‹ VarimehChapitre 15 sur 20 · LES ALLIES · texte numérisé non relu

LES ALLIES

Des bêtes coureuses , légères : élaphes. daims, élans, arrivaient effarées au bord du fleuve et le traversaient Elles formaient des bandes considérables en proie à la panique herbivore. Leur nombre croissant avec la chute du jour, des chevaux s'y mêlèrent et quelques urus.

Vamireh, béant, à cette fuite étrange en vain cherchait une cause simple : incendie, migration. Il cessait de pagayer, Elem murmurait des incantations. Et le galop des fauves s'accélérait. Aux cervidés, aux bovidés, aux chevaux, se joignirent des loups, des chacals,

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des renards. Le frémissement des halliers décela la course d'animaux mineurs : lièvres, putois, fouines et loutres. Enfin, parurent des carnivores : souples panthères, ours au pesant trot. Au loin, les singes clamaient le danger en vigies scrupuleuses, et cette clameur passait comme un ouragan dans les hautes frondaisons, franchissait le fleuve, s'épandait aux contrées inconnues

Une belle nuit s'annonçait : aucune menace d'orage, aucun symptôme de météore ; mais, pareille à quelque élément prodigieux, la fuite des fauves remuait aux fibres de l'homme et delà femme les plus sinistres présages. Toutes les voix, dans la sérénité du couchant, vibraient de crainte énorme, semaient la contagion de la peur... Vamireh y perçut, non l'effroi de la bête devant la nature, mais l'effroi des êtres devant d'autres êtres, l'exode des races vaincues, le découragement d'une espèce devant l'espèce dominatrice.

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Il fallait parer cependant à la menace extraordinaire, se fortifier contre l'écrasement par des menaces aveugles d'herbivores continuant leur course dans les ténèbres. Vamireh avisa vers le milieu du fleuve une petite île où croissaient des frênes : il y dirigea son embarcation, y alluma de légers brasiers, se mettant ainsi hors d'atteinte immédiate et en excellente position pour tout voir.

Ni lui, ni sa compagne, après le repas, ne songèrent au sommeil. En aval, en amont, le flux des bêtes achevait de couler. Les unes risquaient la traversée de l'eau, les autres suivaient les berges, et cette seconde manœuvre avait la particularité curieuse de s'opérer inversement dans les deux directions ; les bêtes de l'aval filant vers l'aval, celles de l'amont suivant l'amont comme si elles eussent fui la zone de forêt qui venait expirer à peu près en face de l'île.

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