question est entrée dans les préoccupations de la philosophie. L'auteur fait ressortir sans peine le caractère arbitraire et contradictoire do ces jugements, et il nous signale les conséquences malfaisantes, parfois atroces, que rinoxorable logique des théoriciens en a tirées pour la morale positive, pour le droit pénal, pour les institutions politiques et sociales. Œuvre défausse science et de barbarie, ce confus amalgame de décisions dogmatiques de toute sorte, qui constitue la doctrine orthodoxe du libre arbitre, ne saurait en vérité s'imposera l'esprit du médecin, formé à l'austère discipline des sciences certaines ; et le médecin ne saurait accepter de tels principes comme règle absolue de sa conduite professionnelle.

Dans la seconde partie de son écrit, l'auteur fait appel aux connaissances physiologiques et pathologiques pour en obtenir la clef de ce mystère de la psychologie et de la morale, que les controverses des théologiens et des philosophes semblent n'avoir eu pour effet que de rendre plus impénétrable encore.

Certes, c'est une des plus funestes et moins pardonnables erreurs de la métaphysique, d'avoir voulu résoudre à elle seule les problèmes de psychologie et d'éthique sans consulter la science de l'organisme humain sur les fonctions de l'organe de la pensée. Mais est-ce à dire pour cela que le physiologiste et le pathologiste réunis puissent a eux deux réaliser ce que le psychologue métaphysicien a follement tenté d'accomplir avec ses insuffisantes lumières ?M. Grenier juge bien fondée une telle prétention, qui est celle, il faut le dire, de toute la corporation des physiologistes contemporains, à quelques très rares exceptions

YARltTÉS PIIlLOSOI^HIQtJES

près. Nous croyons, nous, que c'est encore là une fâcheuse illusion.

Celle illusion, nous l'avons souvent fait remarquer *, se montre toute nue dans un fait que chacun peut aisément constater; ce fait, c'estune radicale impuissance à exposer l'analyse des fonctions nerveuses dans un langage qui ne soit à la fois inintelligible et absurde; cl celle impuissance, fruit d'une insuffisance de notions psychologiques et ontologiques, se découvre avec la plus indigente nudité dans les œuvres de nos premiers maîtres. Si ceux-ci ont quelque droit de sourire en considérant l'ignorance confiante et sereine avec laquelle nos psychologues de profession font table rase des données les plus positives de la physiologie qui viennent démentir leurs dogmes accrédités, ils leur offrent à leur tour mainte occasion de représailles.

Pour arriver à se rendre comple du mécanisme psychologique, de son jeu et de ses effels, il y a deux choses, deux ordres de faits à observer concurremment : il y a les faits subjectifs, c'est-à-dire ce que notre esprit peut étudier en soi-même, dans son for intérieur, par une réflexion do la pensée sur elle-même ; il y a ensuite les faits objectifs, c'est-à-dire ceux qui s'observent par l'exercice externe de nos sens et constituent ce que nous appelons notre organisme ainsi que les agents du dehors qui mettent en jeu cet organisme, le modifient, et agissent par lui sur notre état psychique.

Ces deux élude, complémenlaires ont été poursuivies jusqu'ici isolément et sont restées étrangères Tune à Tau- Ire; aussi n'ont-elles produit chacune qu'une science boiteuse. Cen'estpas avant que pyschologues et physiologistes aient appris à s'écouter mutuellement et à s'entendre

1. ¥oir nos Essais de physiologie philosophiquej pages 126, 131, 383, 148, 533 et passim.

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LE LIBRE ARBrrRE ET LES MÉDECINS

pour meltre en commun leurs acquisitions respectives, que la psychologie et la morale pourront se constituer scientifiquement. Mais aussi, j'en ai la conviction, ce moment venu, les malentendus qui divisent les écoles en matérialistes et spiritualistes, en confesseurs et en négateurs du libre arbitre, seront bien près de se dissiper. Ceci est une thèse que je me propose de développer un jour,et je compte profiter de cette occasion pour m'acquitter plus dignement envers M. Grenier. Je ne veux pas cependant poser la plume sans avoir signalé Timportante conclusion qui termine son estimable essai.

60. Le matérialisme et le fatalisme professés par notre confrère ne sont pas de ceux qui éteignent les généreux élans et les nobles espérances : après avoir invoqué les précieux témoignages de la science contemporaine pour établir que l'être moral, comme l'être physique, est soumis, d'une manière inévitable, à l'action modificatrice des milieux, notre auteur en conclut fort intelligemment que son de voir et son intérêt prescrivent à la société de donner le pas à la morale préventive sur la morale répressive, c'est-à-dire d'améliorer de toutes ses forces son organisation de façon à substituer à des conditions totalement délétères pour la moralité, des conditions nouvelles favo* râbles à la pratique du bien. Sur ce point, nous donnons notre entière et cordiale adhésion aux vues et aux vœux du docteur Grenier.

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