‹ VarimehChapitre 3 sur 20 · LA SEPULTURE DE WAM1AB · texte numérisé non relu

LA SEPULTURE DE WAM1AB

Dans le crépuscule du soir, l'astre transformé en brasier circulaire, les vieillards surgirent delà caverne, suivis de la horde mélancoli ue ; deux guerriers jeunes portaient le squelette de Wanhâb, et la lueur rouge, sur le crâne pâle, à travers la cage thoracique, tombait comme un symbole de haute angoisse, désuétude du jour vernal sur les ruines d'un être jeune disparu à jamais dans l'abîme des métamorphoses. Tardive s'écoula la horde à travers la savane, et les sanglots sourds de

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l'épouse et de la mère coupaient la taciturnité de la scène.

Quand on atteignit l' Arbre-Sépulcre, quand les porteurs eurent escaladé la colline, on vit un vieillard se mettre auprès de Wanhâb, et tous attendirent sa parole, car il était renommé pour parler aux autres hommes. Et le vieillard se tint immobile quelque temps, laissant remonter des choses anciennes dans sa mémoire, les confuses synthèses acquises par sa race encore tout à la nature et n'ayant conçu aucun mystère au delà des formes matérielles :

— Hommes... Wanhâb fils de DJeb... né parmi nous... était un chasseur intrépide et un travailleur habile... l'unis, le léopard et l'hyène ont connu sa force... il a taillé les dépouilles de la bête et s'en est fait des vêtements et des armes... il a tiré des outils de la pierre bienfaisante... Hommes... Wanhâb fils de Djeb... est sorti de la vie... il ne chassera plus, il dp dépouillera plus la bête et ne tirera

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plus d'outils de la pierre bienfaisante... et parce que c'était un compagnon fidèle et sage... nous regrettons Wanhâb, fils de Djeb.

— Nous regrettons Wanhâb, fils de Djeb ! répétèrent les voix de la horde.

Puis, il descendit un silence plus pesant et les têtes de Troglodytes s'élevèrent pour voir gravir l'Abre-Sépulcre par un chasseur agile. Il glissa de branche en branche, à travers les squelettes des ancêtres.

Lorsqu'il parvint à une branche libre, on suspendit Wanhâb, fils de Djeb, à la lanière tressée dont le grimpeur tenait un bout, et la dépouille à claires-voies du trépassé monta lentement parmi les feuillages. De l'horizon tiède et du grand zénith, il émanait des langueurs si douces, un si charmant souffle de vie et une majesté si pacifique, que les compagnons de Wanhâb, et sa mère et sa veuve, oubliaient la douleur et l'effroi de la mort. Enfin, le squelette, fixé, vacilla faiblement parmi les autres

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squelettes, et la horde se dispersa dans le crépuscule. Aux caps du fleuve, sur la pointe des collines légères, les natures contemplatives virent se diviser la lumière en mille figurations éphémères. Bientôt ne resta plus sous l'arbre que le noyau des compagnons intimes et des parents. Et la cendre vint sur les gloires célestes. Un jour de plus disparut à la profondeur du passé. Une nuit de plus décou vrit un pan de l'infini. Frissonnants, alors, avec des imaginations embryonnaires, avec la pensée du trépas et de la nuit emmêlées, les humbles préhistoriques fidèles à Wanhâb ajoutèrent un rêve aux millions de rêves dont naquirent les Cultes, dont naquirent les mariages de la Peur, du Surnaturel et de l'Immortalité. Cependant, la jeune épouse restait prostrée sur Therbe, ses cheveux coulant parmi les gramens, comme les fleurs du saule pleurent sur les nénuphars des étangs, et rihérann le vainqueur, ami de Wanhâb, eut pitié

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d'elle et sentit trembler son cœur, parce que la chevelure de la femme était belle et son cou rond et blanc dans les clartés finales du jour. Il dit alors des paroles douces, et elle leva ses prunelles sur lui. Et le vœu de la large nature que tout recommence et que la blessure de l'âme se ferme dans les êtres jeunes encore, commença de s'accomplir pour elle. Elle songea que Thérann était fort parmi les forts, et sans férocité pour les femmes et les enfants. Et quand les ténèbres furent victorieuses, ils restèrent l'un à côté de l'autre, sans mouvement et sans parole, mais sentant s'élever des lendemains en eux, tandis que les loups rôdaient sur la savane, que l'hyène ricanait au bord du fleuve et que les grands carnivores se levaient dans leur force.

Vamireh, fils de Zom, malgré sa jeunesse, était rétonnement de la horde des Pzânns- Chasseur subtil et puissant, beau de stature et fort comme l'aurochs, il possédait aussi les dons mystérieux de l'Art. Les formes de la Bête et de la Plante captivaient sa rêverie. Il était celui qui rôde seul sur les collines et qui marche à travers la forêt ou vogue par le fleuve ou les ténèbres, pour la joie de surprendre les choses secrètes. Les Dolichocéphales d'Europe ne faisaient point risée de tels hommes, et ils tenaient en profonde es-

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time Vamireh, pour savoir manier le burin qui grave sur l'os et la corne, et le ciseau qui taille le bois et l'ivoire en ronde bosse. Amoureux de son art, il était devenu le plus renommé des artistes parmi les tribus qui arrivaient vers le printemps dans l'Orient- Méridional. Des jours, des semaines entières, il se dérobait du milieu de ses compagnons, explorant des solitudes, travaillant en quelque lointaine retraite, et les œuvres qu'il ramenait de ses errances faisaient le charme de sa horde. Ni Zom son père, ni Namir sa mère, ne s'inquiétaient trop de ces absences, dans une foi diffuse en sa fortune.

Or, un matin il s'embarqua sur le fleuve et se mit à descendre 311 aval, dans sa grêle embarcation, tremblante au moindre remous, qu'il poussait à coups de pagaie. À mesure qu'il perdait de vue le repaire des Troglodytes, le fleuve s'élargissait, moins profond, des quartiers de rnrs entrecoupant sa marche,

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vêtus de mousses et de lichens. Là l'hymne des grandes eaux, la basse grave du courant, les rumeurs de la pierre, une magie de résonaances, parfois les blocs rangés en symétrie architecturale, en salles ouvertes aux quatre vents où sanglotaient des voix d'abîme.

Sur les rives vierges, vint la forêt, en lisières de saules fragiles, en peupliers grisailles, frênes pleureurs, bouleaux sur les tertres et, à l'arrière, les populations d'arbres géants, le cosmos des lianes et des plantules en luttes, le mystère de la nature créatrice, des forces libres, les renaissances sur 1 humus millénaire, dans les demi-ombres de temple et d'embuscade où palpitent à perpétuité la joie, la terreur et l'amour.

Vamireh abandonna sa pagaie, étreint par la solennité du spectacle, heureux du vacillement des ombres arboriséés sur l'onde, de la senteur sauvage de l'endroit, tandis que des mufles d'herbivores glissaient entre les fûts et

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