ASSAUT DE L ILE
La trêve fut longue. Les Orientaux avaient reculé leur brasier à l'abri des broussailles. Les chiens étaient invisibles, mais leurs hurlements sonnaient comme des foudres aux sousbois. Les « mangeurs de vers » accroupis se rendormaient, à part quelques résistants vieillards. Vamireh fortifiait la retraite d'Elem à l'aide de grosses branches et préparait ses armes. La fumée des brasiers flottait sur l'eau parmi la pourpre des incendies. Nulle parole de paix ne s'entendit plus. Il parut que des
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deux parts on se préparât à la lutte prochaine.
Tout en travaillant, Varaireh veillait. Une fois il crut apercevoir la silhouette d'un Oriental qui, à quelque distance de l'eau, se dressait et disparaissait dans les fourrés : une fois aussi, une bande de chiens vint boire; mais rien n'annonçait une attaque. Il espéra que le chef oriental attendrait jusqu'au matin et reprendrait les négociations.
Il venait de déposer auprès de lui sa douzième flèche enduite de poison, lorsqu'un mouvement rapide se produisit et qu'il vit grouiller la masse noire de nombreux corps sur la rive.
— Ehôl Ehô! cria-t-il, tandis que les veil leurs Tardigrades tiraient leurs compagnons du sommeil.
Là-bas, impétueux, les chiens plongèrent et od les vit venir par milliers, leurs yeux de phosphore dans des têtes huruidaa et luisantes,
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leur immersion soulevant le niveau de l'eau aux côtes de l'île. Silencieux et terribles, ils nageaient avec intrépidité sous la grêle de pierres, d'os, de bûches qui les accueillait.
Vamireh, assuré qu'aucun homme ne se trouvait parmi eux, lâcha son arc et prit sa massue. Elem, armée dune lance, pouvait défendre son abri. Les Tardigrades, encouragés par le Pzânn, montraient une très ferme attitude, campés par petits groupes, dos au centre, avec la place libre pour le jeu de leurs gourdins.
Avant qu'ils pussent atterrir , les chiens furent assommés si vigoureusement qu'ils reculèrent hors de portée. Mais bientôt on les vit se séparer en deux fortes colonnes dont l'une rama vers le point de l'île mal fortifié que Vamireh défendait seul, tandis que l'autre reprenait l'offensive directe. L'empressement des Tardigrades à couvrir leur sauveur faillit
rendre cette tactique efficace. Mais Vamireh
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repoussa l'aide avec énergie, obligea chacun à réintégrer son poste.
A peine la colonne dirigée contre lai atteignait-elle la rive que déjà le massacre du Pzànn y semait la terreur. Sa haute taille, sa massue gigantesque, sa formidable manière de broyer les crânes, la rapidité de ses mouvements, sa voix autoritaire sonnant la plus haute humanité, cela parut faire sur les Bêtes une impression quasi superstitieuse. Prises de panique, hurlantes, en désordre, elles se laissèrent dériver. Cependant, la deuxième colonne avait réussi l'invasion sans parvenir pourtant à déconcerter la tactique des « mangeurs de vers », toujours réunis en groupes et se défendant sans faiblir. Les pertes du côté des chiens étaient considérables, et les Tardigrades avaient une vingtaine des leurs mis hors de combat. Au total, la Bête se sentait vaincue lorsque des flèches empoisonnées, parties de l'autre rive, firent deux victimes. Cela jeta
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quelque frayeur et amena les groupes de la côte à se rapprocher du centre. Les chiens redoublèrent d'ardeur, et dans la minute le nombre des blessés humains s'accrut terriblement.
Cependant Vamireh, après sa victoire, avait perçu la présence d'Asiatiques lançant leurs flèches presque à découvert derrière les arbustes. A son tour, l'arc tendu, il dépêcha quelques flèches. Les Orientaux durent se retirer derrière les grands troncs d'où leur tir devenait aléatoire. Ils se contentèrent de crier des encouragements à leurs alliés quadrupèdes qui, répondant par des abois formidables, assaillirent plus vivement leurs ennemis. La situation tournait mal, d'autant que la colonne chassée par Vamireh avait pris pied à l'autre extrémité de l'île et amenait son renfort. Le pauvre homme tartigrade se vit perdu, son cri de guerre devint lamentable comme une plainte d'agonie. Mais le grand
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nomade d'Occident déjà apportait le secours de son bras, sa massue se frayait un large sillon parmi les mufles et les échines brisées. Et de toutes parts la Bête s'effarait, inquiète, reconnaissant dans cette voix et dans cette force la voix et la force des races victorieuses, si bien que les Tardigrades reprenaient l'avantage et que les chiens, rejetés à l'eau, regagnaient le camp des Asiatiques.
L'ivresse de la victoire attisait l'œil dea « mangeurs de vers ». Tournés vers l'homme blond, ils chantèrent la mélopée du triomphe et Vamireh y répondit par de farouches clameurs. Sur l'autre bord, à l'orée des forêts centenaires, l'abois furieux des chiens et les malédictionsdeshommes d'Orient répliquèrent. La nuit fut pleine de ce tumulte, les échos en épandirent la terreur : les deux troupes ennemies y chantaient leur courage invaincu etl'annonce de nouveaux combats !
Les Tardigrades pansèrent hâtivement les
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blessés et les mirent, pour ' plus de sûreté, proche l'endroit où Vamireh campait avec Elem. Ils débarrassèrent l'île des chiens mis hors de combat dont les uns purent, en dérivant, atteindre l'autre bord, tandis que le» autres achevaient de mourir.
Vamireh avait rejoint sa compagne. Encore pénétrée du dégoût des « mangeurs de vers », elle était restée dans son abri sans avoir eu besoin de se défendre. A présent, Vamireh disait la victoire, le nombre des victimes, la férocité des assaillants, les nouvelles luttes probables. Elle l'écoutait, rêveuse et triste de l'aventure, souhaitant la paix prochaine. Elle dit son espoir de négociations à l'aube et le Nomade l'approuva; mais il se refusait à toute cession concernant les Tardigrades. Lasse, enfin, Elem s'endormit. Les trois quarts des « mangeurs de vers » dormaient également. Vamireh continua de veiller.
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