Paris, 186(s 1 vol. in
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téraiion momenlanée dans leur cspriL Pour s'«'»difier à cet égard, on trouvera un grand nombre d'expériences de cet ordre relatées dans VEncyclopédie anglaise de Todd et Bowman, dans les Principes de Physiologie Humaine du docleur Carpenter, dans les écrils de Braid, dans mon Coitrs de Bmidisme, el dans quelques aulres publications encore. Il serait grand temps que la psychologie médicale se mît à élurtior sérieusement ces faits, qui, il y a dix ans, liiirent tonte la médecine en émoi pour tomber aussitôt dans Foubli le plus complet i.
Cependant, j^admets sans peine que, dans certains cas, le moi cérébral, notre moi, ne soit pour rien dans les actes de noire corps, alors que ce corps, rais dans Tétat ânes- Ihésique, exprime la douleur, la crainte, la volonté, le discernement. Mais les étals de l'âme ligures par ces apparences n'en sont pas pour cela moins réels. Si ces alFections mentales n'ont point pour siège l'âme centrale, qui trône ao cerveau, et qui concentre en son indivisible personnalité psychique la personne collective de l'organisme, on peut légilimcment les attribuer aux centres nerveux échelonnés tout le long de Taxe médullaire.
c* Point d'impression sentie, point dlmpression réfléchie », dit fort justement M. Chamberl, cité par M. R. de la Sagra. ilais tel n'est pas, bien entendu, l'avis de ce der-
1. Jl s'agit de la grande découverte sensalionnelle de l'anestliésie hypnoliqiie, en 1853, qiiea'aUribuaieiil trois agrégés de la FacuUé de médecine de Paris : Azani, Broca et Follin. Celle fausse découverte mil en émoi et dans l'enthousiasme les corps savants et le public pendant trois semaines et fut Idehp'e tout à coup et conspuée par ses auteurs et par tout le monde, en présence d'une autre décou¥erte,celle-ci vérilable,à savoir que l'hypnolisme était une invention déjà vieille de vingt ans, et qu'elle avait les rapporls les plus suspecis avec la bête noire de l'Académie de médecine. le magnétisme animal. Autres vingt ans «'écoulèrent, el Gharcot, avec plus de ténacité et de succès que Broca et ses a8sociés,opéra une deuxième réinvention de l'hypnotisme, celle-ci durable. (Note de la 2» éd.).
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nier, et il ajoute : « Ce principe, ainsi formulé, est encore une erreur des physiologisles qui Tadmettent. // n'est pas nécessaire que rimpression soit sentie , pour qu'elle soit réfléchie', il suffit qu'elle soil arrivée au centre nerveux où s'opère le changement de direction, où le mouvement de centripète devieni cenli^ifuge, etc. »
Toujours Tautomalisme de la moelle, cette hypothèse contraire à toule apparence, à loule vraisemblance, à toute logique ! Nous Tavons réfutée ailleurs dans son principe et à plusieurs reprises; revenons-y néanmoins, mais seulement pour répondre à quelques considérations de détail présentées par M. Brown-Séquard à l'appui de celte doctrine.
Dans un mémoire publié dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences du 3 décembre 1849, et cité dans l'ouvrage que nous analysons, l'éminent physiologiste a déduit de ses expériences, entre autres conclusions, celle-ci :
« Que les animaux peuvent crier alorsqu'on leur a enlevé tout leur encéphale moins la moelle allongée ; que Texistence des cris ne pont pas prouver qu'il y a eu perception de douleur, puisque les cris résultent de contractions musculaires qui peuvent être de l'action réflexe, comme les contractions des muscles des membres ;
» Que si Ton admettait que les cris prouvent qu'il y a eu perception de douleur, il faudrait admettre que la moelle allongée sert aux perceptions de douleur ;
» Que si l'on admettait que l'agitation prouve aussi qu'il y a eu percepLion de douleur, il faudrait admettre que la moelle épiuièrc sert à ces impressions. »
Eh ! vraiment oui, dirai-jc à M. Brown-Séquard en me permettant de le prendre à son tour à partie, oui, en vérité, il y a perception de douleur dans les centres cellulaires de la moelle allongée d'où partent les réactions motrices dites
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réflexes qui vont tendre les cordes vocales et déterminer lexpiralL violente de iair s'échappant en cris doulourcui ; oui certes, chose qui vous paraît plus inadmissible encore, les centres de la moelle épinière sont, euxaussi, le siège d'un agent psychique qui perçoit en douleur les impressions centripètes provoquant des réactions motrices centrifuges ; oui, il y a sensibilité et volonté dans la moelle allongée ; oui, il y a sensibilité et volonté dans la moelle épînîère. Pourquoi en douterlez-vous? Une telle conclusion nVst-elle pas la seule logique, la seule possible à lirer des faits observés? tous les faits ne la justifient-ils pas pleinement, ne rira posent-ils pas, et en est-il un seul qui, ramené à sa signification réelle, tende à Tinfirmer?
Sans doute vous m'objecterez que la conscience qui siège au cerveau est inconsciente de mes prétendues sensations et volitions des centres de la moelle, cl vous en conclurez que de telles opérations psychiques ne sont point perçues, c'est-à-dire qu'elles n ont aucune réalité, qu*il n'en existe, qu'un simulacre. Mais qu'où y songe : il n*est pas plus permis de dénier la conscience aux centres médullaires du mouvement réflexe, par cela seul que leur conscience n'est pas la conscience du cerveau, qu'il ne me serait permis de nier que votre cerveau ait une conscience par la raison que cette conscience vôtre n'est point mienne, n'est point celle que je porte en mon cerveau personnel.
Que M. Brown-Séquard pèse encore l'argument suivant que je lui soumets sous forme d'interpellation :
Si les observations de physiologie expérimentale sur lesquelles il raisonne ici se rapportaient à certains invertébrés au lieu d'être relatives à des animaux supérieurs, en tirerait-il les mêmes conséquences ? De ce que les sensations et les volitions apparentes manifestées par les ganglions mélacéphalîques de la chaîne sous-intestinale d'un
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annélide,d'un ver de terre, par exemple,ne sont point perçues dans le ganglion cérébroïde, notre habile professeur se croirait-il autorisé à affirmer que ces apparences de sensation et de volition sont des effets purement réflexes^ c'est à-dire, suivant le sens qu'il donne à ce mot, de purs effets mécaniques? Non, car M. Brown-Séquard sait fort bien que les segments métacéphaliques, amputés de leur tête, n'en continuent pas moins à vivre d'une vie complète et permanente, et à remplir toutes les fonctions de vie de relation propres à ces animaux, non moins que leurs fonctions végétatives, ce qui prouve bien que les centres nerveux qui animent les mouvements de ce tronçon postérieur de l'annélide portent en soi, d'une manière intrinsèque, un centre sensitif et volitif, un centre de conscience, un moi distinct en tout semblable au moi résidant dans le ganglion céphalique retranché. Or M. Brown-Séquard n'ignore pas que la chaîne nerveuse sous-intestinale des animaux articulés est, au point de vue analomique et physiologique, Téquivalent exact de notre axe cérébro-spinal, et que nos centres réflexes de la moelle allongée et de la moelle épinière sont les homologues métacéphaliquesde cette chaîne. Pourquoi donc, reconnaissant dans ceux-ci le siège d'une conscience, le siège d'une âme vivante, ne veut-il voir dans ceux-là qu'un ressort inerte d'automate?... Mais j'ai beau réitérer cette question depuis quinze ans, je ne puis arracher aux physiologistes ni une réfutation, ni une rétractation î
Gonvince a man against his will, He will hâve his opinion still.
Cependant, leur silence n'est-il pas un aveu d'impuissance? Provisoirement, je le tiendrai pour tel en attendant qu'on s'explique.
Ceci est dit afin d'établir comme quoi Timpassibilité de
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M. RamoB de la Sagra et de tant d'autres en présence de la douleur apparente des opérés en étal d'anesihésie, est une disposition fort peu légitime si elle ne se fonde que sur la conviction où sont ces savants d'èlrc en présence d'une simple peinture en cris et en gestes, d'assister à une pantomime d automate.
77. Je ne veux pas clore la discussion sur ce sujet si grave de psychologie physiologique et médicale sans en indiquer encore un autre aspect.
Si la sensibilité a pu être niée malgré le témoignage de Tapparence, à plus forle raison devait-on la méconnaître alors que ce témoignage était conirc elle ; et à mon avis c'est ce qui a eu lieu. Je suis persuadé que dans beaucoup de cas, alors que l'opéré, placé dans Tétat aneslhésique, ne donne aucun signe de sensation, et, à son réveil, déclare n'avoir rien senti, il y a eu néanmoins un étatde sensation et de douleur, et le pire de tous peut-être ! Et, quoi qu'il en soit en réalité, je liens à faire voir que cette insensibilité doublement apparente peut n'être qu'une apparence menteuse, et que nous n'avons aucune raison de nous y lier. Et ce que je dis de l'anesthésie artificielle produite par l'éther ou le chloroforme s*app1ique, et avec non moins de force, à Tanesthésie épileplique admise et professée par tous les auteurs.
Que nos psychologues, nos physiologistes et nos patholoeîstes veuillent bien suivre ce raisonnement : Les somnambules sont-ils ac.uellement conscients, sensibles ot voiilants? — Oui, sans doute, on ne le nie point. Et cependant, une fois réveillés, ils assurent n'avoir aucune idée, aucun souvenir, aucune réminiscence de ce qu'ils onteffectivement senti, soulîert, voulu et exécuté pendant leur sommeil. Donc, on peut oublier totalement, par le seul
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effet du passage de l'état de sommeil à l'état de veille, toutes les sensations, émotions et idées qu'on a perçues durant le premier de ces doux états ; donc le témoignage du somnambule éveillé, et par la même raison celui de l'épileptique revenu à lui, et celui de l'anesthésie revenu à lui, sont sans valeur, et ne doivent rien faire préjuger de la situation sensorielle et mentale des sujets pendant la période anormale.
Et maintenant, n'est-il pas vrai que les cataleptiques en crise n'offrent à l'observateur aucun signe de conscience, aucun signe de sensation, aucun signe de vouloir, aucun signe de connaissance? En conclut-on qu'ils soient inconscients en réalité? — Non, parce que, rappelés à la vie ordinaire, ils nous affirment et nous prouvent avoir eu la pleine conscience de tout ce qui se passait en eux et autour d'eux.
Donc, le corps peut être sans mouvement et inerte comme un cadavre et sans réaction musculaire aucune aux stimulants les plus énergiques, et l'être sentant et pensant ou les êtres sentants et pensants qui animent ce corps peuvent en môme temps être livrés à des souffrances affreuses, à des angoisses horribles, comme les déclarations de certaines hystériques ne peuvent laissera cetégard le moindre doute.
Donc l'épilepliqup et l'anesthésie agité peuvent actuellement être en proie à la douleur quoique leur mémoire n'en porte aucune trace au réveil ; donc l'anesthésie à la fois passif et sans souvenir peut, lui aussi, être le témoin pleinement conscient et la victime pleinement souffrante des actes violents pratiqués sur son corps. . ..^etnunc erudimini !
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VARIÉTÉS PHILOSOPHIQIJÉS
78. Notre critique s'est portée jusqu'ici sur les thèses spéciales qui ont reçu leur développement dans l'ouvrage confié à notre examen ; mais il en est encore une qui, pour figurer dans cet ouvrage à titre de simple énoncé, et, pour ainsi dire, de hors-d'œuvre, en constitue néanmoins la pensée fondamentale ; nous croyons, pour cette raison, devoir en dire quelques mots. Au surplus, le sujet nVsl-il pasaussi étranger qu'il peutle sembler d'abord au programme denos études de psychologie médicale,
M. R. de laSagranest point de ces esprits étroits et sans portée qui se conlentent de voir les questions par le petit côté spécialiste, et qui ne se sentent ni le désir ni le pouvoir de les envisager d*un point de vue élevé, de les embrasser dsins leur ensemble et de les poursuivre dans leurs applications dernières. Cet auteur n est point de ceux qui paraissent dépouiller leur qualité d'homme pour revêtir celle de savant, qui se renferment et se murent dans une spécialité scientifique plus on moins bornée, soit pour y pratiquer un métier, soit pour s'y livrer aux égoïstes satisfactions d'un goût d'amateur. M. R. de la Sagra ne fait pas de la science pour la science ou ponr lesavanlages qu'en recueille le savant ; ses curieuses et laborieuses recherches ont un mobile supérieur. Ami de l'humanité et philosophe, ce sont tous les grands intérêts de l'homme qui animent son zèle, et c'est surtout dans l'espoir d'y rencontrer les données indispensables pour la solution des problèmes de Tordre moral et social qu'il s'est mis à voyager à travers les sciences. Honneur à sa noble entreprise, et puisse-t-il avoir bientôt des imitateurs nombreux ! Mais la critique ne doit pas seulement des encouragements à ces louables tenta-
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tives ; elle leur doit surtout des avertissements. Car si la critique est tenue à la modestie en se rappelant que sa tâche, comme le poète l'en avertit, est la plus aisée, elle doit s'appliquer d'autant mieux à la bien remplir ; aussi nous allons continuer à nous expliquer avec une entière franchise sur l'œuvre de notre estimable auteur.
79. Le zèle du bien a égaré M. R. de la Sagra. A ses yeux — et il en est beaucoup aujourd'hui qui pensent comme lui, on le sait — la plaie et le danger de notre époque sont dans les progrès du matérialisme et de l'athéisme. M. R. de la Sagra a cherché dans l'arsenal de la science des armes nouvelles pour combattre ce double fléau ; ce sont là des armes loyales, et nous n'avons qu'à le louer d'y recourir. Mais ne compterait-il pas sur leur puissance un peu moins qu'il ne le dit? Le fait est qu'il ose demander en outre l'appui du bras séculier, ce sinistre auxiliaire de l'intolérance d'autrefois ! Si j'en juge par son nom, M. Ramon de la Sagra est Espagnol : serait-ce l'influence de l'éducation ou celle de la race qui aurait fait passer le souffle de l'Inquisition dans cet esprit d'ailleurs généreux et libéral? Quoi qu'il en soit, l'auteur s'abuse étrangement s'il s'imagine que son livre échapperait au feu des auto-da-fé, qu'il semble vouloir rallumer..! « Notre tolérance », dit-il, « ne s'étend pas à la négation des grands principes religieux, dont nous voyons, avec un étonnement mêlé de pitié, une nouvelle école acharnée à poursuivre la destruction. Nous dirons franchement, à ce sujet, que nous ne comprenons pas le rôle des gouvernements conservateurs qui tolèrent des attaques publiques et réitérées aux principes essentiels de leur existence et de celle de la société. » (P. 2A
L^AME DEVANT LA SCÎËNCÊ
Nous sommes loin de nier la réalité el la gravité exlrômes du mal signalé par l'honorable écrivain ; mais ce mal, nous le voyons moins dans la ruine de certaines croyances qui semblent avoir fait leur temps, que dans4e déplorable retard que l'esprit de critique scienlilique, tout à l'œuvre de dissolution, apporte à remplacer un transitoire édifice par une construction durable.
Cependant, accusons plutôt rimpuissance de la science que son mauvais vouloir ; et cette impuissance a ici les mômes causes que partout ailleurs : c'est toujours ce môme vice radical de méthode qui consiste à laisser à Fétat vague el incohérent les notions-principes sur lesquelles on discute, sur lesquelles on théorise. 11 faudrait commencer par faire Tordre et la lumière dans ce chaos, au lieu de sévertuer à fonder la démonstration de la vérité sur le comble de l'obscurité et de la confusion.
M. Ramonde la Sagra, qui a si bien compris et si bien fait ressortir à certains égards celte faute originelle, source de tant d*égàrements, de tant de malentendus, de tant de querelles sans fruit et sans issue, aurait bien dû prêcher d'exemple ; mais il n'en a rien fait. Nous avons déjà vu qull s'était entièrement abstenu de nous donner sa délinilion de l'âme, dans une disserlation consacrée à établir la réalité de la chose indiquée par ce mot. Pas davantage ne s'est-il jugé tenu à nous apprendre ce qu'il entend par ces motsde Religion et d'Irréligion, de Dieu et d'Athéisme, qui ont la vertu de le passionnel*, et dont il fait deux drapeaux adverses sous lesquels il appelle à venir se ranger les amis et les ennemis du bien public pour se livrer une dernière el suprême bataille, pour engager un duel à mort.
Hélas! Messieurs, on ne s'est déjà que trop battu joowr des mots ; si la science et la philosophie ont à prêcher une croisade, que ce soit plutôt contre ces mots dépourvus de
sens, contre ces signes vides de signification et gros de sanglants litiges. Quelle humiliante et lamentable duperie que celle de ces sons creux 1 Ils ont le pouvoir de nous exalter jusqu'à la fureur, et de nous déchaîner, tels que des animaux féroces, les uns contre les autres ; et nous ignorons pourtant ce que ces grands et tout puissants vocables veulent dire ; et j'ajoute qu'ils ne veulent absolument rien dire, puisqu'ils restent sans définition aucune, el qu'il est laissé loisible à chacun de nous de les entendre comme il lu plaira I
Discuter,se disputer et s'entr'égorger sur des syllabes dénuées de sens, quelle folie, quelle misère, quelle dégradation de Tesprit humain !
Théistes et Athées, ceux qui affirment Dieu et ceux qui le nient, ceux qui combattent pour sa gloire et ceux qui ont entrepris de l'humilier, ont le bras également fort et sont tout aussi vaillants les uns que les autres, il faut le reconnaître ; mais que ces héros de la controverse nous apparaissent enfin ce qu'ils sont en réalité, el rien de plus : des paladins de logomachie I
Comment ne pas voira quel point ce duel théologique est absurde, est insensé, quand on jette les yeux sur Thistoire du mot qui en est le sujet, c'est-à-dire sur l'histoire .des idées que ce mot a successivement ou simultanément recouvertes! Ces idées,en e(To(, sontdépourvues de tout lien logique, de toute parenté naturelle,et offrent les plus bizarres disparates. Quel rapport dénature, quel commun attribut peut-on découvrir entre le fétiche des sauvages, un serpent, un arbre, un caillou, que vous appelez leur dieu, el le dieu de la métaphysique grecque, c'est-à-dire le concept de la substance du monde considérée purement en soi abstraction faite des phénomènes divers et muables par lesquels elle se manifeste? Qu'y a-t-ilde commun encore,
si ce n'est le nom lui-même, entre le dieu du polythéisme mythologique d'Homère, c'est-à-dire un fait de la nature physique ou morale, tel que le soleil, tel que le feu, la nuit, le jour, l'amour, la colère, etc., et ce Dieu d'une grande religion venue plus tard, lequel a fini par s'identifier à un certain personnage historique? Quel rapprochement d'idées peut-on établir entre ces diverses applications du mot dieu elle sens que lui donnent certains autres philosophes pour qui Dieu est défini : ou le souverain bien, ou la perfection absolue, ou l'idéal suprême f
C'est ici le cas de répéter le cri d'étonnemenl el le blâme arrachés par cet énorme abus du mot Dieu à M. le professeurE.Caro, membre de l'Académie des Sciences morales, dont les opinions religieuses sont bien connues : « Comment comprendre », s'écrie-t-il, « cette obstination à se servir d'un mot qui ne représente plus rien ! » {De ïldée de DieUy 2« édit. Paris, 1864, p. 463.)
Il a pourtant fallu, dira-l-on, une filiation, une association d'idées quelconque pour amener les hommes à réunir toutes ces choses, si hétérogènes qu'elles soient, sous une appellation univoque. Oui, sans doule, mais cet enchaînement d'idées, dont on ne s'était pas jusqu'à ce jour rendu compte, se trouve être entièrement faclice, c'est en quelque sorte un pur accident.
80. Auguste Comte est le premier, je crois, qui se soit inscrit en faux contre l'opinion, professée Jusqu'à ce jour par la presque universalité de nos hiérographes, suivant laquelle le Polythéisme naturiste aurait été l'expression originelle et spontanée de la pensée religieuse chez les divers peuples, chez ceux de la race des Aryas tout au moins. Le célèbre positivisteasoutenuqueleNaturisme mythologique
L AME DEVANT LA SCIENCE
avait été précédé par le Fétichisme, et que c'est celui-ci, et non celui-là, qui s'offre partout comme le premier rudiment des religions.
A. Comte est en ceci dans le vrai, quant au fond ; seulement, sa thèse pèche en ce qu'il ne s'est pas rendu compte bien exactement du sens intime des croyances et des pratiques fétichistes. Suivant l'erreur commune, il a cru voir l'objet même de ce culte dans ce qui n'est en réalité qu'un signe représentatif de cet objet, ou un moyen, un organe liturgique.
L'étymologie de notre mot aryaque Dieu^ en latin, deus, en grec, ôeo; pour ScFèç, en sanscrit, déva, est l'argument favori que la critique hiérographique met en avant pour la démonstration de sa thèse. Ce mot, nous fait-on remarquer, a pour racine un thème di, voulant dire briller, et le sanscrit d^va, qui, comme substantif, a le même sens que deus, est primitivement un adjectif ou un participe qui signifie brillant. Le brillant, telle est ainsi, ajoutent les hiérographes, la dénomination la plus ancienne de l'être que nous appelons Dieu ; et de ce fait il appert, conclut-on, que les astres furent les dieux que les hommes saluèrent et adorèrent à l'origine.
Il ne faut voir dans ce raisonnement qu'une savante erreur. La preuve déduite de l'allusion à la lumière qui est contenue dans le sens radical du vocable dieu, s'évanouit tout d'abord devant quelques considérations linguistiques très simples, que voici :
Divus (= deus, dius) et Dives sont deux dérivés jumeaux du même radical, c/i, briller ; et ils ne diffèrent entre eux que parleurs désinences, î>m^ et r^^, pour vêts, et primitivement vas et vats^ dont la valeur significative {prœditiis) est sensiblement la même. Tout indique que ces deux expressions sœurs ont dû être employées au commencement avec
ti
VAmÈTÊS PHILOSOPHIQUES
une acception équivalente, et se prendre indifféremment l'une pour l'autre ; mais peut-on admettre que cette significtiion primitive et propre, commune à ces deux mots, ait été celle d*une dénomination sacrée des astres en tant qu'objetsd*adoration dans le polythéisme naturiste ? A ce compte, dives aurail donc été employé au début comme synonyme de Dieu, dans le sens dont il s'agit ! Mais une telle vue ne serait pas seulement hypothétique, elle serait contraire à tous les documents.
11 est naturel de supposer que rftri?^ et rfti'ti^ furent affectés tous deux, dans le principe, à désigner les chefs parmi les hommes, les nobles, et le choix de tels mots — dont le sens radical, nous l'avons vu, est celui de brillant ~ se trouvait indiqué et justifié peut-être par les signes visibles qui faisaient distinguer ces chefs de sauvages d'avec la foule, c'est-à-dire par l'éclat relatif de leurs armes et de leurs parures ; à moins que ce choix d'expressions ne tînt à une association métaphorique eutre l'idée de splendeur physique et l'idée de la puissance *.
1 . Dans une coiiTersalion qae j'ai eae toul dernièrement avec notre Mérograptie français le plus célèbre (Alfred Mfiury), ce savant m'a fait l'honneur de discuter avec moi mon argument linguistique. Il en conteste absolument la valeur, en se fondant sur ce que dives aurait une origine phonétique distincte de celle de mvus, et dériverait d'un thème oii, voulant dire posséder ; et mon éminent contradicteur maintient d'autre part, et plus que jamais, la thàse de l'application primitive de l'aryaque 0AIWA, dem, à la désignation des corps célestes. A une si haute autorité je ne saurais être admis à opposer que des autorités ; je vais donc indiquer les témoignages sur lesquels j'ai cru pouvoir m'appuyer, et j'ose demander un nouvel et plus attentif eiamen de ces preuves à mon iliiistre ami, qui n'est pas moins renommé pour sa rare impartialité que pour son érudition immense.
Un autre linguiste bien connu, et dont je n'ai jamais entendu mettre en doute la compétence, le rédacteur en chef de la Bévue de Linguistique, professe sans hésitation la parenté étymologique dea deni mots oivvs el »ivts, quHl rattache l'un et l'autre au même radical oi, briller; et il con- <***" «>» «^«ux dérivés comme deux formes jumelles n ayant entre elles d'autre différence que celle des sufHxes vvs et vis pour vus. lesquels
L AME DEVANT LA SCIENCE
Que, sortant de Tacceplion plus large de chef, de maître, de noble, de puissant^ d'opulent, le mot dives se soit ren-
ont tous deux le sens de rempli de, praeditûs, et sont par conséquent synonymes. Ce célèbre professeur ajoute que les deux expressions divus et dives ont dû être employées à l'origiDe,en tant que substantifs, comme équivalentes, et il incline à penser que le type dives est le plus ancien des deux.
Cette opinion du savant directeur de la Revue de Linguitisque m'a paru d'autant moins suspecte, j'ai hâte de le faire remarquer, qu'il est, lui aussi, un adversaire déclaré de cette mienne doctrine hiérographique en faveur de laquelle j'argue de sa doctrine étymologique. Cela dit, voici quelques autres considérations propres à corroborer le jugement de ce linguiste sur les rapports généalogiques qui uniraient divus et dives ; j'en trouve les éléments dans ses ouvrages.
Suivant l'a iteur, le latin bonus^ notre bon, ne serait qu'une altération d'un mot plus vieux, dvonvs, signifiant p/em de lumière^ et qui me semble singulièrement rapproché de divinus (dvonvs se serait modifié en honvs, comme dvellvm s'est changé en belivm, dvis en bis, etc.); beau viendrait pareillement d'un dvfnvs, frère de dvonys, par benus et son diminulif benulus, contracté en bellus. Bona, les biens, les richesses, serait dès lors pour dvona et se trouverait apparenté à divitise sous le rapport phonologique comme sous le rapport de la signification, ce qui serait encore, ce me semble, une indication très remarquable en faveur d'une communauté de dérivation entre deus ou divus et dives, (Voir Lexiologie indo-européenne, par H. Chavée.)
J'ai sous les yeux un livre intitulé: De Vorigine des dénominations elhni" gués dans la race aryane.élude de philologie et de mythologie comparées (Paris, 1867). L'auteur, M. Jules Baissac, est encore un partisan de la doctrine cl.issique de l'originalité du polythéisme naturiste ; et, pour lui, comme pour les deux autres linguibtes éminents auxquels j'ai fait allusion, l'idée de lumière qui se trouve contenue dans la signification primitive de daiwa, deus, fut suggérée par l'éclat des astres. Le livre que je cite est néanmoins consacré à établir que « les qualifications patriciennes et nobles, pour la plupart des peuples de race indo-européenne, proviennent de radicaux exprimant la lumière, l'éclat et la blancheur, etc. » {Op., cit. p. 5)
Si la thèse de M. Baissac est démontrée, et l'on sait qu'elle est universellement admise en principe, sur quoi M. Baissac et ses confrères se fonderaient-ils donc pour repousser mon induction comme quoi l'aryaque DAiWA (d'où deas et notre Dieu) aurait eu pour première signification substantive celle de noble, de seigneur, c'est-à-dire aurait été purement et simplement un titre de supériorité s'appliquant aux hommes?
Nous pouvons ajouter d'ailleurs que cette doctrine sur l'origine des
applications sacrées du mot dieu, qui prévaut parmi les hiérographes, a
^té combattue par l'un d'eux, M. Pictet, dans son grand et célèbre ou-
fermé par la suite dans la signification plus circonscrite, plus spéciale, de riche, c'est là un phénomène idéologique qui s'explique de soi-même (c'est d'ailleurs ce qui est arrivé pour le mot riche, d'origine tudesque, qui dans les vieux idiomes germaniques a le sens de puissant, et qui dans le français du Xll* siècle et dans la basse latinité, ricihomineSj désigne les puissants, les grands); mais comment, par quelle voie, par quelle filiation d'idées le mot deus ou rftvus est-il arrivé à dépouiller à son tour la signification primitive pour revêtir celle qui lui a été consacrée dans le paganisme mythologique? Comment un mot qui voulait dire chef, noble, seigneur, est-il arrivé à exprimer l'idée des astres et des faits du monde physique et moral en tant qu'objets d'adoration? et comment cette signification détournée s'esl-elle étendue depuis au Dieu du monothéisme ? Je vais essayer de répondre à ces intéressantes questions.
▼rmge, Im mciens Arym. L'auleiir croil que les docaments lingaisliques concoarenl à prouver que le type original de notre mot diêu ne fui pas d'abord employé comme appellalion mytliologique du feu ou des astres, et à ce propos il nie formellement que le polythéisme naturiste ait marqué le début des croyances religieuses chei les Aryas. M. Piclet s'exprime en ces termes :
« 81, dès le principe, les Aryas avaient adoré la nature, il en serait resté quelque trace dans le langage, où rien absolument ne s'écarte du pluè complet réalisme quant aux appellatifa qui désignent les phénomènes naturels, il faut donc bien reconnaître qu'il doilytvoireu un temps où le polythéisme n'existait pas encore, et où cependant la langue était déjà formée. Peut-ou supposer qu alors, et durant cette période préparatoire, les Aryas primitifs soient restés sans croyances religieuses, uniquement livrés aux intérêts de la vie matérielle, ou aux superslitiong d'un grossier fétichisme ? i {Op. cU„ t. If, p. 7(H.|
Après avoir entrepris, et y avoir réussi, je crois, de démontrer que 1 opinion qui fait naître le polythéisme mythologique avec la pensée religieuse est une erreur mise à nu par la critique du langage, le savant Genevois donne à son tour contre recueil de l'esprit de système en conjecturant que ce fut le monothéisme qui constitua la forme première de la foi en Dieu. Non, c'est bien le fétichisme, c'est-à-dire la nécrolâtrie qui fut la forme originelle de radoration, chez les Aryas comme chez les au- Ires races, et cette conclusion me parait recevoir une confirmation nouvelle du conflit d'opinions que je Tiens de signaler parmi les linguistes.
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l'ame devant la science
A. Comte, ai-je dit, a signalé dans le fétichisme la manifestation la plus ancienne, comme la plus élémentaire, la manifestation spontanée, instinctive, de ce besoin inné de notre être, de cette faculté constitutive de notre âme, qu'on nomme sentiment religieux. Mais qu'est-ce au juste que le fétichisme ? quelle en est l'idée-mère, l'idée primordiale et essentielle?
A. Comte s'est trompé surce point,comme tout le monde, et cette erreur commune, c'est d'avoir pris le fétiche pour l'objet même du culte, pour le dieu, alors qu'il n'est, ou que le symbole de ce dieu, ou un moyen matériel à Taide duquel ses adorateurs croient entrer en communication
avec lui.
Le dieu, les dieux du fétichiste, ce sont les prétendus fantômes, les âmes, les esprits des morts ; et toutes ses pratiques religieuses (ou, si l'on veut, superstitieuses), amsi que l'entier ministère de ses sorciers, qui sont ses prêtres- (et des prêtres au sens le plus vrai), sont institués dans le seul but de concilier à l'adorateur la faveur de ces dieux, de conjurer leur colère, et d'obtenir leur intervention toute puissante au profit de ses intérêts. El maintenant, le fétichisme étant ainsi ramené à ses caractères véritables, je me déclare complètement de l'avis d'A. Comte : avec ce philosophe, je constate que toute religion est fétichisme ou fille du fétichisme.
M. Fustel de Coulanges a écrit un livre des plus remarquables * pour démontrer une thèse fort inattendue ; c'est que la constitution de l'autique cité grecque et latine était une expression politique de la Religion des Morts, et que, dans cette société, les Ancêtres, révérés comme des puissances souveraines, étaient à tout instant consultés sur les
1. La Cité Antique, ouvrage couronné par l'Iastitut, in-8». Paris, 1867.
232 VARIÉTÉS FllLOSOPHlQUES
affaires publiques par le moyen des augures et des voyants, et formaient en quelque sorte le sénat invisible et suprême de la république.
Ce que M. Fuslel de Coulanges nous a dévoilé chez les Latins et les Grecs primitifs, est un fait commun à l'histoire de tous leurs frères de la famille aryaque, Celtes, Germains, Slaves, Hindous et Persans ; et le même fait se retrouve également dans celle des Sémites el des Égyptiens, dans celle des Chinois et de tous les peuples civilisés de l'extrême Orient. Et enBn, ce même fait est actuel et vivant dans les croyances et les pratiques religieuses qu'on peut observer encore à celte heure chez les peuplades sauvages répandues dans les deux hémisphères ».
^ 1. J© croi« devoir citer à ce propos le paiisage suivant de mon livre M MmreUieux scientifique (p. WG, "SI) :
€ £ii consultant ces jours-ci le Grand Dictionnaire universel de Lafousse, J'y ai rencontré deux lonRS articles, dont j'ignorais l'eiistence consacrés à mes dnii ouvrages, Essais de physiologie philosophique et LM PMosopkiê physiologique et mfdicate à r Académie de médecine. Bien que non signés, ainsi que le i^ont d'ailleurs tous les articles du Larousse, fai reconnu dans ces deux études la plume savante et impartiale du directeur de Vannée philosophique. Ayant écrit h M. Pillon à ce xujet pour lui oflrir l'expreHsion de mes sentiments, il a eu la bonté de m'adresser en réponse une lettre m il me signale, dans le même Dictionfmtre, un troiMème article me concernant, celui-ci relatif à mon mémoire lame devant la science. Voici un passage de celte lettre: « Dans ce même .> ^«P^';;»^Mle 2« Supplément au Grand Dwtionnaire de Larousse), dit " M. PUlon, j'ai exposé, au mot Ancêtres (Culte des Ancêtres) vos vues « sur 1 origme des religions et sur le passage de la nécrolâtrie, selon vous .. primitive, à la pliysiolâtrie, à vos yeux dérivée. Je croyais bien sincè- » rement que la priorité de cette théorie appartenait à M Spencer ; aussi •' ai-je écrit que vous l'aviez adoptée, mais que vous l'aviez présentée « à •' fotre manière ». Comme elle est très importante, il me semble que » vous feriez bien de rédiimer et d'établir aussi clairement que possible » votre priorité sur ce point de philosophie religieuse... Il serait à désirer » que la gloire qui s'attache à cette priorité fût altribuée à qui elle est due » et je ne serais pas fâché qu'eUe pût être enlevée à TAnglais Spencer et » rendue au Français Durand. »
«Si, comme veut bien encore me rapprendre M. Fr. PiHon, la théorie de M. Herbert Spencer a vu le jour pour la première fois dans le numéro
81 . Croire que les morts survivent sous une forme invisible et peuvent exercer une action puissante sur nos destinées, telle est donc la foi religieuse première, telle est, dans son dogme essentiel el caractérislique, la vraie religionnaiurelle, c'est-à-dire celle qui se produit avec spontanéité et qui est commune à Thomme primilif de toutes les races, de tous les lieux et de tous les temps ; el enfin ce vieux dogme est encore, dans un état plus ou moins lalent, plus ou moins voilé, au fond de toutes les religions artificielles et conventionnelles ultérieurement constituées, et il est en réalité tout ce qui y subsiste de véritablement religieux.
Cette humanité occulte, ces ancêtres que la mort a pourvus d'une vie nouvelle et investis d'une puissance merveilleuse, deviennent l'objet d'une piété où le respect et la crainte remportent généralement sur la tendresse ; on s'applique surtout à se concilier leurs faveurs, et, à cette fin, on en use avec eux comme avec les puissances de ce bas monde : on les traite en hommes, on flatte leur amour-propre en les qualifiant de seigneurs (on leur donne aussi, mais plus rarement, le nom de pères), eï seigneur, puissant, terrible, digne de vénération, tel est, en effet, le sens de la plupart des appellations usitées dans les différentes langues pour désigner, soit le dieu-homme, le dieu-lare, le seul dieu de
de mai 1870 de la revue anglaise Fortnighily Heview, j'ai sur mon compétiteur une avance de plus d'une année. Ma première publication de la manière de voir qui m'est commune avec le célèbre philosophe anglais a eu lieu les 29 mars et 26 avril 1869 par la lecture en séance publique de la Société Médico-psychologique de Paris (comme les procès-verbaux imprimés de la Société le constatent) du Rapport susvisé où l'idée en question est très nettement formulée et longuement défendue. Ce mémoire a été imprimé la même année 1869 dans les Annales médico-psychologiques^ t. II delà 5« série. » (Note delà 2« édition.)
AtS'4
YABIÉTÉS PHILOSOPHIQUES
L AME DEVANT LA S€IENCE
la foi primitive \ soit Dieu elles dieux dans racceplion la plus vague. On institue, à l'intention de ces mystérieux prolecteurs, ce qu*on appelle un culie, et qui consiste à leur rendre des honneurs, à les prier et à les louer, à s^incliner devant eux, à leur faire foi et hommage, et surtout à leur faire des offrandes'. Et qu'étaient ces offrandes? C'étaient des présents comme un vassal en offrirait à son suzerain d'ici-bas ; c'étaient des provisions de bouche et des boissons, des armes, des vêtements, des parures, etc.
Je me demande comment la raison de nos hiérographes a pu accepter si facilement une hypothèse aussi invraisemblable, qui veut que les premiers hommes aient eu spontanément la pensée absurde, insensée, inexplicable, d'adresser des requêtes au soleil, à la lune, au jour, à la nuit, au courage, à l'amour, au temps, etc., et de servir à boire et à manger à de tels hôtes I
Pour tout esprit voulant se donner la peine de réfléchir et voulant juger sans parti pris, il sera manifeste qu'un pareil culte ne pouvait avoir été imaginé et institué que
1. Lar, nous dit M. Maury, dans son Histoire des Religions de la Grèce, signifiait aa propre Seigneur, et, particularité remarquable, ce mot, d'après M. Chavée (Voir Uxiologie indo-européenne), vient d'un radical nryaqne to, qui, de même que di, radical d« dem, dims, a le sens de briller. Et le mot Mânes, les Mânes, ne signifie-t-il pas primitivement les Bons, les Honorables, et. plus anciennement encore, les Brillants^ étant dérivé du même radical que Mane, matin, Mvpnif Moon, la lune, etc. ?
i. m Le mot religion, sur lequel on a débité tant de fadaises, ne signifie pas lien ou liaison, comme Tont cru à première vue les étymologistes, qui se sont empressés de faire de religion le synonyme de sociabilité... Heligio ou relligio, dont le radical Uff reparait dans p lie are, f-tw-lere, supp-lie-mre, ployer, courber, et par dérivation lior, est un vieux mot qui veut dire inclinaison du corps, révérence, courbette, génuflexion. On s'en servait exclusivement pour désigner Tlioramage de l'tiomme à l'autorité divine. Les auteurs latins ne le prennent jamais dans un autre sens. » K^^Piiomam {Delà Justice dans la Réoolulion et dans C Eglise, t. I, p. ion.) Je fais connittre cette explication originale et intéressante, sans toutefois ma porter garant de son exactitude.
sous l'empire d'une idée anthropolâtrique ; et que pour en être venue actuellement à adresser à des objets inanimés, à des êtres de raison, à des abstractions, ce même culte évidemment destiné à des êtres humains, la religion devait avoir été jetée brusquement hors de sa voie et égarée par quelque méprise étrange. Je vais dire comment se produisit, suivant toute apparence, ce déraillement complet delà tradition et de l'esprit religieux.
Il s'agit là d'un phénomène moral des plus curieux et d'une importance historique énorme ; et, encore une fois, je me demande avec étonnemenl comment il se peut qu'un pareil fait ai^ échappé jusqu'à ce jour à la sagacité des érudils.
82. La croyance à la vie des morts — permettez-moi ce paradoxe — et à leur intervention souveraine dans les affaires des vivants, étant générale et fortement enracinée chez l'homme primilif, celui-ci se laisse aller à la pente de rapporter à cette action occulte les divers effets naturels dont les causes correspondantes, les véritables causes, prochaines ou lointaines, sont encore pour lui un mystère profond et redoutable qu'il n'a pas eu l'idée, qu'il n'aura point surtout l'audace d'interroger avec sa raison. Alors ce sont les dieux, c'est-à-dire les morts, qui deviennent les auteurs supposés de tout ce qui se voit, et auxquels tout est imputable, et le bien et le mal.
L'idée de dieu prend de la sorte une extension dans le sens de cause occulte, de cause souveraine, decause mystérieuseet toutepuissanle; etlorsqu'enfinlacintiquescientifique vient à naître et à faire briller une première lueur dans les ténèbres de l'esprit humain, alors,quand il s'agitd'expriraer la notion toute neuve de cause, de cause nalurelie, c'est