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Figurez-vous un instant cette lumineuse philosophie

LA MÉTAPHYSrgUE DANS LES SCIENCES 21

introduite dans la médecine — et certes elle ne réussit que trop en ce moment à s'y faufiler — , et on peut rayer Vétioiogie du vocabulaire. Le choléra est infectieux et contagieux (ou du moins supposons-le tel), et l'on s'efforce de découvrir les voies et les formes de cette infection et de cette contagion. Se propage-t-il par l'air ou par l'eau? par les migrations d'un parasite animé? par le transport d'un microphyte ou de ses sporules? ou autrement encore? voilà ce que les médecins se demandent. Et ces écologistes qui, j'en suis sûr, ne se doutent pas que, ce faisant, ils font besogne de métaphysiciens ! Qu'ils le sachent donc, Finfection et la contagion du choléra s'expliquent suffisamment par son infectiosité el sa contagiosité^ ou propriétés d'être infectieux et contagieux, tout comme l'action lumineuse du soleil ou d'une lampe s'explique parla luminosité, etc., etc., etc.

Et les physiciens, qui ont employé leur temps à la métaphysique recherche des causes de la combustion ! Il est vrai que cette recherche conduisit Stahl au phlogistique, ce qui n'était pas précisément une bonne trouvaille ; mais Lavoisier, suivant ses traces, fait une découverte admirable. Cependant si le grand chimiste eût pu deviner le positivisme et se fût suffisamment imprégné des précieux enseignements de cette philosophie, il eût sans doute fait mieux encore: il se serait borné à regarder brûler une bûche de bois dans l'âtre et à observer attentivement, et à minutieusement noter toutes les particularités du phénomène. Mais il n'eût eu garde de songer à interroger l'essence, la cause et l'origine de ce phénomène, pour en arriver à savoir que la combustion a pour origine, pour cause et pour essence une combinaison d'oxygène avec le corps brûlé. — Gomment donc se fût-il expliqué alors la

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combustion ?clire2-voiis. — D'une façon bien simple: par la comèmiièiHié,

Pour quelleraison la combuslibililéne serait-elle pas une propriété irréductible de la bûche de bois et de la houille au même litre que la luminosité et la caloricité sont propriétés irrcducUbles de la matière solaire ? que la contraclilité et la nervosité sont propriétés irréductibles de la matière musculaire ou de la malière nerveuse? elc.

Par celte création de la propriété mystère, de la propriété entité et cause eflicienle el insondable, le Positivisme combine ensemble el s'approprie les deux chimères dont il fait son grand grief contre la théologie et la métaphysique : pour dernière raison des choses, il nous offre le miracle et des êtres de raison réalisés '.

Il va sans dire que celte pl.ilosophie conduit les posili-

I. La doctrine positiviste des « propriétés irrédiictiblee de la malière » ne diffère de la doctrine scolastiqtie des € qualités et facultés occuUes n que par la substitution du mot propriété an\ mots qualité et faculté. Au food, la vieille doctrine et la nouvelle n'en font qu'une. Voici ce que dit

Leibiiii de la première :

M ..... Autrement », dit il, t je uiî vois pis comment on pourrait s*empéclier de retomber dans la philo!>ui)hi(', ou faiialique, telle que la philosophie mosaïque de Fludd, quijsanvc tous les phénomènes en les altribuant à Dieu immédiatement H par inir;iilc ; uu barbare, comme celle

de certains philoîsophes el médecins du temps pasré qui sauvaient

les apparences en forgeant tout exprès des qualités occultes ou facultés..., comme si les montres de poche marqutiienl Tlipure par une certaine faeuilé km"odéivtiqu€f sans avoir besoin de roues ; ou comme si les moulins brisaient le grain par une /hcuI lé fravtîve, sans avoir besoin de rien qui ressemblât aux meules. » (Œuvres philosophiques de Leibniz, édit. Erdmann. Berlin, 1840, p. '20 i.)

N'esl-ce donc pas celle philosophie harbat e, si bien qualifiée par Leibniz, que MM. LillrèetCh. liobin «'eiTorcent de restaurer parmi rrous ? Toute propriété a son mécanisme, toute loi a son piocidi'. s. ni modus ar/endi ; dès lors, à celui qui demande 1 cxplicaiiou, d'un fait, c'est-à-dire le mécanisme de la loi qui le rcgil, répunJrc que ce fait s'explique par celte même loi, par celte propriété, c'est répondre par la question elle-même, et tel est le tort constant du positivisme, telle est l'erreur prodigieuse qu'il a érigée en système.

LA MÉTAPHYSIQUE DANS LES SCIENCES

vistes à combattre de toutes leurs forces les deux plus brillantes et plus fécondes entreprises de la physique et de la physiologie contemporaines : la réduction de toutes les prétendues propriétés de la matière vivante (contractilité musculaire, irritabilité, etc., etc.) à des propriétés de l'ordre inorganique; et la réduction de la physique et de la chimie entières aux pures lois de la mécanique. Voilà les grandes et riches inspirations de la science moderne, là est son progrès, là est son avenir, là est sa gloire : et c'est le Positivisme qui fait tous ses efforts pour la détourner de celte salutaire et lumineuse voie !

M. Littré a écrit : «... Réduire toutes les forces de la nature à une force unique est une hypothèse qui, plus compliquée que la précédente, est encore, s'il est possible, plus vide et plus inutile *. » {A. Coiiite et la PhiL Pos.^ 2«éd., p. 78.)

Le Dictionnaire de Médecine de MM. E. Littré et Ch. Robin et tous les autres écrits de ces deux auteurs débordent de reproches amers pour ceux qui mettent en doute Tinsohibililéet VinexpUcabilité Ae^ propriétés vitales] et nous devons ainsi à la Philosophie positive un vitalisme nouveau. Fondé sur les profondeurs insondables et les vertus mystiques du mot propriété, ce vitalisme se présente avec une auréole de surnaturel qui fait pâlir tout le merveilleux de l'Animisme et du Duodynamisme.

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