‹ Variétes philosophiques [microform]Chapitre 29 sur 41 · Éloge de Magendie^ par Cl. Bernard · texte numérisé non relu

Éloge de Magendie^ par Cl. Bernard

La théologie et la psychologie ne nous regardent pas *. » J'en demande tous les pardons à M. le professeur Béhier — car c'est lui que nous venons d'entendre —, mais c'est juste le contre-pied de ses dires qu'il nous faudra prendre pour avoir l'expression exacte de la vérité. Oui, assurément, la psychologie regarde la médecine, et à tel point que, sans médecine pas de psychologie, et sans psychologie pas de médecine.

La science du psychologue, en effet, n'est qu'un fragment de science, un avorton de science, une science boiteuse et borgne, tant que le psychologue reste étranger à la connaissance des liens physiologiques qui unissent le moral et le physique l'un à l'autre par une dépendance si étroite ; aussi longtemps qu'il néglige d'étudier le mécanisme organique par l'intermédiaire duquel la pensée s'exerce et entre en rapport avec son objet ; aussi longtemps qu'il refuse de s'initier aux lois de cette intime solidarité qui fait dépendre, qui fait souffrir ou fait profiter notre état psychique des modifications bonnes ou mauvaises survenant dans notre état somatique ; aussi longtemps, en un mot, qu'il dédaigne de se faire physiologiste et pathologiste, aimant mieux suivre la direction tracée par un certain Manuel de Philosophieuniversitaire où l'incompétence psychologique du médecin est magistralement prononcée ^

Et, à son tour, comment l'homme dont c'est la mission de soigner les maladies mentales, dont c'est la mission de décider les questions judiciaires de responsabilité morale et de libre arbitre, serait-il à la hauteur de ses graves devoirs s'il s'interdisait de connaître l'économie de cette organisation psychique dont il est appelé à rétablir l'harmonie

1. Leçon d'ouverture de M. le docteur Béhier, professeur à l'Ecole de Médecine de Paris, dans la Gazette des Hôpitaux du 14 février 1867.

2. Manuel de Phitosophie de MM. Saisset, Jacques et Jules Simon.

Il »•

troublée, dont il est appelé à apprécier Télat chez les per- «onne«. et à constater, s'il y a lie», les désordres ■ ?

El coiBDient conçoit-on encore que le physiologiste puisse arriver à comprendre le mécanisme du système nerveux de la vie de relation sans s'occuper des facultés et des actes psychiques, qui sont la raison môme d'un tel mécanisme et qui peuvent seuls nous indiquer la fonction, no US expliquer la disposition et Tagencemenl de ses rouages divers ?

Le philosophe qui conteste les attributions psychologiques du médecin, et le médecin qiû ^^ consent Tabandon, L ]•.. .. r.u.™ acU d-i.in,.mge.ce p.or.nd.. E. il, ne se trompent pas d'une manière moins grave, Messieurs, et ils n'égarent pas la science dans une erreur moins funeste quand ils soutiennent encore que les questions ontologiques ne sont pas de notrer essort.Ou de telles questions sont insolubles et oiseuses, ou c'est au médecin surtout qull appartient de les éclairer. Toutes les grandes difficultés de la physiologie, de la patholo&rie et de la thérapeutique se ratlachent en effet au grand problème ontoiogique:el en même temps c'est dans la médecine que sont les données de ce problème souverain ^

Nous le disons depuis de longues années en nous efforçant de le faire comprendre, et vous nous permettrez de le répéter ici : la ttiéorie générale de la Fonction et de TOrgane donne la clef de toutes les grandes questions en suspens dans la Physiologie, la Pathologie et laThérapeutique.

t. « L'espril dépend si fort du iempérament et de la disposition des organes du corps, que, s'il est possible de trouver quelque moyen de rendre communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils ne Font été jusqulci, c'est dans la médecine qu'il faut le chercher. «nfiscARTES {Discours de la méthode ^ ^ partie).

2. « n n'appartient qaVi celui qui a pratiqué la médecine d'écrire de la métaphysique. » Diderot.

Or cette analyse nous met en présence de la distinction des deux principes essentiels qui concourent dans le mouvement vital (comme aussi peut-être dans tout autre mouvement) : le principe qui meut et le principe qui est mû, celui qui sent et celui qui est senti; ou, en d'autres termes, le Sujet et l'Objet, l'Esprit et la Matière.

C'est surtout dans l'analyse critique des actions nerveuses de la vie animale que le physiologiste se voit amené tout droit, et bon gré, mal gré, en face de l'antinomie ontologique. Force est en effet au plus pur expérimentaliste, au plus grossier matérialiste, de compter ici avec les notions de sensibilité, d'intelligence, de conscience, de subjectivité, d'objectivité, de facultés, de sensalion,de perception et d'impression, de sujet et d'objet. Quoi qu'il fasse, et quoi qu il en ail, il ne peut échapper à la nécessité d'user de ces mots. Cependant, pour les employer avec discernement, les comprendre d'abord, s'en faire une idée juste et nette serait nécessaire ; c'est-à-dire qu'il faudrait dégager les notions que ces mots impliquent, élucider ces notions ténébreuses et les amener à l'état de connaissances claires et précises.Mais, je le répèle, cette étude nous amène au cœur de l'ontologie, et l'homme de la physiologie actuelle ne craint rien autant que de s'entacher de métaphysique. Que fera-t-il alors ? 11 se décidera à parler quand même et à tout hasard une langue dont les délicates nuances et les distinctions fines et rigoureuses échappent entièrement à son esprit qui ne s'est habitué qu^au rude maniement des faits bruts ; et il arrive alors que ce langage au sens inconnu projette son obscurité sur les faits euxmêmes que l'observateur a sous les yeux.

Ces faits deviennent équivoques, confus, inintelligibles, à l'instar des expressions qui les représentent; le savant le plus exercé no s'y reconnaît bientôt plus, et les explica-

tions et formules auxquelles il essaye de les soumettre ne sobI, Eotre devoir est de le dire, qu'uû pêle-mêle de méprises, de contre-sens et de non-sens. Je ne sache rien qui soit humiliant pour Torgueil expériraentalisle et positiviste àFégal de ces tristes essais d'analyse physiologico-psychologiquc.

Notre auteur, qui est un philosophe doublé d'un savant, a été vivement frappé de cette impuissance de la science d'observation à se diriger dans Fétude des fonctions cérébrales, à en saisir les lois les plus simples et les plus apparentes, à les exposer avec quelque logique ; et il a reconnu comme nous la cause de cette infirmité scientifique dans l'oubli et le dédain de toute critique métaphysique chez nos modernes savants.

Mais M. Ramon de la Sagra, après avoir mis le doigt sur la plaie, nous en apporte-t-it le remède? Redresse-t-il les erreurs, comble-t-il les lacunes qu'il signale avec tant d'à-propos? Il nous montre les névrologistes errant de la façon la plus malheureuse pour avoir omis de fixer les notions ontologiques qui leur servent de point de dépari ; mais l'auteur a-t-il réussi à donner ces déterminations, à établir ces principes dans lesquels l'analyse physiologique posséderait enfin Findispensable et sûre boussole qui lui avait manqué jusqu'à ce jour ?

J'ai le regret de l'avouer, celte partie de Tceuvre de M. Ramon de la Sagra me satisfait moins que ses aperçus critiques.

Cependant, hâtons-nous de le dire, et veuillez en prendre bonne note, le travail dont il est ici question nous est présenté par l'auteur comme un simple fragment détaché d'une étude plus considérable, encore inédite. Espérons que la publication nouvelle qui vous est annoncée viendra combler nos desiderata. Mais, en attendant, ce n'est qu'en

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lui-même que nous devrons apprécier le livre qui fait l'objet de ce rapport, et notre devoir sera d'en signaler les imperfections avec le même soin que les mérites.

L'auteur nous déclare tout d'abord le bul qu'il se propose. Son entreprise est ambitieuse, mais il l'expose sans détour et avec une franchise virile. L'objet de son livre est de démontrer la réalité de l'âme y et c'est dans la considération des phénomènes de l'anesthésic qu'il prendra ses preuves.

Nous devons commencer par exprimer un regret : c'est que notre philosophe, qui a si bien senti et fait si vivement ressortir cette faute capitale des physiologistes de ne point définir les termes sur lesquels roulent leurs démonstrations, ail négligé de prêcher d'exemple. M. Ramon de la Sagra ne nous apprend nulle part ce qu'il entend au juste par l'ame, quelle est l'idée précise que ce mot représente pour lui. Aussi, avant de discuter et ses preuves de la réalité de l'âme, et ses critiques des erreurs où sont tombés suivant lui les savants pour avoir méconnu cette vérité première, nous croyons indispensable de suppléer nous-mêmes à cette omission de Pauteur, c'est-à-dire de commencer par indiquer aussi nettement que possible ce qu'il a dû entendre par le mot âme, à en juger d'après le contexte de sa dissertation.

65. Les mots, on ne saurait trop le répéter avec tous les traités de logique (dont les auteurs ne sont pas toujours les derniers, malheureusemenl, à transgresser leurs sages préceptes dans la pratique), les mots, dis-je, n'ont qu'une valeur conventionnelle, et, tant qu'un mot n'est pas expressément défini, discuter sur la chose que ce mot est censé représenter, c'est égarer, et nous-mêmes, et ceux qui nous

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écoutent, dans un dédale d'énigmes el de méprises ; c'est épaissir de ténèbres factices Tobscurité inhérente aux questions qu'on entreprend d'élucider.

Vâme sera donc tout ce qu'on voudra, car un tel vocable, ainsi que loul autre mot du dictionnaire, peut être appliqué à la représeniation d'une idée quelconque, d'un objet quel qu'il soit ; seulement, celui à qui ii plaira de consacrer ce signe à telle ou telle application sera tenu de préciser cette application arbitraire, de la faire connaiire nettement, et de se conformer ensuite rigoureusement à la convention établie.

Il 11 n'y a rien de plus permis », dit Pascal, « que de donner à une chose, qu'on a clairement désignée, un nom, tel qu'on voudra; il faut seulement prendre garde qu'on n'abuse de la liberté qu'on a d'imaginer des noms en donnant le même à deux choses différentes. Ce n'est pas», ajoute Pascal, « que cela ne soit permis, pourvu qu'on n'en confonde pas les conséquences, el qu'on ne les étende pas de Tune à l'autre. Mais, si l'on tombe dans ce vice, on peut lui opposer un remède très sûr et très infaillible, c'est de substituer mentalement la définition à la place du défmi, et d'avoir toujours la définition si présente que, toutes les fois qu'on parle, par exemple, de nombre pair, on entende précisément que c'est celui qui est divisible en deux parties égales, el que ces deux choses soient tellement jointes et inséparables dans la pensée, qu'aussitôt que le discours exprime Tune, l'esprit y attache immédiatement l'autre ; car les géomètres el tous ceux qui agissent méthodiquement n'imposent de noms aux choses que pour abréger le discours, et non pour diminuer ou changer l'idée des choses dont ils discourent; car ils prétendent que l'esprit supplée toujours la définition entière aux termes courls, qu'ils n'emploient que pour éviter la confusion

que la multitude des paroles apporte. » {Pensées de Pascal, art. l*»^)

Je cite tout au long ce passage, le salutaire précepte qu'il renferme n'ayant jamais été plus nécessaire et en même temps plus négligé que dans le sujet qui nous occupe. Où sont en effet ceux qui, se conformant à la recommandation de Tillustre géomètre, se donnent jamais le soin d'avoir présente à l'esprit ia définition du moi âme quand ils font usage de ce mol? Ils sont rares ; aussi ce n'est pas (« pour éviter la confusion » que ce mot paraît être employé : de même que le mot Dieu, auquel il est étroitement allié, il semble n'avoir été créé que pour accroître le trouble des idées. Cependant, il en est de ce terme comme des termes les plus obscurs de la science : ils recouvrent les vérités les plus importantes, et c'est pour cela que les vagues notions que les hommes y ont rattachées méritent d'être scrutées et tirées au clair.

Voyons donc ce qui se cache au fond de cette vieille dénomination d'âme. Je dois renoncer à donner ici une histoire complète de ce mot, c'est-à-dire des idées plus ou moins disparates qu'il a représentées tour à tour ou concurremment. Ce serait toutefois une étude bien instructive, mais il faut savoir se borner. Je vais donc m'attacher simplement à dégager dans son expression essentielle, el aussi rigoureusement que possible, la commune acception entrevue sous le nom d'âme, mais sous des aspects plus ou moins opposés, et avec une pénétration diverse, par la généralité des psychologues et des ontologistesv

Il est une âme dont la réalité est admise unanimement et sans conteste ; c'est celle qui représentela catégorie formée de l'ensemble des facultés de sentiret de penser. Cette àmen'est niée par personne, par les matérialistes pas plus que parles spiritualistes, et pas plus que sont niées l'irritabi-

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lilé, la coBlractililé ou la molililé. Ce principe scientifique, sur lequel tout le monde est d'accord, sert de base à la Psychologie Descriptive ou d'observation {Va psychologie ezpérimeniak des auteurs). C'est là un terrain neutre où les deux écoles peuvent travailler de concert sans rien sacrifier des croyances qui les divisent. Déjà même on peut voir ce champ livré à une culture intelligente et active à laquelle concourent les disciples de Reid et les disciples de Gall, des spiritualistes français, tels que votre regretté collègue Adolphe Garnier, et des positivistes anglais de diverses nuances, tels que MM. Bain, Bailey, Stuart Mill, Herbert Spencer ; et où la médecine aliéniste de tous les pays commence à prendre la part qui lui revient dans une telle œuvre, une part éminente.

Cependant, le vrai philosophe, le physiologiste, le médecin, ne sauraient longtemps se borner à constater simplement des phénomènes psychiques, à les décrire et à les classer : la connexion si manifeste, si intime, si importante, qui tout d'abord s'observe entre ces phénomènes et lorganisme, et le cerveau d'une manière toute spéciale, conduisent naturellement, logiquement, etj'ajoute inémlablement, à s'imposer une tâche nouvelle. Quelle est la relation exacte qui unit ces actes aux organes? Quelle est la cause vraie de ces actes, c'est-à-dire quelle idée doit-on se faire de leur origine, de la puissance dont ils sont les effets, et du modus agendi de cette puissance ? Telle est la question que notre intelligence est amenée forcément à se faire, et c'est surtout au physiologiste qu'elle s'adresse impérieusement, car, avant de- l'avoir résolue, je l'ai déjà dit ailleurs, il est pour celui-ci une multitude de difficultés foadamenla.es qu'ilnclui est pas possible de démôl.r; sans celte solution, il ne peut arriver à une notion exacte de la fonction et de l'organe, il ne peut arriver à tirer Ta-

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nalyse des aclions nerveuses du labyrinthe ;de méprises et de contradictions où elle s'est enfermée. Tandis que le psychologue peut à la rigueur se bornera faire de la psychologie descriptive, le physiologiste ne peut faire de la physiologie sans interroger et faire parler l'étiologie psychologique, la psychologie ontologique.

Et maintenant, c'est ici qu'éclate le procès entre le matérialisme et le spiritualisme, c'est ici que le mot âme revêt un sens nouveau, et que la réalité de l'âme, ainsi entendue, devient un grave sujet de litige. Pour l'un, les faits de sentir et de penser sont essentiellement et entièrement dus à des propriétés correspondantes inhérentes à la matière cérébrale, tout comme les contractions musculaires ont leur cause et leur explication adéquates dans la contractilité de la fibre musculaire. C'est ainsi que s'expriment les philosophes de l'école positiviste française, qui sont, quoi qu'ils en disent, les plus purs comme les plus savants interprètes du matérialisme contemporain. « Le cerveau pense comme le foie sécrète la bile », disent-ils encore pour donner à leur pensée une expression franche et catégorique. Et quelle masse de faits, si imposante et si irrésistible en apparence, n'apportent-ils pas à l'appui de leur proposition ! Ces faits sont tellement indéniables, et sur une première et'superficielle vue paraissent si probants, si décisifs, que l'ignorance, l'aveuglement invétéré des préjugés ou la mauvaise foi semblent seuls capables de résister à l'éloquence de pareilles preuves.

A l'évidence de fait alléguée par le matérialisme les spiritualistes opposent une évidence de raison, et soutiennent, avec une conviction non moins résolue, que la sen< sibilité et la pensée, que la conscience, en un mot, ne peut appartenir intrinsèquement à une parcelle de matière quelconque, et est attachée aune substance distincte du corps,

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à une substance immatérielle, c'esl-à-dire inétendue; et c'est cette substance qu'iis appellent Cdme.

Telle est Fâme dont la réalité forme le sujet du débat qui met aux prises les deux écoles.

Je crois, quant à moi, que les considérations mises en avant de part et d autre ont une valeur scientifique réelle ; mais les conséquences respectives qu'on en déduit me paraissent outrées, et c'est par suite de cet abus que ces deux ordres de propositions ont Fair de mutuellement s'exclure, quand, dans le fond, telle est du moins ma manière de voir, ils se complètent.

J*ai vu en Afrique une montage dont les deux versants offrent entre eux un saisissant contraste. D'un côté, ce sont de délicieux vergers, des coteaux riants, des vallons ombreux où courent de frais ruisseaux, c est un pays enchanté ; de l'autre, ce ne sont que des rochers abruptes, des pentes arides et coupées par des ravins affreux. Spiritualistes et matérialistes me font l'effet de deux voyageurs qui, venant d'explorer ma montagne, mais chacun d'eux sous un seul et différent aspect,se figureraientetdécriraient ce qu'ils ne connaissent pas d'après ce qu'ils ont observé, et porteraient sur le tout deux jugements contradictoires, tous deux vrais cependant en tant que restreints à leur véritable objet respectif, mais l'un et l'autre ayant le défaut capital d'embrasser les deux faces d'un ensemble, quand, en réalité, ils ne s'appliquent, l'un comme l'autre, qu'à une seule.

Plus sages, nos voyageurs se fussent bornés à décrire ce qu'ils avaient observé, si mieux ils n'avaient aimé se livrer de part et d'autre à une exploration entière, ce qui eût achevé de mettre d'accord et leurs impressions et leurs récits. Que les explorateurs de la montagne ontologique agissent de même : qu'ils en fassent tout le tour, qu'ils la

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parcourent en tout sens, et nous aurons alors une ontologie synthétique où les opinions simplistes et antinomiques du matérialisme et du spiritualisme viendront se concilier et se réunir en une harmonieuse unité.

tî6. Dans toutes les sciences dites expérimentales, tout le monde en est aujourd'hui d'accord, le fait d'observation, le fait d'expérience, telle est la seule base certaine de toute connaissance scientifique, de toute connaissance sûre, en qui l'homme puisse mettre sa confiance sans danger. Je partage pleinement cet avis. Oui, j'adopte ce principe, j'y adhère sans réserve, en le prenant dans son énonciation générale. Oui, je regarde le fait d'expérience comme la seule notion directement donnée, et la seule qui soit l'attestation irréfragable el^infaillible du vrai réel. Mais combien nos expérimentalistes ne se montrent-ils pas superficiels dans leur critique de la connaissance en croyant voir le fait d'expérience là où ils nous le montrent ! « Le soleil est un disque lumineux qui circule au-dessus de nos têtes, de l'est à l'ouest, en douze heures en moyenne. » Voilà une vérité d'observation s'il en fut, semble-t-il, et que le témoignage unanime des hommes a proclamée pendant des milliers [d'années; comment se fait-il pourtant que la science ose nous dire que cette vérité établie par l'observation est une erreur démontrée par la raison ? Et comment se fait-il que tout le monde, ainsi que la science, finisse par donner tort sur ce point à l'observation ?

Ce qu'il est rigoureusement vrai d'affirmer, ce qui est le fait d'observation véritable, qu'on le comprenne bien, ce n'est pas celui qui s'énonce en disant: « Le soleil est un disque, etc. » ; c'est le fait qui devrait s'énoncer ainsi : « J'ai la sensation d'un disque brillant que je désigne par

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le Eoiïi de soleil, et telle qu'elle me fait apparaître ce disque comme se mouvant de l'est à Touest, etc. a

Voilà, Messieurs, dans quels termes Texpérimentalisfe doit renfermer l'affirmation de son expérience s'il veut rester dans les strictes limites de la donnée expérimentale, c est-à-dire dans l'absolue certitude.

le vois tomber une pomme, le bruit d'un coup de canon frappe mon oreille ; d'après la loi de l'empirisme, je ne puis rigoureusement dire : « Je vois tomber une pomme », si ce n'est dans le sens de : « j'ai la sensation de voir tomber une pomme » . Et je ne puis non plus alfirmer légitimement que (( j'entends un coup de canon », si ce n'est dans racception étroitement réservée de : «j'ai la sensation du son d'un coup de canon ».

Bref, j'accepte, malgré son exagération apparente, le principe posé par Fempirismepur, qu on ne peut affirmer comme certain que le fait expérimental ; mais je rappelle les empiriques à robservancedeleurIoi,et jeteur déclare qu'ils la méconnaissent dans l'application totalement. Ce qu'ils nous présentent comme des tmta observés, ce ne sont en réalité, en toute rigueur, que des faits conjecturés ; ce ne sont pas des observations, ce sont des inductions qu'ils tirent de l'observation, sans qu'ils se rendent compte de cette opération de leur esprit. J'ai la sensation d'un disque lumineux de 30 ou 40 centimètres de diamètre, cheminant dans le ciel du levant au couchant, voilà ce qui est absolument vrai, voilà ce que je suis entièrement en droit d'affirmer, toujours d'après le principe posé par la doctrine expérimentalistede la certitude. Mais si je dis: « Un disque chemine dans le ciel, etc. », j'affirme au delà de ce que je sais, et je m'expose à me tromper ; et, à preuve, c'est que je me trompe en elfel dans l'espèce. El si en disant: « Une pomme tombe », je ne me trompe pas (en supposant qu'en

effet je ne me trompe pas en ceci), ce n'est pas que mon jugement ne dépasse les limites de la certitude empirique, ce n'est pas que je ne fasse une induction et une conjecture ; non, mais c'est que cette conjecture a rencontré juste, voilà

tout.

Inutile, je crois, de multiplier les exemples à l'appui de cette thèse: j'ai telle et telle sensation, j'ai telle et telle idée, j'ai telle et telle émotion, voilà la seule connaissance qui soit immédiale et certaine, voilà Tunique vérité proprement expérimentale et digne de créance absolue.

Laissez-moi m'appuyer ici sur l'opinion d'un savant aliéniste, avec lequel je n'ai pas toujours le bonheur de me trouver en accord d'idées et de sentiments, mais dans lequel je me complais, je l'avoue, à contempler le rare et trop rare exemple d'un physiologiste, d'un savant accrédité, ayant une entente parfaite des choses de la métaphysique : « Nous ne sommes sûrs, ce qui s'appelle sûrs, clamante conscientia, c'est le cas de le dire, que de notre propre sensibilité », dit M. le docteur Lélut dans sa Physiologie de la Pensée (Paris, 1862, 2« édition, p. 101). Le mot sensation eût remplacé ici, je crois, avec avantage, le mot sensibilité ; mais cette sentence n'en est pas moins un axiome doré, digne d'être tracé sur le frontispice de tous les laboratoires qui servent de sanctuaire à notre philosophie soidisant expérimentale et positive.

Je sens, je pense, telle est donc notre seule certitude, certitude immédiate, vraiment expérimentale et seule digne de ce qualificatif. De ce fait primitif, de ce fait, je le répèle, seul d'observation réelle, seul de certitude indubitable, un grand fait secondaire découle par voie d'induction: le fait d'une cause de laquelle émnnont cctto sensation et cette pensée.

Et cette cause se dédouble en deux facteurs : le Sujet et

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rObjet ; c'est-à-dire : ce qui sent et pense, ce qui est senti et pensé. Mais au fond ce ne sont là que deux vues de Fesprit, deux hypothèses, qu'il n'existe aucun moyen de vé-

Cependant, et tout en se disant bien que le fait de sentir et de penser, le fait de conscience en un mot, est en toute rigueur le seul fait vraiment positif et hors de conteste, et que les deux conceptions corrélatives du sujet et des objets ne sont après tout que des idées d'idées, nous nous dirons que toute la science est fondée sur celte création idéale, et que les rapports ou lois intrinsèques que la logique établit entre ces idées ne sont pas moins nécessaires et impéralives, et n'ont pas moins de puissance vis-à-vis de nous,

1. Nous croyons devoir citer ici, à Tappui de nos opinions, le jugement d'un auteur illustre en grand crédit chei les hommes de science, le chef du positivisme anglais. On lit ce qui suit dans l'excellente traduction française due à M, Louis Peisse, du Système de Logique de John Sluart Mill (t. I, p. 6&|.

« Il n'y a pas la moindre raison de croire que ce que nous appelons les qualités sensibles de l'objet soient le type de quelque chose d'adhérent a la chose, ou qui ait quelque affinité avec sa nature propre. Une cause, en tant que cause, ne ressemble pas à ses effets, un vent ne ressemble pas à la sensation de froid, ni le chaud à la vapeur d*eau bouillante. Pourquoi donc la matière ressemblerait-elle à nos sensations f Pourquoi la nature intime du feu ou de Feau ressemblerait-elle à l'impression que ces objets font sur nos sens î et sur quels principes sommes-nous antorisés à conclure des effets quelque chose touchant la cause, sauf ceci, qu'elle est une cause adéquate à ses effets ? On peut donc étabUr comme une vérité évidente par elle-même et admise par tous le$ mtteurs dont il y ait maintenant à tenir compte, que nous ne connaissons du monde extérieur et m pouvons en connaître absolument rien, >»

Citons encore ici les paroles d'un autre savant anglais des plus illustwi, heureusement rappelées par M. Ramon de la Sagra. SirHumphry Davy, dans un de ses Mémoires sur les effets physiologiques du protoxyde d'aiote, décrit ainsi l'état mental où il s'est senti à l'issue d'une expérience qu'il venait de faire sur lui-même de l'action de ce gaz :

• iê me promenais, dit-il, dans l'appartement, indifférent à ce qui se disait autour de moi. Enfin, je m'écriui, avec la foi la plus vive et l'accent le plus pénétré : « Rien n'exiate que la pensée î l'univers n'est composé que d'idées, d'impressions, de plaisirs et de souffrances. »

que si elles régissaient véritablement les réalités supposées, les réalités apparentes qui nous sont représentées par leurs concepts ; de telle sorte que, en ce qui a rapport à la conduite ordinaire de la vie, la question de la réalité absolue devient oiseuse. Analysons donc les idées des choses comme si les choses, au lieu d'être une fiction ou tout au moins une notion d'ordre purement logique, étaient la réalité même; le résultat de nos spéculations et notre conduite à tenir seront les mêmes dans tous les cas.

67. Or, l'idée de ce qui est en moi, qui est moi, l'idée du sujet, et l'idée de ce qui est hors de moi, de ce qui n'est pas moi, l'idée des objets, comportent sans doute un caractère commun, celui de force ; mais aux objets seuls nous attachons un autre caractère, celui de l'étendue. Les objets se présentent donc à notre conception comme une catégorie essentiellement formée des qualités de force et d'étendue, et cette catégorie a été désignée par l'appellation de matière.

Et maintenant, une nouvelle question se présente pour celui qui poursuit dans ses derniers confins l'analyse de la connaissance. Quel rapport y a-t-il entre le moi, entre le sujet, et cette matière ? Nos expérimentalistes, nos prétendus empiriques, dont l'esprit illusionné, lâchant la proie pour l'ombre, laisse échapper la seule vraie donnée de l'expérience, le phénomène subjectif, pour se rejeter sur un douteux reflet de cette vérité, la réalité objective ; nos expérimenlalistes, dis-je, n'hésitent pas à fondre le sujet dans l'objet, dans la matière, car cette matière, c'est la seule chose qu'ils aperçoivent, leur faible discernement analytique ne leur ayant pas permis de s'aviser de leur être propre, de l'être sentant et pensant, bien autrement certain que la

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chose sentie et pensée, laquelle n'en est qu'une émanation induclive. Incapables de se rendre compte de la filiation de leurs idées, ils prennent Tidée mère pour l'idée fille et ridée fille pour Fidée mère. Aveugles à cette évidence que ridée du monde sensible et intelligible, Fidée de la matière, naît de la sensation et de l'intelligence, ils renversent le rapport naturel de ces deux termes et font de la sensation et de l'intelligence un produit de la matière ; et, méprise plus prodigieuse encore, ce produit, pour eux, est contingenl, éventuel, la matière ne le réalise que dans certains cas, dans certaines conditions rares, exceptionnelles; de telle sorte que, à leur sens, le seul essentiel et nécessaire se métamorphose en accident !

Mais descendons de quelques degrés de ces hauteurs abstraites où, comme au sein d*ane atmosphère trop subtile, Fespril respire difficilement, se sent mal à l'aise et ne peut soutenir une station prolongée.

Les matérialistes soutiennent donc que les phénomènes subjectifs, autrement dit psychiques, sont un effet de la matière, c'est-à-dire le résultat du concours de certaines parties matérielles. Sans s*élever aux considérations les plus transcendantes de la métaphysique, leurs contradicteurs trouvent dans l'ordre mathématique, et dans un ordre de faits encore n.oins abst.aU, des arguments victoneu. con- Ire cette thèse.

Les spiritualistes affirment que Fâme, c'est-à-dire la cause efficiente et intrinsèque des actes psycbiques, ne peut se concevoir autrement que comme une substance simple, inétendue et, conséquemment, immatérielle. Ils disent, ou pourraient dire : « Le fait psychique, le fait de conscience se passe sans doute dans Fespace, dans un espace circonscrit et déterminé, dans ce que nous appelons le corps, et tout particulièrement dans celte portion du corps

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nommée le cerveau ; mais le point précis où ce fait se passe, le siège intime de la conscience, ne saurait être un point matériel, ce ne peut ôtre qu'un point rigoureusement géométrique. En effet, tout le monde conviendra qu'il serait absurde de dire que le centre des opérations psychiques de Jacques se trouve dans Pierre ; car Jacques et Pierre étant deux individus distincts, s'il y a conscience chez Fun et chez l'autre, cela fait deux consciences étrangères l'une à l'autre, et cela parlant ne saurait constituer une conscience unique et identique. Or, n'est-il pas évident que cette impossibilité mathématique de faire participer deux individus à une seule et même conscience est tout entière dans l'impossibilité de diviser la conscience individuelle par un intervalle quelconqne, sans faire de cette conscience unique plusieurs consciences distinctes et différentes, c'està-dire sans détruire son individualité, son identité? »

Ainsi, le fait de conscience ne peut avoir pour gîte qu\m lieu inétendu, car si ce lieu était étendu chacune des parties de ce lieu serait elle-même siège de conscience, c'est-à-dire siège d'une conscience individuelle nécessairement autre que celle qui siégerait dans chacune des autres parties ; d'où forcément autant de centres de perceptions psychiques que de divisions possibles dans le lieu présumé de la conscience. Ce lieu, le lieu ^de la conscience individuelle, de l'unité psychique, du moi, ne peut être donc qu'inétendu, il ne peut être qu'immatériel. Donc, ce n'est pas la matière, ce n'est pas un assemblage de parties étendues qui peut sentir, qui peut penser, ce n'est pas la matière, qui peut ôtre sujet de sensation et de pensée ; et dès lors il devient tout aussi peu exact, tout aussi naïf de croire que le cerveau sent et pense que d'attribuer aux piles génératrices d'électricité d'un télégraphe électrique

L'AME DEVANT LA SCIENCE

la génératioE des idées exprimées dans le télégramme *.

1. La psychologie matérialiste de nos physiologistes procède d'une méprise radicale consistant à prendre la perception elle-même pour un objet de perception extérieur à l'observateur et extérieurement observable comme tout ce qui appartient au monde objectif, alors qu'elle est l'acte même de percevoir, Facte du sujet percevant, entièrement renrermé en lui et absolument inaccessible à toute observation étrangère.

Que tout phénomène psychique — sensation, volition, pensée, — s'ac- «inipagne d'un phénomène physiologique consistant en une modification quelconque de la matière cérébrale, il n'en faut point douter. Mais ce concomitant matériel et matériellement sensible ou concevable de l'acte de conscience, n'est pas cet acte de conscience lui-même. Celui-ci ne peut être directement observé que par son sujet, par son agent conscient ; ce tfeil que dans ses concomitances matérielles, physiologiques, et parlant Indirectement, qu'il devient objectivement observable. Mais ces concomitances matérielles du phénomène psychique n'ont avec lui aucun rapport de nature. En existe-t-il aucun entre l'onde élhérée dite lumineuse et la sensation de lumière? Non, aucune, physiciens et physiologistes en sont aujourd'hui tous d'accord.

Eh bien, on ne saurait découvrir une hétérogénéité moindre et moins absolue entre le phénomène iout subjectif de sensation, de volition, de pensée, et le phénomène toM«o6i<îcrif de sécrétion, de combinaison chimique ou de vibrations présenté par le cerveau. Confondre deux choses de nature si opposée constitue une méprise incommensurablement plus forte que celle du singe de la fable prenant le Pirée pour un nom d'homme.

On nous dit : <t Faites-nous voir une âme, et nous y croirons. »

€ette demande n© comporte qu'une réponse ; c'est une autre demande, ■qm voici :

« Faites-moi voir une pensée, une volition, une sensation, et je croirai qu® ces phénomènes psychiques ne sont qu'une modalité de la matière. »

Les physiologistes arguent encore contre l'existence propre de Fâme et en faveur de leur doctrine qui attribue au cerveau lui-môme la capacité de sentir et de penser, de ce que la psyché cesse par intervalles de raalifeiter cette propriété essentielle, d'où ils concluent qu'elle cesse d'être, et qu'en réalité elle n'est autre chose que l'aclion cérébrale.

Mais alors il faudrait nier aussi l'existence du cerveau comme machine à sentir et à penser, puisque son activité sensorielle et mentale est également sujette à intermittences.

L'énergie cesse-t-elle d'être, parce qu'ell*» est temporairement réduite à la potentialité pure ? Non, il est reconnu qu'elle reste entière, intacte.

Et l'intervention d'une cause éventuelle venant déterminer une énergie potentielle à passer â l'actualité peut-elle être dite créatrice de cette énergie? On sait le contraire. Eh bien, il en est pareillement du principe dynamique qui se manifeste à soi-même par la conscience, autrement dit F âme : le cerveau n'est que l'instrument de rapport, la machine au moyen de laquelle fâme agit sur les forces ambiantes et est actionnée à son tour par elles. (Note de le 2« édition.)

68. Ainsi, le principe conscient, le principe psychique est une force distincte de la matière, l'âme est distincte des organes, Tâme est une force inétendue. Mais s'ensuit-il donc, ainsi que le prétendent les spirilualistes, que Tâme ou esprit et la matière soient l'une vis-à-vis de Tautre daas le rapport de deux principes antagonistes, primordiaux et réciproquement irréductibles? Assurément non. Décomposons ridée de la matière, et celle analyse nous donne des éléments qui se confondent avec l'idée de l'âme elleinôme. En effet, la conception de la matière comme une force étendue se ramène rigoureusement à la conceplion d'un assemblage, d'une pluralité de forces simples, de forces inétendues.

Veuillez suivre encore le raisonnement suivant : Toute portion de matière est essentiellement et nécessairement constituée par une réunion de parties, car si elle n'avait point de parties elle ne serait pas matière. Mais la réunion de ces parties suppose une force motrice qui les rapproche et les retient ensemble. Cette force motrice est donc antérieure à l'agrégation qu'elle détermine et soutient; mais en même temps elle est nécessairement présente dans la plus petite parcelle imaginable de matière. Dès lors, en supposant la matière divisée à l'infini, nous concevons qu'elle se résout et se détruit par la séparation de ses éléments. Mais que reste-t-il api^ès cet anéantissement idéal de la matière ? ou, si Ton veut, qu'existe-t-il avant Texistence de la matière ? Je réponds : Il subsiste ce qui lui est constamment, éternellement antérieur, c'est-à-dire les forces motrices qui la précèdent et dont elle est le

produit.

Les éléments constituants de la matière sont donc ces

forces elles-inôiiies, c'est-à-dire des forces inétendues, simples, indeslrucUbles, immorlelles, et la conception mathématique du principe de la matière se trouve de la sorte coïncider eiactenienl et se confondre entièrement avec la conception de râmc immatérielle à laquelle le spiritualisme classique reste obstinément attaché.

Là, Messieurs, est la solution de Tantinomie ontologique, solution conciliatrice qui met d'accord les deux doctrines ennemies en les complétant Fune par l'autre. Avec le matérialisme, reconnaissons qu'il n'y a qu'une substance, et reconnaissons en même temps que le spiritualisme était fondé à soutenir que le principe delà pensée est une substance immatérielle.

L'immatériel fait le fond tout entier de la matière ; ce sont les physiciens eux-mêmes qui, en suivant leurs propres voies d'analyse, sont arrivés aujourd'hui à cette conclusion. Un de nos écrivains les plus distingués * écrivait il y a quelque temps : <r Plusieurs physiciens du premier ordreadmettenlaujourd'hui que les molécules(?) matérielles (?) ne sont que des centres géométriques d'attractions ou de répulsions... et M. Berthelot, dans un mémoire récent, présentait une théorie de la matière toute mathématique et tout abstraite, etc. » Et maintenant voici ce que nous apprend un illustre chimiste français de [opinion d'un très illustre chimiste anglais sur le sujet qui nous occupe : w II ne croyait même pas w, dit M. Dumas en parlant de Faraday, « à Texistence de la matière, loin de lui tout accorder... Ce que Ton appelle la matière n'était à ses yeux qu'un assemblage de centres de forces. » Dumas (Ehge historique de Faraday^.

Oui, les corps ne sont que des assemblages de centres

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