‹ Vathek, with The episodes of VathekChapitre 4 sur 36 · Deuxième Partie · texte numérisé non relu

Deuxième Partie

d’une voix basse, “Admirez en silence ce qui est moins beau que vous.”

Elle sourit, et, se sentant enhardie par ces paroles flatteuses, elle s’avança précipitamment pour se saisir de l’escarboucle, que je repris au plus vite.

“O Ciel!” s’écria-t-elle, “je ne voulais pas la voler, je désirais seulement la tenir un instant dans mes mains. Vous me dites des choses passionnées, et vous êtes cruel.”

“Non, reine de beauté,” répondis-je, “je suis bien loin de vouloir vous affliger; mais vous ne pouvez toucher ces pierres précieuses que sous une condition, que je vous dirai après les avoir toutes ensemble étalées à vos yeux. Remettez-vous sur votre divan, et contenez-vous pour quelques moments.”

Gazahidé m’obéit d’un air intimidé et respectueux. Alors je me mis à former un carré de mes pierreries, en les entremêlant de manière qu’elles pussent mutuellement se prêter un nouvel éclat, et en les cachant du pan de ma robe pour les découvrir toutes à la fois.

J’eus bien lieu de me repentir d’avoir voulu donner ce spectacle à l’aimable Gazahidé; elle fut frappée d’un si grand éblouissement qu’elle tomba à la renverse sur son divan et parut comme privée de vie. Effrayé à mon tour, je courus à elle, non sans avoir auparavant remis mon trésor dans le sac de peau de serpent que j’attachai à ma ceinture. Je la trouvai pâle, les yeux fermés, et sans mouvement; mais qu’elle était belle dans cet état! J’ouvris sa robe pour lui donner de l’air, et, l’ayant trouvée froide et inanimée, je la couvris de mes ardents baisers pour la réchauffer. J’étais hors de moi quand, revenant de sa transe, elle s’écria: “Qui a osé me toucher?”

“C’est le Ginn Farukrouz, qui vous a secourue,” lui dis-je.

B VE II

Histoire du Prince Barkiarokh

“Ah!” reprit-elle, d’un ton radouci, “vous avez là un nom qui n’est pas si beau que vos pierreries ! Mais où sont-elles? dites-moi ce qu’il faut que je fasse pour avoir la permission de les tenir dans mes mains, l’une après l’autre; et surtout ne me les montrez pas toutes ensemble, de peur d’accident.”

“ Il faut pour chacune d’elles me donner un baiser,” répondis-je, d’une voix altérée par la crainte et l’espoir.

“Quoi! ce n’est que cela,” dit-elle! “Oh! je le veux bien; le baiser d’un esprit sera comme le souffle du vent que l’étoile du soir fait lever, il rafraîchira mes lèvres et réjouira mon cœur ! ”

Je ne me fis pas répéter deux fois une permission si ravissante; mon baiser fut long; elle le souffrit avec une sorte d’agréable impatience, et allait se plaindre d’une ardeur à laquelle elle s’attendait si peu, quand je lui mis dans la main un rubis dont la réverbération se confondit avec la charmante rougeur dont j’avais coloré ses joues. Elle le tourna et retourna d’un air distrait, et, en me le rendant, “Donnezmoi,” dit-elle, “à présent une émeraude du même prix.”

J’accompagnai le second baiser d’un si étroit embrassement que je la fis tressaillir. Elle me dit d’une voix émue: “Farukrouz, puisque vous êtes palpable vous pouvez vous rendre visible. Ah! j’aime mieux vous voir que vos pierreries ! ”

J’avais trop bonne opinion de ma figure de craindre de la montrer, et ce jour-là je m’étais habillé d’une manière très propre. J’ôtai donc l’anneau de mon petit doigt gauche, et comme je vis que le premier coup d’œil de Gazahidé m’était favorable, je la repris aussitôt dans mes bras. D’abord elle me rendit mes caresses de bonne grâce, quand tout à coup elle se débarrassa de moi avec violence, en

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