‹ Variétes philosophiques [microform]Chapitre 34 sur 41 · I II · texte numérisé non relu

I II

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VABIÉriS PHlLOdOPUIQOES

mez-foiii quels sont ceux de ces dieux dont les tombeaux existent en Grèce. Puisque vous èles ioîlié aux mystères, rappelez-vous-en les traditions. Vous tirerez de là vos conséquences. Car, dans celte antiquité reculée, la physique n'élait pas connue ; elle ne Ta été que longtemps après, en sorte queles hommes bornaient alors leurs notions à ce que la nature leur mettait devant les yeux,el ils ne remontaient point des effets aux causes. Ils étaient souvent en proie à des visions, la plupart nocturnes, qui leur faisaient voir ceux qui étaient morts tels que s'ils vivaient '. » [Tmculanés, I, § XII et XIlï.)

Lucrèce exprime les mêmes opinions ; dans les vers suivants, il signale les visions, nocturnes ou diurnes, de fantômes humains, comme la source de la croyance aux dieux :

Qaippeetenim jam tum Divùm mortalia secla Egregias animo faciès vigilante videbant, Et magis in somnis mirando corporis auctu : Hls igitui* sensuin tribuebant, propterea quod Mcmbra movere videbantur, vocesque superbas Miltere pro facie praïclara, et viribus amplis.

Eh quoi ! Thallucination, serait-ce donc là la source d'où découleraient les croyances religieuses :

Egregias animo faciès vigilante videhant !

et la religion aurait-elle pour base un fait de pathologie?

Cette question, Messieurs, est de votre ressort s'il en fut jamais; et je puis ajouter qu^elle a été indiquée, je dirai môme posée, dans le traité des Haiiiicinations que nous devons à la plume savante d'unde nos collègues, M. Brierre de Boismont.

Voici encore quelques vers du grand poète penseur où, après avoir suggéré que Tidée des dieux était née de Tidéc

1. . • . . Fifif quibusdam smpe tenebantur, hisque maxime noctuf' «if, «I vidermniwt it, qui êxceuerant^ vimn.

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h AME DEVANT LA SCIENCE

des fantômes humains, il explique comment, dans leur entière ignorance des causesnaturelles, les hommes en étaient venus à attribuer à de tels dieux toutes les opérations de la nature :

Praeterea cœli rationes ordine certo, Et varia annorum cernebant tempora verii : Nec poterant qaibus id fieret cognoscere causis ; Ergo perfugum sibi habebant omnia Divis Tradere, et illorum nulu facere omnia flecti.

{De nat. rer.y 1. V, v. 1168 et sqq.)

85. Les mots qui expriment aujourd'hui nos abstractions les plus subtiles n'ont élé employés primitivement que pour représenter des notions d'ordre concret et tout matériel. Le mot âme et ses équivalents de notre langue [esprit^ par exemple) ou des autres langues, tels que anima^ animus (transcription laline de (xv£iioç)^spiritus,^v)(rj, 'kvsv^^ aima, âme (mot sanscrit allié au grec arpç, vapeur), etc., impliquent tous Tidée de soufQe ; et il n'est pas douteux que l'idée de Tâme et de l'esprit ne se réduisît à celte idée de souffle pour les psychologues delà première époque.

Ces observateurs identifiant l'essence de la vie et de la pensée avec le phénomène de la respiration, et, d'autre part, ayant à concilier le fait patent, irrécusable de la décomposition du corps mort, du corps privé de souffle, privé d'àme, avec la croyance aux apparitions des morts, c'està-dire à la vie persistante de ceux dont le cadavre était là gisant inanimé, ou, qui plus est, dissous et réduit en un monceau de cendres, — ils imaginèrent que le souffle, que l'âme est un quelque chose qui abandonne le corps au moment du trépas pour s'en aller vivre ailleurs de sa vie propre. Ce quelque chose, cet esprit, cette âme était en quelque sorte un corps dans un autre corps, c'était même

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VARIÉTÉS PHILOSOPHIC^BES

là le vrai corps, le corps iocoriuptible et glorieux dont il est parlé daos saint Paul ; et le phénomène de la mort n^était autre chose, dans une telle conception, que la mise en liberté de ce corps subtil, de cet er5wXov (suivant le parler des Grecs) retenu durantla vie, véritable période de captivité, dans les liens du corps périssable, une vraie prison.

Telle est, en deux mots, la notion religieuse de l'âme, telle est l'âme de Feschatologie hiératique. Je le répète', dans cet ordre de conceptions, Tâme, c'est Fhomme luimême, rhomme tout entier, l'homme dans rintégrilé parfaite de ses facultés actives et passives, Fhomme en pleine possession de son être sensoriel et mental, en possession do toute son économie d'organes et de fonctions, et conservant son visage et son entière figure de personne humaine. Ce que nous appelons le corps, ce que la mort détruit, ne constitue qu'une sorte de revêtement du corps perpétuel, une enveloppe où Fâmeest passagèrement renfermée, telle que le papillon dans la chrysalide *.

Ainsi entendue, Fâme ne diffère donc du corps proprement dit qu'en ce qu'elle serait formée d'une autre sorte de matière ; au fond, son organisation serait la même. Séparée du corps périssable, cette âme vivrait dans un milieu et dans des conditions physiologiques analogues au milieu et aux conditions de vie de ce que nous appelons rexistence corporelle. Séparée, délivrée de son corps éphémère, l'âme boirait et mangerait, de même qu'elle continuerai. àsea.ir, àpenser, à se mouvoir, à agir ; seulement

1. Nom mi quod ad Sêpulekrum fiUi tut eurras ; pesiima ejiti et ipti motesUtsima istiv jacent, o$sa cineresque ; non magig Ulius partes quam veêiêi, aliaqm iegunienta corporum. Integer ilk, nihilque in terris retinqmnSf fugit et ioiut excessit : paulumque supra nos commoraius, expurgatuSf et inhmreniia mortalis mvi excutit, deinde ad excelsa sublatus, inter feiiees currit animos, exeipitqm illum cœtus sacer, Scipiones, Catonesque, utique contemp tores vitae et mortis beneficio liberi. Sénèque (De eomotatione ad Marciam, cap. XXV).

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ses aliments et ses boissons, bien que forcément matériels, seraient d'une matière subtile, homogène à celle de Fâme elle-même Et c'est dans le but de subtiliser les offrandes faites à ces âmes détachées de l'enveloppe mortelle, et d'approprier ces offrandes aux organes spirituels, que l'on imagina de les brûler sur Fautel. Agni, c'est-à-dire le feu {ignis), qui remplissait cet office, a obtenu, à cause décela, le titre de grand sacrificateur, dans les mandatas védiques.

Cédons pour un moment la parole sur ce sujet à noire éminent collègue, si savant et si autorisé, M. Alfred Maury :

« Les Grecs pensaient», dit-il, « qu'après que le cadavre avait été brûlé, l'ombre (gîSwXov) survivait à la destruction de l'enveloppe matérielle, et se rendait seule dans Hadès. Cet Êt'SwÀov était une simple apparence qui reproduisait la forme du corps vivant, mais qu'on supposait formée d'une matière subtile et déliée. » A. Maury {Histoire des Religions de la Grèce y 1. 1, p. 333).

L'auteur ajoute en note :

« L'idée de cet e'âwXov semble être suggérée par les fantômes du rêve (voy. à ce sujet Lucrèce, I, 121 ; Virgile, Enéide, VI, 654 ; Apulée, Apologétique, p. 315 ; Salluste, de Diis et Mundo, 19 ; Olympiodore, Ap. Platon., édit, Bekk., t. V, p. 248, note 1.)» [Op, cit., ibid.)

L'auteur fait encore, à ce môme propos, cette autre remarque :

« Dans le principe, on brûlait la totalité de la victime.... la victime étant donnée en entier à la divinité, la flamme devait en consumer complètement la chair, afin que celle, ci pût en respirer la fumée et s'en nourrir d'une manière en quelque sorte invisible.... Le feu devenait le moyen par lequel la chair de la victime était transformée en un aliment que peutprendre un être céleste et invisible. Car

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VARIÉTÉS PHlLOSOPIliaCEfl

telle est l'idée que les anciens se faisaient de la nourriture des dieux, et que Ton retrouve chez les Aryas, presque à chaque verset du Véda. Agni, le feu, dévore Toffrande, et la fait passer aux dieux, auxquels elle est destinée. » (Op. CI/., t. II, pp. 83 et 84. )

Cette physique hiératique de l'àme et d un autre monde s'est formulée partout spontanément et a eu universellement cours, de même que le simple fait de croire aux esprits cl à la vie future. Celle théorie, qui fut, à n'en pas douter, le fond commun des doctrines proprement religieuses de FAsie *, de TÉgyple et de l'Europe, se retrouve, dans

tous ses développements didactiques, jusque chez les Peaux- Rouges de FAmérique du Nord, et, on peut ajouter, jusque chez les fétichistes les plus sauvages des deux hémisphères. Nous trouvons sur ce sujet les détails les plus précis et les plus instructifs dans une conférence faite à l'Institut Royal d'Angleterre par M. Edward Burnet Tylor; je crois pouvoir me permettre de vous en citer le passage le plus important, malgré la longueur de ce morceau.

« Nous savons tous «, dit M. Burnet Tylor, « quelle terreur sincère et profonde les fantômes causenlaux sauvages. Souvent on peut dire sans hyperbole qu'ils craignent plus un homme après sa mort que pendant sa vie. L'idée que le sauvage se fait d'une ombre est à peu de chose près celle que s'en fait de nos jours même un paysan anglais: c'est un fantôme léger qui va de place en place ; il ressemble, quand on le peut voir, à la personne à qui il appartenait; mais souvent il est invisible, bien qu'il soit capable de frapper et de faire entendre des sons. La notion de l'ombre se confond d'une manière presque inséparable

I.Le Jnilaîiine et le bonddhif me,qiiol qu'on en dke, ne font pas eiceptton à celte règle.

avec celle de l'esprit ou âme, du souffle et du sang, de ces choses insaisissables qui suivent l'homme et lui ressemblent, une ombre, par exemple, et son visage reflété dans Feau. Une telle idée de l'ombre conduit assez facilement à penser qu'en tuant un homme vous pouvez aff'ranchir son ombre et l'envoyer où il vous plaît. C'est ce que fait le roi de Dahomey, quand il envoie chaque jour un homme à son père dans la terre des ombres. Les Gètes, suivant Hérodote, envoyaient tous les cinq ans un homme à leur dieu Zamoixis et le chargeaient de leurs messages ; ils le lançaient en Tair et le recevaient sur la pointe de leurs lances, Dans l'Inde anglaise, il y a environ quatre-vingts ans, on rapporte que deux Brahmanes, croyant qu'un homme leur avait volé quarante roupies, prirent leur propre mère et lui coupèrent la tête, afin que son ombre pût tourmenter et poursuivre jusqu'à la mort leur voleur et sa famille; la vieille femme elle-même se prêta à cette singulière vengeance. Ce n'est pas là un cas isolé ; il se rattache à des pratiques indiennes bien connues.

» Nous rencontrons encore, dans presque tous les pays du monde, à des époques diff'érentes,un usage qui s'accorde parfaitement avec cette opinion: c'est celui qui consiste à tuer des hommes et des femmes sur la tombe des morts. Dans une des îles de la mer du Sud, on passe une corde au coude la femme lors de son mariage, et, quand elle perd son mari, on l'étrangle pour délivrer son âme, afin qu'elle puisse accompagner le mari dans la terre des ombres, prendre du poisson pour lui et lui faire cuire ses patates Les Daïaks de Bornéo aiment par-dessus tout tendre des embûches à leurs ennemis et rapporter leurs têtes sous leurs cabanes.... Leur intention, en agissant ainsi, est de s'assurerdes esclaves dans l'autre monde.

» Ces usages sont l'application d'une théorie des esprits,

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qui, 8Î elle est grossière et fausse, se couiprend cependant. C'est par une raison analogue qu'on tue, non seulement les femmes et les esclaves du mort, mais aussi ses chevaux, pour les ensevelir avec lui ou les brûler sur son tombeau. L'ombre de Thomme montera lombre du cheval dans la terre dos ombres, et Tombre du chien poursuivra une ombre de gibier* ; ou bien, comme au Mexique,le chien devait porter son matlreau delà de la rivière qui sépare le monde des vivants du monde des morts. Au 6roenland,on plaçait une tête de chien près de la tombe d'un petit enfant, afin que Fâme du chien, animal qui trouve toujours son chemin pour revenir au logis, pùt guider dans la terre des esprits Tenfant abandonné.

» Mais quand on ensevelit ou qu'on brûle pour les morls des objets inanimés, et non pas des hommes ou des animaux seulement, quelle est la raison de cet usage? Quand les Iribus de chasseurs de FAmériquedu Nord donnent au mort pour compagnon son cheval favori, etenlerrentavec lui son arc et ses flèches ; quand les tribus de pêcheurs ensevelissent le mort dans son canot en mettant à côté de lui sa rame et son harpon, quelle différence pouvons-nous distinguer dans Fintenlion qui fait offrir les objets inanimés et les objets animés? Ne doivent-ils pas également servira leur propriétaire? Quand les femmes d'un chef mort et ses esclaves, ses chevaux, ses armes, ses vêlements et ses ornements sont sans distinction ensevelis avec lui ; quand on dépose des aliments à côté du mort et qu'on les renouvelle tous les mois ; quand on donne au petit enfant ses jouets; quand on mette calumet dans la main du guer-

1. Ces idées, dont je suis loin de rire, évoquent cependant malgré moi cet vers du poète burlesque :

Je vis Tombre d'un laquais

Qui brossait l'ombre d'un carrosse

Avecque l'ombre d une brosse.

L AMK DEVANT LA SCIENCE

rier mort, afin qu'il puisse le présenter en signe de paix, tandis qu'on dépose à ses côlés une provision de couleurs pour qu'il puisse se peindre et se présenter avec une parure convenable aux guerriers ses frères; dans ces cas-là, et dans une foule d'autres, on suppose que l'esprit des morts se servira des esprits des hommes, des animaux, et même des esprits des armes, des vêtements et des aliments enterrés avec lui.

>» Nous devons donc supposer que les sauvagesatlribuent aux objets inanimés eux-mêmes quelque chose d'analogue aux esprits et aux ombres ; et c'est ce qui a lieu en effet. Il est reconnu que les habitants du Fidji attribuent des esprits aux objets dépourvus de vie. Ils pensent qu'on peut voir les âmes des canots, des maisons, des plantes, des vases brisés et des armes, descendre la rivière de la mort et se diriger vers la terre des âmes. Si nous passons dans l'Amérique du Nord, nous y trouvons cette môme idée : on y croit, non seulement que les âmes sont comme des ombres, et que tout dans l'univers est animé, mais encore que les âmes des hachettes, des pots et de semblables objets doivent, aussi bien que celles des hommes et des animaux, frMichirrétendued'eau qui sépare leur séjour dans celle vie du grand village où le soleil se couche à l'Occident lointain. Nous ne devons pas nous attendre à ce que les esprits des armes et des pots auront autant de vitalité et une existence aussi distincte, dans la philosophie sauvage, que les esprits des hommes et des chevaux. Les objets inanimés ne donnent pas ces signes d'existence que présentent chez les animaux et les hommes la respiration, les sens, l'activité libre et volontaire ; mais cependant ils ont aussi leurs ombres, comme nous l'apprend le conte nouveau-zéiuudais de 7'e- Kenawa : cet homme olTrit aux fées son collier et ses pendants d'oreilles ; elles en prirent les ombres et lui en lais*

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VARIÉTÉS PHILOSOPHIOCES

sèrenl la swbslaocc. Les objets ont aussi une propriélé qui s'accorde avec ce que les sauvages pensent de la nature des ombres : leurs fantômes impalpables peuvent se montrer bieeloin du lieu où demeure leur substance réelle; ils apparaissent dans les rêves et les hallucinations, que les sauvages regardent comme des événements réels.

i Une étude superficielle du spiritualisme des sauvages a souvent conduit à croire quil provenait d'une corruption des croyances de races plus cultivées ; mais une étude plus approfondie des faits tend à montrer qu'une telle supposition intervertit l'ordre réel des faits... L'histoire des offrandes funéraires dont nous venons de parler montre de la façon la plus intéressante les transformations d'une cérémonie qui tire son origine d'une philosophie sauvage et grossière, et qui finit par devenir une pure formalité symbolique. Aux yeux des Aryas védiques, c'était une chose tout à fait raisonnable de brûler les instruments des sacrifices et du culte avec le corps du prêtre mort, afin qu'il pût s'en servir dans l'autre monde ; mais l'Hindou de notre temps se contente de jeter un fil de laine sur le gâteau funéraire qu'il offre à son père, en disant : « Puisse ce vêtement tissé de laine être une offrande agréable à les yeux.! » Nous pouvons apprendre, dans Ovide, comment les offrandes d aliments faites aux morts, qui n'étaient, aux époques primitives, qu'une pratique sauvage, s'étaient transformées de son temps en une simple cérémonie par laquelle s'exprimaient des sentiments d'affection... .

» Nous pouvons voir que les premiers chrétiens avaient conservé la coutume païenne d'ensevelir des ornements avec les morts, de mettre des jouets dans le tombeau des enfants, faisant justement la même chose qu'une Indienne

peau-rouge Les Chinois ont conservé la coutume anti-

que d'honorer les morts par des présents de vétcmonls et

l'ame devant la science

d'argent ; mais l'argent que dépose le Chinois sur le corps de son père n'est qu'une monnaie de carton recouverte d'une feuille d'argent; il brûle cette pièce, afin que son père puisse en recevoir l'ombre et la dépenser dans Taulre monde. Ce même Chinois préparera un festin pour les âmes de ses ancêtres morts ; il attendra avec ses amis, pendant un temps suffisant, que les ombres de ses aïeux aient consommé l'ombre des aliments... Si nous voulons voir plus près de chez nous une coutume analogue, nous n'avons qu'à passer en Bretagne. Là, le soir de la fête des morts, nous trouverons le feu allumé, le foyer balayé, et le souper servi, pour eue les âmes des morts viennent en prendre leur part. Et quand nous voyons une couronne d'immortelles déposée sur une tombe, ou un bouquet de fleurs fraîches jeté dans la fosse encore ouverte, l'histoire des offrandes funéraires nous permettra de reconnaître ce que nous n'aurions guère deviné sans un pareil secours, c'est-à-dire que nous voyons là un vestige des croyances des plus grossiers sauvages... » {Revue des Cours scientifiques du 5 octobre J867 *.)

86. Après avoir essayé de faire comprendre, à l'aide de développements qui paraîtront peut-être démesurés, quelle fut l'idée attachée primitivement au mot âme et restée la seule signification de ce mot dans toutes les doctrines religieuses où il n'a pas perdu encore toute valeur^ je vais indiquer les transformations que la philosophie biologique et la psychologie métaphysique ont fait subir depuis à celte conception.

1. V Evolution religieuse du D»" Lelourneau (1 vol.,in-8»,Paris, 1892) met entièrement hors de doute que la nécrolatrie ou animisme a été la forme Joiliale de la foi religieuse chez toutes les races du globe sans aucune exception. (Note de la 2» éd.)

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Variétés PttiLOSOi»HiQtiEô

LAME DEVANT LA SCIENCE

L'animisme physiologique des scolastiqucs, celui de Slthl et de ses modernes disciples, M. Tissot ei M. Bouillier, procède immédiatement et intimement de cette théorie, naïve si Ton veut, erronée peut-être, mais assurément conséquente, raisonnée. intelligible, que M. Tylor vient de nous exposer avec de si intéressants détails. Stahl, ses prédécesseurs et ses successeurs, entendent par Fàmeune forme virtuelle de l'organisme, ou plutôt un organisme composé d'une substance pneumatique, spirituelle au sens religieux, qui résiderait dL l'organisme visible, lui donnerait sa structure, et lui imprimerait le mouvement de la vie végétative : Anima forma corporis organici, a dit saint Thomas.

La filiation de ce corollaire physiologique de la théorie hiératique de l'âme et sa métamorphose psychologique consécutive, ont été assez bien comprises par les pliilosophes de Port-Royal ; leur Logique contient sur ce sujet un passage remarquable, que je crois devoir reproduire.

« L'homme », y est-il dit, « ayant reconnu qu'il y avait en lui quelque chose, quoi que ce fût, qui faisait qu'il se nourrissait, et qu'il croissait, a appelé cela âme, et a étendu cette idée à ce qui est de semblable, non seulement dans les animaux, mais même dans les plantes. Et ayant vu encore qu'il pensait, il a encore appelé du nom d'âme ce qui était en lui le principe de la pensée. D'où il est arrivé que, par cette ressemblance de nom, il a pris pour la même chose ce qui pensait et ce qui faisait que le corps se nourrissait et croissait. )i (Logique de Port-Royal, i'« part.,

Ces considérations nous indiquent le double passage du mot âme de son sens hiératique originel à sa signification psychologique et ontologique à travers la conception bio« logique de Stahl et de saint Thomas.

L*àme de la psychologie métaphysique est à l'âme des doctrines religieuses ce que le Dieu de rontologie est au Dieu de ces mêmes doctrines: entre ces deux notions de l'âme, il y a un abîme. Et maintenant, comme l'équivoque u mot vient inévitablement mêler à l'idée de l'âme ontologique, c'est-à-dire à l'idée du sujet, du moi, les attributs disparates de l'âme hiératique, de là s'ensuit cette confusion, cette cacophonie désespérante dans laquelle les soidisant spiritualistes et les soi-disant matérialistes crient à qui mieux mieux sans parvenir à s'entendre les uns les autres, sans réussir, qui pis est, à s'entendre eux-mêmes.

Pour la psychologie d'observation pure, pour la psychologie de l'école anglaise, par exemple, l'âme, c'est le faisceau un et multiple des facultés de sentir et de penser envisagées dans leurs manifestations seulement. Allant au delà des simples phénomènes de la sensation et de la pensée, la psychologie ontologique, la psychologie des vrais métaphysiciens, des Descartes, des Leibniz, s'applique à pénétrer la cause et Tessencede ces phénomènes, à discerner et à déterminer la nature du pouvoir constant dont ils émanent ; elle arrive à se faire une conception intuitive de ce pouvoir, qu'elle appelle l'âme, et cette conception, saisie dans son expression irréductible, s'offre sous deux aspects complémentaires: l'idée du sujet ou du moi, et l'idée d'un centre dynamique inétendu. Les spéculations de cette psychologie ont dès lors pour but de déterminer les rapports dynamiques et géométriques qui rapprochent, dans un conflit incessant et nécessaire, ces deux termes opposés du dualisme ontologique : le moi et le nonmoi, le sujet et Voôjet ; la force simple, une, inétendue, et le composé étendu des forces multiples, — antithèse qui .se résume encore dans ces deux mois : esprit ei matière. N'est-il pas évident que la psychologie hiératique de

VAllliTÉS PHILOSOPHIQUE»

I'flî«»Aov, pour qui rame est un corps véritable, un organisme, et qui, par esprit, spiriins, Trveû^a, n'entend pas autre chose qu'une substance étendue, subtile autant qu'on voudra, gazéiforme, suivant Texpression de M. Maury, mais dans tous les cas malérielle ; — et la psychologie des métaphysiciens, qui est une analyse mathématique transcendanlale du principe de la conscience ou subjectivité, et pour laquelle ce principe, qui est aussi Vâme ou Vesprit, est un concept de l'immatériel ; — n*est-il pas, dis-je, évident que ces deux psychologies n'ont rien de commun entre elles, qu'elles n'ont rien, rien absolument, de commun que des mots?

Quelle sera donc cette âme qui fait le sujet du violent débat où la conscience publique se voit partagée et déchirée, pour ainsi dire, entre le prétendu spiritualisme et le prétendu matérialisme ? Quand les soi-disant spirilualiite» font un si grand crime à leurs adversaires de nier la réalité ou l'immortalité de Tâme, n'aui aient-ils donc, par hasard, aucune idée de ce qu'ils entendent reprocher aux matérialistes? Et quand ceux-ci acceptent le reproche avec un si arrogant défi, ou bien se donnent tant de soins et font tant d'efforts pour s'en disculper, n'auraient-ils, eux non plus, aucune notion précise de ce qui est en cause dans la querelle à laquelle ils prennent si vivement part ?

Si nous allons au fond de cette dispute passionnée où les deux partis se démènent à l'envi dans le galimatias, nous reconnaîtrons que Tâme dont le problème soulève tant d'obscures colères, ce n'est pas l'àme des philosophes, maisTàme de la physique religieuse, l'âme de Teschalologie hiératique, Fâme erSwXov, l'âme du sauvage et du charbonnier.

En elle-même, l'âme de l'ontologie n'est certes pas un sujet de nature à soulever de telles tempêtes. Ce dont il

^'ame devant la science 257

s'agit donc dans cette controverse furieuse, c'est de cette âme dont la question est en définitive d'un si souverain intérêt pour rindividu et pour la société, de cette âme qui assurerait à la personne de chacun de nous la continuation et la possession de soi-même en dépit de la mort, et permettrait à la justice distributive de lui faire récolter dans une autre vie le fruit légitime, doux ou amer, de ses œuvres d'ici-bas.

En un mot, la discussion roule en réalité sur l'âme matérielle, qui est, je l'admets, un sujet légitime d'examen ; mais pour démontrer l'existence et l'éternité de cette âme matérielle, que fait-on? On invoque les arguments dont les métaphysiciens se servent pour démontrer leur ^^/?2<?im»mtérielle, qui est tout autre chose ! Telle est la folie que je dénonce.

Les métaphysiciens prêtent les mains à cet abus : l'eschatologie religieuse usurpe les titres de l'ontologie et s'en fait un faux passe-port, sans qu'ils protestent; ils jugent sans doute que les intérêts de la religion et de la morale autorisent cette pieuse fraude. Mais combien ils se trompent ! ils perdent ce qu'ils veulent sauver, ils préparent la ruine de ce qu'ils croient consolider. En prêtant aux croyances religieuses et morales l'appui d'une démonstration de l'éternité de l'âme qui n'a aucune valeur pour ces croyances si ce n'est grâce à une équivoque, à un quiproquo, la métaphysique donne à ces croyances une sécurité funeste ; elle les détourne de se chercher elles-mêmes leurs principes propres, de se creuser de fermes fondements, et par là elle condamne l'édifice à crouler tout d'un coup le jour inévitable où la critique fera disparaître l'illusion sur laquelle il était bâti.

Qu'on le sache bien : les vérités établies par la psychologie ontologique n'apportent ni preuve ni présomption en

VAmÉTÉS PHILOSOPHIQUES

faveur de la doetrine de riminortalité de l'âme au sens que la religion et les moralistes attachent à cette formule. Permettez-moi d'entrer dans quelques explications à ce sujet.

87. Au point de vue de l'analyse métaphysique, l'âme, aulremeni dit le pouvoir conscient, le pouvoir de sensation et de pensée*, nous est représentée objectivement, c'està-dire en tant qu'objet de conception considéré dans ses relations avec l'espace^par la notion de la monade ou atome absolu. Cette assimilation entre l'âme et la monade une fois admise, il est évident que Tàme est indestructible, l'atome absoIU; la monade ne pouvant être détruite, puisqu'elle ne peut être divisée.

Cependant, si ce pouvoir individuel de conscience constitue une individualité et une identité indéfectibles, il n'est dans cette condition que comme substance ; en tant que /#rffie, il est assujetti au contraire à des altérations continuelles et sans limite. Je vais lâcher de me faire comprendre en me servant d'une comparaison.

Soit uoe certaine molécule d'eau individuelle, une goutte d'eau que j'ai là sous les yeux. Celte goutte d'eau est sans doute identique à elle-même, c'est-à-dire qu'elle constitue une certaine portion de la matière absolue, qu'elle sera toujours, et quoi qu'il arrive, cette certaine partie de la matière absolue, et qu'elle n'en sera jamais une autre partie. Bref, cette goutte d'eau, que voilà, est une certaine goutte d'eau, et elle ne sera jamais une autre goutte d'eau qu'elle-même, c'est de toute évidence.

Mais nous faisons baisser la température jusqu'au-dessous de zéro, et notre goutte d'eau devient une perle de glace ; est-ce donc toujours là notre même goutte d'eau ?

i. t J'appeUe âme ce qui est en nous le principe de la pensée. » PoktnoTAL {Lo9iqu€f I. xij).

l'ame devant la science

Non ; de goutte d'eau, il n'en existe même plus; nous n'avons plus d'euu, nous avons de la glace. Et pourtant je suis encore en droit de dire que c'est toujours ia même partie, individuellement parlant, de la matière absolue, que nous avions et avons là devant nous !

La goutte d'eau individuelle dont il s'agit a cessé d'être comme goutte d'eau, mais elle continue l\ être, et à être elle-même, identique à soi, en tant que portion donnée de la matière absolue, en tant que matière pure. N'est-ce pas vrai ? Oui, sans doute, cela est vrai et cela est clair ; et cette conclusion, techniquement exprimée, s'énonce en disant que la goutte d'eau, en devenant glace ou vapeur, perd son identité formelle, mais que son identité substantielle reste intacte.

Pareillement de l'âme, de Tâme au sens ontologique, s'entend. Comme monade, c'est-à-dire comme partie intinilésime individuelle de la substance absolue, son identité est inamissible, elle est immuable dans son identité substantielle ; mais sera-t-elle donc également immuable dans son identité formelle ?

Par l'identité formelle de l'âme, nous entendons cet ensemble, cette combinaison et ce concours actuels de dispositions sensorielles, intellectuelles et morales, de connais- ' sances, de souvenirs et d'affections particuliers, qui font que notre être psychique a une autre forme, une autre physionomie, une autre manière d'être actuelle que celle qui caractérise notre voisin. Or, quoi de plus instable, Messieurs, que cette identité formelle du moi, qui n'a que la durée du temps infiniment petit qui sépare le passé de l'avenir? En effet ne varie-t-elle pas, ne se détruit-elle pas à tous les instants ? Suis-jc donc à l'âge de quarante ans le même que j'étais à l'âge de quarante jours ?

L'état actuel de l'âme, son identité formelle, est le pro-

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duit, est le reflet, des conditions mouvantes de son milieu, surtout de ce milieu prochain que nous nommons Vorganisme.

Oui, c'est ce milieu qui détermine tous les états, toules les lormes variables de Fàme, tout comme les conditions actuelles de la température ambiante déterminent inévitablement l'un ou l'autre des trois états physiques — solide, liquide et gazeux — dans Fidentité chimique constante exprimée par le symbole HO.

Ainsi, ce sont les dispositions du milieu, du milieu prochain ou le corps, et du milieu médiat ou monde ambiant, qui impriment à toute âme individuelle son cachet propre, qui font qu'elle est présentement âme humaine et non âme de bêle, qu'elle est âme d'un Washington et non point âme d'un Bonaparte ; âme d'un Newton, d'un Leibniz, d'un Fourier, et non âme de ce qu'on appelle aujoui-d'hui « un petil-crevé », et vice versa.

Or, Messieurs, je vous le demande, quel changement plus grand, plus radical que celui qui, tout à coup, fait passer une âme du corps d'un homme bien constitué et bien sain dans le chaos de la matière inorganique ! quel changement de milieu plus profond pour Fàme que celui que lui apporte la catastrophe de la mort? Une altération relativement nulle survenue dans l'arrangement normal des molécules du cerveau suffit souvent pour changer la forme de notre âme au point d'ôter à celle-ci tout caractère humain et de la faire descendre jusqu'à ces plus bas échelons de l'animalité où la vie psychique semble être un continuel sommeil : que restera-t-il donc à celte âme, dites-lemoi, que lui restera-l-il de sa présente identité formelle, de ses traits caractéristiques actuels, quand le corps actuel tout entier se sera dissous » ?

1. L'âme ou monade, eotisidérée abslraetlon faite du corps, abstrac-

hJkUE DEVANT LA SCIENCE

Bref, ces considérations nous le font voir clairement, le dogme religieux de l'immortalité de l'âme n'a aucun secours à attendre de la démonstration métaphysique de Féternilé de l'âme, car, je le répète encore une fois, il ne s'agit point de part et d'autre de la môme chose sous ce commun et même nom d'âme. Le principe de rélernité et de l'indeslructibililc de ia force, qui est aujourd'hui un axiome de haute physique admis par tous les savants, est une vérité qui se confond, bien qu'obtenue par une voie différente, avec le principe de l'éternité et de Tindestructibilité de l'âme élabli par l'ontologie psychologique. Le spiritualisme religieux et moraliste songerait-il à se réclamer du premier de ces deux résultats ? Non, on peut l'affirmer ; qu'il renonce donc à se faire une arme du second, car ces deux résultats n'en font en réalité qu'un seul/

88. Nous voici maintenant face à face avec le dogme de la psychologie religieuse dépouillé de son travestissement ontologique, c'est-à-dire avec cette antique théorie,

lion faite de la matière ambiante, c'est-à-dire de l'agglomération des autres monades qui l'entourent, se présente à notre conception comme illimitée dans l'exercice de ses virtualités, dans l'expansion de ses forces, comme dans un état formel parfait. Jamais, toutefois, elle ne saurait atteindre à celte condition si, comme il semble, elle ne peut pas plus être isolée réellement de la matière que le point mathématique ne peut être réellement isolé de tout autre point. Mais, bien que condamnée à ne devoir parvenir jamais à cette perfection absolue, l'âme s'en rapproche de plus en plus, et à Tinfini, à mesure que l'organisation de son corps se perfectionne, c'est-à-dire à mesure que les monades environnantes se groupent, s'organisent de façon à la limiter de moins en moins. Cette vue sur les rapports élémentaires de Tàme et de la matière parait ne pas avoir été étrangère aux premiers métaphysiciens, et je présume qu'ils y ont puisé la doctrine célèbre, de nos jours fort mal comprise, qui condamne la matière ou le multiple incohérent, ou, autrement dit, la confusion, le désordre, comme étant l'origine de tout mal ; et qui exalte l'âme, resprit, le simple, comme Tunique source de toute perfection et de tout bien.

YARIÉTÉS PHILOSOPHIQUES

dogmatique el pratique, de toutes les religions,et la véritable thèse du spiritualisme vulgaire, devenu celui de nos philosophes à leur insu. Ramenée à ses termes propres, formulée franchement, sans fausse honte el sans équivoques, celte thèse doit être soumise à la critique scientifique. Limportance du sujet n*est pas contestable ; el d'ailleurs il y va du repos et de la dignité des hommes de science, harcelés aujourd'hui plus que jamais par les accusalions de matérialisme, que loul malentendu cesse entre eux et leurs dénonciateurs.

Diverses considérations d'un caractère rigoureusement scientifique peuvent jeter, dès à présent, un premier jour sur cette question; je vais en indiquer rapidement deux des principales. Je ferai connaître d'abord une objection nouvelle contre les dogmes eschatologiques, et la plus redoutable, à mon avis, que ces croyances aient jusqu'ici rencontrée.

Notre savant et très autorisé collègue M. Baillarger avait signalé depuis longtemps, je me plais à lui rendre cette justice, un grand fait de psychologie qu'il a nommé, si je me souviens bien, VaiUomalisme de la pensée; j'ai aussi étudié ce fait avec altenlion, el je crois, qui plus est, avoir été assez heureux pour l'expliquer *.

Ce n'est pas danswo/re moi, ce n'est pas dans la monade où se concentre notre personnalité mentale, que sont contenues, à dire vrai, toutes les notions dont l'éducation et l'expérience nous ont approvisionnés et dont nous faisons usage à toute heure :1a presque totalité de ces notions se trouve, pour ainsi dire, emmagasinée dans les centres psychiques subalternes qui se confondent pour le physiologiste

1. Voir mon ouvrage intitulé Eleclm-Dynamisme vital (publié en 1855 sous !e pseudonyme de J.- P. Philips) ; voir aussi mes Essais de Phi/- Mologie philosophique, et ma brochure portant pour litre : Im Philosophie phijsiologique el médicale à l" Académie de Médecine.

L AME DEVANT LA SCIENCE

avec les centres nerveux de second ordre subordonnés au centre cérébral proprement dit. Ces notions, ces connaissances, ces souvenirs, que nous croyons puiser dans notre moi lui-môme, ce sont en réalité des emprunts que nous faisons aux moi ou centres psychiques inférieurs constituant pour notre moi comme une sorte de bureau de renseignements dont il reçoit les informations désirées avec une telle instantanéité qu'il est convaincu de ne les devoir qu'à lui-même. Permettez que j'explique ma pensée en citant un passage d'une étude sur l'Instinct et l'Habitude, qui fait partie de mes Essais de Physiologie Philosophique :

« Ce n'est pas seulement notre dynamisme musculaire qui peut être profondément affecté par l'habitude ; celle-ci n'a pas une moindre influence sur l'exercice des sens, de l'intelligence, des appétits et des sentiments. Et, ici comme là, nous trouvons sans peine le mot de l'énigme dans la théoi*ie.

» Souvenons-nous qu'une dépendance mutuelle rattache nos différentes facultés psychiques, par leurs organes cérébraux, aux différents centres du système de la moelle et du système ganglionnaire. C'est ainsi que les divers états de notre âme réagissent sur les fonctions végétatives, et que les modifications de celles-ci provoquent à leur tour des modifications parallèles dans noire sensorium, dans notre intelligence, dans nos passions. Cela étant, je veux supposer que nous soumettions notre esprit à une certaine série d'opérations, c'est-à-dire à certaines modifications, à certaines idées directement provoquées et renouvelées à de courts intervalles pendant une période assez longue : nous habituerons par là les centres correspondants de la vie végétative à réagir parallèlement contre ces modifications cérébrales.

» Or, les modifications primitives du cerveau, se pro-

YARIÉTÉS PHILOSOPHIQUES

dnisaiit sériel lemenl et suivant un certain rythme, c'est-àdire dans un rapport de succession, de durée et d^ntensité

constant, de sorte que telle modification soit toujours suivie de telle autre modification, l'enchaînement est naturel, lémentle même entre les modifications consécutives correspondantes du système médullaire ou ganglionnaire. Il doit en résulter que, une modification cérébrale seproduisanty la modification médullaire ou ganglionnaire corrélative qui s'ensuit tend à déterminer, à elle seule, toutes les modifications médullaires ou ganglionnaires suivantes de la même série.

I» Maintenant, comme toutes ces modifications médullaires ou ganglionnaires consécutives ont une contre-réaction dans le cerveau et y renouvellent dans leur ordre exact les modifications primitives dont elles sont issues, il est aisé de concevoir qu1l suffira de susciter directement dans Tâme le terme initial d'une série habituelle de modifications (émotions, idées, sensations), pour que toutes les autres s'y reproduisent, chacune à son tour, par le seul ressort de Fexcitation sympathique de la moelle ou des ganglions.

B Appliquons ces principes à un exemple très simple. Quand j'étudiais la table de Pythagore, je répétais avec attention, et je m'efforçais de graver dans ma pensée, des séries de mots telles que les suivantes : deux et deux font quatre ; sept fois neuf font soixante-trois ; etc. Au début, et pendant nombre de journées, je ne pouvais arriver que par un effort soutenu de la pensée, le premier membre d'une de ces équations étant donné, à me rappeler le second . Aujourd'hui, je ne puis dire en moi-môme : sept fois neuf fomi.,,. sans qu'aussitôt, et sans aucun effort de mémoire ni d'attention, les mots soixante-trois arrivent tout formés sur ma langue, pour ainsi dire.

» De réfléchie, d'allentivc, d'activé et de consciente

LAME DEVANT LA SCIENCE

qu'elle était, ma mémoire est devenue passive, automatique. Elle était telle qu'un écrivain pauvre obligé d*user la majeure partie de son temps et de ses forces à courir les bibliothèques, à compulser et à déchiffrer péniblement les auteurs, à transcrire longuement et laborieusement des documents indispensables ; maintenant, elle n'a plus qu'un signe à faire : de mystérieux secrétaires, qui ont fait d'avance toules les recherches, s'empressent et pourvoient sur le champ à toutes ses nécessités.

» Je viens d'indiquer, dans ce qu'il a d'essentiel,le mécanisme de Vautomatisme de la pensée ; une expérience, familière sans doute à beaucoup de ceux qui me liront, met en relief d'une façon saisissante l'action de ce mécanisme. Si j'oublie l'orthographe d'un mot, et si le dictionnaire ne se trouve pas là pour venir en aide à ma mémoire défaillante, eh bien, je prends le parti de consulter ces secrétaires intimes dont il vient d'être question ; je consulte des ^némoires qui ont leur siège, non dans le cerveau, mais dans les centres nerveux de la moelle animant les mouvements de ma main. Pour ce faire, je prends la plume; ensuite, j'exprime mentalement la volonté que le mot douteux soit tracé tel qu'il doit ôtre ; et, après cela, j'éloigne mon attention de ce qui va se passer afin de laisser toute leur spontanéité aux intelligences consultées : aussitôt la plume court sur le papier, et le mol désiré se trouve écrit en toutes et bonnes lettres comme par enchantement....» [Op, cit,, p. 427.)

Bref, ce mécanisme de la mémoire, au moyen duquel nous rassemblons et mettons en réserve les idées et les rappelons à volonté à notre esprit, ce mécanisme mental est fondé sur un mécanisme organique consistant dans une combinaison de centres nerveux distincts, lesquels sont le siège d'autant de centres de pensée, d'autant de

L AWE DEVANT LA SCIENCE

mm distincts. Maielenanl, ladestmction des organes n'en" trotnera-i-eile pas inémtablement la dissolution de cette société de coopération psychique, par la dispersion de ses memères'! Et que restera-t-ii alors de notre caractéristique personnelle, si le faisceau de nos connaissances, de nos attachements^ de nos aversions et de nos souvenirs est pour toujours détruit ?

Le spiriloalisine eschatologique nous répondra peut-être que la hiérarchie des centres psychiques survit à Tanéantîssement du système nerveux, et que cette hiérarchie, conservant intacte la constitution qui lui est propre, reste groupée autour du centre psychique suprême, autour de notre moi, et accompagne ce moi dans sa nouvelle sphère d'existence.

Fort bien, mais cette solution rencontre, dans la physiologie expérimentale, une objection des plus sérieuses; nous allons l'exposer et la discuter.

89. Une vérité d'observation aujourd'hui mise hors de doute, c'est que les centres nervenx métacéphaliques (c'està-dire qui sont situés au-dessous ou en arrière du centre cérébral, et lui sont subordonnés) peuvent continuer à vivre et à manifester les attributs du sentiment et delà volonté après leur entière séparation d'avec la tôle, cette tête continuant de son côté à vivre isolément et à accuser l'exercice non interrompu de la pensée (voir ci-dessus, p. 179-180). Les centres psychiques secondaires reliés ensemble par le système nerveux au grand cenire constituant notre moi, ne sont donc pas inséparables de ce moi : la division de leurs segments nerveux respectifs suffit pour faire cesser leur union ; alors comment cette union serait-elle respectée par la mort^qui divise t organisme nerveux jusque dans ses der^ niêres molécules ?

Mais le spiritualisme hiératique peut se prévaloir de son côté d'une autre considération biologique qui n est pas sans force. La biologie est obligée de reconnaître que tout rensenible, toutes les parties et jusqu'aux plus minimes délails de l'organisme parvenu à son complet développement, préexistaient en puissance dans le germe. Or, l'organisation de ce germe ne présente aucune analogie appréciable de forme ni de complexité avec l'organisation de l'animal ou du végétal parvenu à son état parfait.

<( On ne peut plus mettre en doute aujourd'hui », dit J. Mueller, « que le germe n'est point une simple miniature des organes futurs, comme le croyaient Bonnet et Haller; car les rudiments des organes ne deviennent pas visibles par l'effet seul du grossissement; ils ont un assez grand volume dès leur première apparition ; mais ils sont simples, de sorte que nous voyons les organes complexes naître peu à peu d'un organe primitivement simple. » {Manuel dePhysioL, édit. Jourdan et Littré, 1. 1, p. 21.)

Si le germe de Thomme recèle et contient potentiellement la forme et la structure entières de l'organisme humain développé, et jusque dans ses moindres détails, sans que rien dans la forme et la structure visibles de ce germe puisse y déceler la présence de cette virtualité, pourquoi, peut-on se demander, une virtualité pareille n'échapperait-elle pas à la destruction du corps, elle qui en a précédé la formation? Et pourquoi cette virtualité, dont les attributs, d'une réalité incontestable celte fois, sont si analogues aux attributs supposés de râme-ei'ôwXov de la foi religieuse, et à ceux de Vanima forma corporis de la biologie thomiste et stahlienne, ne pourrait-elle pas survivre à ce corps, bien qu'invisible, de même qu'elle lui avait préexisté invisiblement i?

1. Ce n'est pas seulement le spermatozoaire ou Tovule qui renferme po-

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90, Qu'on ne se fasse pas d'illusion de pari ni d'autre : l'immoiialité de la personne humaine esl une hypothèse qu'aucun raisonnement tiré de nos connaissances positives proprement dites ne peut faire passer à l'état de vérité prouvée ni faire condamner non plus en dernier ressort comme une erreur ; c'est une question qui, jusqu'à présent, reste ouverte, et j'estime que ce n'est pas à moins d'une démonstration expérimentale directe que les croyantsréussironl à transformer leur foi, plus ou moins aveugle, en une certitude scientifique, et à ôter toute raison d'ôtre au scepticisme, jusquici légitime et respectable, des esprits criliques. Il esl aujourd'hui quelques savants faisant profession de libres penseurs qui sont arrivés, sur l'imposant sujet dont il s'agit, à conclure dans le sens du vieux dogme eschatologique ; ils basent leur jugement sur de prétendus faits d'observation qui seraient inconnus de la science classique, et ces faits leur semblent décisifs. Un pareil témoignagne, qui tout d'abord excite nos défiances, mérite un autre accueil, nous venant d'hommes d'un savoir sérieux, d'un caractère honorable et d'une intelligence distinguée. Dans les matières où l'expérience est seule juge, affirmer ou nier a priori et sans examen est également contraire au véritable esprit de la science \

tenlkllemeol rentière forme du produit futur de la conception, c'est mnm la cellule dont est sorti le «permalozoaire ou l'ovule • et oui d1u« est, c'est le protoplaama où cette cellule a pris naissance, cl chaque goutte du sang nourricier dont s^est formé le protoplasma lui-môme. Quel insondable mystère ! {Note de la 2» édition.)

1. Depuis que ces lignes ont été écrites (il y a de cela plus de trente tns) le nombre des savants de marque ne dédaignant pas Pélude expérimentale du merveilleux, et, qui plusesr, s'y livrant avec un zèle passionne, s est considérablement accru. On peut citer parmi eux des phvsl ciens, des astronomes, des naturalistes, des physiologistes et des méde

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L AME DEVANT LA SCIENCE

91. Permettez-moi. Messieurs, de résumer en quelques mots mes appréciations, que je viens de vous exposer longuement, trop longuement sans doute, sur Touvrage dont la Société m'avait chargé de lui rendre compte.

M. Hamon de la Sagra a consacré son livre à un sujet qui, tout à la fois, porte sur la physiologie d'observation, et de là s'élève, par la gradation naturelle des idées, aux plus hautes considérations philosophiques.

J'ai dû suivre l'écrivain jusque dans ces régions supérieures pour ne point laisser incomplète la tâche que vous m'aviez confiée. Et, en cela, d'ailleurs, pouvais-je ci^aindre, Messieurs, de sortir de la sphère d'études que vous vous êtes tracée ? Votre titre de Psychologues, que vous tenez tant à honneur de justifier, et les dispositions formelles de votre programme, où une place a été soigneusenient réservée à la philosophie, étaient là pour me rassurer pleinement à cet égard.

Tous les savants d'élite, tous ceux qui sont aujourd'hui à la tête des sciences spéciales dans la voie des grandes découvertes : physiciens, naturalistes, physiologistes^ pathologisles ; tous — mais à la vérité ils ne sont pas nombreux — tous, dis-je, commencent à reconnaître que, au degré de développement où elles sont actuellement parvenues, les diverses branches du savoir positif se rencontrent et s'arrêtent devant un commun obstacle. Cet obstacle, qu'il faut écarter pour que la science puisse continuer librement à croître, ce sont des problèmes d'ordre général qu'il faut résoudre.

M. Ramon de la Sagra est de ceux à qui reviendra le mérite d'avoir eu l'intelligence de cette haute vérité.

90. Qu'on ne se fasse pas d'illusion de pari ni d'autre : rimraorlalilé de la personne humaine csl une hypothèse qu'aucun raisonnement lire de nos connaissances positives proprement dites ne peut faire passer à l'état de vérilé prouvée ni faire condamner non plus en dernier ressort comme une erreur ; c'est une question qui, jusqu'à présent, resle ouverte, et j'estime que ce n'est pas à moins d'une démonsiration expérimentale directe que les croyants réussiront à transformer leur foi, plus ou moins aveugle, en une certitude scientifique, et à ôter toute raison d'ôtre au scepticisme, jusqu'ici légitime et respectable, des esprits criliques. Il est aujourd'hui quelques savants faisant profession de libres penseurs qui sont arrivés, sur l'imposant suje t dont il s'agit, à conclure dans le sens du vieux dogme eschalologique ; ils basent leur jugement sur de prétendus fails d'observation qui seraient inconnus de la science classique, et ces faits leur semblent décisifs. Un pareil témoignagne, qui tout d'abord excite nos défiances, mérite un autre accueil, nous venant d'hommes d'un savoir sérieux, d'un caractère honorable et d'une intelligence distinguée. Dans les matières où l'expérience est seule juge, affirmer ou nier a priori et sans examen est également contraire au véritable esprit de la science '.

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1. Depuis que ces lignes ont été écrites (il y a de cela plus de trente ans) le nombre des savants de marque ne dédaignant pas l'élude expérimentale du merveilleux, et, qui plus est, s'y livrant avec un zèle passionné, s'est considérablement accru. On peut ciler parmi eux des physiciens, des astronomes, des naturalistes, des physiologistes et des médecins qui ont le premier rang dans leur spécialité, et cela en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie et en Amérique. (N. de la 2« éd.)

L AME DEVANT LA SCIENCE

91. Permettez-moi. Messieurs, de résumer en quelques mots mes appréciations, que je viens de vous exposer longuement, trop longuement sans doute, sur Touvrage dont la Société m'avait chargé de lui rendre compte.

M. Hamon de laSagra a consacré son livre à un sujet qui, tout à la fois, porte sur la physiologie d'observation, et de là s'élève, par la gradation naturelle des idées, aux plus hautes considérations philosophiques.

J'ai dû suivre l'écrivain jusque dans ces régions supérieures pour ne point laisser incomplète la tâche que vous m'aviez confiée. Et, en cela, d'ailleurs, pouvais-je craindre. Messieurs, de sortir de la sphère d'études que vous vous êtes tracée ? Votre titre de Psychologues, que vous tenez tant à honneur de justifier, et les dispositions formelles de votre programme, oij une place a été soigneuseçqent réservée à la philosophie, étaient là pour me rassurer pleinement à cet égard.

Tous les savants d'élite, tous ceux qui sont aujourd'hui à la tête des sciences spéciales dans la voie des grandes découvertes : physiciens, naturalistes, physiologistes, pathologisles ; tous — mais à la vérité ils ne sont pas nombreux — tous, dis-je, commencent à reconnaître que, au degré de développement oiî elles sont actuellement parvenues, les diverses branches du savoir positif se rencontrent et s'arrêtent devant un commun obstacle. Cet obstacle, qu'il faut écarter pour que la science puisse continuer librement à croître, ce sont des problèmes d'ordre général qu'il faut résoudre.

M. Ramon de la Sagra est de ceux à qui reviendra le mérite d'avoir eu l'intelligence de cette haute vérité.

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Frappé surtout du désordre et de la stérilité que le manque d'esprit philosophique sème dans le champ de la psychologie, de la physiologie et de la médecine, l'honorable académicien s'est appliqué à nous révéler les plaies de noire science une et triple. Sonlenu par les intentions les plus louables, après avoir constaté le mal, il s'est mis en quête du remède.

Les phénomènes d'ordre sensoriel et mental que l'action des ancsthésiques permet de développer chez Thomme, qu'elle nous permet d'y observer et d'y suivre avec une sûreté et une commodité qu'on était si loin d'espérer autrefois, lui ont paru faire entrer la psychologie dans le domaine de la méthode expérimentale ; et du sein de ces phénomènes, dont il a fait une étude laborieuse, M. de la Sagra a cru voir les solutions suprêmes se dégager déjà en pleine lumière.

Je suis loin de partager une lclleconfiance,je l'ai déclaré ; sur beaucoup de points je la trouve illusoire. Je me suis plu à le reconnaître, le. savant auteur a soulevé des questions d*une grande importance, et pour ma part je lui sais gré d'avoir donné un utile exemple en cherchant à les résoudre par l'usage exclusif des données et des méthodes de la science. Mais, j'ai été forcé de le dire, cette entreprise a échoué.

Sans doute, l'analyse des opérations mentales faite à Faidc des agents aneslhésiques peut éclairer par certains côtés la question qui divise les philosophes en spiritualistes et en matérialistes ; elle est insuffisante pour la résoudre. Ce grand et si désirable résultat, qui mettrait fin à un conflit où les plusfortes intelligences s'épuisent infructueusement, doit, à mon sens, être cherché ailleurs, et nous avons cru devoir indiquer le chemin qui nous semble mener plus sûrement à ce but.

LAME DEVANT LA SCIENCE 271

Cependant, tout en scrutant les effets de Tanesthésie dans une préoccupation philosophique, M. Ramon de la Sagra a été conduit plusieurs fois à interroger la physiologie de ces effets, et son livre offre par là un véritable intérêt au strict point de vue des études physiologiques et de pratique médicale.

Dans l'état d'aneslhésie, les nerfs seuls sont-ils atteints ? l'encéphale échappe-t-il à l'influence anesthésique, ou la subit-il ? Les nerfs de la sensation et ceux du mouvement sont-ils suceptibles d'être affectés isolément par cette action? L'assoupissement graduel, partiel et successif des diverses facultés sensorielles et mentales, implique-t-il, oui ou non, la localisation cérébrale de ces facultés? L'état symptomatique du patient considéré pendant et après le sommeil anesthésique autorise-t-il pleinement la certitude que l'inhalation de l'éther ou du chloroforme produit une insensibilité réelle et met l'opéré à l'abri de la douleur?

Tels sont quelques-uns des points spéciaux que l'auteur a traités dans son livre, et que j'ai discutés avec lui, et souvent contre lui, dans mon Rapport. Car, si j'ai eu presque toujours la satisfaction de pouvoir donner mon adhésion aux opinions de M. Ramon de la Sagra dans leur partie critique, presque toujours j'ai eu le regret d'avoir à me séparer de lui sur le terrain dogmatique.

Le livre et l'auteur n'en sont pas moins très dignes d'estime et de respect. Ce livre est l'œuvre consciencieuse d'un savant en tout digne de ce nom, d'un de ces savants encore nombreux, plaisons-nous à le croire, qui aiment noblement la science, qui s'attachent à elle pour la servir loyalement, et non pas uniquement pour s'en servir.

tE PANTHÉI9ME

LE PANTHEISME

JDGÉ PAR H. GRANDET.

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llVaC TO TTXV.

92. Tous les penseurs contemporains — d'ailleurs en fort petit nombre, avouons-le - qui honorent la philosophic française, n'appartiennent point pour cela à la capitale de leur pays, il ne faut pas que Forgueil parisien s'y trompe ! Un grand disciple de Kant, qui arrive tardivement à la célébrité (mais, enfin, il y arrive, Dieu soit loué !), est un vigneron de la Provence ; c'est à Tombre de ses figuiers, de ses oliviers, que Tauteur des Essais de critique générale ' élabore les questions les plus ardues de l'ontologie, de la psychologie, de la morale. Et, non loin de lui, dans l'âpre Aveyron, la métaphysique possède encore un de ses rares, un de ses plus experts adeptes. Qui connaissait M. J.-M. Grandet et sa Philosophie de la Révélation *, il y a quelques mois ? Personne, autant dire. Le philosophe et son œuvre ont été révélés dernièrement au fuhïic fdv L'Année philosophique » ; rendons-en grâce à l'excellent recueil de M. Pillon, à qui rien n'échappe.

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