M. Charles Reoouvier
2. Philosophie de la Révélaiion, 1 fort vol. in-8», chezN. Katery, àRo* fl«z, et à Paris, à la librairie Hachette, 1864.
8. l'Année Philosophique, études critiques sur les idées générales dans les divers ordres de connaissance Sj par M. F. Pillon, 1 fort toI. in-12 librairie Germer Baillière, 1868.
Un jour, je pourrai peut-être analyser longuement, d'une façon digne de son importance, la doctrine de M. Grandet ; je vais en attendant en donner un simple aperçu à l'aide de quelques citations que j'accompagnerai de courtes remarques.
• Notre auteur s'exprime ainsi :
« On lit dans les Fragments Philosophiques d'Hamilton, traduits par M. Peisse, p. 81 : « Si l'on nie le témoignage » de la conscience sur l'originalité contemporaine et l'in- » dépendance réciproque du sujet et de l'objet, on arrive » à deux constructions dififérenles, suivant que l'un ou l'au- » tre des deux termes est considéré comme le terme ori- » ginel et générateur. Si l'on fait émaner l'objet du sujet, .. c'est l'idéalisme ; si le sujet de l'objet, le matérialisme. ..' « Avec l'originalité contemporaine », reprend M. Grandet, « et l'indépendance réciproque du sujet et de l'objet, Tienne pouvant exister comme produit, on a pour toute philosophie Pétre en soi de toutes choses, c'est-à-dire l'athéisme, ou, ce qui revient au même, le panthéisme.» {Philosophie de la Révélation, p. 88).
Faisons remarquer en passant que la manière dont Ha millon caractérise la distinction de l'idéalisme et du matérialisme ne laisse rien à désirer ; elle est parfaite.
Les observations que ce passage du philosophe écossais suggère à M. Grandet ont aussi une grande force ; elles dénotent chez ce dernier une puissante pénétration métaphysique. Oui, il a bien saisi la conclusion générale qui décou 1 e de r originalité contemporaine et indépendante du sujet et de tobjet, h savoir, que tout se réduit en dernière analyse à cette notion : fétre en soi en toutes choses. Mais le théologien aveyronnais rejette ce résultat philosophique comme entaché d'athéisme ou de panthéisme, deux choses, fait-il observer, qui ne sont au fond qu'une seule et même
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doctrine. Capendant, pourquoi s'effrayer de ces mots de panthéisme et d^athéisme ? Un vrai philosophe doit-il reculer devant la crainte du discrédit que le vulgaire attache à certaines opinions dont il est d'ailleurs incapable de se rendre compte? Faudrait-il rejeter une solution que la logique nous donne, par cela seul qu'une telle solution s'écarterait des idées reçues? Mais alors, à quoi bon chercher la vérité, à quoi bon la philosophie ?
M. Grandet ajoute, et avec un sens profond, ce me semme •
« L'erreur de la plupart des philosophes est de penser, mais tous ne le disent pas, que l'être des choses est indépendant de leur intelligibilité. « Sans la pensée, dit M. Va- M cheroi {Hisimre de PÉcolfi d'Alexandrie, t. III, p. 489), » pas de vérité. Ce n'est pas à dire que l'esprit constitue » la réalité. Supprimez, par hypothèse, l'humanité, et par » suite Fesprit (est-ce qu'il n y a d'esprit que dans l'huma- » ni té ' ?) la réalité n en subsistera pas moins (comment sans >» l'esprit cela pourrait-il se savoir 1), mais elle n'aura plus » cette unité, ce caractère intelligible qui en fait la vérité... B Que la réalité subsiste abstraction faite de l'esprit qui s'en » fait une idée, il serait absurde de le contester (c'est ce n que nous verrons tout à l'heure!...). La réalité existe en » dehors de l'esprit, mais ce n'est que par l'esprit qu'elle *> devient intelligible, qu'elle est vérité...
» Celte doctrine de ta connaissance nous semble ôtre la » vrai.' solution dii problème de la v rilé. Toii le vérité est M dans la peiHé» ; ta iis la pfMiséc a p >ur condition ta réa n iilé. L^esprit n'agit pas dans rabslrait et dans le vide ; il » n y a pas de pensée sans une intuition de Fexpérience, » ni d'intuition sans un objet extérieur, distinct de l'es- M prit. »