‹ Vathek, with The episodes of VathekChapitre 15 sur 36 · Deuxième Partie · texte numérisé non relu

Deuxième Partie

je me venge d’Homaïouna, et que je dissimule pour pouvoir me venger.”

Après ces réflexions, qui furent suivies d’un complot digne de moi, je sortis de cet appartement funeste avec une contenance morne, mais tranquille, et me retirai dans le mien. Loin de refuser la visite qu’Homaïouna ne tarda pas à me rendre, je la reçus d’un air reconnaissant. “Vous me l’aviez annoncée,” lui dis-je, “que le Ciel arrêterait le cours de mes coupables excès; vous êtes inspirée; mais malheureusement je vous crois toujours trop tard; je rentre en moi-même, et quoique je ne puisse m’empêcher de gémir de la perte que j’ai faite, je la supporterai avec résignation. Aidez-moi de vos conseils ; continuez à gouverner mes états, tandis que je vaquerai aux exercices de piété si nécessaires pour le salut de mon

ame.

“Allah et son Prophète soient loués de ce retour de vos bons sentiments!” s’écria la Périse; “mais hélas ! fallait-il qu’il en coûtât la vie à cette pauvre princesse ! Je l’aimais, et j’aurais voulu du moins lui rendre les derniers devoirs. Vaine espérance ! on n’a pu retrouver que son voile qui flottait sur les vagues; il faut qu’elle ait pris des précautions pour être à jamais ensevelie sous les eaux!”

“Vous croyez, donc,” dis-je, en regardant fixement Homaïouna, “que l’aimable Gazahidé a péri sans ressource dans la profonde mer?”

“Si je le crois!” répondit-elle. “Ah ! je ne le crois que trop ; et pouvez-vous en douter vous-même? Ah ! mon cher Barkiarokh, cessez de retenir des idées chimériques qui ne feront que troubler vos bonnes intentions. Cherchez plutôt des amusements permis, si vous êtes heureux sans honte et sans crime, je n’aurais rien à désirer.”

Ce discours affectueux, au lieu de me toucher, me

Histoire du Prince Barkiarokh

rendit de plus en plus envenimé contre la Périse. Je la savais incapable de mensonge; ainsi elle n’avait point enlevé Gazahidé; mais elle n’en avait pas moins causé sa perte. Je m’affermis donc dans mon dessein contre elle, et l’exécutai après lui avoir donné pendant trois jours toutes les marques de tendresse et de confiance qui pouvaient écarter ses soupçons.

Les méchants se connaissent en cœurs corrompus; j’avais trouvé qu’Ologou, chef de mes eunuques, était un franc scélérat, un instrument tel qu’il me le fallait. Je lui ordonnai de choisir entre ses confrères ceux qu’il croirait les plus capables d’un coup de main. Il m’en présenta deux dont il me répondit. “Mes amis,” leur dis-je, “ce n’est qu’à vous que je veux pour l’heure confier mon infortune; un funeste hasard m’a fait épouser une magicienne qui s’est donnée à moi comme une simple et innocente créature. Un peu après notre mariage elle me fit quelques tours de son métier qui ne signifiaient pas grand’chose, et que je passai sous silence. Elle en est ensuite venue à des actions atroces. Pour me faire régner, ou plutôt pour régner elle-même, elle a étouffé le roi, et, par jalousie, elle vient de jeter la princesse dans la mer. Je dois punir des crimes si exécrables ; mais l’embarras est d’en trouver le moyen. Elle a le pouvoir de disparaître, et de se transporter où elle veut; ainsi ce serait en vain que je la livrerais à la justice publique. Ce n’est qu’en la surprenant endormie qu’on peut lui infliger le châtiment qu’elle mérite.”

“Sire,” interrompit Ologou, “je me suis depuis longtemps aperçu de la méchanceté et de l’hypocrisie d’Homaïouna; si vous le commandez, nous entrerons ce soir tout armés dans sa chambre, et nous la percerons de coups avant qu’elle puisse se reconnaître.”

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