‹ Vathek, with The episodes of VathekChapitre 26 sur 36 · Deuxième Partie · texte numérisé non relu

Deuxième Partie

aisée; mais il fallait franchir un long espace qui se trouvait entre le premier degré et le terrain où nous étions. Pour en épargner la peine à Leilah je sautais dedans, et lui tendais les bras, où elle allait se jeter, quand le méchant Afrite me dit en riant, “Au revoir, Barkiarokh Reviendrai dans peu savoir comment tu te trouves de ta nouvelle demeure, et de ta crédule fille ! ”

A ces malicieuses paroles Leilah fit un grand cri, et se jeta en arrière si soudainement qu’il me fut impossible de la saisir. Je voulus m’élancer après elle, mais une main invisible me retint et me rendit immobile. Au même instant, je m’entendis appeler du haut des airs par une voix qui ne m’était que trop connue. Je levai la tête, et vis Homaïouna assise dans un nuage qu’elle illuminait des rayons dont elle était entourée.

“Misérable Barkiarokh,” me dit-elle, “tu n’as plus à craindre la baguette des remords; au lieu de profiter de ses coups, tu as cherché à t’en délivrer. C’est à présent celle d’un désespoir sans retour qui va frapper ton cœur, lequel, tout endurci qu’il est, en sera brisé à chaque instant d’une éternité épouvantable. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour te sauver de l’abîme où te voilà; il n’est que trop dû à tes crimes ; mais le Ciel ne permettait pas que ton innocente fille t’y suivît. Si l’Afrite en te trahissant ne t’avait pas traité comme tous les scélérats se traitent les uns les autres, la même puissance qui t’ôte la faculté de te mouvoir aurait empêché Leilah de te joindre. J’emmène avec moi cette enfant digne d’un autre père ; je vais la placer sur le trône du Daghestan, où, par les conseils de la pieuse Kaïoun, elle fera oublier les horreurs de ton règne. Je retournerai ensuite dans mon heureuse patrie. J’y suis rappelée par mon père, qui trouve la mesure de mon châtiment comblée par les maux que tu m’as fait souffrir.

Histoire du Prince Barkiarokh

Il me permet de vivre avec ma sœur Ganigul. Je vais, dans une compagnie si chère, oublier l’intérêt que je prenais au genre humain, et m’en remettre à Allah, qui ne permet la prospérité passagère des méchants que pour châtier ceux qu’il juge digne de miséricorde.”

En achevant ces mots la Périse s’abaissa vers la terre, emporta Leilah, et disparut.

Je poussai un hurlement effroyable en me voyant enlever ma proie, et finit l’horrible blasphème, qui sortait de ma bouche, au milieu de la foule maudite où je fus précipité, et avec laquelle je vais bientôt, ainsi que vous, ô mes malheureux compagnons ! tournoyer sans cesse en portant dans mon cœur l’affreux brasier que j’y ai moi-même allumé!

FIN DE l’histoire DU PRINCE BARKIAROKH

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