‹ Vathek, with The episodes of VathekChapitre 5 sur 36 · Deuxième Partie · texte numérisé non relu

Deuxième Partie

s’écriant tout en colère : “Allez, vous êtes un méchant Ginn, qui, abusant de mon innocence et de ma simplicité, voudriez devenir mon mari sans le consentement de mon père; retirez-vous, je ne veux plus entendre parler de vos pierreries; si vous avez l’audace de m’approcher je vais crier de toutes mes forces.”

Cette menace me fit trembler; mon invisibilité n’était pas comme celle de la Périse, dont le corps impalpable à souhait ne trouvait nul obstacle qui l’arrêtât; on pouvait m’enfermer et me faire périr de plusieurs manières. Pendant quelques moments je demeurai rêveur et en silence; mais le danger où j’étais, et l’amour qui m’enflammait encore, aiguisèrent mon invention. Je m’écriai: “O fille de roi! ô vous, la plus belle des femmes terrestres ! je vois bien qu’il est temps de vous révéler la gloire et le bonheur qui vous sont destinés; apaisez-vous; écoutezmoi; vous me rendrez justice et deviendrez plus douce que le leiki, dont vous avez la sensibilité et les grâces.”

“Parlez,” dit-elle d’un air empressé; “je vous donnerai toute mon attention; mais asseyez-vous à l’autre bout du divan, et surtout ne me touchez point.”

Alors, la mémoire toute fraîche des merveilles qu’Homaïouna m’avait racontées, je commençai mon histoire supposée de la manière suivante:

“Vous avez, sans doute, entendu parler du grand Asfendarmod, souverain du Shadukan, et de tous les Péris, Ginns, et Dives qui ont existé avant et après les rois préadamites; eh bien, je suis son fils, son fils chéri, en qui il avait mis toute sa confiance. Il me donna à garder deux de mes sœurs, qui étaient volages comme le bulbul et revêches comme le zèbre, et me recommanda de ne jamais les perdre de vue. Pour me rendre la chose plus facile, il leur avait ôté

Histoire du Prince Barkiarokh

leurs ailes, et les avait renfermées dans une tour dont je gardais soigneusement la clef.

“Un Ginn de leurs amis se mit dans la tête de les délivrer, et s’y prit fort adroitement. Nous étions, lui et moi, en liaison intime depuis longtemps, et accoutumés à passer des jours entiers ensemble. Il demeura pendant une demi-lune éloigné de moi, et aux reproches que je lui en fit en le revoyant il ne répondit que par un profond soupir ! Mon amitié prit l’alarme, je le pressai de m’ouvrir son cœur.

“‘Ah!’ s’écria-t-il enfin, ‘il n’y a qu’un Péri, et même que le fils d’Asfendarmod, qui soit digne d’elle ; je suis un insensé d’avoir perdu tant de temps à la contempler; oui, cher Farukrouz,’ continua-t-il, ‘la princesse Gazahidé, fille unique du roi de Daghestan, ne doit être qu’à vous. Je l’ai vue s’élever du bain telle que le soleil sort du sein de l’onde; une partie de ses cheveux d’or pur, comme autant de rayons éblouissants, sillonnaient encore l’eau transparente, tandis que l’autre moitié enchâssait son front d’ivoire ; ses yeux, d’une nuance plus vive et plus brillante que l’azur du firmament, étaient agréablement ombragés par les fils de soie noire qui composaient ses menus sourcils et ses longues paupières; son nez ne déparait point les petites portes de souple corail qu’il avoisinait, et où étaient renfermées les plus belles perles de la mer de Golconde; quant au reste de ses beautés, qui graduellement se découvraient à mes regards, n’en attendez pas la description, je ne vis rien pour trop voir; je sais seulement que cette forme parfaite semblait sortir de l’atelier du célèbre Mani, qui n’avait pas oublié de placer à propos sur un fond plus blanc que la neige les couleurs qui donnent l’animation.’

“Ce portrait, qui n’était pas flatté, m’enflamma à un tel point que je m’écriai: ‘Ah! cessez de me

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