‹ VarimehChapitre 13 sur 20 · REPRISE · texte numérisé non relu

REPRISE

Or, la nuit, tandis que la troupe dormait, le sorcier lisait, dans la flamme, le ruissellement éperdu de la vie des branches ; la flamme, nombreuse en êtres subtils et colorés, bondissants et crépitants, teinte de bleu fin, de jaune clair, de pourpre; rase sur les cendres et court vibrante; haute et onduleuse sur les ramilles, perdue dans des frontières de fumée qui, par endroits, s'allume et se déchire; la flamme où surgissent mille chimères, des grottes, des forêts, de grands lacs rutilants, un monde fugace que des souffles inconnus attisent ou

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éteignent, un monde qui s'encolère et s'apaise et reprend plus furieux, dompté et redoutable, dévorateur de forêts soumis à la main d'un enfant.

— Salut, feu, dit l'Oriental, plus beau que l'onde ton ennemie, doux à la terre que tu fécondes, et doux à l'homme que ta caresse chauffe.

Il parut y rêver profondément. Peut-être y pressentait-il la grande merveille du futur, l'ère des métallurgies. Déjà, des parties de terre ou de pierre avaient fondu à la chaleur, on retrouvait dans la cendre de petits lingots solides. Chacun gardait soigneusement ces larmes de métal. Il en était de diverses couleurs, des jaunes, des grises, des blanches. A les frapper d'une pierre on leur donnait des formes, on les amincissait en lames ; mais ces lames étaient fragiles, ployantes ou cassante», et personne encore ne pensait y voir le rivu! de la pierre, de l'os ou de la corne.

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— Le feu coule dans nos veines, murmura le vieillard, revenu à des mysticismes, et c'est pourquoi notre bouche fume comme un brasier où l'on répand de l'eau.

Il respira voluptueusement dans l'orgueil de cette pensée et son cœur fut large tandis qu'il contemplait la nuit. La lueur du foyer éteignait les étoiles zénithales, mais à l'horizon du fleuve elles scintillaient nombreuses et fines.

— Le feu de la lune, celui des étoiles, est un feu froid ainsi que le regard des hommes...

Il se tut. La clameur nocturne des futaies semblait moins haute. Très loin, un lion rugissait et sa belle voix guerrière sonnait des creux d'abîme, des échos de montagne, puissante et prave infiniment. Il ne régnait pas un souffle Sur la clarté du fleuve partout des feuillées s'estompaient en masses lourdes, une angoisse venait de l'ombre.

Le vieillard eut le frisson de ces choses. Il se dressa. La lumière du bûcher éclaira tout

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entière sa silhouette trapue. Alors il parut s'inquiéter de voir Elem les yeux ouverts et il écouta : un bruit léger comme d'une bête rampante survenait des profondeurs obscures, il s'y joignit bientôt de brusques tressauts de feuilles, puis un très petit coup sec comme d'une pierre contre une pierre.

— Debout! cria-t-il, l'arc tendu vers le point suspect.

Une flèche sortit du couvert, rasant la tête du chef, et les Orientaux étaient encore demiétendus que, d'un bond, Vamireh se trouvait près de la flamme. A son tour, le vieillard décocha une flèche : mais elle se perdit vers la gauche du Pzânn. Celui-ci, la massue haute, allait broyer son unique adversaire, lorsqu'Eleminteivint, suppliante. Prompt, le grand Nomade se porta vers les hommes a terre et son geste disait clairement qu'il tuerait le premier agresseur. Se sentant vaincus, les Orientaux attendirent la loi de Vamireh. Le

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vieillard, sans crainte, regardait l'intrus. Il fit à ses hommes un signe d'apaisement.

— Parle et préfère la justice à la violence. Vamireh comprit qu'il pouvait dicter sei

conditions : sa mimique indiqua qu'il voulait Elem.

— Va ! dit le vieillard à la jeune fille. Mais pourquoi prendre de force la fille de nos tribus ? Que ton sang se mêle à notre sang, que la paix unisse les fils de la Lumière à l'homme des contrées inconnues.

Elem prit la main de Vamireh avec des paroles douces et l'entraîna vers le sorcier. Il se laissait faire, capté par la voix grave et digne de l'Oriental ; mais derrière lui les trois autres* se levèrent brusquement avec des clameurs enthousiastes. Vamireh crut à une perfidie, saisit Elem et commença de fuir. A quelque distance dans la nuit il s'arrêta.

— Vieillard menteur, cria-t-il, ta voix

chante la paix, mais ton esprit veut la guerre; Vamireh te méprise.

Il armait son arc et visait. Elem de nouveau s'interposa : la flèche, déviée, s'enfonça dans les ténèbres. Alors, les autres s'armèrent ; mais Vamireh disparut tandis que le chef, triste, arrêtait la poursuite :

— Ne courez pas à la mort... Il n'a pu comprendre mes paroles et vos cris l'ont effrayé !

Le feu reçut de nouveau combustible, et pendant que la flamme brûlait clair, les Orientaux se rendormirent, affligés de cette scène où leur naïveté à se croire compris avau rendu inutile la prudence du chef.

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