‹ Variétes philosophiques [microform]Chapitre 36 sur 41 · Les entre-purantliëses sont de M. Grandet · texte numérisé non relu

Les entre-purantliëses sont de M. Grandet

LE PANTHÉISME

Après cette citation de M. Vacherol, M. Grandet reprend :

« Cette solution est loin d'être la vraie. La réalité n'a d'existence que comme pensée, cogitata,,, M. Vacherot confond la pensée avec la lumière subjective, avec le moi qui pense et perçoit sa pensée. Toute pensée a un objet, dit-il. La pensée est elle-même l'objet perçu. L'univers est la pensée dont le Verbe et Dieu ont la parfaite connaissance objective. Les conceptions de l'homme, les représentations qu'il en forme, sont des pensées de lui perçues. Au lieu de dire que toute pensée a un objet, tenons pour certain que toute perception a pour objet une pensée née du sujet percevant.

« M. Vacherot accorde « que la réalité n'existe pas avec » tels caractères, avec telles propriétés, telles formes indé- » pendantes de l'entendement qui la perçoit. » Et il ajoute : « La réalité existe en dehors de Tesprit ; mais ce n'est » que par l'esprit qu'elle devient intelligible, qu'elle est *) vérité. »

« L'être », ajoute M. Grandet, ce sans l'esprit qui le rend vrai, n'est donc qu'une vaine abstraction, et Tobjetn existe véritablement ({\XQ i^diV le sujet qui le fait être en vérité, c'est-à-dire avec les propriétés, avec les formes, avec les caractères sans lesquels il n'y a pas de réalité.

)) Enfin voici que M. Vacherot sort tout à fait d'erreur pour embrasser la saine doctrine. « L'idée, dit-il, page 488, » n'est pas une image de la réalité (de lobjet), c'est au con- » traire la réalité qui est une représentation de la pensée » (il faudrait dire de l'idée). Platon, Aristole, Plotin, Male- » branche, Schelling, Hegel, tous les grands idéalistes ont » profondément raison en cela. »

))Très bien, et cela posé, je demande : Comment l'objet n'est-il qu'une représentation de l'idée si l'idée ne l'a pas

VARIÉTÉS )[>IJlLOSOPHIQUEâ

produil elle-même? Et par idée Ton ne peut pas entendre ici la -perception, mais le sujet préexistant de qui; la perception procède par l'objet produit. N'est-il pas évident que k réstlûé perçue tire son origine de Tidéc dont elle est l'image, comme la parole entendue tire la sienne de laperionne qui s'exprime en elle ?

M L'idée, lumière subjective, est le principe personnel de la pensée, justement dite lumière de lumière, La perception, troisième lumière, est le rapport substantiel de la pensée (dcrobjet)au sujet qui Ta produite. C*est pourn avoir pas distingué cette trinité de termes consubslanticls dans l'unité du sujet objectivé dans sa pensée, que la philosophie et la théologie sont encore à l'état de chaos mal débrouillé. » [Op. cit., p. 88 et sqq.)

Si la philosophie et la théologie sont encore à l'état de chaos, comme M. Grandet le constate fort justement, elles le doivent avant tout à une confusion d idées monstrueusement disparates, née de l'équivoque du mot Dieu. Cette méprise énorme, sans égale, qui a obscurci et faussé les plus belles intelligences métaphysiciennes, a fait encore une victime, et des plus nobles, dans l'auteur de la Pàilo» iophiede la Révélation. Certes, dans les passages que nous venons de citer, des vues admirablement profondes et lumineuses nous saisissent, elles révèlent un penseur des plus vigoureux : quel dommage qu'il se soit enchaîné, lui aussi, aux croyances de cette Ihéologie biblique vulgaire •qui est comme un boulet attaché aux ailes de l'ontologie ! Comment la science pure de l'Être pourrait-elle s'élever jusqu'à son objet tant qu'elle se condamne à rationaliser l'irrationnel, à démontrer, par exemple, l'incarnation du Logos en Jésus de Nazareth, entendue au sens propre, c'est-à-dire dans ce sens qu'un être de raison, Tentilé métaphysique appelée le Logos^ la loi adéquate à la raison^ la

LE PANTHÉISME

logicité, se confondrait,' et ne ferait réellement qu'un avec une certaine individualité humaine, avec un certain personnage de rhistoirc !

Cilons encore M. Grandet:

« Le panthéisme est enté sur l'idée confuse qu'on s*est faite d'un principe d'où tout dérive, sans que ce principe soit une cause proprement dite. La cause véritable, la cause personnelle diffère de son opérer, existe sans son opérer. J'opère en écrivant, mais je suis indépendamment de cet acte de ma puissance Le principe primitif, au contraire, est un opérer sans personne qui opère, un opérer impersonnel dont la manifestation ou l'être n'éclate que dans le terme qu'il devient, être principe et fin, comme dit si bien TEcrilurc. Le nom de Dieu, celui qui est, consiste en une proposition dont le sujet et le prédicat ne font qu'un dans la copule.

» Au rebours de celte doctrine, les scolastiques distinguent l'opérer, qu'ils appellent le Père, d'avec le terme auquel il est immanent, et qu'ils appellent le Fils, tirant ainsi par voie de génération, lêtredu non-être, la lumière des ténèbres. Hegel a raison, l'activité nécessaire n'engendre ni ne crée, elle devient^ puisqu'elle n'a de réalité que dans son terme. Mais au lieu de la faire se terminer ad extra au multiple, c'est ad intra la vie de I'un qu'il faut la voir dans son éternelle fin : Pater habet vitam in semetipso, en lui-même, et non dans le verbe ni dans le monde, soit idéal, soit réel. Répétons avec Newton : A cœca necessitate melaphysica, qiiœ iitique eadem est semper et ubique, nulla oritur rerum variatio. Tota rerum conditarum pro locis et iemporibus diversitas, ab ideis et voluntate entis necessario existentis solummodo oriri potuit, » (Op, cit., p. 229).

Le Panthéisme, certes, rencontre dans M. Grandet un

^^^ VlllÉTÉS PHILOSOPHIQUES

adversaire détaille peu commune ; mais il y a panthéisme et panthéisme, et les coups du rude controversiste ne vont pas à l'adresse de toutes les doctrines comprises sous cette dénomination. Il y a ici matière à une distinction sérieuse ; je vais tâcher de [a faire saisir en deux mots.

LE PANTHÉISME

93. Le monde se compose de la multitude des phénomènes, variant à Finfmi dans le temps et dans Fespace.

Ces phénomènes, noire esprit en a la claire conscience, ne peuvent naître du néant absolu, et ne sauraient non pbs disparaître sans laisser quelque chose après eux. D'ailleurs, lexpériencenousle prouve, les phénomènes qui apparaissent ne sont qu'une métamorphose des phénomènes disparus.

Ces considérations ont amené la philosophie à voir dans les phénomènes les manifestations diverses, les transformations multiples, d'une substance (suàsimiia, imoarmtç, ce qui est au-dessous) une, c'est-à-dire qui serait la même toujours et partout dans ce qu'elle a d'essentiel et de nécessaire, autrement dit dans ce qu'elle est abstraction faite des formes contingentes et passagères qu'elle revêt tour à tour.

Ce concept, ce noumène de la suèstance pure ou aôsohu: n'est pas (j'en ai déjà exposé les raisons ailleurs) * une vaine vision de ia métaphysique, ainsi que j'ai eu le regret de voir M. Stuart Mill rafBrmer dans sa Logique « : autant vaudrait taxer de billevesée le noumène chimique de l'Eau, que la science conçoit abstraction faite des formes contingentes de cette substance , soit YEau-soHde

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