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Histoire de la Princesse Zulkais

phète vivant. Jusqu’alors il n’avait connu que les momies de ces personnages fameux et inspirés ; aussi, il résolut de se faire amener l’homme extraordinaire même dans l’intérieur de son harem: les Pharaons en usaient de la sorte avec leur nécromanciens, et il voulait toujours les imiter. Il dit donc gracieusement à l’eunuque de l’aller chercher.

Shaban, transporté de joie, courut bien vite porter cette invitation à l’hermite, qui n’en parut pas aussi charmé que le peuple. Ceux-ci remplissaient l’air d’acclamations, pendant qu’Abou Gabdolle restait les mains jointes, et les yeux levés vers le ciel dans une transe prophétique. Il jetait de temps en temps de profonds soupirs, et, après un long recueillement, s’écria enfin avec sa voix tonnante: “Les volontés d’Allah doivent s’accomplir; je ne suis que sa créature! Eunuque, je suis prêt à te suivre; mais qu’on abatte les portes du palais; les serviteurs du Très Haut ne doivent pas se courber.”

Le peuple ne se le fit pas dire deux fois; ils mirent tous la main à l’œuvre, et dans un instant on détruisit des ouvrages d’un travail le plus admirable.

Au bruit des portes qui tombaient avec fracas, des cris perçants s’élevèrent dans le harem. Abou Taher Achmed commençait à se repentir de sa curiosité; mais il ordonna, quoique à contre-cœur, qu’on rendît les passages du harem accessibles à ce colosse de piété, dans la crainte que les enthousiastes ne pénétrassent dans les appartements qu’occupaient ses femmes, et où on gardait ses trésors. Ces alarmes étaient pourtant bien vaines; le saint homme avait congédié ses dévots admirateurs. On m’a assuré que, s’étant tous agenouillés pour recevoir sa bénédiction, il leur dit avec une lugubre emphase, “Retirez-vous; restez en paix dans vos demeures, et sachez que quoiqu’il arrive Abou Gabdolle Gue-

et du Prince Kalilah

haman est toujours préparé.” Puis se tournant vers le palais: “O dômes éblouissants,” s’écria-t-il, “recevez-moi, et que ce qui va s’ensuivre ne ternisse pas vos splendeurs ! ”

Cependant on avait tout arrangé dans l’intérieur du harem; les paravents étaient disposés en bon ordre, les portières étaient tirées, d’amples rideaux entouraient les estrades de la longue galerie qui régnait autour de l’édifice, et cachaient les Sultanes et les princesses leurs filles.

Tant d’apprêts avaient causé une fermentation générale. La curiosité était dans toute sa vigueur quand l’hermite, foulant aux pieds les décombres des portes, entra majestueusement dans la Salle au Treillage d’Or. La magnificence de ce lieu n’attira pas même ses regards; ils étaient mornement fixés sur le pavé. Enfin il pénétra jusqu’à la grande galerie des femmes. Celles-ci, qui n’étaient point du tout accoutumées à des objets si gigantesques et si décharnés, poussèrent les hauts cris, et demandèrent des essences et des cordiaux pour se munir le cœur contre le funeste effet de l’apparition d’un pareil fantôme.

L’hermite ne fit pas la moindre attention au vacarme qu’il entendait de tous côtés. Il continuait gravement son chemin, quand l’Emir vint au-devant de lui, et, le prenant par le pan de sa robe, le conduisit avec beaucoup de cérémonie à l’estrade de la galerie qui envisageait le Nil. On servit abord des bassins de confitures et des liqueurs orthodoxes ; mais quoique Abou Gabdolle Guehaman avait l’air de mourir de faim, il refusa de toucher à ces rafraîchissements, en disant que depuis quatre-vingt-dix années il n’avait bu que de la rosée du ciel et mangé que des locustes de ses sables. L’Emir, qui trouva ce régime selon l’étiquette des prophètes, ne le pressa

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